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Il ne peut /'■lie (iiieslloii d'analyser ici la suite ilns Ireiilc-iieur pi(''ccs de Cavalli, dont les plus remar- ([uahles sont la IHdonr tlo lOH, la Itorirlcn de Itil,'), le (iiiiaiiiic (le lOi'J', Vlù-ilrrn dp l(>.'i:2', le Scrxe de 10(10, et Vlinole de 1002. Les premiers opéras, de \('i'.V.) à Ifi'fi, tiennent encore uti peu de l'opéra romain par l'emploi des clueui'S, et de ro])éra florentin par mie certaine monotonie cadencée du récitatif; la Diildiie rappelle parl'ois Moiileverdi; mais la jiersoniialité <le Cavalli se iléf;af;e nettement, dans celle (euvre admiralile, el dés lors ne l'ait que ),'randii'. I!lle attiiul sa peil'ectiou plastique dans VEritrca. I,a renommée de Cavalli se répandit en l'rance, où l'on représenta, au Louvre, en IGCO, son Sn-sc, joué à Venise dés IGot; et Cavalli écrivit spécialement |)our Paris l'Ercoh'-', que peut-être il vint diriger luimême en l6Gi. Il clierclia à s'y adapter au j^oilt français, sans rien sacrilier de sa personnalité, mais en rélarf;issant : VErrolc possède une ouverture insli'unientali', des sympliouies entre les actes, de beaux <'liœurs el des récitatifs déclamés à la française. .Nous veri'ons plus loin comment cette belle o'uvre ne semble pas avoir réussi à l'aris, où Lully et Cambert, acharnés à se nuire nuituelleinent, s'entendirent sans iloute pour l'étoufl'er. Mais Lully, en silence, ne maii- (jua pas d'en faire son prolil. L'£?To/t; fraye la voie où il entrera, dix ans plus lard. Ce sont déjà les grandes lii^nes du plan qu'il adoptera pour ses opéras : la forme de l'ouverture, la slrucUire du prologue au.v chœurs massifs el triomphants, la déclamation lyrique, les chœurs et les danses à la fin des actes.
Le génie de Cavalli était d'une prodigieuse souplesse; et l'on peut imaginer, par l'exemple de ÏErcole, ou par telles indications éparses dans ses œuvres, tout ce qu'il aurait pu faire, s'il avail eu à sa disposilicm des chœurs et un orchestre, comme en eurent Moiiteverdi à Mantoue, Cesti à Vienne, ou Lully à Paris'. iJans les étroites limites où les ciri-onslances le tinrent, il fut surtout un niailre du chant solo; et là est surtout sou importance liistolique. Son récitatif était encore regardé par- Scheibe, en 174.5, comme le plus expressif de l'opéra italien. La forme de Varia fut perfectionnée par lui, d'une façon remarquable. Il employa rarement l'air r/» capo; mais on en trouve une esquisse dans ses airs strophiques, à deux parties, dont la ritournelle instrumentale répète la première. Il use surtout d'une suite de récitatifs et d'airs, d'adagio et d'allegro, de rythmes à 3 et 4 temps, dont le contraste devait frapper les maîlres de son époque, en particulier Luigi llossi, et inilua peut-être sur le style de leurs canlates. Il utilise aussi des canzonette populaires, de petites mélodies des rues, qui viennent rompre la solennité de la tra-
1. Le Giasone (poème de Cico.^nini) eut un sucr(?s européen. Dès 16-^0. on le jouait à Munich et à Vienne.
2. On trouvera îles fragments de VEritri'a d.ins r.irticle de Romain Hollaiid sur l'(f/ièra popidaire à Venise {15 février liJO(J). — Le Coii- «erv.itoire de Paris possède de cette œuvre une partition nian((scrite, dont quelq((CS pages au moins semblent de la main de Ca\alli.
3. L'Ei'coli' pei' la Maestu di Luigi XtV, re tli Francia, iwlle sue tto^ze iu Parigi.l'aimo i66-J.
4. En quelques traits, Ca\alli excelle à peindre, avec son petit op- <liestre et les voiï. le milieu oii se meuvent les personnages. Telles, la Sinfonia infernale des Xozze dt Teti, — \dL.Sinfûnia navale de Didone. — la peinture de la nuit et de l'aurore dans Eijisto (104::}, — le eliant du ruisseau d'Ercole.
a. Les dix-huit Ihëàlres d'opéra de Venise, de 1637 à 1700. donnèrent 301 pièces.
gédie; et son récitatif s'anime, de place en place, ré-
cliauHé par des rythmes popiilairc^s et coupé par des brili(!s de petils airs, (|ui lui donnent une élasticité singulière. L'op('Ta de Cavalli yarde encore une indépendance d'allures (|ui va bienU'it s'ell'accrdu tln'àtre italien, sous l'innuence lyranniquedu grand air et du l/cl canto.
Tandis (pie Venise, prniitant de l'éclipsé des Itarberiiii, prenait l'avance sur Itome et devenait la capitale de l'opéra italien au xvii« siècle'', la comédie musicale des Harberini se créait un théâtre spécial, à riorence, en \li'6~ : le Teatio delta Via detla l'eri/ola. Ce (liéàtre s'ouvrit par un dramma civile rusticak idrame bourgeois et campagnard), poème de G. Andréa Moniglia, musique de Jacopo Mclani. Moniglia est le seul poêle d'opéras (pie Florence puisse opposer à la nuée des auteurs de lihretti vénitiens. Jacopo Melani, de Pistoie, était le frère d'un aventurier que nous retrouverons en France, au service de Mazarin, .\tto Melani. Il écrivit un grand nombre de comi'dies musicales''' el cl'opéras, dont la réputation s'étendit au loin'. Aucune de ses œuvres et de celles de Moniglia n'atteignit à la renommée de La Tancia.ocit'ro il Pûdestri di Colnijniite. qui inaugura en lO.'iT le théâtre de la Pergola*.
On se souvient ijue, cinquante ans auparavant , Micbelangelo liuonarroli le Jeune avait lait jouer une comédie paysanne du même nom. Le sujet était une sorte de Bouri/eois (ji'nldhomme, qui se passait au village. Moniglia reprit le sujet librement, en y mêlant un élément romanliqne el senlimenlal. LVeuvre est écrite en patois toscan, et .Moniglia poussa le scrupule d'exactitude si loin qu'il dut plus tard joindre un glossaire à sa pièce '^.
La musique est d'une haute valeur. On y sent. comme l'a montré M. Iioldscbmiilt, l'iiitlueace de Cavalli, dans le dessin, la forme, la mélodie, la structure des morceaux. Les airs sont d'une grande beaulé plastique. En général, ils ne s'astreignent plus, comme chez Mouteverdi ou chez les compositeurs romains, à rendre avec exactitude le sens des paroles, mais tout au plus l'émotion générale de la situation "'. La vérité des accents dramatiques reste confiée aux récilalifs; dans les airs s'épanouit la pure beauté musicale. C'est déjà le principe de Mozart : « Dans un opéra, il faut absolument que la poésie soit la fille obéissante de la musique". -> Et c'est surtout, déjà, la noble grâce, la clarté, l'équilibre harmonieux de Haendel. On sait combien Haendel s'est inspiré, jusqu'à les copier, des Italiens de la seconde moitié du xvii^' siècle. Melani (et Cavalli peut-être) ouvre la série de ses modèles.
(i. La Tancia (1057|; // Paz:o per forza (I638|; // Verdiio burtalo tlOoll) I la Sei-va iwbile (lOOOi ; Tacere ed amare, ele.