‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du ConservatoireChapitre 888 sur 1158 · ZZ · texte numérisé non relu

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Dans cet examen rapide il nous reste bien peu à dire au sujet de Giovanni-Maria Trahasi, Napolitain, qui en 1G06 était organiste à Naples, et de Fra lîernardino Bottazzi, de l'errare. Bon nombre des œuvres du premier ont été publiées àNaples, cliez l'éditeur G. -G. Carlino, au début du sva» siècle, entre autres Ricercate, Canzone francese, Capricci, Canti fermi, Ganliardi. Partilc diverse. Toccate, Durezzc, Ligature, Consonanze stravaganleupere lutte dasonare,elc.,i603, et II Seconda

Liiro de Ricercate ed allri rarii Capricci, con 100 versi sopra li Otto toni ecclcsiastici, 161 ii. Fra Bernardino Bottazzi, de Ferrare, fait partie des didactiques avec l'ouvrage publié à Venise, chez Giacomo Vincenti, en 1614. Je le trouve dans le Catalogue de la Bibliothèque du Lycée musical de Bologne, avec ce titre : Cliori) ed Onjano, Primo Libro. In cui con facil modo s'apprende in poco tempo un sicuro methodo di sonar su l'Organo Mase, Aniifone ed Ilinni sopra ogni maniera di canto fermo, etc. L'ouvrage se compose de plainchant avec des versels pour orgue en réponse au chœur. Le système de notation, selon l'usage de l'ancienne tablature, se compose de cinq lignes pour la main droite et huit pour la gauche.

Peut-être n'est- il pas inutile de rappeler que la tablature italienne pour orgue, souvent cilée dans les onivres de ce temps, n'était qu'une notation commune, en de vrais signes musicaux. Ce qui changeait était le nombre des lignes de chaque portée, qui augmentaient ou diminuaient selon l'extension atteinte par le développement des parties, afin d'éviter des traits additionnels. Ainsi dans Claudio Merulo la portée de la main droite a 5 ligues, et celle de la main gauche 4. — Diruta, dans celte dernière, se sert de 8 lignes; dans Frescobaldi les deux portées sont de cinq ligues; .\resti varie, selon les cas, de S à 8. Il n'existait donc pas de règle fixe. D'autres compositeurs, tels que Antonio Croci, frère mineur de Modène, organiste en 1633 à Saint -François de Bologne, et en 1642 maître de chapelle à l'église de Saint-Félix, de la même ville, peuvent être nommés ici, comme les anneaux de la tradition qui lie les artistes les plus grands. Ft nous

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passons à des noms plus coiimis avec Claudio Merulo, (liiolamo Dinila, ItiTloMo Sppriiidio ou Sperandio, l'Ioieiizio iMasclieia, I.uz/.asco l,uz/asr,lii, (]ue nous allons exaniiiior.

Les renseignements sur la vie de (Claudio Merulo (en oiifiiiie Meilotti), de Coiio^!j;io, sont répandus môme parmi les amateurs li'S plus modestes d'études musicales. Il naquit le 8 avril l.i:i3, fut élève du Français Menon et de Willaert; il remplit lacliar;ie d'organiste au divine de iirescia.et le 22 juillet lo.'i7 il fut nommé premier organiste de la Chapelle ducale de Saint-Marc à Venise. 11 mourut à l'arme, où, l'an 1.184, il avait rempli la charge de maiire de chapelle. Dans l'histoire de l'art instrumental il doit être mentionné non seulement comme compositeur, mais aussi en (jualité de maître d'artistes distingués, parmi lesquels on peut citer IJirula et Maschera. Plus qu'un innovateur, il a été un améliorateur diligent des éléments que la tradition lui apportait. Ses Toccnle , tout en suivant le type de Andréa (iabrieli, acquièrent de nouveaux mérites d'art. Le contenu artistique n'a rien

à laire avec le l'utile édifice de virtuosité qui trop souvent nous saisira dans Bell' llaver, dans Quagliati et dans d'autres de ses successeurs. Ci' qui est prouvé par la Toccata tiel nono tmio tirée des Toccale d'intavnlaliira linniano (livre II, Home, chez Simone Verovio, 1004), dont je ne p<Mi.\ pas m'empéchiM- do reproduire un premier dessin. La nn'lodie large et continue coidiée au soprano se développe sans interruption sur de petits jeux sonores des parties en dessous (|ui rappellent les agréments propies du clavecin. C'est la révélation de la virtuosité igiii va apporter la décadence dans l'art noble et vrai. Mais ici cette virtuosité est encore touli' employée dans un but noble, et l'onde du thème tlotte là-dessus sans cadence, avec une lliiidilé ipii pourrait nous rappeler la mélodie wagnérienne continue. Seulement à la Ib'^ mesure, à laquelle j'arrête cet exemple, une vraie pause de cadence apparaît, après quoi les passages d'agilité commencent à prévaloir, tandis que dans la basse la mélopée renferme tout encore en un cadre noble et expressif.

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ESCYCLOPÉDIE DE LA MVSIQIE ET DICTIOSSAIRE DV COSKEnVATOIBE

En suivant l'ordre de? temps on doit mentionner Florentio Maschera. dont on a déjà parlé à propos des Précurseurs. Organiste à Brescia et ensuite à « Santo Spirito » de Venise, il nous laisse les Canzoni da sonare telles que La Capriola, reproduite par M. \Vasielewski au n" 1 de son recueil, et qui probablement ont été aussi composées pour orgue. On a dit et écrit, M. Tebaldiiii entre autres dans son ouvrage

Metodo di stuilio per iùrgano mndcrno: qu'il évita toujours le rythme delà Cfl«:one française J J J J.

Cette faute vient de ce que les auteurs, avant de porter leur jugement, négligent de consulter loutes ses œuvres.

La Capriola commence précisément ainsi :

Ensuite on trouve Giovan-Paolo Cima, avec l'œuvre Partito (le liiccrcari e Canzoni alla Francese, di Gioiiin-Paolo Cima. Orrianisia alla Madonna pressa S. Cclso in Milano appresso l'heredc di Simon Tini et Filippm Lamaizo, 1606. La date de la publication nous dit le caractère de ces œuvres, qui obéissent au formulaire scolastique. Et le Hicercare que précisément j'e.xamine en l'Arte musicale in Italia, vol. 111', p. 141, résulte d'une sorte de double canon où nous trouvons quelques particularités du contrepoint, ainsi que le retard de i' avec la 2' au-dessus, que quelques contrapontisles modernes peut-être ne trouveraient pas assez sévère :

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Luzzasco Luzzascbi, de Ferrare, que Merulo appela a premier organiste d'Italie », vécut probablement de lo4o jusqu'à 1607. F. -H. Haberl,en étudiant la vie de Frescobaldi dans « Kirchenmusikalisches Jahrbucli fiir das Jalir 1S87 », prouve par des documents qu'il fut maître de Frescobaldi même. Dans la seconde partie du Transiliano de Girolamo Diruta je note les Ricercari du premier ton et du second, tons faits sur un même thème renversé, usage qu'on a déjà vu maintes fois adopté dans la période moins ancienne.

HISTOIRE DE L.\ MUSIQUE

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Celui (jui s'iuléresso aux particulaiilés de la U-cii- «liquc pourra, peut-être, relever dans la Toccata du •V" loii, lirt'e elle aussi du Tran^ihuno et contenue dans le troisième volume de i.irtc iinlicii fiiwderna. le fa dièse de la basse. Il n'appartient pas à la tonalité liypopliry^'if'une et rc|irés('lite quelque; chose de moderne.

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Dans ces auteurs la forme ne pro^Tesse pas sensi- Idenieiit. Ils peuvent être classés dans la période préparatoire de la fjrande école, qui va lleurir avec rrescobaldi. Qucliines-uns se laissent attirer seulement par la lechni(]uc, et alors les comiiositions ne sont que de simples passaj,'es d'agilité intercal('s dans •des accords riches et sonores, sans un vrai contenu idéal. Telles sont les œuvres de Otlavio Bariola, de Milan (vers l.")8,"i), celles d'un hon nombre d'antres qui n'apportent à l'art aucune contribution. Au contraire, d'autres fois, nialtiré l'aridité que la pratique sévère du contrepoint entendrait, on voit les auteurs se préoccuper de développer dans le moyen le plus inf;énieux qu'il leur était possible le thème ou les thèmes choisis. Kn ce cas, tandis que les violonistes élaborent la forme binaire, ces organistes s'abandonnent à la plus grande liberté dans l'art de développer un sujet. Kl ce second courant renforce le premier; il commence avec le lUcercare, dont le nom, à lui tout seul, indique le soin industrieu.\ et quelquelois fatigant de l'artiste, et se perfectionne dans la Toccata.

Cette seconde phalange de compositeurs dignes de louange se compose de (iiuseppe Guami ou tiuamnii, Fasolo, Annibule Padovano, tous faisant partie de l'école vénitienne à laquelle appartiennent Merulo et les deux (iabrieli; Gabriele Fattorini ou Fatorini, organiste à Home, Vincenzo Bell' llaver, Vénitien, Costanzo Antegnali. A un degré moins élevé nous trouvons Paolo (Juagliati, et Diruta même, chez lesquels l'idée est remplacée par l'aridité scolastique.

Le nom de Diruta, plus que pour sa production artistique, olfre un intérêt dans l'histoire de l'orgue pour l'ouvrage, maintes fois mentionné, intitulé II Traynilvano, bialoijo sopra il vero modo di sonar organi eil istromciiti dapenna, publié en do97 à Venise, chez Vincenti. Les études de Cari Krebs, en corrigeant les dates de M. Fétis, ont démontré qu'il naquit probablement entre loiii et 1564 à Pérouse'. Adriano Banchieri était né à Bologne en 1567 et y mourut en 1634 : il fut élève de tîuarai, et pour ses tendances il fit partie de l'école vénitienne. A leur production s'entrelace, comme j'ai observé, celle de Paolo Ijua- ;,'liati, que nous avons déjà vu parmi les compositeurs pour violon, celle <le .Mcola Corradini, Crémonais, et de beaucoup d'autres qu'on ne cite pas ici, car dans cet examen rapide nous jugeons bien plus important de relever surtout les noms de ceux qui ont donné une impulsion particulière à la technique et au développement de l'art.

Dans le champ de la technique le nom de Coslanzo

1. Krebs [C.),Giroltimo Diruta s TntnsiU-aniK Leipzi?, Breitkopf u. Hiirlel, 1893.

Antegnati nous rappelle la famille la plus célèbre des constructeurs d'orgue italiens du xvi» siècle. Originaire de Biescia, Costanzo Antegnali, le dernier de cette famille, naquit à Brescia en I5.'i7, et il est l'auteur de l'œuvre publiée à Brescia en 1608, sous ce litre l'AvIe iinjanica di Coslanzo Antcuuali organLsIa del Duoino di llrcscia. llialoi/o Ira l'adri: e Fiylio à cui pcr ■ via di auucrtiiHcnti in-

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ijano : con l'indice de ijli orijani fahricati ni casa loro. Ce livre, document pri';cieux du point aii- (|uel l'art dos constructions était arrivé à cette période, contribue à faire connaître le nom de l'auteur plus que ses compositions musicales.

Environ à cette période remonte la production de Giovanni Gabiieli, que nous avons déjà mentionné parmi les Précurseurs et qui fut élève de son oncle André. .\é à Venise en 1557, il succéda eu 158't à Claudio Merulo et mourut le 12 août 1612, laissant une produclion très riche qui fut illustrée, entre autres, par M. Wintei'l'eld {.lohannrs Gnhrieli ii. sein Zeitalter, I83f), que j'indique au lecteur pour une élude particulière. G. (jabrieli esL un noble artisan de la forme de la Toccata, et l'enseignement qu'il donna à Schiitz le place parmi ceux qui servirent à répandre en Allemagne la richesse instrumentale italienne.

L'époque de Giovanni Gabrieli nous rappelle le nom de Giovanni Cavaccio (écrit aussi Cavatius, Cavacchio ou Cavaggio), né à Bergame vers 1556 et mort dans cette ville le 11 août 1626. Dans sa riche production, dont on peut trouver la liste dans Eitner, les compositions pour orgue révèlent une tendance au développement thématique, ce qu'il est intéressant de relever dans ce l'apide examen à travers les formes que l'école italienne avait vu grandir. Par conséquent on peut considérer Cavaccio comme digne de paraître parmi les forts précurseurs de Frescobaldi. Dans celte période on trouve encore beaucoup d'autres noms, tels que ceux de Cristofano Malvezzi, Floriano Canale, Annibale Zuccaro; ils constituent la chaîne qui nous amène à l'organiste italien le plus grand du xvir' siècle.

Dans toutes les périodes on voit la création idéale s'entrelacer avec l'élément matériel, de façon à établir entre les compositeurs et les constructeurs d'instruments un lien étroit el sensible. Dans les temps modernes c'est ce qui ariiva pour le piano, dont les premières écoles viennoise, ou mozartienne, et ilaloanglaise, ou de démenti, naissent des modèles de piano dont Mozail et Clemenli se servirent. Le même fait se vérifie chez les violonistes, qui atteignent une hauteur plus grande précisément en Italie, où s'établirent les fabriques les plus célèbres des instruments à archet. Et l'on observe encore le même fait dans l'école italienne de l'orgue, qui atteint le degré le plus haut lorsque les fabriques des Antegnali avaient amené à une perfection peu commune la technique de l'instrument, et les innovations du jésuite Hermann descendaient de l'Allemagne pour répandre parmi les Italiens de nouveaux avantages.

Girolamo Frescobaldi, de Ferrare, élève de Luzzasco Luzzaschi, est le représentant le meilleur de celle période. Il était né peu de jours avant le 9 seplem-

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bre lo83 (il tut baptisé ce Jour-là), et enseveli à Rome le 2 mars 1644. En étudiant les clavecinistes, nous aurons l'occasion d'indiquer ses œuvres. Nos recherches sur Luzzasco Luzzaschi nous ont amenés à citer l'étude de M. Haberl, qui fournit les renseignements les meilleurs sur sa vie. On sait que, tout Jeune encore, en 1607, il fut organiste à Malines, et qu'à cette époque il demeura certainement dans les Pays-Bas, puisque ses premiers madrigaux à cinq voi.\ sont publiés à Anvers, en 1608. Dans la même année on le trouve à Home, où le Capitolo di S. Pietro l'avait appelé à succéder à l'organiste Ercole Pasquini; et il remplit cette charge jusqu'aux dernières années de sa vie, se portant quelquefois en d'autres villes où il était appelé. Seulement en 1643 il laissait la place de Saint-Pierre pour accepter celle d'organiste dans la petite église de <c S.-Laurentius in monlibus ». Et son renom, que tous les contemporains connaissent, fut tel, que même Froberger fut poussé à demander un congé à la Cour de Vienne, entre 1637 et 1641, pour aller à Rome, étudier sous le prince des organistes italiens.

On a déjà vu les traces de ce fait historique dans l'oeuvre de Frescobaldi pour ce qui concerne la technique en rapport aux transformations rythmiques d'un thème (V. les Violonistes, plus haut), et nous pouvons rappeler ici utilement que l'art de Sébastien liach, sous plusieurs aspects, se rattache au développement apporté à la composition par Froberger; et précisément, selon Anibros et Rilter, Frescobaldi représente le degré nécessaire et immédiat pour passer à la hauteur admirable de l'organiste de Eisenach.

L'œuvre de Frescobaldi acquiert une importance particulière à l'égard du développement de l'harmonie moderne. En effet, il n'est pas diflîcile de trouver en lui des passages qui préludent clairement à notre conception moderne de la tonalité. Le morceau suivant, que MM. Hubert et Parry ont déjà relevé dans une Canzona de lui, peut servir d'exemple. En toute évidence, de la dominante on passe à conclure sur l'accord de la tonique. En songeant qu'il a été écrit un demi-siècle environ après la mort de Palestrina, ou pourra voir le chemin parcouru.

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