‹ Encyclopédie des sciences médicales (volume 2)Chapitre 14 sur 58 · DE L’AIR ATMOSPHÉRIQUE · texte numérisé non relu

DE L’AIR ATMOSPHÉRIQUE

C’est ainsi qu’on nomme la masse de fluide élastique invisible par sa transparence, dans lequel nous vivons, et qui environne la terre jusqu’à une hauteur qu’on n’est pas parvenu à déterminer.

Ce fluide étant nécessaire à l’entretien de la respiration et delà vie desanimaux, et devenant la source de beaucoup de maladies, suivant les variations qu’il éprouve dans ses qualités , les fluides et les émanations étrangères dont il peut se pénétrer, mérite la plus grande attention de la part du médecin. Nous allons en conséquence considérer l’air atmosphérique dans ses principaux rapports; et pour mettre quelque ordre dans nos considérations, nous les diviserons en six sections, dans lesquelles nous traiterons successivement : 1° des propriétés essentielles de l’air et de sa composition; 2" des propriétés accidentelles ou des qualités de l’air ; 3° des effets que produit l'air sur l’économie animale; 4° des substances étrangères qui peuvent se mêler ii l’air ou s’y dissoudre et en altérer les qualités; 5° des moyens que l’artcmploie pour opérer dans l’atmosphère des I modifications avantageuses à la santé de ! l’homme.

(i) Par Ilallé et Nyslen , Diction, des j sciences méd., art. Air. Jusqu’à l’article des Influences sidérales, où recommence : le texte de Tourtelle.

Section première. — Propriétés essentielles ou physiques de l'air-, composition de ce fluide.

Les principales propriétés physiques de l’air sont sa fluidité , son élasticité, sa compressibilité et sa pesanteur. 11 nous suffira de jeter un coup d’œil rapide sur ces propriétés.

Fluidité. C’est en vertu de la fluidité de l’air et de la grande mobilité qui en résulte que ce fluide s'applique immédiatement sur toutes les parties de la surface de nos corps ; qu’il les affecte également toutes, et qu’il est susceptible de changer autour de nous à chaque instant, et de se renouveler avec une grande promptitude, soit que nous nous mettions en mouvement , soir, qu’il obéisse lui-même à l’impulsion d’un courant.

Compressibilité et élasticité. La compressibilité et l’élasticité de l’air sont prouvées dans tous les livres de physique par diverses expériences dont les deux plus intéressantes sont, l» celle de la fontaine de compression, dans laquelle l’eau ne s’élance sous la forme d’un jet que par la force que déploie l’air condensé pour reprendre son premier état; 2° l'expérience de Boyle et de Mariolte, qui consiste à comprimer, dans un tube recourbe, une colonne d’air par une colonne de mercure, et où l’on voit que lorsque la pression du mercure est dé

HYGIÈNE

76 centimètres, la colonne d’air comprimé est réduite à la moitié de la hauteur qu’elle avait auparavant. — L’air qui a été comprimé reprend toujours complètement son premier état, dès que la compression cesse, quels qu’aient été le degré et la durée de cette compression : son élasticité est donc parfaite. — L’air, en raison des différentes couches qui composent l’atmosphère , est, vers la surface de la terre, dans un état de compression habituelle qu’on peut augmenter, comme dans les expériences que nous venons de citer, et qu’on peut aussi diminuer par différents moyens, et notamment par la machine pneumatique ou la force expansible du calorique. La chaleur , en dilatant l’air, augmente aussi sa force élastique ; et* il résulte des expériences qui ont été faites, à peu près dans le même temps, par M. Dalton en Angleterre , et M. Gay-Lussac à Paris , que la dilatation de l’air, depuis la température de la glace fondante jusqu’à celle de l’eau bouillante, est de 0,375, ou de ■§■ du volume que la masse avait à la première température. Les mêmes savants ont prouvé que les autres fluides élastiques suivent, entre les mêmes limites, la même loi dans leur dilatation.

Pesanteur. La pesanteur atmosphérique est égale au degré de pression qu’exerce sur les corps la colonne entière de l’atmosphère. Elle a été démontrée par les expériences de Galilée, de Torricelli , de Pascal , de Boylc et de Mariotte. Un décimètre cube d’air pèse environ 1225 milligrammes ; et la pesanteur totale de la colonne atmosphérique est telle qu’elle soutient au niveau de la mer, et dans des tubes fermés, le mercure à la hauteur de 28 pouces, ou 758 millimètres, et l’eau à la hauteur de 32 pieds, ou 1 0395 millimètres. D’après cette donnée, la pression de la colonne atmosphérique que supporte la surface d’un homme de moyenne taille, a été évaluée à un poids de 33600 livres, environ 16000 kilogrammes. Mais ce poids est contrebalancé par la réaction des fluides élastiques contenus dans les cavités intérieures du corps, de manière qu’il n’est pas sensible pour nous. — La pression que la colonne atmosphérique exerce sur les corps terrestres est la cause qui maintient l’état d’agrégation de certains liquides. Aussi l’éther entre en ébullition dès qu’on diminue la pression atmosphérique, et reste à l'étal gazeux a la hauteur de 14 à 15 pouces de mercure. L’alcool,

l'eau même conserveraient l’état de fluides élastiques dans les couches supérieures de l’atmosphère.

La densité de l’air est proportionnelle à la force qui le comprime :

ainsi, elle diminue graduellement à mesure qu’on s’élève au-dessus du niveau de la mer, et elle augmente à mesure qu’on descend dans les mines plus ou moins profondes. Il a été reconnu par l’observation que , quand les hauteurs sont en progression arithmétique, les densités correspondantes sont en progression géométrique. On a aussi observé qu’à l’élévation où nous vivons , une ligue de diminution dans la colonne de mercure répondàune différence de douze toises et demie en hauteur verticale. On a profité de ces observations pour mesurer, à l’aide du baromètre et du calcul, l’élévation des lieux. Cette méthode , découverte par Bouguer (Méra. de l’Acad.

des Sciences, 1753), a été approfondie par Deluc, et perfectionnée par M. Delaplace ( Mécanique céleste , vol. iv) et M. Ramond (Mémoires de l’Institut, tome vi).

La pression de l’air atmosphérique est très-variable, non-seulement suivant les hauteurs, mais encore suivant les vents, les vapeurs dont il est chargé, et quelques autres circonstances inconnues. Il suit de là que, dans la détermination de la pesanteur spécifique ou de la densité de l’air, on doit tenir compte de son degré de pression. La température, qui n’a aucune influence sensible sur la pesanteur absolue de l’air, fait varier sa pesanteur spécifique : ainsi, pour l'exactitude de l’expérience dont il s’agit, on doit consulter le baromètre et le thermomètre, à la température de 10 degrés de Réauinur, et sous une pression moyenne de 28 pouces de mercure. La pesanteur spécifique de l’air, celle de l’eau étant représentée par 10000, est, suivant les résultats de Brisson , comme 1 est à 8 11 , 5 ; en sorte que l’air est 8 1 1 fois et demie plus léger que l’eau, et qu’à poids égal, il occupe un espace 811 fois et: demie plus grand. Deluc, qui a déterminé la pesanteur spécifique de l’air à la même pression , mais à la température de la glace fondante, l’a trouvée comme 1 est à 760.

Composition . L’air atmos phérique, que les anciens regardaient comme un élément , est, dans sa plus grande pureté, composé de 0,21 de gaz oxygène, de 0,78 de gaz azote, et d’environ 0,01 de gaz

1JÏG1ÈNE.

acide carbonique. Pour faire cctlc analyse, on mesure cent parties d’air dans un tube gradué ; on racle d’abord celle quantité avec un corps qui ait la propriété d’absorber exclusivement l’acide carbonique : telles sont l’eau de^ chaux, ou la potasse caustique ; et après avoirtenu note de la potion absorbée, on expose le résidu à l’action d’un corps qui ait la propriété d’absorber l’oxygène ; et lorsque cette opération est terminée, il ne reste plus que de 1 azote. Scbeele , qui s’occupait de l’analyse de 1 air dans le même temps que Priestley faisait ses expériences sur l’oxygène , employait, pour fixer ce principe, du sulfure de potassequ’il avaitfait bouillir dans l’eau. Or, l’eau contient toujours de l’air atmosphérique , qu’elle perd par l’ébullit tion, et lorsqu'elle est refroidie, elle abi sorbe autant de ce fluide qu’elle en conl tenait auparavant. La solution de sulfure i de potasse employée par Scbeele fixait donc un peu d’azote en même temps que l’oxygène atmosphérique, et cette source d’erreurs avait échappé au chimiste suédois , qui trouvait en conséquence une plus forte proportion d’oxygène dans l’air que celle qu’il contient, réellement. Aujourd’hui, il est bien reconnu que les principes constituants de ce fluide sont entre eux dans le rapport que nous avons indiqué. MM. Humboldt et Gay-Lussac ont prouvé que l’air présente absolument les mêmes principes, même lorsqu’il a été pris aux plus grandes hauteurs où l’homme se soit élevé, et que si, dans ces régions élevées, il contient de l’hydrogène, ce ne peut être qu’une quantité inférieure à 0,003, quantité insuffisante , comme ils en font la remarque , pour l’explication des phénomènes météoriques , dans lesquels on a supposé la production instantanée d’une grande quantité d’eau. — • L’oxygène atmosphérique servant à entretenir la respiration, l’air d’un lieu où sont rassemblés des hommes en grand nombre doit contenir un peu moins d’oxygène que les proportions indiquées. Cependant l’altération que l’on trouve à cet égard dans l’analyse de ce fluide est si faible qu’elle ne peut inotiver seule son insalubrité. — L’air, de même que tous les gaz , doit sa fluidité élastique à une certaine quantité de calorique qui y est h l’état de combinaison, et il en contient d’autant plus que ses molécules sont plus écartées :

aussi se produit-il de la chaleur quand on condense l’air, et du froid quand on

le raréfie; mais dans l’analyse chimique des corps, on ne tient jamais compte du calorique qui entre dans leur constitution.

Section seconde. — Propriétés accidentelles, ou qualités de l'air.

Les propriétés accidentelles, ou les qualités de l’air dont nous allons nous occuper sont: sa température, sa propriété conductrice du calorique , son humidité, sa sécheresse et son état électrique.

Article ier. — température de l’air ; sa

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