‹ Encyclopédie des jeunes demoiselles, ou, Choix de conversations instructives sur différens sujets, recueillies des ouvrages de Madame Leprince de Beaumont, et des meilleurs auteurs qui ont écrit pour l'instruction des jeunes personnesChapitre 12 sur 14 · XXV« CONVERSATION · texte numérisé non relu

XXV« CONVERSATION

Madame SOPHIE, STÉPHANIE, ÉLIZA , ALEXANDRINE , EAHLÎE , AGLAÉ , PAULINE, ROSALIE.

Rosalie. — Je crains bien , madame, que Taprès-dînée ne soit orageuse, et que nous no puissions pas aller à la promenade.

Mad. Sophie.— Eh! comment le savez -vous ma chère ?

Rosalie. — C'est quen jetant les yeux sur le baromètre do votre salon, j'ai vu l'aiguille arrêtée à l'endroit où il y a e'crit , tempête.

Aglaé. — D'où vient , madame, qu'en voyant un baromètre, on peut prédire le temps q'iil fora ?

Mad. Sophie. — Comme le baromètre est un instrument qui sert à mesurer la pesanteur de Pair, et à en indiquer les variations , par le moyen du vif-argent qui est renfermé dans un tube de verre , il est clair qu'il doit nous apprendre si nous aurons un beau ou un vilain temps.

2o3 ENCYCLOPÉDIE

Pauline. — Vous m'excuserez, madame, si je vous dis que je ne comprends pas votre explication.

Mad. Sophie. — Il faut savoir que la colonne de vif-argent^ qui est renferme dans le tube du haromèire , est toujours en équilibre avec la colonne d'air qui correspond jusqu'à rextre'mito de cette colonne , et qu'elle s'élève ou s'abaisse selon que l'air la presse moins ou qu'il est plus pesant. Plus l'air est sec et dégage de vapeurs , plus il estle'ger^ alors le mercure s'elrve et annonce le beau temps; plus l'air est liumide, épais ou charge' de vapeurs , plus il est lourd ; alors le inercure descend et annonce la pluie.

Stéphanie. — Il faut convenir que le baromètre est un instrument d'une grande utilité.

Mad. Sophie. — Oui , srns doute j car il sert à mesurer toutes les liauieurs , et par conséquent à connaître les endroits où l'on peut vivre , et ceux oîi Ion peut parvenir sans perdre la respiration.

Stéphanie. — Conséquemment , les personnes qui s'élèvent dans les ballons , doivent néccssaircuîcnt S.3 munir dun baromètre.

Mad. Sophie. — Oui , certes; sans cet instrument, elles seraient fort embarrassées de connaître , d'uue manière précise , la liautcur oi!i elles sont, et s'exposeraient à mourir, faute d air pour respirer.

DES JEUNES DEMOISELLES, 30f)

ÀGLAit. — Est-ce que l'air est nécessaire à la vie ?

Mad. Sophie. — Oui , ma clière , comm* l'eau aux poissons^ et on a fait, à ce sujet, un grand nombre d'expériences , qui prouvent toutes qyio l'air est la cause principale de notre existence , et de celle de tous les animaux.

Aglaé .Comment est-il possible qu'on tasss

des expériences sur l'air , qu'on ue touche ni ne >oit?

Mad. Sophie. •— Il existe une machine que l'on nomme fa machine pneumaiique. Cette machine est composée d'un plateau, auquel est ajusté une espèce de pompe, que l'on nomme pistou ou récipient, sous lequel on a mis l'animal qui doit servira l'expérience, commt; une grenouille ^ un oiseau , et même uu chat. Quand tout es-t prêt , on tourne le piston pour pommer l'aii* qui Cbt renfermé dans la machine ; à chaque coup de piston , on voit l'animal se débattre ; et quand l'uir est presque tout pompé, il tombe comme évanoui, et meurt, si ou ne le lui rend aussitôt , dans la même proportion qu'on le lui a ôlé.

Rosalie. — C'est à peu près de même qno si on ôtait un poisson de l'eau pour le mettre iur la terre.

Mad. Sophie. — C'est précisément la mêma chose.

AiEXAKrRiîîE. — En parlant du baromèlre ,

mo ENCYCLOPÉDIE

vous avez dit, madame , quil servait à mesurer la pesanteur defair : je croyais pourtant que i'air était ce qu'il y a de plus léger.

J>Jad. Sophie. — L'air est assurément un fluide très-léger jniais il y a des corps qui le snrpasscit eu légèreté j comme le feu et les vapeurs qui s'exhalent de la tei-rej et de belles expérieucos nous prouvent que la colonne d'air qui répond à une surface un peu large , qui lui sert de base , jusqu'à son extrémité de l'atmospli cre , équivaut à une pesanteur de plusieurs millions. Pour s'en convaincre, on joint l'une à l'autre deux calottes de métal , que l'on nomme hémisplières , et auxquelles on adapte une pompe avec son piston , comme à la machine pneumatique : ensuite on pompe l'air qui est entre les deux hémisphères, et les spectateurs sont bien étonnés, quand, après plusieurs coups de piston , il n'est plus possible de séparer les deux calottes , qu'on levait auparavant sans fah'e aucun effort.

Alexandrine. — Si Je voyais faire cette expérience, je croirais que la magie y a beaucoup de paît.

Mad. Sophie. — La magie n'est rien , ma chère, et ne produit rien. La cause de l'adhésion des deux calottes est fort naturelle , et est foudce tout entière sur la pesanteur de l'air. Quand la pompe a joué , tout l'air qui était renfermé entre ces deux calottes en est sorti ; et il en est résulté

DES JEI^"ES DET>ÎOISELLES. 21 i

un vide parfait : alors , Tair extérieur n'e'iant plus balancé par Tair intérieur des liémisphèves , pèse sur eux de tout son poids , et il faut , pour les séparer , une force égale à celle des deux colonnes qui agissent contre, dessus et dessous.

E^iiLiE. — Comment donc est-il possible , madame, que nous vivions , ayant sur la tète un poids aussi considérable ([ue celui de la colonne dair dont vous parlez ?

Mad. Sophie. — Ceci est très -aisé à expliquer, ma clière; comme notre corps est rempli d'air , et que nos poumons en renferment beaucoup , cet air est en équilibre avec celui qui nous environne , et avec celui qui est au-dessus de nous; c'est ce qui fait que nous ne nous apercevons pas de sa pesanteur. Ceci pourtant n'est vrai qu'autant que nos poumons remplissent bien leurs fonctions, car ceux qui les ont malades ou trop faibles , se plaignent continuellement de la pesanteur de l'air, qu'ils ont beaucoup de peine à respirer. Cette raison vous explique aussi pourquoi les corps morts sont plus lourds que cens des vivans, et pourquoi un livre qui a été mis sous la presse d'un relieur , pèse beaucoup plus que lorsqu'il n'était qu'une simple brochure.

Eliza. — Ainsi, madame, tous les corps sont plus ou moins pesans , selon qu'ils contiennent plus ou moins d'air.

Mad. Sophie. — Vous avez raison ; ma chère,

:lî2 ENCYCLOPÉDIE

Elisa j mais savez-vous comment l'air s'insinua dans les corps, et comment il en peut sortir ?

Elisa. — J'imagine (Jue tous les corps , soit animaux j soit nie'taux, soii \t'gétaux , sont perces en une Infinité d'endroits, et que l'air y entre et en sort par ces petits trous.

Mad. Sophie. — Rien n'est plus vrai 5 on appelle/^o/ej, ces petits trous, et poreux^ les corps qui eu ont beaucoup. Notre peau en est remplie, et c'est par oi!i s'échappe notre sueur , ou pour mieux dire, que nous transpirons.

Rosalie. — Ainsi , une e'ponge est un corps poreux , et c'est pour cela qu'elle est très-légère, quand elle n'est pas mouillée.

Alexandrine. — Ceci m'explique pourquoi un morceau de plomb est plus lourd qu'un écu de six francs de même volume , ce que j'avais peine à comprendre auparavant.

Rosalie. — Dans le salon où est le baromètre, il j a aussi un thermomètre que j'ai examiné plusieurs fois , et dont je ne comprends pas lusagc.

Stéphanie, — Je vais, pendant l'ab-^ence de madame Sophie , vous en donner l'explication , aussi bien que je le ponn-ai. Un thermomètre et un instrument qui sert à mesurer les degrés du froid et de la chaleur, par le moyen de Tcspiit-dc-vin, renfermé dans un pclit tube de verre. (^)uand il fait chaud, resprit-dc-\in se dilate et

. ES JEUNES DEMOISELLES. 2iZ

sVlèvc dans le tube 5 et quand il fait froid , il se resserre et s'abaisse.

ALEx.•VKDRI^•E. — Jevoudrais biensavoir pourquoi l'csprit-de-vin occupe plus de place quand il fait chaud que quand il fait froid?

Stéphanie. — C'est par la même raison qirc l'eau s'élève dans un vase place' sur un rdchaud. Le feu , ma clièro , est compose de parties extrêmement subtiles et déliées, qui s'insinuent dans tous les corps ; mais avec beaucoup de facilité dans les liquides , dont elles raréfient Tair qui sV trouve en plus grande abondance que dans tous les autres corps. Comme l'air raréfié par la chaleur du feu*, occupe un plus grand es^ pace, il faut donc que la liq'ieur 011 il est renfermé augmente de volume en proportion du sien. L'esprit-de-vin étant la liqueur qui coniient le plus de feu , et qui , conséquemment est la plus susceptible de monter ou de descendre au moindre degré de chaleur ou de froid , c'est la raison qui l'a fait choisir pour en composer le thermomètre ; j'ajouterai que n'étant point sujet à geler dans nos climats , il est , sans contredit , préfé'rable , pour cet usage, à tout autre liquide qui ne résiste point à la rigueur du froid.

Eliza Cette explication nous conduit naturellement, ma chère Stéphanie, à parler des avantages du thermomètre.

Stéphanie. — De tous les inslrumens que les

2f4 ENCYCLOPEDIE

physiciens ont inventes , sans cloute il n'en est aucun qui nous soit d'une plus grande utilité. C'est par ce moyen que nous pouvons doiiucr à nos serres-chaudes le degré de chaleur ne-ccssaire aux plantes que nous y conservons j car il en est des plantes comme des onimausj elles redoutent également Texcès du froid et celui de la chaleur j et c'est en leur procurant une moyenne et douce température, que nous pouvons les défendre des rigueurs de l'hivcrj et nous eu former, dans cette saison meiu'irière pour elles , des parterres presque aussi agréables que ceux dont le printemps nous offre Tintéressant spectacle. Le thermomètre nVst pas moins indispensable pour les chambres des malades^ dans lesquelles il est de la dernit^i'e importance de maintenir le même degré de chaleur, ou de le varier selon 1rs divers changemens qu'éprouvent les malades. Ceux qui se portent bien n'ont pas moins d'intérêt à ce que leurs appartemens soient, dans l'hiver , échauffés de manière à ce qu'ils ne soient pas exposés, en sort ut, aux impressions subites du froid , et aux rhumes dangereux que ces impressions produisent.

Rosalie. — Je connais maintenant la cause du rhume qui m'a tourmentée pendant tout l'hiver.

SiÉPHAME. — Comment n'auriez - vous pas élé enrhumée? vous étiez sans cesse auprès du poêle , à vous griller , et quand ', ous vous en re-

DES JEUNES DEMOISELLES. 2l5

tiriez , vous étiez toute tremblaute , comme si vous aviez la fièvre. Ceci est une leçon dont jespcre que vous profiterez l'hiver prochain.

Elisa. — Il serait à souhaiter que plusieurs dames que Je connais, assistassent à cette conversation ; elles apprendraient que rien n'est plus fuueste à la santé, que de se tenir enfermées pendant 1 hiver dans des appartemens trop chaude, et d'en sortir ensuite pour aller au grand air , la poitrine découverte , et vêtues comme si elles étaient au printemps.

Stéphanie. — Il faut avouer que la plupart des jeunes personnes et des jeunes dames font aujourd hui une bien cruelle expérience de la folie et des dangers de la mode, et que s'il en est beaucoup qui mènent une vie languissante , ou périssent d'une mort prématurée , elles ne doivent en accuser que ce passage fréquent et subtil du chaud au froid , auquel les expose la vie dissipée qu'elles prétendent mener impunément. Gardons-nous bien de les imiter jamais quand nous vivrons dans le monde, et ayons soin de consulter souvent notre thermomètre , et de nous vêtir en conséquence des averlissemens qu'il nous donnera.

XXWVWi'VVVVWV

3l6 ENCYCLOPÉDIE

XXVP CONVERSATION.

IvUd. ÏLISAEETH, JOSÉPHINE, IIORTENSE, ALEXAKDRINE, EMILIE, PAULINE.

Mad. Elisabeth. — Vous rappelez - vous l>;cn , llortensc, ce que Joséphine vous a appris <k'S trois grandes monarchies?

lïoRTENSE^ — Oui , madame , et je ne crois pas en avoir perdu un seul mot.

Mad. Elisabeth. — Quel est le fondateur de lempire des Assyriens?

lIonTE>sE. — Je pense que c'est Nembrod , auquel succéda Bélus,

Mad. Elisabeth. — Ce n'est pas ce que vous a dll Joséphine 5 il me semble que c'est à Bélus qu'elle a attribué la fondation de l'empire des Assyriens et de la ville de Babvlone : qui vous a parlé de Nembrod?

iloRTENSE. — C'est Josépliine elle-même, en v,ic disant qu'elle avait oublié ce nom , qu'elle anrdit dû nommer le premier.

Mad. Elisabeth. — Joséphine a eu raison de vous parler ainsi. Où en sommes- nous pour anjourd luii de nos conversations sur l'iiisloire. HoRTEKSE. — Nous en sommes à l'empire romain , qui a englouti toutes les autres monarcliics.

Mad. Elisabeth. — Apprenez-nous donc, Jost^pliine , ce que vous savez de cet empire, et parlez-nous d'abord de la fondation de Rome , sa capitale.

JosÉPHiîfE. — L'Histoire rapporte qu'Ence, prince troyen , fuyant sa patrie , dont les Grecs s'étaient cmpare's, aborda en Italie, dans le pays des Latins , et qu'il épousa Lavinie , fille de leur roi. Il avait un fils, nommé Ascagne , qui lui succéda, et il y eut plusieurs rois de la même race. Un d'eux laissa deux fils , Amulius et Numitor. Le premier, ayant délroné son frère, en enferma la fille Rhéa Sylyia parmi les Vesiales ; c étaient des filles qui ne pouvaient se marier gu'à un certain âge. Rhéa Sylyia n'attendit pas cet âge ; elle eut de.ux fils , qui furent exposés sur le Tibre par leur oncle Amulius. Un berger les avant trouvés , les éleva ; quand ils furent grands, ils tuèrent leur oncle Amulius , et rétablirent leur aïeul Numitor sur le trône. Ensuite \U voulurent bâtir une ville dans le lieu où le berger les avait trouvés j mais ayant pris querelle à l'occasion de cette ville. Romulus tua son frère Rémus , et nomma la ville qu'il bâtissait Home , de son nom.

Alexandrine. — . Voudriez - vous bien me dire, mademoiselle, quels ouvriers aidèrent Ro- Biulud à bûllr cette ville ?

2lS ENCYCLOPÉDIE

Josi^PHiNE. — Environ trois cents bergers en furent les premiers hahitans.

Emilie. — C'était donc plutôt un village qu'une ville? Je m'étais fait une autre idée de Rome, et je la croyais extrêmement grande, par ce que j'en ai entendu dire plusieurs fois.

Joséphine. — Rome ne fut, dans son origine, ni extrêmement grande , ni peuplée ; mais elle ne resta pas long- temps dans cet état , et Romulus trouva un moyen d'y attirer des hnbitnns. Il fit planter un pot.t bois qu'on appela Bocage, et fit pi blier que lous ceux qui avaient de mauvaises affnires seraient en sûreté dans cet endroit, et qiTe lui et ses compagnons les défendraiint. Auhsitct les voleurs, les meurtriers, les honaues sans ressource accourureiit en cet endroit, de tous les environs, et Romulus se trouva à la tête d'une population de trois mille trois cents hommes.

Émiiie. — Avouez, madame , que Romulus aurait tout aussi bit n fait de se faire chef de voleurs. Coinnieiit pouvait-on vivre en sûreté dans Rome'' c'était pire qu'un bois.

Mad. Elisabeth. — C'est en cela, ma clière^ qu'il faut admirer l'esprit de Romulus et ses grands tulens, puistpi'ii trouva le moyen dassujctu' ce peuple de brigauds à de bonnes lois, qu'ils observèrent avec exactitude.

Pauline. — Je remarque, madame, qu'il

nVst point quesiion de femmes, dans le nombre des habilans de la ville de Rome.

Mad. Elisabeth. — Il est vrai que les femmes manquaient à cette singul.ère population j mais Romulus trouva, dans son adresse et dans son audace, le moyen de leur en procurer. Joséphine , racontez à ces demoiselles , Tenlèvement des Sahiues.

Joséphine. — Romulus ayant appris des ambassadeurs qu'il avait envoye's aux peuples voisins pour leur demander leurs filles, qu'au lieu d'obtenir leur demande , ils n'avaient .essuyé que des refus liumilians , résolut d'obtenir par adresse ce qu'il n'avait pu ol)tenir par des voies légitimes. En conséquence, il fit publier dans le Latiura une fête et des jeux qui devaient durer trois jours. Tous les habitans des villes voisines de Rome accourureut en foule à cetto iete , avec leurs femmes et leurs filles , et surtout les Sabins, A la fiti de la première journée , les Romains prièrent les étrangeis d'entrer dans leur ville, les régalèrent et les logèrent dans leurs maisons. Le lendemain , comme tout le monde était occupé de la fête , Romulus fit un signal , alors chaque Romain s'étant saisi d'une fiUe, l'emporta dans sa maison j les portes fure; t entièrement fermées, et, le mèuie jour, Romulus fit marier toutes ces filles selon les cérémonies do leur pays.

Alexandrins. — Les parens de ces filles durent être bien irrite's contre les Romains ; car vous coiîvieiiurez qu'il e'IaitalTreux d'abuser ainsi de la confiance et de la bonne foi de ces (étrangers ; et sans doute les fiUes ne purent qu'avoir en horreur des hommes qui les avaient euleve'es à leurs pères et mères ^ d'une manière si brutale.

Joséphine. — Aussi les Sabins, à qui ap^^art^naient le plus grand nombre de ces filles, se prcparèrent-ils, pendant dcr.x ans. à se venger des Roaiains. Quand tout fut prêt, ils s'approchèjrent de Rome, pour en faire le siège. La citadelle de cette ville était situe'e sur un grand rocher y elle avait pour gouverneur Tarpeius, dont la fille, i nommée Tnrpéia , aimait beaucoup l'or. Comme les soldats sabins avaient au bras des bracelet-; dont la matière ressemblait à ce riche nie'tal , elle souhaitait beaucoup de les avoir. Elle fit donc dire à Tatius , roi des Sabins, qu'elle lui ouvrirait la porte de la citadelle , s'il voulait lui donner les choses que ses soldats portaient aux brasj | car elle ne savait pas que cet ornement se nommait un bracelet.

Emilie. — Voilà un trait bion infâme de la paît de cette jeune fille, de vouloir trahir son père et son pays , pour un métal qui devait lui être inutile par sa grande quantité'.

Mad. Elisabeth. — A quels crimes n'entraînr; pas l'amour de l'or? Sans compter celui de Tar-

peia , toutes les histoires sont pieinos de ceux que ce dangereux uic'tal a fait commettre. Une fois que l'avarice s'est emparée d'un cœur , clic y détruit tous les sentimens de la nature, de riionneur et de la délicatesse. Il n'est rien de sacré pour un homme , pour une femme , pour une jeune personne qui aiment Tor , et le prêtèrent à tout. Ilclas ! si la société est inondée d'un déluge de crimes , ccst à la soif de l'or que nous devons les attribuer; et sur cent coupaLlos , c'est le plus grand nombre que lor a rendus tels , et qu'il a perdus. Appi'enez donc de bonne heui-e , mesdemoiselles, à mépriser un métal si dangereux , et à ne le regarder que comme un signe d échange pour nos besoins , et non connue un instrument d'orgueil et une marque de supériorité sur vos semblables. Continuez , Joséphine.

Joséphine. — Tatius promit, avec serment , à Tarpéia, de lui donner les choses que ses soldats portaient au bras ; mais quand elle leur eut ouvert la porte , ils jetèrent sur elle leurs boucliers , douj le poids l'eut bientôt étouffée. Cependant, les Romains s'étant éveillés , coururent aux armes, et il y eut un combat si furieux , qu'il était à craindre que les llomains et les Sabins ne quittassent les armes qu'après s'être entretués jusqu'au dernier. Mais les Sabines ne purent soutenir un si affreux spectacle j elles prirent leurs enfans entre leurs bras , et se jetèrent

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entre les deux armées, qui furent obligées Je mettre bas les armes j alors, elles dirent à leurs parens qu'elles étaient -si contentes de lenrs maris , qu'il faudrait les tuer avant d'attcnler à leur \'ie ; et elles les firent consentir à faire la paix. Il fut résolu que les Romains et les Sabius ne feraient qu'un seul peuple, et que Talius serait roi avec Romulus.

Pauline. — Le dévouement et le conrage de ces femmes forment un contraste bien touchant, avec la lâcbeté et la traliison de Tarpéia.

Mad. Elisabeth. — Voilà, ma chère, en quoi consiste la principale utilité de Ihistoire c'est qu'après nous avoir mis sous les veux des! actions détestables , elle nous en offre pnsuitel qui font honneur à la nature humaine , éhn eut râmc , et rafraîchissent, pour ainsi dire j le cœur, que les premières avaient flétri et desséché. Poursuivez, Joséphine.

Josi^.PHiNE. — Tatius fut assassiné trois ans après : alors, .Romulus voyant son autorité bien affermie, commença à régler les affaires à sa fantaisie, sans consulter les sénateurs. Ceux-ci , mécontcns de sa conduite , clu^rchèrent à le faire périr. On prétend qu'ils le tuèrent dans le sënat , et qi'.e , pour empêcher que leur crime ne fût découvert, ils coupèrent son corps par petits morceaux , et que clîaque sénateur en emporta un sous sa robe: ensuite, ils répandirent le

bruit que Jupiter l'avait enlevé pour le placer parmi les Dieux ; et le peuple , qui ciait fort superstitieux , ajouta foi à cette fable.

HoRTENSE,. — Diies-moi , je vous prie, mademoiselle , ce que c'était que ce Jupiter?

Joséphine. — Jupiter étnit regardé par les païens comme le maître des dieux et des hommes 5 mais ce n'e.>t pas mon affaire de vous en dire davantage à ce sujet, qui appariient à la mythologie , dont nous parlerons un jour.

Après la mort de Roraulus, il V eut de grandes disputes à Rome , parce que les Romains et les Sahins voulaient avoir un roi dr; leur nation. A la fin , les Romains choisirent Numa Pompilius, un Sahin, qui demeurait à la campagne , et qui n'accepta la royauté que parce qu'on lui représenta qu'il pouvait faire beaucoup de bien dans ce rang élevé. Le noîiveau roi s^appliqua ù adoucir les mœurs des Romains, en leur inspirant du respect pour la rt'iigion : il fit bâtir un temple à Janus , qui avait autrefois régné en Italie , et dont les peuples étaient si heureux , que les poètes ont nommé âge d'or le temps où il vivait. Comme ce prince avait été fort prudent , ou la représentait avec deux visages , pour montrer qu'il ne perdait pas de vue le passé, et qu'il prévoyait l'avcuir. C'est de son nom que l'oa a appelé le premier mois de l'année janvier^ en français, 01 janarius en latii7 , parce qu'on disait

:î24 encyclopédie

que ce mois regarde l'anne'e qui finit et celle qui couimence. Le temple élevé à Janus par Numa, devait éti'C fermé en temps de paix, et ouvert en temps de guerre : il fut toujours fermé sous le règne de Numa , qui dura quarante-trois ans, et il le fut encore après la première guerre punique, sous le règne de l'empereui' Auguste , à Tépoque de la naissance de Jésus-Christ.

Tullus Hoslllius succéda à Numa , et il ouvrit le lemple de Janus , à l'occasion de ce que je Tais dire.

La ville de Rome étant devenue puissanto , prétendit l'emporter sur la ville d'Albe, qui lui avait donné naissance : cette prétention fut la cause d'une guerre entre les Romains et les Alliaius. Comme les deux armées étaient en présence l'une de l'autre, et qu'elles allaient combattre , quelques personnes des deux nations proposèrent, pour épai^gner le sang , de choisir, de chaque côté , trois hommes , qui combattraient l'un contre l'autre; en sorte que la ville dont les champions seraient victorieux^ serait regardée comme la maîtresse de l'autre.

Le parti fut accepté. On choisit un champ cuire les deux armées, et on le ferma de barrières. Les Romains choisirent, pour défendre leur querelle, trois frères nommés Iloraces , et les Albains confièrent leurs intérêts à la valeur de trois frères nommés Curiaccs. 11 y cul d'abord

deux des Horaces de tuësj mais les trois Curiaces étaient blesses, et l'Horace qui restait ne Tétait pas ; malgré cet avantage , il pensa qu'il ne pouvait , seul , entreprendre de tuer trois hommes 5 ainsi , il eut recours à la ruse , et feignit de prendre la fuite. A cette vue , les Albains poussèrent de grands cris de joie, pendant que la consternation se répandait dans le camp des Romains. Cependant , les Curiaces poursuivirent leur ennemi, et comme ils n'étaient pas également blessés . leur course fut inégale , et ils se trouvèrent bientôt séparés : c'est ce qu'Horace avait espéré. Alors il se retourna, les tua l'un après Tautre , et aussitôt après les dépouilla de leurs armes pour s'en emparer ; il prit , entre autres dépouilles , une riche écharpe que sa sœur avait brodée pour un des Curiaces , avec lequel elle était fiancée. Lorsqu'Horace entra dans la ville de Ptome, paré de celte écharpe, sa sœur, à qui celte vue rappelait douloureusement la perte de son amant , se laissa emporter à la douleur, et accabla son frère de reproches. Horace, piqué de la voir insensible à la gloire de sa patrie, se laissa emporter à un zèle brutal et féroce, et lui passa son épée an travers du corps. Tout le monde eut horreur d'une action si barbare ; Horace fut arrêté et conduit devant le roi' qui , désirant le sauver , renvoya IV-ffaire au peuple. Le père d'Horace plaida pour son fi \s

et n'eut pas de peine à aitenclrir le peuple en sa

faveur, en sorte qu'il obtint sa grâce.

Alexandrine. — Quel monstre que cet liomme , qui tue sa sœur ! et qi el injuste jugement que celui du peuple , qui le renvoie absous d'un si grand crime !

Mad. Elisabeth. — Sans doute , Horace aul'ait e'té bien coupaple , s'il avait tué sa sœur de sang-froid et avec pre'me'ditation : mais la circonstance où il s'e'tait trouvé le lendoit excusable , et les Romains , qu'il venait de rendre victorieux et maîtres de leurs ennemis , tout en désapprouvant sa brutalité, fireni bien de lui pardonner, pour ne pas décourager , à Ta venir , les braves qui voudraient défendre leur patrie.

Alexandrins. — Est • ce qu'un soldat qui commettrait aujourd'hui le même crime ne serait pas puni?

Mad. Elisabeth. — Cette question, ma clière, est indiscrète, parce qu'elle suppose ce qui n'est point dans le caractère français j savoir, qu une jeune personne pût s'oublier au point de regretter un ennemi de sa patrie , et maudire son frère, qui reviendrait victorieux d'un combat; ainsi , ne vous attendez à aucune réponse. .

JosÉPHiKE. — La ville d'Albe fut obligée , par 'la victoire d'Horace, de céder sa supériorité à celle de Rome 5 mais quelque temps après , les Viabitans ayant pris dos mesures pour n'être pas

soumis, TuUus la détruisit;, et sa population fut transportée à Rome.

Ancus Marcus succéda à TuUus ; il eut toutes les cpialités guerrières de Romulus, et les vertus pacifiques et religieuses de Nuina. A[)rès la uiort de ce hou roi, uu étranger, nommé Tarquiji, qui s'était établi à Rome . et auquel Ancus IMarcus avait donné toute sa confiance, usurpa le trône , et bannit de la ville les deux fils du feu roi. Cet usurpateur fit bientôt oublier l'illégitimité de son droit, parla manière doiitil gouvernalesR.omaius, au milieu desquels il fit régner constamment labondance et le bon ordre. Après qu'il eut été assassiné, Servius, un enfant qu'il avait fait élever, lui succéda. Ce règne fut agité de guerres qui durèrent vingt ansj mais qui n'empêchèrent pas Servius de s'appliquer à tout ce qui pouvait faire le bonheur de ses sujets.

Mad. Elisabeth Reposez-vous, Joséphine;

vous nous raconterez u:i autre jour la suite de rfiistoire Romaine : et vous , mesdemoiselles , retenez bien dans votre mémoire les faibles commencemens de cet empire , qui, quelques sic clés après , s'étendit dans tout l'univers connu , afin que vous puissiez admirer la toute-puissance de Dieu, qui, d'un petit nombre de bergers, fit sortir ce peuple romain , qui s'éleva , comme un immense colosse, ?ju-dessus de toutes les nations.

XXVIl^ cors VERSATION.

Mad. SOPHIE, ÉLISA, STEPHANIE, EMILIE, JULIE, IIORTENSE, PAULINE.

Mad. Sophie. — Reprenons le fil de notre Histoire Sainte, que nous ayons laissée à la mort de Moïse. Elisa, voudriez- vous nous racouier ce qui arriva ensuite au peuple d'Israël ?

Elisa. — Quand Moïse fut mort , Josué , qui rtait un grand homme de guerre , et qui c'tait, nvec Caleb , le seul de tous les Israélites sortis <i Egypte , se mit , par ordre du Seigneur , à la tète des tribus , pour entrer dans la terre promise, que l'on appelle aujourd'hui la Palestine. Quand tout fut prêt , l'armée et tout le peuple te mirent en marche pour sortir du désert: mais ils avaient à traverser le fleuve du Jourdain. Josué fit alors le même miracle que Moïse au passage 3e la Mer-Rougej il ordonna aux lévites d'entrer dans le fleuve avec l'arche, et incontinent les C.1UX s'ouvrirent et laissèrent passer tous les Israélites jusqu'au dernier homme.

Julie. — Le mot miracle^ dont vous vous êtes ser > ie , en parlant de Jo'ué, m'embarrasse beaucoup j je vous prie de m'en expliquer le sens, que )e ne comprends pas.

DES JEUNES DEMOISELLES. 2!2tg

Elisa. — Un miracle est un éve'nement qui arrive contre les lois ordinaires de la nature , et qui n'est possible qu'à Dieu même, parce que Dieu seul a le pouvoir d'agir contre les lois qu'il a e'tablies, ou d'en suspendre reflfet.

Le passage du Jourdain ne fut pas le seul miracle que fît Josué. Il y avait dans la terre promise une ville très - forte et entourée de grosses murailles, appelle'e Jéricho. Josué voulut la prendre, parce qu'elle servait d'asile et de retranche ment à ses ennemis ^ mais ce ne fut point par les moyens ordinay-'cs, qui consistaient alors à élever un grand nombre de machines contre les villes qu'on assiégeait , que Josué s'en rendit maître. Il ordonna aux lévites, ainsi que Dieu le lui avait prescrit , de faire le tour de Jéricho , en portant lArche d'alliance et en sonnant de la trompette. L'effet suivit de près cette singulière attaque; car au moment où toutes les trompettes vinrent à sonner , les murailles de Jéricho s'écroulèrent avec un bruit épouvantable , et ouvrirent à l'armée Israélite un large passage pour entrer dans la ville.

Quelques temps après, cinq rois Ammorliéens étant venus mettre le siège devantla ville deGabaon , qui avait fait alliance avec Josué , celuici vint au secours de celte ville , et mit en fuite ces cinq rois j mais craignant que la fin du jour n'arrêtât les progrès de sa victoire , il ordonna,

2^0 ENCiCLOPÉDIE

dans un transport que Dieu lui inspirait , au soleil de s'arrêter sur Gabaon j et défendit à la lune d'avancer. Dieu exauça le désir de sou serviteur, et le soleil et la luue s'arrêtèrent un jour entier , afin que le peuple d'Israël eût le temps de défaire ses eiuiemis.

Josué continua de vaincre tout ce qui s'opposait à lui , et dans l'espace de six p.nnées , presque tous les peuples idolâtres de la terre promise furent exterminés. Tout le pays fut partai^é au sort entre les tribus j mais la tribu de Lé» i n'eut point de terre , parce qu'étant consoorée au culte de Dieu , les autres tribus devaient lui payer la dîme de leurs biens.

Pauline. — Permettez , madenioisellie , que je vous soumette une réflexion: si le soleil occupe toujours la même place dans le ciel , et si c'est la terre qui tourne autour de lui , comme madame Sophie nous l'a dit, comment peut-on dire que cet astre s'arrêta à l'ordre de Josué ?

Mad. Sophie. — Cette question , ma clière , vous fait honneur , parce qu'elle prouve que vous réfléchissez sur ce que vous a^cz entendu. Il est bien vrai que c'est la terre qui tor.rne autour du soleil ; mais l'Ecriture Sainte ne s'exprime point comme les astronomes, et son langiij;e, qui est proportionné aux intelligences les plus boriiées j ne s'éloigne jamais des idées commujics , quand il est question des phénomcues de la nature.

DES JEUNES DEMOISELLES. 25l

Dans le temps où vivait Josué , et jusqu'au seizième siècle , tout le monde , y compi'is les savans, était persuadé que le soleil se levait et se coucliait chaque jour 5 pour être compris , il fallait donc que l'c'crivain sacré ne s'exprimât pas autrement que tout le inonde ne pensait , et je crois que personne ne Faurait entendu, s'il avait dit que Dieu av:ut airèté le mouvement de la terj-e autour d'elle-même, pour-donr.er à Josué le temps d'achever sa victoire. Laissons continuer Elisa.

Elisa. — Çoelqr.es temps après la mort de Jo- ^lé, Dieu donna à son peuple un autre conducitîur , nommé Gédéon, pour le défendre contre les ÎMadianiles , qui étaient entrés dans la terre de Chanaati pour la ravnger. Avec trois cents hommes seulement, qu'il avait p;nlic,és en trois bardes, et à qui il avait commantU- de prendre cliacan mie trompette dans wnc main , et dans l'autre un vase de terre vide , où il y eut une lampe , ce capitaine investit le camp des Madianites. Vei'S le milieu de la nuit, il entra par un endroit du camp , et sonna de la trompette 5 ses soldats firent aussitôt reter-tir le son de leurs trempettes, et brisèreiit les vases de terre oii ils avaient rais des lampes ardentes , en poussant de grands cris. A ce hruit , les Madif.nites . saisis de frayeur , se mirent à fuir en désordre et à s'en-

tre-tuer , dans la persuasion où ils étaient que

toute Tarmée des Israélites les poursuivait.

Amélie. — Assure'ment il y a du mystère dans cette manière de combattre, et je pense que cette liistoire rçnferme quelque figure.

Mad. Sophie. — Une manière de combattre si oslraordinaircj e'tait la figure de celle dont Jésus- Christ, le véritable Gédéon , s'est servi pour rétablissement de son église. Les apôtres n'ont eu pour armes que la parole de Dieu , qu'ils ont fait retentir par toute la terre 5 leurs corps , qui n'étaient que des vases d'argile , «ut éié brisés ])ar les supplices, et il en est sorti une lumière éclatante , qui a dissipé les ténèbres de l'idolâtrie et éclairé toutes les nations.

IIoRTENSE. — Il y a long-temps que je désire entendre raconter l'Histoire de Sanison ; n'en approclions-nous pas ?

Elisa. — y y pensais comme vous , ma chère lîortense , et rien n'empcche que je ne vous l'apprenne dans ce moment.

Lorsque Samson vint au monde , Israël était, à cause de ses péchés , sous la puissance des Philistins, qui étaient un peuple idolâtre. Sesparens rélevèrent de la manière qu'un ange leur avait prescrite ; on ne lui coupa point les cheveux, et il ne but point de vin , ni de toute autre liqueur «jui p't enivrer : il devint cependant le plus fort

de tous les hommes. Ayant aperçu un jour un lion qui venait vers lui en rugissant , il le mit en piècps avec ses mains, aussi facilement que si c'eût été un clievreau. Il briila quelque temps après les ble's des Philistins 3 il les battit ensuite et en fît un grand carnage. Un autre jour qu'on l'avait lie avec de grosses cordes pour le conduire vei's les Philistins, il rompit sans peine ces cor- " des, et ayant trouvé une mâchoire d'dne, il la prit, et tua mille ennemis. Il sa retira ensuite à Gaza, où les Philistins, ayant appris qu'il v était, mirent des gardes autour et aux portes de la ville pour le tuer lojpqu'il sortirait. Samson s'étant levé au rtiilieu de la nuit , alla prendre les deux; portes de la ville avec leurs ferrures , les mit sur ses épaules , et les porta sur le haut d'une montagne.

Cet homme si fort céda pourtant aux artifices d'une femme , nommée Dalila , â qui il eut limprudence de dire que le rasoir n'avait jamais passé sur sa tête, et que si on le rasait, il perdrait toute sa force. Cette femme petlide ayant averti les Philistins de ce qu'elle venait d'apprendre j ceux-ci lui conseillèrent de couper les cheveux à Samson pendant qu'il dormirait, ce qu'elle fit j et à son réveil , Samson , voulant faire usage de SCS forces contre ses ennemis qui l'entouraient, sentit qu'elles l'avaient abandonné. Les Philistins , donc , l'ayant pris , lui crevèrent aussitôt

les yeux , le chargèrent de chaînes , et le renfermèrent dans une prison , où ils lui firent tourner la menle d'un moulin. Cependant, ses cheveux 1 commencèrent à revenir . et ses forces à proportion. Un jour que les Philistins donnaient une grande fêle en l'honneur de leurs faux dieux , ils firent venir Samson au milieu d'eux , pour s'en amuser et s^en moquer. Celui-ci sV'tant fait conduire auprès de deux colonnes qui Sfoutenaient 1 édifice oîi se tenait Tassemhlee, il les embrassa et se mit à les secouer avec tant de force , qu'elles tombèrent avec le bâtiment , qui fecrasa sous ses ruines , ainsi que tous les spectateui-s.

Mad. Sophie. — On peut trouver dans cette histoire une image assez naturelle de ce qui arrive à une jeune personne élevée dans la vertu : elle est invincible contre tons les efforts des passions , laut qu'elle se tient attachée aux principes qu'clic a rcçiis; mais si elle vient à se laisser séduire p.'ir les attraits ài\ vice, Dieu se retire d'elle ; elle perd toute sa force , tombe dans un aveuglement funeste , et ce n'est plus que par de jîrands cflbrls qu'elle peut retourner à son premier état, et rentrer dans les sentiers de la religion et de la vertu.

Stéphanie. — Elisa nous a bien parlé des conducteurs du peuple de Dieu dans la terre promise j c'est- à-dirc , des chefs qui le conduisaient à la guerre contre ses ennemis ; mais elle ne nous

a lien dit de son gouverneiueiit , ce qui est cependaut trè^-utile à connaître.

Elisa. — -Les Israélites furent gouvernés, après la mort de Moïse , par des ]ugcs qui éiaient des liommcs(j!ie Dieu choisissait lui mèine, pour qu'ils gouvernassent en son nom 5 mais ce peuple si inconstant et si ingrat, se dégoûta de co gouvernement divin , et demanda un roi. Le proplicte Samuel, le dernier deleiu's juges, à qui ils s'adressèrent , se plaignit devant Dieu de celte proposition j mais Dieu y consentit , en ordonnant toutefois à Samuel de les avertir de ce q Tun roi exigerait d'eux , et de ce qu'ils auraient à souffrir sous son gouvernement.

Le premier roi d'Israël fut Saiil , que Samuel oignit d'une huile saiiite , comme il s'en retournait auprès de son père, pour lui donner des nouvelles de ses àuesses , (jn'il ava t perdues. Ce nouveau monarq-ie fut d'abord humhlo, modeste et reconnaissant du choix que Dieu avait fiiit de lui pour gouverner son peuple ; mais il ne conserva pas long-t 'Uips ces boniic? qualités , et se rendit coupable de désohéiss mce envers Dieu , en laissant la vie au roi de> An^iolécites , qu'il avait vaincus, et en se réservj'nt une partie considérable du butin , quoique D'cu lui eiit ordonné dextermiaer les Amalécites , .^^aMS rien épargner, et sans se réserver la moindre chose de tout ce qui leur appartenait. En conséquence,

2^6 ENCYCLOlPEDrE

Samuel lui déclara que Dieu le rejetait , cl allait lui donner un successeur.

Ce successeur se nommait David , était fils d'Isaï, et menait paître les brebis. Samuel le choisit entre ses frères , et le sacra roi , par Tordre de Dieu j mais David ne monta pas sur le trône aussitôt après son sacre , et vécut inconnu en celte qualité , pendant un certain temps , à la cour de Saiil , qui ne le regardait que comme un excellent joueur de harpe , et apprit bientôt à l'estimer ce qu'il vallait , par révcnement que je \ais raconter.

Pauline. — Il me paraît bien estraordinaire que Samuel eût choisi pour roi des Israélites , Saiil, un conducteur danesses, et David, un pasleur de troupeaux. Est-ce qu'il n'j avait point dans ce peuple des hommes nobles et distingués qui pussent être élevés à une aussi haute dignité?

Mad. Sophie. — Que vous jugez mal, ma chère Pauline, des hommes et des dignités! Comme Dieu seul est grand , et que tous les liommes sont égaux à ses yeux , la première leçon qu'il voulait donner aux Israélites , en leur accordant un roi , devait leur apprendre ces grandes vérités, et les avertir que ce ne sont ni la naissance , ni les richesses qui influent sur son choix, cl que tout le mérite de l'iiomnie à ses yeux ne consiste que dans la vertu. Elisa , récitcz-nou»

cet événement si glorieux à David , dont voui nous avez parle.

Elisa. — Saiil faisait la guerre aux Pliilistins, fi les années étaient campées Tune près de l'autre 5 un énorme géant, nommé Goliath, vint, durant quarante jours , insulter les Israélites , et défier le plus hardi d'entr'eus à se battre coutre 4ui ; personne n'osait lui répondre , tant la fierié, la taille et les armes de ce oionstre en imposaient aux plus courageux. David arriva dans ce tempslà à î'srmée , et demanda ce que voulait ce Piii<r lislin ; d'après la réponse qu'on lui fît, il déclara qu'il voulait le combattre. Son extrchu'^ jeunesse et sa petite taiile furent cause que Saiil refusa d'abord de consentir à une lutte aussi inégale ,■ mais pressé par les instances de David, qiii avait attaqué olusieurs fois des ours et des lions , il se rendit , et lui donna ses propres armes et son épée , que David , trouvant trop incommodes , remplaça par un bâton et une fronde , avec laquelle il s'avança devant Goliath. Ce géant , îe voyant approcher, se moqua de lui , et s'avança pour le percer de sa lance. David, de son côté , courut au-devant de lui , et d'un coup de fronde il lui enfonça une pierre dans le fiont. Ce coup ayant renversé le Philistin, David se jeta sur lui, lui coupa la tête de sa propre épée , et répandit , p:ir cette mort, la terreur dans toute l'armée des Philiàtins. Par cette victoire, David excita lad-

miration de toute l'armée , el celle de Saùl , ffui le rt vêtit de ses ornemeus et de ses armes. Mais cette affection de Suùl pour David fit bientôt place à la jalousie et à la liaine ; et ce malheureux prince résolut de le perdre , à quelque prix que ce fût, quoiqu'il lui eût donné sa fille en mariage. David , que Dieu protégeait visiblement, éch;ppa à toutes ses poursuites et à toutes ses etnbûclies , et devint enfin roi de tout Israël , par la mort de Saùl , qui se tua de désespoir pour une bataille qu'il avait perdue contre les Pliliiotî.is , et par celle de ses deux beaux-frères, dont 1 un, qui s'appelait Jonatlias , laimait autant que son beau-père le baissait.

Stéphanie. — Vous devez être bien fatiguée, ma bonne amie, de nous avoir entretenu si longtempsj si vous le désirez, je vais continuer l'histoire de David et de son fils Salomon , avec l'agrément de madame Sophie.

Mad. Sophie. — 11 est temps, mesdemoiselles, que nous finissions cet entretien dont nous verrons la suite un autre jour. Julie , faites - nous part des réflexions que vous avez faites au sujet de cette histoire.

Julie Je pensais à la jalousie de Saiil contre David, et je trouvais que ce prince était bien injuste d'en vouloir à lai jeune homme qui lui avait rendu un si grand service, et bien nialheu-

reux , car sa jalousie ne lui laissait de repos , ni le jour, ni la nuit.

]Mad. Sophie. — Oui , ma chère , tel est le caractère de la jalousie , ce sentiment pervers , qui nous fait regarder d'un mauvais œil les personnes qui ont un mérite et des qualités que nous n'avons pas, tel est, dis- je, le caractère de la jalousie : elle est in juste et nuisible tout à la fois. Ne soyez jamais jalouses de qui que cesO't, mesdemoiselles 3 mais réjouissez - vous quand vous verrez des personnes qui vaudront mieux que vous; c'est le moyen de les égaler , de vous faire estimer des autres, et d'être contentes de vousmêmes.

'W^^A^vwvv^'W%

XXVIir CONVERSATION.

Madame SOPHIE, EUGÉNIE, CAROLINE, JULIE, PAULINE, ALEXANDRINE, ROSALIE, FÉLICIE.

Mad. Sophie. — Pourquoi , Julie, vous niîtesvoiis à rire hier , quand vous vîtes cette vieille femme qui me lit demander ; et pourquoi eûtesvous l'air de la contrefaire?

Julie Je vous avoue , madame , que j'ai le

défaut de rire des vieilles gens. Comme maman a une amie qui est fort âgée et n'a plus de dents,

24o ENCYCLOPÉDIE

les grimaces que je lui voyais faire en parlant

me faisaient souvent rire aux e'clats, et avec tant

de force, qu'il m'était impossible de me contenir

en sa présence. C'est depuis ce temps-là que j'ai

pris l'habitude de rire quand je vois de vieilles

femmes.

ISIad. Sophie. — Apprenez qu'il n'y a rien de si bas que de se moquer des vieilles gens, ou de ceux que Dieu a affliges de quelque dt'faut naturel ; les premiers méritent du respect ; les seconds de la compassion. Je vous avoue, ma chère, que je serais bien fichée si vous ne vous corrigiez pas de ce défaut, qui annonce ordinaii'ement un cœur dur et méchant. Eugénie, ditesnous comment ou en agissait à Sparte avec les vieillards.

Alexandrins. — Je le sais liien , madame j je le dirai , si vous le voulez bien.

îklad. Sophie. — Il n'est pas poli, Alexandrine, de répondre aux questions que j'adresse à une autre , et d'interrompre une conversation avant que l'on ne vous adresse la parole. C'est là un des plus grands défauts dans lequel puisse tomber une jeune personne, et qui annonce le mieux »a mauvaise éducation, que de prendre la parole quand elle doit écouler, et de vouloir montrer ce qu'elle sait quand on ne le lui demande pas. Savoir vous taire , savoir parler à propos et laîK- 5cr parler les «utrcs , voilà , ma chère , ce qui ,

dans le monde , vous fera le plus d'iionnenr , et vous attirera la considération des compagnies que vous frc'qucnterez avec votre maman. Eugénie., c'est à voire tour de parler.

Eugénie. — La re'publique de Sparte passait pour avoir les lois les plus sages de la Grèce , et j'aime beaucoup celles qu'elle suivait à l'égard des vieillards : il n'était pas permis aux jeunes gens de s'asseoir eu leur présence , et quand ils venaient dans les assemblées publiques , on leur cédait les meilleures places, Les Atliéniens , peuple frivole et léger, n'avaient pas les mêmes attentions. Un jour qu'il y avait à Athènes des ambassadeurs de Sparte , ils furent scandalisés de voir dans la foule de pauvres vieillards que 1 on poussait , et qui ne pouvaient trouver aucune place pour voir le spectacle, hcs ambassadeurs, qui avaient la place d honneur, ne purent souffrir cela , et s'élaut levés , ils forcèrent les vieillards à s'asseoir en leur place , et donnèrent par -là une bonne leçon aux Athéniens.

iNIad. Sophie. — C'est bien , Eugénie. Voilà sans do Lite un beau trait de Ihiitoire profane, sur le respect que nous devonsavoir pour la viellesse; mais l'Histoire Sainte ne nous Iburuit-clle rien à ce sujet? Parlez, Alexandrine. •

Alexandrine. — Nous lisons dans l'Ecriture Sainte que le prophète Elisée , allant dans la ville de Béthel , trouva en chemin une troupe de pe-

tits enfans qui , voyant sa tétc clla^i^ e, se mirent à l'inaultcr et à se moquer de lui. Elisée , les regardant, les maudit au nom du Seigneur. Aussitôt après cette male'dictiou , il sortit deux ours d'une foret voisine , qui de'cliirèrent quarantedeux de ces petits cnlans. Ce ne fut point par colère que le saint prophète maudit ces enfans , mais par lui mouvement que l'esprit de Dieu lui iuspira , afin qu'un exemple si terrible pût servir à notre iustrviction.

Caroli>'E. — Il faut pourtant convenir , madame, que la plupart des vieilles gens ne sontpas aimables , et ont des ridicules dont il est impossible de ne pas se moquer. En général, les vieillards ont toujours de l'iiumeur, se plaignent sans cesse, trouvent à redire à tout ce que l'on dit ou ce que l'on fait , et ne peuvent souffrir les jeunes gens.

Mad. Sophie. — Assurément, ma clièi^, la vieillesse n'a pas les grâces et renjouemeut de la jeunesse; est-ce une raison pour se moquer d'elh;? et la vieille femme qui voudrait contrcfair la jeune fille, ne serait-elle pas infiniment plus ridicule qu'en murmurant toujours et eu faisant beaucoup de grimaces? Qiiant à l'humeur des vieillards, qui les portent à tout blâmer dans les jeunes gens , je ne pense pas qu'elle puisse autoriser ceux-ci à leur manquer de respect. Quel âgcna pas ses défauts? El la jeunesse n'en a-t-elle

DES JEUNES DEMOISELLES. ii-V^

pas un plus grand nombre que tout autre? D'ailleurs , je pense que les vieillards n'ont pas grand tort de se plaindre des jeunes gens , surtout de ceux d'aujourd'hui, qui , sans insiruclion et sans expérience, veulent juger de tout, se croient nés pour donner le ton à la société , et prétendent asservir à leurs opinions et à leurs goûts les personnes dont ils devraient recevoir les conseils et écouler les leçons.

Pauline. — J'ai une vieille tante Lien triste , bien ennuyeuse , bien maussade , qui vante toujours ce qui se faisait de son temps , et trouve mauvais tout ce qui se passe aujourd'liui3 rien ne lui plait, et même les attentions que Von a pour elle sont toujours prises en mauvaise pari, ce qui rend sa société fort dure et fort pénible à maman, avec qui elle demeure ; cependant maman n'a pour elle que des procédés respectueux, et cherche continuellement les moyens de la distraire , , de lui faire passer le temps agréa])lement , et de lui procurer tous les plaisirs convenables à scn âge avancé.

Mad. Sophie Voire maman, ma chère, remplit les devoirs d'une honnête femme etd'unebonne chrétienne j et elle doit espérer de recevoir à son tour la récompense des bons procédés qu'elle a pour sa tante, quand elle sera parvenue à lamëme vieillesse; car les vieilles gens , ne nous y t-onipons pas , sont compris; dm^s ïè'qiiûtclê'm'

:i44 ENCYCLOPÉDIE

ir. an clément , où Dieu uous ordonne d'honorer nos pOre et mère , si uous voulons vivre longuement.

Rosalie. ■ — Je ne comprends pas cela , madame 5 est-ce que les vieilles personnes sont nos parens ?

Mad. Sophie. — Le quatrième commandement de Dieu ne nous ordonne pas seulement d'honorer nos père et mère, mais encore tous ceux qui oit quelque autorite' sur nous; or la parenté n'est pas la seule chose qui donne aux autres de l'autorité sur nous , et la vitiHesse principalement porte avec elle uu caractère de supériorité qui commande nos égards et notre respect.

Rosalie. — Je ne conçois pas trop comment une vieille femme peut avoir de la supériorité sur une jeune femme,

IMad. Sophie. — Cette vieille femme ; ma clière , dont vous faites si peu de cas , a l'expérience d'une infinité de choses que vous n'avez jamais vues et que vous ne verrez jamais , et la sagesse, précieuse qualité (|iii est le fruit naturel de cette expérience: or, quelle qualité doit rendre une femme plus supérieure aux autres fenmies , que celle qui lui donne le droit de les insiruire , de les avertir et de h ur montrer le chemin de la vertu? N'est-ce pas là une espèce de sacerdoce, et le vieillard n'est-il pas , en quelque manière , un miuislre du ciel, consacré par le temps qui ,

rn blaiicliissant ses clieveux , a voulu le recoinuiaridcr au respect des gencraiions qui vicuucut après lui ?

Félicie. — Si l'âge doune de la supériorité , je dois donc , madame, regarder ma sœur aîne'e comme au-dessus de moi? Cepeudaut , je vous Tavoucrai , rien ne me ferait plus de peine que de me soumettre à elle , et de lui témoigner du respect.

Mad. Sophie. — Sans doute, ma clière , vous devez des égards à votre sceur rînée, car l'aînesse est un droit véritable, qui a toujours été reconnu cliez tous les peuples ; mais c'est pousser trop loin la conséquence de ce que j'ai dit relativement à la vieillesse, dont la supériorité ne consiste pas précisément dans le nomljre des années , mais dans l'expérience et la sagesse , qui en est le fruit.

Paulixe. — Un jour que maman avait éic bien tourmentée par ma vieille tnnte , je lui domandai pourquoi elle en supportait la mauvaise humeur avec tant de patience et de douceur ■ voici ce que maman me répoudit; Il est vrai , Pa'.iline, que votre tante prend souvent de lliumeur 5 mais que dois-je faire dans cette circonstance? la cbagriner et lui faire des réponses im- ^)oiies et malhonnêtes? Elle est bien assez à plaindre d'être vieille , et de ne plus voir devaut cUc d'autre perspective que celle du tombeau •

ç/j-v) ENCYCLOPÉDIE

faut- il que j'ajoute à la tristesse de sa situation par des durete's, et que je la méprise pour être parvenue à un ât;e où peut-être nous n'arriverons jamais ni l'une ni l'autre? Non, non, quelles que soient les bizarreries actuelles de son esprit, je nie garderai bien de m'en pre'valoir pour être ingrate et injuste à son égard. C'est celte lante, ma chère enfant, dont rexpérience a forme mon adolescence 5 c'est elle qui m'a appris à connaître le monde, à meme'fier desesfaux attraits, à choisir mes socictc's , à ne pas confondre la fausse amitié avec la véritable ; à ne jamais me compromettre par mes liaisons ni par mes discours, et à préférer les pures jouissances de l'intérieur de ma famille, aux plaisirs bruyans d'un inonde qui cherche moins à se récréer ([wk s'étourdir et à se fatiguer. Celte chère tante , me croircz-vous, est encore aujourd'liui la personne dont les conseils me sont les plus utiles , et desquels je nac suis le mieux trouvée dans plusieurs alfLiires , où ma sagacité en défaut me forçait de recourir aux lumières d? son expérience.

Mad. Sophie. — A'oilà de beaux scntimcns , ma chère; je vous invite à suivre les exemples et les leçons d'une mère si bonne, si l'aisonnable et si reconnaissante. Que Dieu bénisse celte excellente nièce, et accorde de longs jours à une tai;to qui lui a inspiré tait de raison et de vei tu ! Pauline. — Je vor.s promois bien . madame,

d'aimer et de respecier beaucoup ma vieille taule, et même toutes les vieilles gens que Je counaîtiaij et quand je serai grande fille de leur demander et de suivre leurs conseils.

Eugénie. — Je crois que ce sera faire beaucoup mieux que de suivre les conseils des jeunes personnes qui, en gênerai, n'écoutent jamais la voix de la raison , et pour qui la sagesse n'est qu'un mot vide de sens.

Mad. Sophie. — Dites-moi, Eugénie, celle réflexion est-elle de vous , ou si vous l'avez lue dans quelque ouvrage ?

EuGKjyiE. — Il me semble, madame, que je l'ai lue , mais je ue me rappelle pas dans quel ouvrage.

Mad. SoPHiBt — Cette réflexion est juste, à quelques égards, mais elle ne me paraît pas bonne^, prise dans un sens général. J'aurais beaucoup mieux aimé que vous eussiez dit que la sagesse n'est qu'un mot vide de sens pour un grand nombre de jeunes personnes , parce que vous auriez fait entendre qu'il y en a quelques-unes dont les exemples et les conseils sont bons à suivre , ce qui est vrai.

Eugénie. — Aussi ^ quand j'ai dit en général^ ai-je voulu faire entendre qu'il y avait des exceptions à faire parmi les jeunes personnes.

?tlad. Sophie. —J'espère que Julie profitera de cette conversation , et que je n'aurai plus que

des éloges à lui donner sur son respect envers tes vieilles gens , quel que soit leur sexe et leur état. Vous pouvez maintenant, mesdemoiselles, aller vous divertir dans le jardin.

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