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Tels autres, comme ceux de Sciarra Napoletano dans Lo schiavo. ou du Calabrese dans Stellidaura, ouvrent à l'opéra napolitain une voie nouvelle, où il va se jeter avec succès : celle des airs en patois napolitain ou calabrais, qui tendent à utiliser les rythmes et les mélodies populaires. Les compositeurs napolitains exploiteront cette mine jusqu'à Piccinni, à la (in du xviii" siècle.
L'homme en qui se résume aujourd'hui, par une simplification exagérée de l'histoire, toute la musique napolitaine du xvn" siècle, est Alessandro Scarlalti. Son œuvre est pourtant très superllciellement connue. Elle est d'une abondance et d'une variété e.xtrêmes; elle comprend li.'i opéras, SOfl cantates, des oratorios,
1. Il n'est ]).is «le grande bibliotlù-que musir:ile d'Kiirope qui ne snit abondamment pourvue d'ieuvres do Srarlatti. Le Conservatoiio de Paris possède 10 opéras de lui, sans parler de la musique religieuse, et de 15 volumes de cantates.
Un seul des opéras de Searlatti a été réédité : la Rosnurn, d.ins la collection déjà citée de Robert Eitner. Ce n'est malheureusement pas l'un des plus caractéristiques.
M. Edward Dent a publié récemment un livre evcellent sur A. Searlatti, qu'il continue d'étudier, en de nombreux articles.
des messes, des madri^'aux, des pièces pour remôa/o, des symphonies, sonates, suites, concertos pour divers instruments, et des œuvres théoriques'.
Alessandro Scarlalli naquit vers tC'oO à Trapaiii, en Sicile-. Il n'arriva qu'assez tard à Naples. Il semble s'être formé à Home, et peut-être dans l'Italie du iNord, car ses premiers modèles paraissent avoir été Carissimi, les maîtres vénitiens Cavalli, Cesti, Legrenzi, et surtout Slradella^. U écrivit un grand nombre de cantates, avant de se consacrer à l'opéra, oit il débuta en 1670, avec L'crrore innocente, ovver" Gli c'/iiicoci net semblante, qui eut un grand succès à Home. C'était au temps où le pape Innocent XI luttai! en vain contre l'opéra, qui était devenu un prétexte aux pires scandales. Le pape avait contre lui tout le public, à la tète duquel Christine de Suède était des plus ardentes à soutenir l'opéra, dont elle étail fanatique. Searlatti se trouva mêlé à ces luttes héroï-comiques, et y gagna la faveur de Christine, qui
2. iM. hent a fait remarquer que son nom n'esl pas sicilien (ce serait, en ce cas. Sgarlata ou Scarlat.i) ; il est plutôt toscan.
'i. Il est à noter que les premières cantates de Scm-latti sont toujours publiées dans des recueils oii elles sont associées à des cantates (le Stradella et d'autres maîtres de l'Italie du Nord ; de plus, à la Bibl. Estense de Modène, parmi la collection des Stradella. se trouvent des compositions autographes de Searlatti.
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lit de lui son lunllrc de cliapclle. Il quillii Home pourtant en I("i8i, pl vint s'iiislallcr h Nuples, où, |>ar on ne sait (pielles intrigues, il réussit ù se faire niminicr «i'einlilée niailre de la chapelle rovale'. Il se maria, celte même année, avec une Napolilaine, et en eut trois ou quatre enfants, dont le premier, né le l'6 octobre lt)N,ï, fut (iiuseppe Doinenico, qui devait avoir plus tard un grand nom dans l'Iiistoire de la musique instrumentale, .lusqu'en 1702, il garda son titi'c de maître de cliapellc à Naples, produisant cliacjue année ime moyenne de deux opéras, qui étaient Joués au théâtre royal ou an San Itarlolommeo. Il écrivait aussi des opéras poin- Home, et des sérénades ou des cantates pour les fêtes de la noblesse napolitaine, dont il était le musicien ordinaire. C'était un public médiocre, indill'érenl à l'art et grossièrement jouisseur. Scarlaiti semble en avoir subi le découiagenu-nl ; et ses derniéi'es œuvres de .Naples sont inférieures au.\ premières. Oe plus, la guerre de la succession d'Espagne rendait sa situation assez précaire, à .Naples. Kn 1702, il en partit, et oscilla pendant plusieurs années entre Knme et Tlorence, sans trouver ni dans l'une ni dans l'autre de ces villes une situation snllisanle et digne de son talent. En 170:!, il fut nommé niailrc de chapelle assistant à Sainte-.Marie Majeure de Uome. Il ne fallait ]>lus compter sur l'opéra. Le pape Innocent XII avait lait détruire en 1G'.I7 le magnilique théâtre Tor di .Nona, et toutes représentations étaient interdites. Scarlatti fut réduit à la musique de chambre et d'église. Elle était arrivée à un haut degré de perfeclion , parmi les musiciens romains, que stimulait l'enthousiasme intelligent du public le plus rafliné qui fût. Au."; réunions de r.\cadémie del'Aicadie-, dans les beaux jardins du prince Ruspoli sur le mont Esquilin, ou aux soirées du lundi, chez le cardinal Otloboni, .Scarlalli et son lils se rencontraient avecGorelli, Pasquini, Francischiello et Haendel, et parfois ils rivalisaient entre eux''. Cette émulation fut bienfaisante pour Scarlatti, dont le style ne cessa de progresser pendant celle période, oij il écrivit des cantates, des messes, des oratorios et des concerti sacri.
En même temps, il était en relations avec l'iorence, où il avait trouvé un Mécène, Ferdinand III de Médicis, le lils du grand-duc dcToscani'', qui s'intéressait à l'opéra et s'élail fait bâtir un théâlre dans sa villa de l'ratolinii, près de Klorence. Scarlatti éciivit pour lui plusieurs opéras; mais son style paraissait trop savani au [irince, qui ne le nomma point maître do chapelle à Pialolino, comme l'espérait Scarlatti, et i)ui lui préféra l'erti. Scarlatti dut se résigner à retourner en 1708 â Naples, où il reprit son poste de maître de chapelle ' et devint, en 1709, maître du conservatoire des Pauvres de Jésus-Christ. Dés lors, il écrivit un grand nombre d'oratorios, de cantates et d'opéias, pour .Naples et pour Uome, où l'opéra s'était louvert. Il composait aussi l)eaucoup d'œuvres de; circonstance pour des aimiversaires princiers ou des solennités poliliipics*. Il fut fait chevaliei- en 1710. L)e I7IIS à la lin de 1721, il séjourna à Uome, tout en conservant son tilrc à .Naples; il y donna, an théâtre Capranica, ses derniers opéras, dont le dernier de tous fut la Grimida, en 1721. ICnlin il revint à Naples, après un pèlerinage à Loielte, et il n'en bougea plus jusqu'à sa mort. Sa renommée s'était étendue en Allemagne, liasse devint son élève en 1724, et Quantz, le célèbre flûtiste, maître de Frédéric II, vint le voir, au commencement de 172i)". Quelques mois après, Scarlatti mourut, le 24 octobre 172o, à l'âge de 66 ans.
Il n'est pas très facile d'établir un classement rigoureux dans l'œuvre immense de Scarlatti. On ne peut que marquer sommairement les caractéristiques des diverses périodes de sa vie.
Dans la première péiiode romaine, jusqu'en 1684, il subit l'iiitluence de Stradella, sans avoir ses exagérations el son abondance toufl'ue; le théâtre, auquel il se consacra de bonne heure, lui apprit à élaguer ce qu'il y avait dedili'us dans ses premières cantates de chambre. Dés ses premiers essais, d'ailleurs, il montra de grandes qualités dramatiques dans ses récitatifs; et ses harmonies sont souvent riches et expressives. Il n'est pas sans lappeler parfois, dans ses opéras du début, la gravité un peu morne et stagnante, mais profonde, de Provenzale.
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Ai.ESSANDRO Scarlatti. — L'oitealii iit'tr iimure (IGSO). Fragments.
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I. C'flait un [.ussc- lioit eviilent ;i 1 i.'g.iMl des musiciens nnimlitains, comme Provenzale; et il semble que cela ail fait crier. L'affaire fut assez scandaleuse, et la sœur de Scarlalli, Anna Maria, y fui mêlée ; chanteuse à l'opéra de Naples, elle semble avoir eu plus de cbarmes que de talent, et en avoir usé généreusement daus rintcrèt de sa famille.
:!. L'Arcadie avait été fondée à Rome, en IGOO. pour la défense de la poésie populaire et de l'éloquence. Les auditions de sonnets et d'épigrammes y allernaienl avec celles d'oratorios rclifrieux. Les papes, les cardinaux, les princes, en faisaient partie, et s'y trouvaient sur un pied d'égalité avec les artistes.
3. On trouvera dans VArcadia de Crescîmbeni le récit de certains concerts où Scarlatti joua un rôle amusant. — Mainwaring, dans ses
Mi'-moires^ raconte aussi une joute mémorable de Domenico Scarlatti avec Haenilel, chez le cardinal Otloboni.
4. Il était bon claveciniste; et Eartoloinmeo Crî^tofori. l'inventeur du piano forte, travaillait pour lui.
5. Francesco M:inrini, qui l'avait remplacé, redescendit au rang de vice-maitre de chapelle.
6. Entre autres, une sérénade pour la paix de Rastadt, en 1714. V lieu près en même temps. Haendel ;\ Londres, et Keiser à Hambourg, célébraient cet événement par un Te Deum et une Kaisertiche Friedenspost.
7. Quantz a raconté cette entrevue, plus tard. Il dît que Scarlatti joua du clavecin devant lui, « d'une façon savante, bien qu'il ne possédât pas autant d'agilité d'exécution que son iils v.
ENCYCLOPÉDIE DE LA MUSIQUE ET DICTIOXXAIRE DU COXSERVATniRE
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Dans les opéras de la première période napolitaine (1684-1702), Scarlatti arrive à une perfection un peu mécanique de facture, surtout dans les airs, qui sont moins variés que dans la période précédente, et où il s'attache de plus en plus à la forme da capo '. Au cours de cette période napolitaine, un peu de lassitude se fait sentir, et Scarlatti semble pencher, entre 1697 et 1702, vers des formules un peu fades, des
1. A noter que le virtuose faisait toujours îles varialions dans le da capo.
rythmes monotones et saccadés à 12 8, en forme de siciliennes, où M. Dent croit reconnaître l'inlluence de Bnnoncini, qui fut vers 1700 le grand liommejà la mode, non seulement en Italie, mais en France. Il y a quelques exemples de rccitatuo slruinentato. Dans les ouvertures commence à s'établir le type à trois mouvements : loHapide; 2° Grave (quelques mesures seulement); 3" Balletto, caractéristique de toutes les ouvertures de Scarlatti (d'ordinaire un menuet), qui se divise lui-même en deux parties bien rythmées,
IIISTOinE DE LA MISIOI'IC
dont chacune se répèle. — La musique des danses venait en ;.'t^ni'ral de l'iance. Il t'>t possildi: qu'une partir clo l;i musiqui' insiriinioiitali' fiH iniprovi>i-e au clavecin par .Scarkilli lui-iacnie. — Le sentiment dran)ati(|UL' est assez fail)li' dans les œuvres de cette époi|ue. Ce qui abonde, ce sont les ;;racieux airs de concert, et surtout de pastorales. Tels lesaiis de H'>s(nmi, ou l'air d'Irène avec acconipagni'ment di- deux violons soli dans l'.-lmaicxnc gucrricra, de 1680, qui a quelque analogie avec le fameux air (i'Ilippolylc el Aricie de Itameau : « Hossignols amoureux '. » De plus, Scarlatti niniitre alois un talent coniiiiue assez marqué-. Les meilleurs opéras de celte période sont la Stalira, de lIjUO, etle Pinoc hcincli- in. lie 1694. LaHosiiuru.iie
16'J0, rééditée par Uobert Eitner, est une œuvre de circonstance, éciite pour un mariage Otlolioni, à Home; elle représente médiocrement le style napolitain de Scarlatli.
Dans la période suivante, (pii va de 1702 à 1707, Scurlatti écrit des cantates et des oratorios pour Itome, et des opéias pour le théâtre du grand-duc de Toscane, ù l'ratolino. Les cantates et les oratorios romains sont très soignés et témoiunenl de rinflueni'o des grands virtuoses romains du violon et du violoncelle : Corelli et Francischiello •'. Une de ces œuvres, l'oratorio de .Noil, del70.ï: 0 di Brtlemme altéra, est particulièrement intéressante, car Haendel y a pris sa Sinfoiiia paslorule du .l/i.ssic.
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La discipline imposée par ces ouvrages, écrits pour un public d'élite, devait servir au progrès de Scarlatti dans l'opéra. Malheureusement, les opéras pour Pratoliuo, qu'il considérait comme les meilleurs qu'il eût faits, se sont perdus, et nous n'avons plus que ses lettres au grand-duc de Tnscane. Elb^s sont Ires intéressantes pour sa façon de composer et pour l'interprétation de ses œuvres'. Le seul opéra de cette période qui donne une idée, d'ailleurs très haute, de
3 4 son nouveau style, est le Mitridatc Eupatore, joué au théâtre S. Giovanni Grisostomo de Venise, en 1 707. C'est une œuvre admirable, dont le poème, par le comte Girolamo Frii'inielica Uoberti, n'est pas moins intéressant que la musique ■■. Les caractères sont fortement tracés, et les airs ont une grandeur classique. Haendel, alors en Italie, a pu s'en inspirer, et les lamentations de Laodice sur l'urne funéraire où reposent, croit-elle, les cendres de son frère, font penser à J.-S. Bach.
LAOPICE
Albssandro Scarl.\tti. — Mitriilttfe Kiipitlfri^ (1707).
Moderato e staccato
Viol 1
Violoncelle et Viole RncciT^
f y^r vP
1. Les nouveaux op^r.is il.iliens étnient joués régulièrement ;t Dijon, chez le conseiller :m Parlement Maltesle, depuis 1630. — Rameau fut d'ailleurs tout ;t fuit sous t'inlluence italienne, durant son premier séjour à Paris, où régnait un engouement passionné pour Bononcini.
i. A Rome, ou l'on n'avait pas d'actrices, les rôles comiques étaient d'habitude de vieilles amouretises. La première soubrette d'opéracoraique connue est la Lesbina de VOdoardo de Scarlatti, joué â Naples en 1700. Certains valets annoncent Leporello de Don Juan.
3. Scarhitti emploie souvent le violoncelle pour l'accompagnement de ses airs.
4. Lettres d'avril à juillet 1703, cilèes par M. Dent. On y voit dans quelle position subordonnée le plus grand musicien italien d'alors se trouvait vis-à-vis, non seulement du prince son protecteur, mais de son librettiste (Stampiglia). On y voit aussi quel sérieux, quelle émotion et quel juste instinct du drame possédait Scarlatti. Enfin, on y trouve des explications précieuses sur le sens de ses indications de nuances.
i o. Il s'inspire de VElectre d'Euripide.
ENCVCLOPEDIE DlC LA MrsiQVE ET DrCTIO.XXAmE DU COSSEnVATOIRE
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Viol solo