‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du ConservatoireChapitre 915 sur 1158 · Zanolini, ouvr. cité, p. 151 et · texte numérisé non relu

Zanolini, ouvr. cité, p. 151 et

3. Voir aussi, pour la modestie avec laquelle Ro.ssini parlait de soimême, intéressante brochure de M. Wichotte, La visite ,1c H n"., •jntr a Uossun, détails inédits et commentaires (Caris, 1906)

Il est faux aussi que Rossini fOlt envieux, de cœur aride et cynique, au point de se moquer de tous et de tout.

Le ton de scepticisme qu'il voulait donner à ses paroles venait plus des lèvres que du coîur. <c 11 ne sut pas se tenir toujours assez sur ses gardes pour ne pas se laisser aller à des plaisanteries désagréables à quelqu'un, agréables au plus grand nombre; on ne doit point douter que la flèche qu'il décochait ne frappât le but; cependant peu de personnes furent aussi indulgentes que lui envers les défauts d'autrul et ne tolérèrent plus que lui l'ennui que causent les ennuyeux et les importuns. 11 se moquait des sots quelquefois, et ne se montrait pas impatient avec eux... Quand il élait sain de corps et d'esprit, personne ne le quittait mécontent, si ce n'est peut-êtreparfois de quelque mot piquant lâché justement, pour opposer un refus à des demandes inutiles ouindiscrètes... 11 fut uu rare exemple d'amour filinl, et d'une ali'ection persévérante et cordiale envers ses. amis intimes, prêt à oublier les olfenses que l'ingratitude rendait plus graves, toujours reconnaissant des bienfaits et des faveurs-... »

C'est ce qu'écrivit l'avocat Zanolini, qui fut unami intime du mailre; et ce qu'il affirme est confirmé par la correspondance, qui nous le montre obligeant, dévoué et constant dans l'amitié, prodigue d'encouragements, de conseils et d'appuis aux jeunes artistes, compositeurs ou chanteurs. Nulle envie ne se manifesta si peu que ce soit dans ses paroles. 11 suffit de lire ses lettres aux chanteurs Donzelli et Iwanof et aux maîtres Pacini, Mercadante el Poniatowski, et de remarquer son empressement affectueux pour que « son bien-aimé Donizetti » soit appelé à la direction du lycée musical de Bologne. Des louanges prodiguées et de l'appui qu'il donna à Bellini, on en a la preuve dans une letlre de l'auteur de JSorma. Son testament même est un monument de tendresse et de générosité envers la compagne de sa vie, ses confrères en art, sa ville natale et sa patrie d'élection. Comme un autre grand compositeur des Marches, Gaspard Spontini, Rossini se souvint des pauvres, parce qu'il était né pauvre, et disposa, après sa mort, des richesses qu'il avait acquises par son génie et son travail, pour le développement de l'art qu'il avait honoré et au bénéfice de ses concitoyens. On l'a accusé d'être » très infatué de sa personne », tandis qu'il résulte de ses lettresqu'il se comporta toujours avec modestie et réserve; il parlait rarement de lui, et avec une grande franchise et sans la moindre ostentation-'.

On lui a reproché d'être avare et de n'avoir pensé qu'à amasser dos richesses. Certes Rossini ne fut pas prodigue; né pauvre, forcé de travailler dès l'âge où les autres ne font ordinairement que s'amuser, il apprit à être économe de très bonne heure. Mais il ne fut pas avare, à moins qu'on veuille appeler avare celui qui donne de l'argent à ses amis, qui dispose du produit de l'exécution de ses propres ouvrages au profit d'instituts de bienfaisance', et cède

Qu'on remarque qu'ici les paroles du maitre italien n'expriment pas une modestie pousscejusqu'â reiagératioii presque go^Mienarde. comme il parait dans la manière de Wagner de raconter cette visite. (V. Gcsunmielte Schrifleii, IV.) Micholte cnniirme la phrase : « J'avais de la facilité, » mais il omet l'autre citée par Wagner : « Et, peut-être, j'aurais pu arriver à quelque chose. "

■l. fjoon se souvienne que la première esécution du Stnbat à Bologne fut donnée par Rossini au prolit d'un édilice à fonder dans cetteville pour y donner un asile à des musiciens bolonais vieuï et pauvres. Voyez page »4li de cette Encyclopédie.

IIISTdllll-: nE LA iIVSIijl E

XVIII' ET .YJAT" SIÈCLES

ITALIE

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la propriéli! de ses opéias à îles conlréres'. Il ne fut pas non plus aviilc d'aryenl, si ri>ii considèri' que, avant empoclu' à Londres l.'iO.OOO lïancs en six mois, il ne voulut plus y retourner; qu'il ne consentit jamais à déilier un de ses opéras au roi d'An^'Ioterie; ipiil refusa 100.0(10 francs pour la cession de la Pclile Mesie et qu'il laissa des centaines de compositions inédites , de la vente desquelles il aurai! pu retirer un hénélice immense. Uossini ne serait jamais parvenu à amasser la fortune considérable qu'il laissa en mourant, sans les soins de trois de ses amis, banquiers très experts : le bar'in James de Rotschild, M. Af:uado et le comte l'illel-Wild. Ceuxci s'occupèrent à l'envi d'au^rmenler par leurs opérations les liéiiélices et les éparj^nes que le maître déposait de temps à autre dans leurs mains-.

Uossini, en outre, mOrita-t-il le tilre de codino (rétroj.-rade) dont on le {jratilia? 11 ne fut pas vraiment un libéral, dans le sens qu'on atliilme eommunénienl de nos jours à ce mot. Ses lettres nous le montrent comme un homme de la vieille roche, désireux de Iranquillité et conservateur, ennemi de toul excès et se méliant de toute innovation. Il avait horreur des fiuerres et des révolutions, et avait une vive aversion pour certaines inventions modernes, plus, je crois, par crainte de malheurs possibles faciles à arriver dans le commencement de leur application pratique, que par esprit rétrograde. Il est certain qu'il ne monta jamais dans un train à vapeui' et qu'il n'introduisit jamais chez lui l'éclairage au gaz.

Mais les détracteurs de Uossini doimèrent au mol codino l'acception d'ennt^mi de la liberlc et de l'indépendance d'ilalic; c'est pourquoi le maître, qui d'habitude se montrait indifférent à d'autres calomnies, ne put s'empêcher de manifester pour celle-ci son vif ressentiment. « Quelques misérables de mes concitoyens, — écrivait -il à l'avocat Santocanale de Palorme, le 12 juin iSiU, — m'ont créé une réputation de codino; les malheureux ignorent que dans mon adolescence artistique je musiquai avec ferveur et succès les paroles suivantes :

Vedi per tulta Ilalia Rinascere gli escmpi U'ardire e di valor !

Quanti) valgon gV Italiani Al cimento si redra'!

« Et puis, en ISIo, le roi Murât venu à Bologne avec de saintes promesses, je composai l'Hymne de l'indépendance, qui fut exécidé sous ma direction au théâtre Contavalli. Dans cet hymne se trouve le mot indipeiidenia, qui, quoique peu poétique, mais entonné par moi avec ma voix sonore à cette époque-là, et répété par le peuple, le chœur, etc., excita un vif enthousiasme. On inventa, à l'égard de cet hymne, une historiette qui me fâcha un peu : un bel esprit biographe assura que j'avais olfert (avec une autre poésie) cet hymne au général Stefanini pour fêter son retour ■•. Ou a voulu donner à ce trait une couleur de plaisanterie, mais c'aurait été une lâcheté dont lîossini est incapable.

Il Mon caractère est doux, mais mou âme est fière : lorsque le général autrichien retourna à Bologne, j'étais à Naples, occupé à composer un opéra pour

1. tlossini cê.la ta propriété des trois chœurs ; Fede. Speraiiza e Carità, au iiinitre GabussI, qui s'en était fait l'éditeur ; à Castil-Blaze. la propriété du linrbiere, que celui-ci avait traduit en français ; celle d'un arrangement de la Semiramide au maître Carafa, et celle du Roherto Bruce au maître Niedermayer, auteur de ce que Uossini appela nobUe pasticcio. Voyez page 846, n. 3, de cette Encyclopédie.

le llié;Ure S. Carlo : voyez donc comment on écrit

l'histoire!

« .le dirai encore pour linir ipn-, pour diHrnire l'épithète de ciirfino, j'ai niusicpu' les mots de lilurti' de manière à faire connaître mon amour ardent pour ma patrie et pour les nobles sentiments dont elle est animée. »

On ne peut pas accuser cette lettre d'être une défense tardive, ou l'ostentation d'un patriotisme qui ait pris naissance après les faits accomplis; car justement dans li!S jours mémorables du mois de mai 18VS, lorsque l'Italie, eullammée d'un saint enthousiasme, s'insurgea, Uossini répondit avec de très nobles paroles à l'invitation que lui avait faite le Pèie Hugues Itassi de mettre en musique un Hymne national que celui-ci avait composé. « Moi, — ainsi se terminait sa lettre, — moi, vrni et ardent llolien, je m'elforcerai d'en adapter la musique au chant et à l'enthnusiasine de toute l'Italie. »

Uossini aiina-t-il son art? Beaucoup l'ont nié, alléguant pour raison principale la résolution qu'il prit et qu'il maintint de ne [dus écrire pour le théâtre. Mais s'il abandonna le théâtre, il n'aliandonna pas l'art, la musique. On a vu combien il déploya de zèle et d'activité pour la reconstitution du lycée musical de Bologne; on a vu qu'à Guillnume Tell succédèrent le St'ibitt. Soin'es musicales, les cantates Fede, Speranzn e l'âritù, le Chant des Titans, la Petite Messe et un nombre infini de morceaux de chambre. Jusqu'aux derniers jours de son existence il continua, bien que par intervalles, à écrire de la musique et à vivre au milieu de l'art et des artistes, à qui il fut toujours prodigue de conseils, de protection et de secours.

On ne peut donc nier qu'il aimât l'art; il me semble seulement qu'il ne l'aimât pas avec la passion qui rend douloureux l'éloignement, et surtout avec le transport qui fait paraître doux le travail.

A mou avis, l'imputation dont Uossini ne peut point être défendu, c'est celle de la paresse. Beaucoup de ses biographes présentent la liste des opéias qu'il a composés; mais cela ne sert à rien pour l'en disculper. « Voici, — disent-ils, — en dix-neuf ans, de 1810 à 1829, Uossini n'écrivit rien moins que trenteneuf opéras et farces, quinze cantates et plusieurs morceaux de chambre, d'église et de concert. » Mais ils ne disent pas qu'il se servit souvent des meilleures dépouilles de quelques-unes de ses compositions précédentes pour en revêtir de nouvelles; que iJemetrio e Polibio prêta les siennes au Ciro di Balnlonin; L'occasiûtie fa il Iddro à la Cenerentola; Torealdo e Dorliska à VOteUo; Ricciardo et Zoraide k Edoardo e Cristina; VAureliano et VElisahetta au Darbiere di Siviglia. Ils ne disent pas combien de fois les inipresarii durent solliciter le maître, rétif à écrire, et que seulement dans les derniers jours fixés par le contrat il se décidait à prendre la plume et écrivait l'opéra avec une merveilleuse rapidité. Car il possédait une facilité de composer vraiment extraordinaire : la plupart des opéras qu'il écrivit en Italie ont été composés en moins de deux semaines; aucun ne le tint occupé plus d'une cinquantaine de jours. Lorsque Uossini, quoique doué d'une puissance créatrice exuliéiante, avait recours, à Paris, aux remaniements du M'iiiinetto, du Mosé, du Viagijio a Reims, lorsque,

i. Strakosch, ouvr. cité, 65-66.

3. « Vois se renouveler dans toute l'Italie les exemples de hardiesse et de valeur! On verra à l'épreuve ce que valent les Italiens! ii

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