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ESCYCLOPEDIE DE LA MI'SfQUE ET njr.TIOWAinE DU r.OXSERVATOrnE
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Ici, chaque personnage est représenté par une phrase musicale qui résume l'essence de son émotion; cette phrase est libre et se développe suivant ses propres lois, sans se préoccuper du texte, qui mènerait son expansion'. Ce sera, par opposition à Gluck, le système de Mozart, pour qui la musique, dans le drame, doit être souveraine de la poésie. Na-
turellement, on n'en trouve encore chez Stradella que des indications. Ce brillant artiste était beaucoup trop insouciant pour penser à réduire en système ses intuilions de iiénie. Mais ses exemples furent instruc-
l. Le Fluridoro de SiraJella offre aussi de beaux exemples d\iirs cliercliaiil à peindre les diverses nuanees d'un caractère ou d'une passion. M. Heinz Hess en a reproduit quelques-uns.
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tifs pour Scarlalli et pour llacndel, qui en Irausinirent roiiscinneinent caclié il {"Italie et à rAlleinagne du xviii' siècle. S'il faut voir dans i.uUy le préeurseur de Gluck, il est juste de voir dans Slr.idella le précurseur, dans l'opéra, de iluendel et de Mozart.
Les premiers (pii tirèrent parli de l'exemple de Stradella furent les Napolitaigs.
Naples avait été, jusqu'au milieu du xvii'" siècle, ■en retard pour la musique sur le reste de l'Italie. Si, en moins d'un siècle, elle arriva à surpasser les ■autres villes, elle le dut principalement à ses fameu.x Conservatoires pour l'éducation musicale des enfants pauvies'. Parmi les premiers maîtres de ces Conservatoires, nous trouvons vers lOTO un prand musicien, ■dont nous avons récemment remis en lumière le nom ■et les œuvres, Francesco Provenzale-'. U fut le fondateur de l'opéra, à Naples.
On ne sait presque rien de lui. On a dit qu'il naquit vers 1610. Il est probable que la vraie date est plus tardive. On a dernièrement retrouvé la date de sa mort: 170'f. Kn 1070, il fut nommé premier maître de contrepoint et de composition au conservatoire •délia Pietà de' 'l'urcbiiii. Il y eut pour élèves .Nicola Kapo, Domenico Sarro, Lionardo Léo; on a nommé aussi, mais sans preuves suflisautes, Alessandro Scarlatti. Il était organiste. Quand il mourut, il avait le titre de second maître de la chapelle royale de Naples : le premier maître était Scarlatti, beaucoup plus jeune ■que lui. — C'est à peu près tout ce que nous savons de sa vie, qui, à en juger par ses œuvres, dut avoir un •caractère grave, mélancolii]ue et replié sur soi.
Le petit nombre d'œuvres de Provenzale jusqu'à présent connues comprennent de la musique d'église, ■ des cantates et des opéras. Villarosa dit qu'il avait beaucoup écrit aussi pour l'enseignement musical.
Comme musicien dramatique, Provenzale s'était associé au premier librettiste napolitain, .\ndrea Perrucci. Ses liirelti otlrent un singulier mélange d'emphase décadente et de trivialité populaire. Plus encore qu'à Venise, la comédie boufîe est intimement mêlée au drame, dans l'opéia napolitain'. Point de pièce sans ces comparses : le Page, la .Nourrice, le Calabrais, le .Napolitain, poltrons, goguenards, sans scrupules, d'une humeur magnifique, et chantant des airs bouffes en dialecte populaire.
1. Ces conservatoires etnient ; 1" le cotièfre des p.mvres de Jésus- • Christ; S"» le collège de S Onofrio à Capuana; 3* le collège de Santa
Maria di Loreto; 4» le conservatoire delta Pietà de" Turcliini. — 11 y avait là environ 500 à âOOenfants. admis de cinq à vingt ans, qui recevaient rinstruction musicale ; ils étaient emplovés dans les oflîces religieux, les processions, et même dans les chœurs de théâtres et tes fêtes particulières. F*ergolese sortit du collège des pauvres de Jésus-Christ, et Léo du Conservatoire delta Pietà de' Turchini.
2. Voir Romain Itolland , Histoire de t'opéra en Europe avant Lully et Scariatti, I8ii3, Fonteuioing. (L'n choix de la musique dramatique de Provenzale est publié, en appendice à cet ouvrage.)
Ce chapitre était écrit depuis plusieurs années, et remis à l'éditeur quand a paru dans les Sainmdbaiide àrr Internat, Musikgeseilschaft juillet-septembre 1900). un article de M. Hugo Goldschniidt : Fran-
De tels livrets prêtaient médiocrement à l'expression lraf,'i(|ue. La musique de Provenzale est cependant profonde et souvent poisnante. Elle communique une grandeur et une émotion intenses à des situations dont le poète n'avait pas pressenti la puissance. A la vérité, cette musique pathétique est peu faite pour la scène : ce sont des [lOiines lyriques de la douleur et de la mélancolie; ils ont un caractère religieux; on ne saurait oublier, en les lisant, que Provenzale avait été organiste, et qu'il dut sa renommée la plus durable à ses œuvres de musique sacrée'. Mais un tel défaut est trop rare dans la niusicpie dramatique italienne, pour ([u'on puisse en faire un reproche à Provenzale. Les opéras du vieu.v maître ont un recueillement d'émotion, une intimité d';\me, que n'ont jamais connus Strailella ni Scarlatti.
Pas plus que les Vénitiens, Provenzale ne fait usage des chœurs; mais il arrive que les voix des soli se réunissent à la lin du drame, pour donner plus d'ampleur à la conclusion de l'œuvre, comme dans le très beau et très original quintette linal de la Steltidaura ventiicatit, de 1G70. L'accompagnement instrumental est réduit à la basse seule, ou à deux parties de violons et basse; mais il a souvent une vie propre, indépendante du chant, telle qu'on en trouverait difllcilement un autre exemple dans la musique italienne du xvii= siècle. Dans un air du Schimo di sua moglie de 1071, l'accompagnement, à trois parties réelles, forme un ensemble contrapontique bâti sur deux thèmes, où la voix vient ensuite s'enchâssera Si l'on ne trouve pas chez Provenzale de grands morceaux instrumentaux, comme chez Scarlatti, toutefois Lu Schiaro di .fiai mo'jlie est précédé d'un prélude en deux parties, dont la seconde est fuguée, d'un calme mélancolique et serein'"'.
.\insi que Stradella, Provenzale ne craint pas d'avoir recours aux vocalises; il en emploie qui exigent une vigueur et une virtuosité exceptionnelles; mais presque toujours, chez lui, elles ont un caractère dramatique et passionné; telles d'entre elles sont des sanglots inarticulés, des sortes d'oraisons sans paroles, ou des frémissements de passion. Dans ?es harmonies, il est beaucoup plus hardi qu'aucun Italien de son temps; il y apporte une âpreté et une audace expressive qui ne craint pas de paraître parfois fautive ou blessante pour l'oreille, mais qui est souvent géniale.
«SCO Provenzale ats Dramatiser. Je suis heureux de me trouver d'accord avec le jugement artistique de l'éminent historien.
3. C'est de Venise que furent importés à Naples les premiers opéras et les premiers chanteurs d'opéras. L'usage des comédies en musique lut beaucoup plus tardif dans cette ville que dans le reste de l'Italie. L'incoronazione di Poppea de .Monteverdi inaugura ces représentalions, en lù'6l. Puis vinrent des opéras de Cavalli et de Cesti. Mais, dès 1058, Francesco Provenz^de débuta avec son Teseo.
4. Son Panfje linfjtia à 9 voix fut exécuté, chaque année, jusqu'au milieu du xix« siècle, pendant les quarante heures du Carnaval, à l'église S. Domenico Maggiore de Naples.
o. .\\r d'Ippolita, acte !•'. scène x. M. H. Goldschniidt en a reproduit quelques phrases dans son article.
6. Reproduit dans Romain Rolland, Histoire de l'opéra en Europe avant Lully et Scarlatti.
ENCYCLOPÉDIE DE LA MCSIQUE ET DICTIOWAIRE DU COySERVATOmE
Fbancesco Provenz.vle. — Lo Srliiavo di sua mnglie ' (167 T [acte I, scène viii, fragraenlsl. MENALfPPA.
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Las.cia-teirii Las..cia ternimorir,
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Il pratique l'air r/f/ capo; mais il emploie de préférence une forme d'air à deux parties, l'une ;i 4 temps et l'autre à :i temps, chacune répétée deuï fois et séparée de l'autre par une ritournelle ; ou bien un air d'une seule tenue, comme celui de Timante, que nous donnons plus loin, et qui est composé de deux longues périodes oratoires, répétées intégralement chacune, et formant ainsi quatre membres de phrase,
que séparent quelques mesures d'orchestre. Surtout, il excelle à donner une très forte unité à ses airs, en leur imposant, du commencement à la fin, un dessin mélodique et rythmique, qui est comme une vue en raccourci de toute la situation. Il arrive ainsi à forger des airs d'un seul bloc, comme ceux de Gluck, et qui produisent les mêmes elléts de fascinatioi» dominatrice.
Francesco Provenzale. — In Schiavo ili snii moi/lif (1671) [acte III, scène iv]. TIMANTE.
1. /.o SchiafO di sua moglie {L'Esclave de sa femme). Irois actes aicc prologue. (M inuscrit i la Bil)l. S. Cccilia de Rome - .\ la dernière page ou Irouve celle noie : « Franc. Proienzalc scrisse 1671. •)
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