‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du ConservatoireChapitre 914 sur 1158 · XI. — L'hoiunie · texte numérisé non relu

XI. — L'hoiunie

Gioachino Rossiiii fut un enfant gâté de la fortune. Après la pi'emière f;ène que l'adolescence joyeuse et hardie rend si facile à supporter, il jouit d'une des plus heureuses existences qui aient parcouru le pèlerinage de la vie, ordinairement si pénible pour les hommes de génie : applaudissements, amour, honneurs, richesses, rien ne lui manr|ua'. C'est peutêtre pour cela qu'il eut tant de détracteurs. En faussant le caractère de son esprit inépuisable, en lui attribuant des paroles qu'il n'avait jamais prononcées, en exagérant ses faiblesses et ses défauts, en subtilisant sur tous ses actes, les journalistes et les biographes ont altéré complètement la physionomie morale de cet artiste insigne.

Le Uossini façonné par eux est un bateleur, sceptique, malin et égoïste. C'est sous cet aspect antipathique et rebutant que le plus grand nombre connaissent le grand Pesarese, spécialement hors d'Italie. C'est pourquoi le biographe consciencieux a le devoir d'enlever tout prestige à cette déplorable légende, et, en remontant aux sources pures, de présenter la figure morale du Pesarese sous son vrai jour.

Passons en revue les principaux chefs d'accusation.

On reproche à Rossini de s'être trop complu dans les amours et dans les gourmandises. Certes il ne fut pas un héros, un homme de Plutarque, comme on dit communément; il ne fut pas exempt non plus de certaines faiblesses et de certains défauts. D'une belle laille et fort, vivant au milieu du grand monde, admiré et presque idolâtré de tous, il ne put pas naturellement se montrer en sa jeunesse un modèle de chasteté et de frugalité. Il n'aima, peut-èlre, jamais aucune femme d'un amour profond, passionné. liais ces défauts, qui furent dans la suite exagérés par la renommée, ne dégénérèrent pas en vices, ne dégradèrent jamais la dignité de l'artiste.

Il fut appelé « un bateleur, qui mystifiait tout le monde..., conteur de sornettes, dont les plaisanteries étaient marquées souvent du sceau de l'impertinence 11...

Calomnie des plus effrontées, qui trou\e un démenti formel dans la lecture de la correspondance du maître, miroir fidèle de son âme, et dans les jugements exprimés par quelques-uns des grands personnages qui l'entourèrent. Dans ses lettres Rossini se révèle l'homme qui, dans la confiance de l'amitié, prodigue les trésors d'une argutie très spirituelle et parfois caustique, mais jamais impertinente ou maligne; son rire est bonasse, sa saillie sans acrimonie. Et il doit aussi s'être monti'é tel dans la conversation, si Mendelssohn, lorsqu'il le rencontra pour la première fois, put écrire à propos de son esprit des paroles pleines d'un vif enthousiasme à sa propre famille, si Prosper Mérimée le jugea « un des hommes les plus spirituels «, et si Richard Wagner en reçut l'impression du premier hoinine vraiiiient iji-iindcl digne de mention qu'il eût jusqu'alors rencontré dans le monde de l'art.

1. Comme la félicité est relative pourchaque homme, Rossini n'i-nor i point complètement la doulenr. Il suflira do rappeler qu'il souffrit ilp graves chagrins à Paris et à Bologne, une douloureuse opération el une longue et pénible neuraslhénie.

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