XXIV CONVERSATION
Mao. Elisabeth, Stéphanie, adèle, amélie , emilie , hortense , alejïan-
DRINE.
Mad. Elisabeth. — Quelle belle journée , Biesdemoiselles ! quelle douce tempcratiire î
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Combien la terre se dispose à dialer à nos yeur fie magnidceucc et de richesses ! et combien nous devons nous estimer heui'euses d'être néei sous un climat et dans un pays où le charme de rexistence se fait sentir avec tant de vivacité et de douceur ! Ah ! quand on a vov âgé , quelle ditfércnce on trouve entre les autres pays et la France , et quel plaisir on éprouve à s'entretenir de cetie aimable patrie! Amélie , reprenez notre conversation sur cet intéressant sujet jet, comme ■vous n'avez encore rien dit de Ihisloire et du gouvernement de la France , apprenez-nous, eu peu de mots , ce que vous en savez.
Amélie. — La France s'appelait autrefoi» les Gaules ; elle éiait habitée par des peuples idolâtres qui n'avaient presque aucune communication entre eux. César, qui était un général romain , en Gt la conquête, il v a près de deux mille ans • et depuis ce temps , elle lut gouvernée comme une province romaine, jusqu'à l'époque où les Francs , peuple d'x\llcmagne , ayant à leur tête Pharamond et ^cs successeurs , chassèrent les Romains, et roudèrcnt une monarchie qui dure encore.
Emilii:. — àloiiarcliic ? vo!là un mot que Jtt ne comprends pas.
Mad. Elisabeth. — On appelle niomirckic ^ un grand pays qui est gouverné par un seul homme , qui est roi ou empereur. Ainsi , oa
iqS encyclopédie
dit, la monarcliie française , la monarchie autrichienne ^ etc., pour dire , la France , VyJ iifnchcj etc. ; mais seulement quand on privle autrement qne sous le mpport géograpliique.
Amélie. • — Le premier roi de France qui se fît clire'tien s'appelait Clovis. Ce fat sainte Clotiîde, sa femme , qui le détermina à se faire instruire j et ce fut après une grande victoire, qu'il' remporta comme par miracle sur les Allemands , raiprès de Cologne, qu'il reçut le baptême. C'est depuis cette époque que la religion clirétienne est celle des Français. Tous les successeurs de Clovis ont été chrétiens et catholiques comme lui , et ce sont eux qui ont fait bâtir toutes ces cathédrales et autres belles églises que l'on voit en France.
HoRTENSE. — Est-ce à la même famille qu'appartiennent tous les rois qui ont gouverné la France ?
Amélie. — Il y a eu trois races ou familles , qui ont produit tous les rois de France jusqu'à Louis XVI inclusivement. La première race est celle des Mérovingiens , qui a commencé à Mérovée; la seconde est celle des Carlovingiens , qui a commencé à Pépin , père de l'empereur Charlemagne ; et la troisième e^t celle qui a commencé à Hugues Capet. C'est à celte troisième race qu'appartient le roi régnant , Louis XVIII.
Adèle. — Y pensez-vous, Amélie? Au lieu
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do nous parler di^ la gcograpliie , voilà que vouy nous euirttencz de rilistoire de France.
Amélie. — Cela était nécessaire pour ce que ]\n à dire sur le gouvernient actuel de la France , et sur la division de son territoire.
Adèle. — Je ne vois pas le rapport (ju'ii y a entre l'Histoire de France et la géographie de la France.
Mad. Elisabeth. — Comme la France est au > jourdliui divisée en departcmens , ne laut-il nas savoir comment cela est arrive , puisqu'il y a environ vingt ans qu'elle était divisée en provinces'?
xImélie. — Une re'volution , qui a dure' à peîi près trente anne'es , avait amené en France diifercntes espèces de gouvernement. La race légitime avait été privée de la couronne , et ce fut sous l'un de ces gouvernemcns ([ue ce changement eut lieu; l'ancienne race, en repi'enant ia co;)ronne a conservé celte division.
Emilie. — Dans quelle année, s'il vousoiait, a t-on divisée la France en départemens , et a-ton cessé de parler des provinces , comaïc lilede-France , de la Normandie, de la Picard; j, de la Champagne, de la Bourgogne, etc.
Amélie — C'est en 1790 et 91 , que cette division a été faite.
Mad. Elisabeth. — Autreîo's la France éta t divisée en trente-deux grandes provinces , qui forment aujourd'hui 86 départemens , dont ia
popukilion est de près de trenie milHons d'Iiahi-
tans. Dans cLaijue dc'partement , il y a un prc'ftt
qui est clir.r^d de surveiller et d'administrer
tout ce qui a rapport au civil j c'est à-dire , ce
qui n'est ni affinre e'ccie'biasiique , ni militaire , ni
judiciaire.
Adèle. — Si vous n'avez pas, madame, la Louté de nous exp'i([iier le sens de tous ces mots, nous aurons bien de la peine à les comprendre.
?vlad. Elisabeth Les affaires eccle'siastiques
sont celles qui ont rapport à la religion; les affaires militaires concernent l'armée, et tout ce qui appartient à la de'fense da royaume ; les affaires judiciaires sont tout ce qui est du ressort des tribunaux ; et toute affaire qui n'est ni ecclésiastique, ni militaire , ni judiciaire , est civile , cl n'est autre chose qu'un rapport des sujets avec lo gouvernement. Ainsi , le droit que j'ai de vous instruire est purement civil , ccmme le devoir de payer mes contributions, quand oti me les demande. Mais en voilà trop à propos du nombre des dcpartemcus : Amélie, reprenez le fil de votre entretien.
Amélie. — Comme il serait trop long de faire la description de cliaque departcu'.etît , ne con- \ icndrait-t-il pas plutôt , madame, que je ne parlasse que des principaux?
Mad. Elisabeth, — Je pense comme vous, n:a clitre, qu'il sufïit d'en décrire quchpics-uns ,
comme ceux sur lesquels il y a à dire quelque chose de remarquable , et qui, par leur étendue , leur population , et Tinsdrustrie de leurs liabitans, méritent d'être mieux connus.
Amélie. — Au nord de la France, se trouvent les départemens du Nord , du Pas-de-Calais et de la Somme j leurs principales villes sont, pour celui du Nord, Lille, Douai et Dunkerqae; pour celui du Pas-de-Calais, Arras, Boulogne, Saint-Omer et Calais j pour celai de la Somme, Amiens, Beauvais et Carabray.
lîORTENSE. — Je vous prie de me dire ce que vous entendez parla Somme.
Amélie. — C'est une petite rivière qui coule dans ce département. En général , tous les dépai'tomeus de la France tirent leur nom ou des rivit'ces, ou des montagnes, ou de quelque forêt dune grande étendue, qui séparait autrefois une province d'une autre province.
Ainsi la Seine donne son nom au département de Paris , parce qu'elle passe dans cette capitale ; les Alpes ont aussi donné leur nom , ainsi que les Pyrénées , à plusieurs départemens qui les avoisinentj il en est de même de la forêt des Ardcmies , dont on a ainsi appelé un département. HoRTEN'sE. — SouiTrez que je demande encore ce que vous entendez par le mot de cnpitale, dont •vous vous êtes servie, en parlant de la ville de Paris.
Amélie. — Une capitale est la principale ville (1 un empire, d'un royaume , ou d'une province j c'est-à-dire , celle où il j a le plus de monde , et où le gouvernement fait sa résidence.
A l'ouest de la France, sont les dcpartcmens qui ont été formés des anciennes provinces de Normandie et de Bretagne , de Poitou de Guienne; ils sont au nombre de vingt. Leurs principales villes sont Rouen j, dans le département de la Seine-Inférieure, Nantes j, dans celui de la Loire-Inférieure , et Bordeaux, dans celui de la Gironde.
La ville de Pv.ouen est une ville très- peuplée et très-commerçautc, à vingt-sept lieues de Paris, et Nantes ne lui cède ni en richesses , ni en commerce y ainsi que Bordeaux , qui a un très-beau port sur rOcéan.
Au Midi , sont situés tous les départemens formés des anciennes provinces de Languedoc, PrGv(;nce et Roussillon,
Leurs villes les plus remarquables soni : Toulouse j dans le département de la Haute-Garonne, ç\. Marseille, dans celui des BoMclies-du-Khône, dont le port , sur la Méditerranée, est très -vaste et très-commei'çant 5 Di^?ie , dans celui des Basses-Alpes, et Toulon dans celui du Var.
A l'Orient ou à TEst , sont situés tous les départemens formés de l'Alsace et de la Franche-» Comté. Leurs plus belles villes sont : Strasbow^g
ville très-peuplée et Lien fortiCéc, dans le département dii Bas-Khin ; Besançon , dv.ns celui da Doubs; Cohnar dans celui du Haut-PiUin , et Dole dans celui du Jura.
Mad. Elisabeth. — Vous avez oublié , Amelie , des dt'parteaiens qu'il est pourtant bien iiilércssant de connaître. Vous n'avez parlé ni do celui de la Seine , dont Paris est la capitale , ainsi que de toute la France ; ni de celui du Rlione , où l'on trouve Lyon , la ville de Fempiro la plus grande et la plus peuplée , après Paris.
Amiîlie. — Je n'ai point encore parlé , uja^ dame , de ces départeraens , parce qu'ils sont au centre de la France , ainsi qu'un grand nombre d'autres; mais ne pensez pas, je vous prie , qno je les aie oubliés , car ils valent bien la peine quo l'on en parle.
Tous ces départemens , qui sont au centre de la France, parce qu'ils sont situés au milieu de ceux qui forment ses limites , sont au. nombre de trente-deux. Le?-. principauK sont ceux de la Seine , dont F*aris est la capitale j de Seine-et- Oise , dont Versailles , où Ton voit un très-beau château , séjour des derniers rois de France, est. le cbef-licu ^ le département de la Moselle, dor.t la capitale est Metz , belle et forte ville ; le d;-partement dlndre-et-Loirc, où est située la viiSc de Tours , très-peuplée , très agréalile et trèseiarchaude j le département de la Côte-d'Or ,
■2C>\ ENCTCLOPÉDÎK
dont la capitale csi Dijon, Ce c{(ipailoincr.t est trî.îbre par svs hor.s vins, qui forment une dc3 braachcs les plus étendues du commerce âa France j le département du Rliône , dont la ca- ])itale est Lyon , ville admirable par sa situation, cl depuis long-temps célèbre par l'industrie do ses habitans , ses riches étoffes de soie , la beatité do SCS quais , et la somptuosité de ses édifices , soit publics , soit particuliers. Lyon est à cent lieues au sud-est de Paris ; mais de toutes le villes de France , et même du monde entier , la plus hclL' est la ville de Paris , et celle dont la description est la plus lonjj'ue à faire, la plus agréable tt la plus utile.
?.Iad. Elisabeth. — Reposez-vous, Amélie, tai" vous devez élre fatiguée, et laissez parler Adèle, qui, comme Parisienne, doit bien conii;:;;U-e la ville où elle est née.
Faites-nous , Adèle , reloge et la description de Paris !
Adèle. — Je vous assure , madame , que ne mVtant pas attendue à parler aujourd'hui de Paris , je ne me suis point préparée sur cette matière. Cependant je vais faire mes eflorts pour vous plaire , en comptant beaucoup sur votre indulgence et sur celle de mes compagnes.
Mad. Elisabeth. — Comme ce n'est point un long discours que je vons demande , vous n'aurez
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qu'à vous rappeler ce qa'll y a d'essentiel à dira sur la capitale du royamuo français. «
Adèle. — Aucune ville dans le monde n'est comparable à la ville de Paris , qui peut être regardée comme le centre de la politesse cl de \a civilisation européenne. Nulle part on ne trouve de plus beaux monumens des arts, et la seule colonnade du Louvre surpasse tout ce queTarclwtcciure a produit (le plus parfait. Qu'>'a t-ilde comparable au îMuse'e royal , où Ton peut voir une grande partie des chefs-d'œuvre des artistes anciens et modernes ? Ce n'est qu'à Paris où loti peut se procurer en abondance toutes les prodaciions des autres contrées deTunivers , et les objets du luxe le plus somptueux y abondent, comme ceux du besoin le plus urgent , et de la plus stricte nécessite'. D'autres capitales peuvent éire plus vastes et plus peuplées, mais aucune n'est plus propre, plus saine et n'offre plus d'avantages à la circulation des personnes et des choses. (^)uelle autre peut vanter à plus juste titre ses bou- Icvarts 5 ses promenades et ses quais , et se regarder comme le centre du plus beau royaume de la terre , lorsque toutes les capitales des autres états sont situées ou à l'extrémité de ces étals , et près des frontières de l'étranger , où elles sont voisines de provinces qui ne suffisent point à leur consommation ? I.a nôtre , au contraire , est entourée de départcmcns riches et fert.bs. Mais en
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qui assure à la ville de Paris la prééminence sur toutes lesjautres , ce sont les arts , les sciences et la littérature , qui s'y cultivent avec plus de succès qu'eu aucun pays du monde , et la rendent le séjour enchanteur du bon goût , et de tous les plaisirs de l'imagination et de l'esprit.
Mad. Elisabeth. — Pourquoi ne parlez -vous pas , x\dèlc, des diffe'rens tliéàtres de Paris ^
Adèle. — Je sais fort bien que les théâtres de la capitale , comme l'Opéra , le théâtre Français et rOpéra-Comique^ l'emportent sur tous les autres théâtres del Europe, etensonties ornemcns , qui attirent dans ses murs le plus d'étrangers, et sont le plus capables d'exciter l'orgueil de seshabitausj mais, à mon âge, il ne m'est point permis de faire l'éloge du théâtre , et j'aurais craint, madame , de m'exposer à vos justes reproches , si j'avais entretenu mes compagnes des sj^ctacles de Paris.
IMad. Elisabeth. — J'approuve , ma chère , votre prudence et votre discréUcn , et je vous sais gré de votre façon de penser au sujet de lopinion que j'ai des spectacles, que je regarde comme dangereux pour tout le monde , et encore plus pour les jeunes personnes. Comme nous savons à peu près tout ce qu'il y a d'essentiel à apprendre au sujet de la France , nous eu resterons là aujourd'hui, et dans quelques jours nous continuerons notre voyage dans les autres pays de
l'Europe. Emilie, faites vos préparatifs, c'est vous qui nous en ferez la relation.
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