‹ Encyclopédie des sciences médicales (volume 2)Chapitre 13 sur 58 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

niSTOIRE naturelle de l’homme dans les DIFFERENTS CLIMATS.

L’homme est cosmopolite ; il est l’habitant de tous les pays et de tous les climats ; il peut vivre et se perpétuer sous les latitudes les plus opposées. Il n’en est pas de même des animaux , qui , pour la plupart, dégénèrent bientôt et s’abâtardissent , ou ne se perpétuent point , mais s’éteignent lentement hors des lieux qui les ont vus naître. Il paraît que c’est a la grande sensibilité dont jouit l’espèce humaine qu’elle est redevable de la force de résistance qu’elle oppose aux agents extérieurs qui altèrent l’organisation des animaux , dont le ton fixe de sensibilité ne peut tenir contre l’action des causes offensives que présente la différence des climats. INéanmoins l’homme , pour en changer, n’est pas à l’abri des maladies : souvent il contracte celles qui sont propres aux indigènes , ou il en éprouve d’autres qui sont décidées par la nature même ; qui fait d’utiles efforts pour mettre en équilibre le système organique du nouveau colon avec le nouvel ordre de choses.

L’expérience nous apprend aussi que les habitants des contrées chaudes s’acclimatent plus aisément , et sont moins exposés aux maladies dans les pays froids, que ceux des pays froids transplantés dans les contrées chaudes. — Le climat, par sa température et ses productions , exerce la plus grande influence, nonseulement sur le physique de l’homme, mais encore sur scs facultés mentales ;

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le gouvernement et la religion modifient puissamment aussi son existence ; en sorte que son caractère , ses mœurs , scs opinions, ses préjugés, sa physionomie, sa couleur et sa taille sont dans une dépendance étroite de ces causes , et spécialement du lieu qu’il habile. Et , en effet , on rencontre souvent des différences très-marquées dans les peuples limitrophes : un bois , une rivière , une montagne , établissent souvent une ligne de démarcation qui rend deux bourgades presque entièrement différentes.

Tout est soumis aux lois physiques , et les animaux éprouvent , ainsi que l’homme, les influences du ciel et de la terre. C’est principalement par la nourriture que l’homme reçoit l’influence de la terre celle de l’air et du ciel agit plus superficiellement ; et tandis qu’elle altère l’organe extérieur, les aliments agissent sur la forme intérieure par des propriétés qui sont constamment relatives à celles de la terre qui les produit. 11 résulte de là , ainsi que l’a très-bien observé Buffon , que les mêmes causes qui ont modifié l’homme dans nos climats ont influé aussi sur toutes les espèces d'animaux. Le loup , qui dans notre zone tempérée est peut-être l’animal le plus féroce, ne l’est pas à beaucoup près autant que le tigre, la panthère , le lion de la zone torride , ou l’ours blanc , le loup-cervier et l’hyène de la zone glacée. Bien plus, on remarque non-seulement que le climat est fait pour les espèces , ou les espèces pour le climat , mais encore on trouve dans chaque espèce en particulier le climat fait pour les mœurs , et les mœurs relatives au climat. Les animaux féroces de l’Afrique sont bien moins redoutables en Amérique. Ils ont dégénéré dans le nouveau continent , parce qu’ils y ont éprouvé l’influence d’un climat plus doux, et y sont devenus conformes à sa nature. — - Les végétaux ne participent pas moins que les animaux à la nature du climat ; chaque contrée, chaque degré de température , a ses plantes particulières. Ce sont les climats excessifs qui donnent naissance à celles dont les qualités sont extrêmes; les pays tempérés ne produisent au contraire que des substances tempérées, les herbes les plus douces, les légumes les plus sains , les fruits les plus agréables. Ce n’est que là que l’on rencontre des animaux paisibles, et des peuples dont les mœurs sont douces et innocentes. Partout les êtres organisés

ont des rapports directs avec les climats. Il suffira pour s’en convaincre de jeter un coup-d’œil rapide sur les principales contrées du globe, en commençant par le Word.

Le Spitzberg est le pays le plus septentrional que nous connaissions ; il est aussi le plus froid, et l’air y est très-vif: durant l’été , le soleil y reste plus de quarante jours sur l’horizon ; mais ses rayons ont si peu de force que l’âpreté du froid n’en est que très-peu diminuée. Ce pays n’est habité que par des ours blancs à pieds palmés, d’une grosseur et d’une force considérables ; par des renards gris et des rennes , surchargés d’une graisse qui a la funeste propriété de donner la dysenterie à ceux qui en mangent , et par des canards de différentes couleurs. Le sol ne produit ni arbres ni arbrisseaux. Ce pays n’est point habité par l’homme. — La Wouvelle-Zemble , grande île au nord de l’Asie, dans la mer Glaciale, est le plus misérable pays de l’univers ; il est rempli de montagnes , et presque entièrement couvert de neige. Cette île n’est point habitée, mais fréquentée par les Samoïèdes, qui y passent vers le milieu de mai, et qui s’y occupent tout l’été à la pêche et à la chasse. Les Hollandais qui abordèrent sur la côte orientale de cette île , en 159G , cessèrent de voir le soleil depuis le 4 novembre jusqu’au 26 janvier 1597 ; ils ne devaient l’apercevoir que quatorze jours plus tard d’après les règles de l’astronomie : ce que ces navigateurs prirent pour le soleil durant ces quatorze jours n’était sans doute qu’une parélie , ainsi que l’a prouvé Cassini le père.

Le Groenland, grande presqu’île au nord-est de l'Amérique septentrionale, ne produit aucun arbre, si ce n’est vers le sud ; et les seuls qui y croissent sont des saules , des bouleaux , des aunes , quelques buissons de genièvre, de groseillcrs et de ronces , qui ne portent que de mauvais fruits. Mais les lichens y sont en quantité; ils sont très-nourrissants , surtout le lichen islandicus ; ils engraissent en peu de temps les animaux qui s’en nourrissent. On y rencontre quelques quadrupèdes , mais beaucoup de poissons ; la baleine , le hareng et la morue y abondent. Il n’y a au Groenland aucun serpent ni reptile venimeux, non plus que dans le Spitzberg et l’Islande, en un mot, dans les pays où il fait un froid extraordinaire. — Le froid

est excessif dans ce pays : il fait geler les liqueurs les plus fortes, même dans les appartements les plus échauffés. Il augmente d’année en année, cl celte île, oh l’on semait autrefois du blé , et qui était couverte de forêts , ne produit plus de blé aujourd'hui, et il n’y croit que quelques arbrisseaux rabougris. Depuis le commencement de juin jusqu’au commencement d’août, le soleil est chaud, très-brillant, et ne quitte point l’horizon, de sorte que les Groënlandais n’ont pas de nuit. A la fin d’octobre jusqu’en janvier, il ne paraît pas du tout, ou seulement deux ou trois heures^ Un crépuscule de plusieurs heures répand une clarté qui dédommage de l’absence du soleil, et l’aurore boréale succède chaque jour au crépuscule. Elle brille tout l’hiver , et jette une lueur qui surpasse Je plus beau clair de lune.

Les Groënlandais ne diffèrent en rien des Esquimaux , qui sont au nord de l’Amérique septentrionale ; ils constituent ensemble un même peuple et une même race d’hommes, dont l’idiome, les mœurs , les usages et la figure sont parfaitement semblables. Ils sont petits , ramassés, et ont à peine quatre pieds de hauteur ; ils ont la tête grosse, le visage large et plat, les joues élevées, le nez camus et écrasé , les lèvres grosses et relevées, la peau couleur d’olive foncée. Les femmes sont aussi laides que les hommes, et leur ressemblent tellement qu’on ne peut les distinguer; elles sont encore plus petites , ont les pieds et les mains très-courts, les mamelles longues et molles. Elles mettent rarement au monde plus de trois ou quatre enfants , et arrivent à un âge avancé. Mais peu d’hommes atteignent le terme de cinquante ans. — Ces peuples sont lestes, adroits et infatigables à la chasse et à la pêche ; les femmes le leur disputent aussi en force et en adresse. Ils sont peu prévoyants , et n’ont aucun souci du lendemain ; ils ne vivent que de viande et de poisson , et supportent la faim avec une fermeté incroyable. L’eau pure et l’huile de poisson forment toute leur boisson. — Les Groënlandais, ainsi que les Esquimaux, ne sont soumis à aucune puissance , et vivent entre eux dans une parfaite égalité. Ils n’ont aucun culte ni aucune idée de Dieu, et vivent, dès leur enfance, libres et indépendants, sans éducation, sans magistrats et sans gêne; le père seul jouit de quelque autorité sur sa famille. Il règne parmi eux beau-

coup d’union et d’harmonie. La polygamie y est tolérée , et les exemples de répudiation y sont assez fréquents. Ces peuples ne connaissent qu’un très-petit nombre de maux ; le scorbut est , pour ainsi dire , la seule maladie du pays ; mais ici comme ailleurs, la nature bienfaisante a placé le remède à côté du mal ; le cochléaria et d’autres plantes antiscorbutiqnes y croissent très-abondamment.

Les environs de la baie d’Hudson, la plus considérable de celles de l’Amérique septentrionale, présente le coupd’œil le plus affreux. De quelque côté qu’on porte ses regards , on n’aperçoit que des terres incultes et stériles , des rochers escarpés qui s’élèvent jusqu’aux nues, enfin des ravines profondes, et des vallées toujours couvertes de neiges et de glaçons. — Dans ces contrées , le soleil ne se lève ni ne se couche jamais sans un grand cône de lumière. L’aurore boréale succède à ce phénomène , et répand un éclat qui n’est pas même effacé par la pleine lune; néanmoins le ciel y est rarement serein. Quoique les chaleurs de l’été soient assez vives pendant un mois et demi ou deux , le tonnerre et les éclairs s’y manifestent rarement. Les aurores boréales allument quelquefois des exhalaisons inflammables qui brûlent les écorces des arbres sans eu attaquer le corps. — Les habitants de ces malheureux pays ne diffèrent pas des Groënlandais. Tout s’y ressent de la stérilité de la nature; on n’y voit de toute part que l’effet d’une faiblesse d’organisation, et d’un froid qui resserre et contraint le développement des organes. — Quoique dans le voisinage des pôles, le froid semble arrêter les progrès de la vie végétale et animale , la nature n’y est pourtant inanimée qu’en apparence, et la mer y a reçu en compensation ce qui manquait à la terre ; elle y dépense autant de forces à animer les baleines , les phoques , les innombrables essaims de harengs , de morues , et ces nuées d'oiseaux aquatiques qui obscurcissent la surface de l’océan Glacial , qu’elle en emploie ailleurs pour organiser les plantes , les arbres, et une variété prodigieuse d’êtres vivants. On rencontre partout la même tendance à l'organisation ; il circule tout autour du globe une égale portion de principe vital, dont les températures extrêmes ne peuvent arrêter la puissance et l’activité vivifiante; partout la quantité de vie est la même. — L'île d’Is-

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lande, située dans la nier du Nord, près du pôle, éprouve constamment des froids excessifs et de fréquents tremblements de terre. Les volcans qui produisent ces derniers empêchent que celte île ne soit bien peuplée. Ajoutez à cela qu’elle ne produit ni blé ni fruits , que les habitants ne vivent que de pain , de poisson et de viande pourrie, et ne boivent que de l’eau et du petit-lait.

L’Islande ne fournit ni gibier ni bêles féroces, parce qu’elle est fort éloignée du continent ; quelquefois cependant on y voit arriver des ours sur de gros glaçons poussés par le vent du côlé de l'ile. 11 y a dans ce pays une quantité prodigieuse de moutons qui restent toujours en pleine campagne. — Au nord de l’Islande, on voit continuellement le soleil depuis la mi-juin jusqu’à la fin d’aoùt ; mais on est privé de sa lumière depuis la fin de novembre jusqu’à la fin de janvier. Durant celte longue nuit, les Islandais jouissent de la clarté des aurores boréales, qui paraissent dès que les jours commencent à diminuer, et dont l’éclat augmente à mesure qu’ils deviennent plus courts. — Le climat de l’Islande est fortsain, et les habitants mènent une vie dure et laborieuse dès la plus tendre jeunesse. Les enfants ne tètent que huit jours; on les couche ensuite par ferre, et on place à côté d’eux un petit vase rempli de lait; lorsqu'ils ont envie de boire, on les tourne vers le vase, et ils sucent le lait au moyen d’une canule qui tient au vase , et qu’on leur met dans la bouche. Dès qu’un enfant est parvenu à l’àge de neuf mois, il mange de tout. On ne sait dans ce pays ce que c’est que de l’emmaillotler, de le bercer et de le garder : à peine a-t-il quinze mois qu’on le met en culotte et en veste. On le laisse se rouler par terre jusqu’à ce qu’il se lève de lui-mêine et qu’il apprenne à marcher. Les Islandais sont très-malpropres, et si poltrons qu’on n’a jamais pu les accoutumer à tirer un coup de fusil, 11 n’y a point de défauts auxquels ils ne soient sujets ; mais l’ivrognerie est leur passion dominante , et ils vendent tout ce qu’ils possèdent pour avoir de l'eaude-vie , qui est l’âme de toutes leurs assemblées et de toutes leurs fêtes. — On trouve dans la Laponie, qui est au nord de 1 Europe , et sur les côtes septentrionales de la Larlaric , des hommes semblables aux Groënlandais , tant au physique que par rapport aux mœurs.

Dès que leurs enfants sont nés, ils ont

l’habitude de les plonger dans l’eau froide. En général , tous les peuples du Nord se ressemblent à l’extérieur, et ont à-peu-près les mêmes inclinations et les mêmes usages. Ils paraissent être des Tartares plus ou moins dégénérés. Rarement ces peuples quittent les lieux qui les ont vus naître. Ils sont très-lâches , et inhabiles au métier des armes ; néanmoins ils sont infatigables à la chasse et à la pêche.

Lorsqu’on veut trouver les Lapons , de même que les autres peuples septentrionaux dont je viens de parler , il faut les chercher sous terre , ou dans des cabanes presque entièrement enterrées, et dont les toils sont construits d’écorces d’arbres ou d os de poissons. C’est dans ces tristes lieux qu’ils passent une nuit de plusieurs mois , durant lesquels ils entretiennent continuellement du feu.

L’élé même ils sont obligés d’y avoir toujours une fumée épaisse , pour n’être pas incommodés des insectes dont fourmille leur pays. Ils sont peu sujets aux maladies ; mais ils deviennent aveugles, parce qu’ils sont toujours éblouis par l’éclat de la neige et par Ja fumée. Ils ne vivent pas long temps, et les femmes y sont peu fécondes. Il n’en est pas de même en Suède et dans les pays situés à-peu-près nu même degré de latitude ; il n’est pas rare d’y voir des femmes qui ont eu jusqu’à trente enfants. Une coutume bizarre qu’ont tous les peuples septentrionaux est celle d’offrir aux étrangers leurs femmes, et d'être trèsflatlés qu’on veuille bien les accepter : ils trouvent sans doute moins laides celles que les étrangers n’ont pas dédaignées. On retrouve encore cet usage chez les Tartares de Crimée , les Calmoucks et plusieurs aulres peuples de Sibérie et de Tartarie, qui sont presque aussi laids que ceux du Nord , au lieu que dans toutes les nations voisines , comme à la Chine , en Perse , où les femmes sont belles , les hommes sont jaloux à l’excès. — Les peuples qui habitent l’extrémité de la zone tempérée, cn-deçà du cercle polaire , ont pour la plupart les cheveux blonds, l’iris de i’œil bleu , le teint blanc et la taille haute. Ils sont forts, courageux, guerriers et inquiets. Us ont un penchant naturel à s’expatrier ; on les a vus se déborder jusqu’en Afrique, et il n’y a pas de nations parmi nous qui ne tirent leur origine du Nord , ou qui ne soient mêlées avçc des races septentrionales.

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On voit que ces peuples sont entièrement différents de ceux situés sur le cercle polaire , ou qui sont dans son voisinage ; cette différence est très-sensible , soit par rapport à leurs qualités extérieures , soit par rapport à leurs mœurs et à leurs inclinations.

La nation tartare , prise en général , occupe des pays immenses en Asie. Les hommes de celte race sont fort laids , ont le teint basané et olivâtre , peu de barbe, et par petits épis comme celle des Chinois ; les cuisses grosses et les jambes courtes ; ils sont de stature médiocre , mais très-forts et très-robustes. Les peuples les plus hideux et les plus difformes sont les Calmoucks. Ces hommes robustes, voleurs, et en même temps très-hospitaliers , sont voisins de la mer Caspienne et placés entre les Moscovites et les Grands-Tartares. Leur visage est si large , qu’il y a au moins cinq à six doigts de distance entre les yeux , qui sont très-petits ; ils ont le nez si court et si plat, qu’en place de narines on n'y aperçoit que deux trous. Ils ont les genoux tournés en dehors, et les pieds en" dedans. — Quoique le sang tartare se soit mêlé avec celui des Chinois et des Russes orientaux, cependant les traits de cette race se sont conservés; beaucoup de Moscovites ont la physionomie des Tartares, et, comme ces derniers, le corps carré, les cuisses grosses et les jambes courtes. — En avançant vers l'orient de la Tartarie indépendante , on trouve un peu de radoucissement dans les traits. Les Chinois approchent encore plus des Tartares par la physionomie que les Moscovites; il est même probable qu’ils sont de la même race ; et en effet leur ligure et leurs traits comparés ne laissent aucun doute à cet égard. Les Chinois , le plus ancien peuple connu et le plus anciennement civilisé , qui habitent l’extrémité orientale du continent de l’Asie, sont presque sans barbe,' ont le teint basané, et diffèrent peu des japonais, qui sont plus bruns, parce que leur climat est plus méridional , en sorte qu’on peut regarder ces deux peuples comme ne faisant qu’une seule et même race d’hommes. Les Chinois et les Japonais, quoique robustes, le sont moins que les Européens. Ils ont les yeux oblongs, enfoncés, clignotants, la prunelle brune ou noire , et les sourcils placés très-haut; lour regard est trèsperçant. Ils ont la tête grosse et le col court, les cheveux noirs , épais et lui-

sants ; leur nez est aplati , gros et épaté. Leur caractère est un mélange de curiosité, de soumission, de patience, de justice , de bravoure, de crédulité et d’orgueil. Au surplus, ces deux peuples ont le même naturel , les mêmes mœurs et les mêmes usages. Il règne chez eux une mode bizarre, c’est qu’une femme ne serait pas aimable si elle n’avait pas les pieds assez petits pour entrer dans la pantoufle d’un enfant de six ans. C’est pourquoi ils sont dans l’usage de serrer fortement les pieds des filles dès le bas âge, pour les empêcher de prendre tout leur accroissement. Un autre usage non moins absurde dans la Chine , et qu’on trouve établi aussi en Tartarie et même chez les Hottentots, c’est celui d’écraser le nez des enfants encore au berceau:

l’éducation d’une fille serait manquée si, à l'approche du mariage, elle n’avait pas le nez camus. Un nez proéminent est une difformité dans ces pays. On trouve un usage contraire sur les côtes de Malabar, chez les insulaires du golfe Persique et dans la Californie, tant sont différentes les idées que chaque peuple se fait de la beauté. On y perce la cloison du nez aux filles, pour y passer des anneaux, des épingles d’or et des colifichets de cristal. Les sauvages du Brésil ajoutent à ces usages celui de faire une ouverture à la lèvre inférieure pour y adapter une pierre verte et un petit cylindre d’ivoire.

Les Corésiens sont originaires de la Chine; ils en ont conservé le langage, les mœurs et le gouvernement. Ils habitent une presqu’île de l’Asie , appelée Corée, qui est située entre la Chine et le Japon. — On remarque chez les Cochinchinois, les Tunquinois, les Siamois, les Péguans, les habitants d’Aracan, de Laos et d’autres pays voisins, à-peu-près les mêmes traits que chez les Chinois.

La seule différence est la couleur plus ou moins foncée, selon qu’ils habitent des pays montueux ou des vallées situées au midi ou au nord. Les longues oreilles sont très-estimées de ces peuples. Les uns parviennent à se les allonger en les tirant ; d’autres les percent et y pratiquent une ouverture si considérable qu’on pourrait y introduire le poing , et leurs oreilles tombent presque jusque sur les épaules, surtout celles des habitants de Laos. Les Siamois font consister la beauté des dents dans leur noirceur , et ils les teignent d’une sorte de vernis qui leur donne celte couleur, et qu’ils renouvellent tous les ans. — Les habi-

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tantsde Java ressemblent beaucoup aussi aux Tartares et aux Chinois, au lieu que les Malais et les peuples de Sumatra et des petites îles voisines en diffèrent par les traits , par la forme du corps et par la couleur, aussi bien que par la proportion des membres ; ce qui fait penser que ces îles , ainsi que toutes celles de l’archipel Indien , ont été peuplées par différentes nations des continents voisins, et même par les Européens : aussi y trouve-t-on une grande variété d’hommes. — En remontant vers le Nord , on trouve les iles Manilles et Philippines, dont les peuples sont de tous ceux du globe les plus mêlés , par rapport aux alliances qu'ils ont contractées depuis long-temps, et qu’ils continuent de faire avec les Espagnols, les Indiens, les Chinois, les Malabarais et les noirs. Il faut observer , relativement à ces derniers , que ceux qui habitent les rochers et les bois de ces îles ne ressemblent en rien aux autres. Il en est parmi eux qui , de même que les nègres d’Angola, ont les cheveux crépus ; il en est d’autres qui les ont longs. Les voyageurs rapportent à leur occasion plusieurs faits qui sont trop extraordinaires pour qu’on puisse y ajouter foi.

Les Papous et les autres habitants de la Nouvelle-Guinée sont de vrais noirs, et ressemblent à ceux d’Afrique , quoiqu’ils en soient séparés par un intervalle de plus de deux mille deux cents lieues. Ils se déforment avec une espèce de cheville de la grossenr du doigt et de la longueur d’environ quatre pouces , qu’ils font passer dans leurs narines ; ils se font aussi de grandes ouvertures aux oreilles pour y passer de longues chevilles. Au reste, chez presque tous les peuples, les femmes se les percent pour y suspendre des parures de pure fantaisie. Dans la Nouvelle-Guinée , les femmes ont des mamelles fort longues et pendantes sur le nombril, le ventre trèsgros , les jambes et les bras très-grêles. — Les habitants de la Nouvelle-Hollande ressemblent aux Hottentots; ils sont grands, droits, effilés, et ont les paupières à demi fermées, pour garantir leurs yeux des mouclrerons dont ils sont sans cesse incommodés. Ces peuples sont très-misérables, et approchent par leurs mœurs de la condition des brutes; ils vivent pêlc-mele , hommes et femmes , par troupes de quinze à trente ; ils n’ont ni maisons ni li s ; une écorce d’arbre dont ils Seceignenl la moitié du corps est

leur seul vêtement , et ils n’ont d’autre nourriture que des petits poissons, qu’ils prennent en pratiquant des espèces de réservoirs de pierre dans de petits bras de mer. Les Mogols, les Marattes, les Guzarates et les différents peuples qui habitent la presqu’île des Indes ont la taille et les traits assez ressemblants à ceux des Européens. Les deux sexes sont de couleur olivâtre. Les femmes mogoles ont les extrémités inférieures fort longues , et le corps court. Si l’on en croit Tavernier, dès qu’on a passé Lahor et le royaume de Cachemire , toutes les femmes sont dénuées de poils dans toutes les parties , et les hommes n’ont que très-peu de barbe- Au royaume de Décan et à la côte de Malabar, on marie les garçons à dix ans, et les filles à huit; et souvent ils ont des enfants à cet âge : mais aussi ces femmes précoces cessent de concevoir avant trente ans. Beaucoup de femmes mogoles se découpent la peau en fleurs , et la peignent de diverses couleurs avec des jus de racines; ce qui la rend semblable à une étoffe de fleurs. — Les Bengalais ont le teint plus jaune que les Mogols , et leurs femmes sont les plus lascives de l’Inde. Le grand commerce de ce pays est celui des esclaves mâles et femelles, et des eunuques.

Ces peuples sont beaux et bien faits, et ont des mœurs douces. Les Coromandelais et les Malabarais ont le teint trèsnoir ; ils sont moins civilisés que les Bengalais; les gens du peuple vont presque nus. Les Banians ne mangent rien de ce qui a eu vie ; ils ont une telle horreur du meurtre qu’ils craignent de tuer même le moindre insecte. Les Calicutiens ont le teint olivâtre. Il leur est défendu d’avoir plus d’une femme; mais il est permis aux femmes nobles d’avoir plusieurs maris. Il n’est pas rare non plus de voir dans ce pays les mères prostituer leurs filles encore en bas âge. On rencontre parmi les Calicutiens des familles entières dont les jambes sont aussi grosses que le corps d’un homme , et dont la peau est dure, rude et comme verruqueusc ; ce qui néanmoins ne les empêche pas d’être dispos. Les grosses jambes sont surtout très-communes parmi les naïres , c’est-à-dire les nobles du pays. On trouve aussi cette difformité, mais non aussi fréquemment , parmi les habitants de Ccylan (1).

(1) C’est probablement l’éléphantiasis ou la maladie des Barbades. (I. B.)

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L’îlc de Ceylan , très-peuplée, renferme dans son sein deux nations différentes par les mœurs, le gouvernement et la religion. Les Bedas (espèce de sauvages) sont établis dans la partie septentrionale de l’île, et dans le pays le moins fertile. Ils sont d’un blanc pâle, et ont les cheveux roux. On ne les découvre que difficilement, tant ils ont soin de se cacher dans les bois les plus épais. Ils sont partagés en tribus qui obéissent à un chef; ils sont en petit nombre , presque nus , et ont à-peu-près les mêmes mœurs et le même gouvernement que les montagnards d’Ecosse. Ils ne font jamais cuire la chair des animaux qu’ils tuent avec les flèches ; mais ils la confisent dans du miel, qu’ils ont en abondance. Il est vraisemblable que les Bedas, de même que les Chacrelas de Java, sont de race européenne. Les Chingulais forment uue nation plus nombreuse et plus puissante. Ils habitent la partie méridionale de Ceylan ; ils sont noirs , mal formés ;• ils portent des habits , et obéissent à des despotes; ils sont plus civilisés que les premiers, mais fourbes, intéressés et adulateurs, comme tous les peuples esclaves.

Les Maldivois ressemblent assez aux Européens; ils sont bien faits et bien proportionnés , et n’en diffèrent que par le teint olivâtre. Cependant , comme le sang des Maldivois est mêlé avec celui de toutes les nations, on y rencontre un p-rand nombre de femmes très-blanches, et qui sont excessivement libertines ; elles sont indiscrètes, infidèles et tellement lascives qu’elles ne trouvent pas d’hommes assez vigoureux. Elles font un fréquent usage du bétel , et ne mangent rien qui ne soit fortement assaisonné.

Le peuple maldivois est poli , spirituel , industrieux , et porté à la culture des arts, même des sciences, qu’il estime beaucoup, particulièrement l’astronomie.

Les Maldivois sont courageux , adroits , et amis de l’ordre et de la police. — L’éducation des enfants est un des principaux objets de Ja législation dans toutes les îles Maldives. Les mères de toutes les classes, même les reines, sont obligées de nourrir leurs enfants; on ne les enveloppe d aucuns langes , et on n eu voit pas de contrefaits. Dès 1 âge de neuf mois, ils commencent a marcher; ils reçoivent la circoncision mahoinétaue à sept ans ; à neuf , on les applique aux études et aux exercices du p iys. — Goa est le principal etablissement des Portu-

gais dans les Indes. Il s’y faisait autrefois un grand commerce d’esclaves ; on y achetait des femmes de tous les pays indiens , qui savaient jouer des instruments, coudre et broder, parmi lesquelles il s’en trouvait de blanches, d’olivâtres et de basanées , en un mot , de toutes couleurs. Les Indiens sont très-portés aux plaisirs de l’amour ; ils préfèrent les filles cafres et les mosambiques, qui sont noires. La sueur de ces peuples n’a aucune mauvaise odeur, et ils diffèrent en cela des nègres d’Afrique, dont i’odeur est semblable à celle des porreaux verts, surtout lorsqu’ils sont échauffés. Les Indiennes préfèrent les Européens aux naturels du pays.

La principale religion de l’Inde est celle de Brama. Il est vraisemblable que c’est dans ce pays ( où le double empire du bien et du mal n’est séparé eu quelque sorte que par un rempart de montagnes , et d’où l’insulaire de Ceylan , les yeux tournés vers l’équateur , aux deux saisons de l’équinoxe , voit alternativement la mer agitée par les tempêtes à sa droite, et un calme parfait à sa gauche) qu’est né le dogme des deux principes du bien et du mal, d’Oromaze et d’Arimane : telle est la connexion des lois physiques et morales , que le climat a jeté partout les premiers fondements des systèmes sur les objets importants au bonheur. — La polygamie est permise par toutes les religions de l'Asie, et la pluralité des maris tolérée eu quelques endroits. Dans les royaumes de Boutan et de Thibet , une seule femme est souvent commune à toute la famille , sans qu’il en résulte de jalousie ni de troubles domestiques. Ici la religion et les lois sont en rapport avec le climat , car il y naît plus de filles que de garçons : c'est le contraire dans les pays froids de l’Asie. — L’Inde est le climat le plus favorisé de la nature; mais on n'y aperçoit que des peuples paresseux et avilis par 'esclavage, qui , sans élévation d'âme , végètent sous le plus beau ciel , et dont la puissance ne peut soutenir l'effort d’une poignée d’Européens. Les Indiens n ont aucune force de caractère; ils n’ont que l’esprit de commerce; ils aiment l’argent, mais sans avoir le courage de le défendre. Courbés sous le poids de l’esclavage, et abrutis par le despotisme le plus humiliant, ils sont les peuples les plus vils et les plus méprisables.

Les peuples les plus voisins des Mogols sont lçs Pçrsaus : aussi ue remar-»

HVGIKNE.

quc-t-on pas entre eux une grande différence, surtout du côté du midi : néanmoins leur sang s’est mélangé avec le sang géorgien et circassicn. C’est principalement dans ces deux nations que la nature a pris plaisir à former les plus belles personnes. Presque tous les hommes de qualité de Perse sont nés d’une mère géorgienne ou circassienne ; sans cela, originaires de Tartarie, ils seraient les hommes les plus laids. Les marchands amènent en Perse une multitude de belles femmes de toutes couleurs ; ils tirent les blanches de la Pologne , de la Moscovie , de la Circassie , de la Géorgie et des frontières de la Grande-Tartarie ; les basanées, des terres duGrand-Mogol, des royaumes de Golconde et de Visapour ; et les noires, des côtes deMélinde et de la mer Rouge. — Les Persans sont d’une belle stature, et ont en général beaucoup d’embonpoint. Leur teint est d’un blanc olivâtre : cependant IcsSchirassiens , les habitants de Candahar, et tous ceux qui sont voisins de l’Inde , tirent sur le noirâtre. Ils ont les cheveux et les sourcils noirs, le front élevé et saillant , les yeux noirs ou bleus , le nez aquilin , les joues pleines , un grand menton, et le visage allongé. Ils ont les oreilles pendantes; ce que l'on doit attribuer à la pesanteur de leurs turbans , qu’ils ne quittent jamais. Ils ont tous les jambes plus ou moins arquées , ce qui vient de leur manière de s’asseoir; leur usage à cet égard est de s’accroupir par terre , en faisant porter tout le poids de leur corps sur leurs jambes, qu’ils replient de façon que leurs talons viennent sc joindre au derrière.

La Perse présente le spectacle le plus atlristaut pour l’ami des hommes : on y voit des habitants épars dans de vaslcs régions infestées de brigands, et quelques. tyrans qui , le fer en main, se disputent des villes en cendres ctdes champs qu’ils ont ravagés. — Les Persans sont néanmoins polis , mais vains, adulateurs et hypocrites. Ils ont naturellement de la force, de la vigueur, et sont belliqueux ; ils jouissent d’une bonne santé , et, malgré leur vie turbulente et dissolue, ils parviennent à un âge très-avancé. Les habitants du Ghilan et du Mazandran , qui habitent un sol bas et plat, sont sujets aux fièvres intermittentes , à la surdité , aux vertiges et aux enflures. Presque tous les Persans ont à combattre, durant la plus grande partie de leur vie, les maux d’yeux et même la cataracte -,

îil

ils sont aussi très-sujets aux hémorrhoïdes , aux fièvres bilieuses et à la jaunisse, qui peut être regardée comme uue maladie endémique de la Perse. Du reste, il n’y règne jamais aucune maladie extraordinaire. — On peut considérer les peuples de la Perse , de la Turquie , de l’Arabie, de l’Égypte et de la Barbarie, comme une seule et même nation, depuis que Mahomet et ses successeurs ont envahi leur territoire. Ces peuples mélangés , soumis au mênje gouvernement et exerçant le même culle , se ressemblent parles traits et les mœurs. Les princesses et les dames arabes , qui sont presque toujours dans leurs appartements, sont blanches, très-belles et bien faites; mais les femmes du peuple, qui sont brûlées par l’ardeur du soleil , sont noires ou basanées , et se peignent la peau de diverses couleurs.

La plupart de ces nations offrent l’exemple de la dégradation la plus grande dont l’espèce humaine soit susceptible, et des outrages faits à la nature dans les organes qui servent à la reproduction : leur jalousie sombre et inquiète leur ôte toute confiance en la vertu des femmes ; elle les met sous la garde et la surveillance de ces êtres sans sexe dont le nom seul fait horreur. Le luxe a fait commettre le même crime dans l’Italie moderne ; et plus d’un musicien n’y acquérait autrefois une voix contre nature qu’au détriment de la po pulation. — L’infibulation est en usage au Pégu et dans quelques contrées asiatiques, de même qu’en Ethiopie. On s’y assure de la continence du sexe au moyen d’un anneau : on ne peut ôter celui des filles que par une opération cruelle ; celui des femmes a une serrure dont le mari a la clé. Les Italiens pratiquent aussi l’infibulation, d’une manière moins barbare à la vérité , mais non moins injurieuse au sexe. — On rencontre dans quelques endroits de l’Asie des santons, des faquirs et des bonzes qui s’infibulent, pour étaler devant le peuple une orgueilleuse et inutile continence.

Ils chargent le membre viril d’un cercle de fer large et pesant, et se privent ainsi de la faculté de donner la vie, pour acquérir le droit de tyranniser et de persécuter leurs concitoyens. Quelques Indiens s’infibulent aussi avec un ruban d’écorce, sans doute pour plaire à leurs prêlres, et participera leur fausse gloire. — La circoncision est chez la plupart de ces nafions, ainsi que cbpz les Juifs , un

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acte de religion. Elle a pris naissance indubitablement entre l’équateur et le trentième degré de latitude septentrionale : aussi cette vaste portion du globe contient elle encore aujourd’hui plus de peuples circoncis que le reste de la terre habitée. Il n’y a guère que les Siamois , les Tunquinois , les Péguans et les Chinois répandus dans ces latitudes , qui soient restés incirconcis. Eu Ethiopie , dans quelques contrées de l’Inde , mais surtout en Égypte, les femmes subissent vers l’âge de trente ans une sorte de circoncision , l'excision des nymphes , opération barbare, inventée par la superstition.

On ne remarque pas, en général, une bien grande différence dans les peuples, depuis le vingtième jusqu’au trente-cinquième degré de latitude nord de l’ancien continent. Ils sont plus ou moins bruns ou basanés , assez beaux et bien faits. Les variétés qu’on y rencontre dépendent de la température du climat et du croisement de ces peuples avec d’autres plus avancés vers le nord. Ceux qui habitent un pays tempéré , tels que ceux des provinces septentrionales du Mogol et de la Perse, comme les Arméniens , les Turcs , les Géorgiens , les Mingréliens, les Circassiens, les Grecs et différents peuples d’Europe, sont les hommes les plus beaux, les plus blancs et les mieux proportionnés de la terre. Les Géorgiens l’emportent beaucoup pour la beauté sur les habitants de Cachemire ; les femmes y joignent les grâces à la beauté. Les hommes n’y sont pas moins beaux; ils sont spirituels, mais très-ivrognes et libertins. Les rois et les grands choisissent leurs concubines parmi les Géorgiennes; et il est défendu d’en trafiquer , si ce n’est en Perse , que pour le sérail ottoman. Les nobles exercent dans la Géorgiele métier infâme de bourreau, et le titre le plus fastueux poulies familles de ce pays est l’impudicité des filles. — Les Circassiennes sont trèsbelles et très-blanches ; mais elles n’ont que très-peu de sourcils. Durant l’été , les femmes du peuple ne portent qu’une simple chemise de couleur, ouverte jusqu’à mi-corps. Elles ont la gorge trèsbelle, et sont fort libres avec les étrangers. — Les peuples de la Mingrélic , autrefois la Colchide, ne sont pas moins beaux que les Géorgiens et les Circassiens : ces trois nations paraissent n’en être qu’une. Les Mingréliens croient aux songes ; ils tiennent celte superstition

des Égyptiens , desquels ils descendent, au rapport de Diodore de Sicile. Les Mingrélicnnes sont très bien faites ; elles ont un air majestueux , des traits charmants, une taille admirable, et le regard très-engageant. Elles caressent tous ceux qui jettent les yeux sur elles , et cherchent à leur inspirer des désirs pour les satisfaire. Les maris ne sont ni incommodes ni jaloux. Lorsqu’un mari surprend sa femme en flagrant délit, il n’en tire d’autre vengeance que celle défaire payer au galant un cochon , qu’ils mangent ensemble avec l’épouse. Ils ont plusieurs femmes et concubines, et peuventvendre et échanger les enfants qu’ils en ont.

Les Turcs sont un peuple mélangé. Ils sont généralement très-robustes , et les deux sexes sont beaux et bien proportionnés ; mais les femmes grecques l’emportent sur celles de la Turquie pour la beauté et la vivacité ; elles jouissent aussi d’une plus grande liberté. — Les Grecs, les Napolitains, les Siciliens, les Corses , les Sardes et les Espagnols , diffèrent peu entre eux ; ils sont placés à peu près sous la même parallèle. Ils sont plus basanés que les Français, les Anglais et les autres peuples moins méridionaux. Lorsqu’on va de France en Espagne, on n’est pas plutôt arrivé à Bayonne, qu’on s'aperçoit d’une grande différence dans la couleur : le teint y est plus brun, et les femmes y ont les yeux plus brillants. — L’Afrique est peuplée de nations nombreuses , de différente origine , et dont les qualités extérieures sont tout-àfait dissemblables. Parmi ces peuples et ceux de l’Asie , il en est déni entre autres , les Égyptiens et les Syriens , qui , mieux connus depuis les savants Savary et Volney , méritent de fixer l’attention du philosophe , vu que c’est de leurs contrées que sont sorties la plupart {des opinions que la plus grande partie de l’Europe a embrassées , ainsi que les idées religieuses qui ont influé si puissamment sur notre morale , nos lois et notre état social. — Le climat de l’Égypte est très-chaud : le thermomètre de Réaumur s’y soutient , depuis la fin de juillet jusqu'au commencement de septembre, dans les appartements les plus tempérés , à vingt-quatre et vingt-cinq degrés au-dessus de zéro. Celle excessive chaleur n’est pas seulement due à la forte action du soleil , puisque d’autres pays sous la même latitude sont moins chauds, mais à ce que le terrain est peu

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clevé au-dessus de la mer : aussi les Égyptiens sont- ils en été dans un état presque continuel de sueur. Avec de semblables chaleurs et l'état marécageux du sol, qui dure trois mois, on pourrait croire que l’Égypte est un pays malsain ; mais l’expérience prouve le contraire, et les Égyptiens vivent fort long-temps.

« Les émanations des eaux stagnan tes ,

», dit Vol ne y (1), si meurtrières en Chyj> pre et à Alexandrie , n’ont point cet u effet en Égypte. La raison m’en parait » due à la siccité habituelle de l’air ,

« établie et par le voisinage de l’Afrique » et de l’Arabie, qui aspire sans cesse » l’humidité , et par les courants habi- » tuels des vents, qui passent sans obstai> cle. Cette siccité est telle que les vian- » des exposées, même en été, au vent » du nord , ne se putréfient point, mais ii se dessèchent et se durcissent à l’égal » du bois. Les déserts offrent des cada- » vres ainsi desséchés, qui sont devenus w si légers qu’un homme soulève aisé- > i ment d’une main la carcasse entière v d’un chameau. »

Néanmoins l’air sur la côte est infiniment moins sec qu’en remontant dans les terres : on ne peut laisser à Alexandrie et à Rosette du fer exposé vingt-quatre heures à l’air qu’il ne soit tout rouillé. Le natron (carbonate de soude] est trèsabondant en Égypte ; les pierres en sont rongées , et on en trouve , dans les lieux humides, de longues aiguilles cristallisées. La végétation y a une activité incroyable, et le développement des plantes s’y fait avec une prodigieuse rapidité; mais les plantes étrangères y dégénèrent très-vile. Les animaux y sont très-féconds, et les femmes, qui sont excessivement portées aux plaisirs de l’amour , y font fréquemment deux enfants à la fois. — Le Nil traverse l’Egypte du sud au nord , et fertilise ce pays par le limon qu’y laisse, son débordement régulier et annuel. L’Egypteacela de commun avec tontes les contrées arrosées par de grands fleuves sujets aux débordements, tels que le Gange, lin lus, etc. Celui du Nil a lieu vers la fin de juin , et dure jusqu’à la fin de septembre. L’année s’annonce bien quand il s'élève jusqu’à vingt-quatre pieds ; les habitants alors se réjouissent : lorsqu’il dépasse celle hauteur , 1 année est mauvaise, parce que les eaux,

(I) Voyage en Syrie et eu Ég lorn. i, p. 0.3 et 04.

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séjournant trop long-temps sur les terres, et employant trop de temps à s écouler , n’en laissent point assez pour les semailles et la récolte. Si elles ne s’élèvent qu’à seize pieds, il y a disette encore, parce qu’elles ne couvrent pas une assez grande étendue de pays et laissent une partie des terres sans engrais. Les débordements périodiques du Nil ont leur cause dans les vents réguliers et constants qui , souillant du nord au sud , accumulent les vapeurs de la Méditerranée, converties en nuages, sur les montagnes de la Lune , aux environs de la ligne, et dans l’Abyssinie , où. elles se résolvent en pluies abondantes.

On peut distinguer la population de l’Égypte en quatre races principales d'habitants. La première et la plus considérable est celle des Arabes , qu’on peut diviser en deux classes , les Arabes agricoles , et les Arabes Bédouins , peuple nomade et voleur. Ils viennent les uns et les autres des diverses parties de l’Arabie, et ont conservé leur physionomie originelle ; ils sont d’une haute stature , ont le corps musculeux, robuste, leur peau bâlée par le soleil et presque noire ; mais leur visage n’a rien de choquant. ■ — • La seconde race est celle des Çophtes : ceux-ci descendent des anciens Égyptiens. Ils ont la peau jaunâtre et fumeuse, le visage bouffi, l’œil gonflé, le nez écrasé, la lèvre grosse, en un mot une vraie figure de mulâtre : or, les anciens Égyptiens, au rapport d’Hcrodote, avaient la peau noire et les cheveux crépus , c’est-à-dire qu’ils étaient de vrais nègres de l’espèce de tous les naturels d’Afrique. Ceci explique comment ces peuples, alliés depuis plusieurs siècles aux Romains et aux Grecs , ont perdu l’intensité de leur couleur primitive, en conservant l’empreinte du moule originel. C’est ainsi qu’un espace de neuf siècles n’a pu effacer la nuance qui distinguait les habitants des Gaules de ces hommes du Nord qui, saus Charlesle-Gros, vinrent occuper la ci-devant Normandie. On est étonné delà ressemblance fraternelle des habitants de ce pays avec les Danois , conservée malgré la distance des temps et des lieux. — Une troisième race d’habitants en Égypte est celle des Turcs, connus autrefois des Grecs sous les noms de Parthes , de Massagèlcs et même de Scythes , dont l’esprit moderne, comme l’a très bien dit Volney, est de ruiner les travaux du passé et l’espoir de l’avenir , parce que

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dans la barbarie d'un dcspolismc ignorant il n’y a point de lendemain.

Enfin, la quatrième race est celle des Mamloucks , originaires d’Asie!, dont les Tartarcs composèrent une milice vers l’an 1 230, qu’ils introduisirenten Égypte, et qui , d’esclaves devenus despotes depuis plusieurs siècles, gouvernent arbitrairement tout le pays (i). Les Mamloucks, de même que les Ottomans , ne se perpétuent pas long temps; il n’en existe pas une famille à la seconde génération ; tous leurs enfants périssent dans le premier ou le second âge. Les Ottomans ne parviennent à se perpétuer qu’en épousant des femmes indigènes, ce que les Mamlouck ont toujours dédaigné : leurs femmes sont, comme eux, des esclaves transportées de Géorgie , de Mingrélie , etc. — Les Égyptiens sont fréquemment affectés de maux d’yeux, et la cécité y est si commune que, sur cent personnes, on rencontre vingt aveugles , dix borgnes , et vingt autres dont les yeux sont rouges, purulents ou tachés. Presque tous portent des bandeaux, indice d’une ophthalmie naissante ou sur sa fin. Cette affection , qui y est endémique , frappe particulièrement le peuple : elle est moins répandue en Syrie ; les habitants de la côte de la mer y sont seuls sujets. Il paraît qu’elle reconnaît pour cause principale la qualité irritante de l’air de ces pays , qui porte spécialement son action sur l’organe de la vue.

Beaucoup de cécités en Égypte sont aussi les suites de la petite vérole, qui y est très-meurtrière, et que l’on y traite mal. L’inoculation y est néanmoins connue ; mais on y en fait peu d’usage. — Une maladie très-commune au Caire est la vérole , qui y guérit difficilement : le traitement par le mercure échoue pour l’ordinaire ; les végétaux sudorifiques ont plus de succès, sans être infaillibles. Mais le virus est peu actif , à raison de la transpiration, qui est excessive ; et l’on voit, comme en Espagne, des vieillards le porter jusqu’il quatre-vingts ans; néanmoins il est funeste aux enfants' qui

(1) Ils n’exercent plus aucune influence en Égypte, depuis que le pacha Méliemed-Ali en a fait lâchement massacrer la plus grande partie dans l’intérieur même de son palais, où il les avait appelés sous prétexte de les passeren revue ou de leur donner une fêle. (L B )

en naissent infectés , et à ceux qui le rapportent dans les pays froids. En Syrie , a Damas et dans 1rs montagnes , il est plus dangereux, parce que l’hiver y est plus rigoureux. — Une incommodité particulière à l’Égypte est une éruption de boutons rouges , cuisants , dont tout le corps se couvre en juillet et août , et que l’on croit être due à la mauvaise qualité des eaux du Nil , qui se corrompent vers la fin de mai dans le lit du fleuve, et dont les habitants s’abreuvent. Celle éruption est une dépuration toujours salutaire. — Une autre affection encore très-répandue au Caire, est une enflure des testicules , qui souvent dégénère en une énorme hydrocèle; elle attaque de préférence les Grecs et les Coplites , et paraît dépendre de l’usage immodéré de l’huile et des bains chauds. Durant le printemps, qui dans l’Égypte est l’été de nos climats , il règne des fièvres bilieuses rémittentes, qui deviennent quelquefois épidémiques. Les moyens les plus propres à les combattre sont le quina donné dans les rémissions à la dose de deux ou trois onces, les acides , les aliments végétaux, l’abstinence de la viande, du poisson, et surtout des œufs, qui sont une espèce de poison dans ce pays. La saignée y est presque toujours nuisible , ainsi que dans tous les pays chauds , où le tempérament , ainsi que les maladies, sont généralement bilieux.

— La peste n’est point originaire d’Égypte , ainsi qu’on l’a assuré : son véritable foyer est à Constantinople, où elle se perpétue par l’aveugle négligence des Turcs , et de là se propage en Égypte , où elle fait des ravages affreux tous les quatre ou cinq ans. El le règne en été à Constantinople, parce que la chaleur y est humide, et cesse en hiver, parce que le froid y est rigoureux. C’est le contraire en Égypte : l’hiver y fomente la peste, parce qu’il est humide et doux; et l’été la détruit, parce qu’il est chaud et sec. Elle est plus rare en Syrie. Le fanatisme et la barbarie du gouvernement ont empêché jusqu’ici les Turcs de prendre des précautions contre ce fléau meurtrier, dont il serait possible d’étouffer entièrement le germe.

La Syrie, située en Asie, confine à l’Égypte , dont elle est séparée par l’isthme de Suez. Ce pays n’est, en quelque sorlc, qu’une chaîne de montagnes, dont la plus élevée est le Liban. Le midi de la Syrie , c’esl-à-dirc le bassin du Jourdain , est une contrée de volcans

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dont les éruptions ont cessé , mais qui donnent encore quelquefois lieu à des tremblements de terre. Les sources bitumineuses et soufrées du lac Asphaltite, les laves, les pierres ponces jetées sur ses bords, et le bain chaud de Tabarié , prouvent que celle vallée a été le foyer d’un feu qui n’est pas encore éteint. Il s'échappe souvent du lac des tourbillons de fumée , et il se fait chaque jour de nouvelles crevasses sur ses rivages. — La Syrie partage avec l’Égypte, la Perse et presque tout le midi de l’Asie , un fléau redoutable, des nuées de sauterelles qui obscurcissent le ciel, et qui, lorsqu’elles s’abattent, couvrent la terre sur un espace de plusieurs lieues. Heureusement que ce fléau ne se répète pas bien souvent, car il amène des maladies pestilentielles qui dévastent le pays- On remarque que les sauterelles n’ont lieu qu’à la suite des hivers trop doux, et qu’elles viennent toujours du désert d’Arabie. Les habitants cherchent à s’en préserver, en leur opposant des torrents de fumée; mais il est deux agents plus efficaces contre ces insectes , ce sont les vents du sud et du sud-est , qui les chassent sur la Méditerranée ; et l’oiseau appelé samarmar , qui leur fait une guerre éternelle.

Il y a en Syrie deux climats généraux : l’un très-chaud , et qui est celui de la côte des plaines intérieures; et l’autre tempéré et semblable au nôtre, qui règne dans les montagnes. Les Syriens ont , ainsi que les Égyptiens, subi des révolutions qui ont mélangé les races. On peut en faire trois classes principales : 1° la postérité du peuple conquis par les Orées du bas-empire ; 2° celle des Arabes conquérants; 3° le peuple aujourd’hui dominant , les Turcs ottomans.

Toutes les races se naturalisent également bien en Syrie , et s’y conservent sans autres altérations que celles qui résultent de la nature du climat : ainsi les habitants des plaines du midi sont plus basanés que ceux du nord, et ceux-là beaucoup plus que les montagnards.

Dans le Liban et le pays des Druses , le teint est le même que celui des habitants des départements méridionaux de France vante les femmes de Damas et de I ripoli pour la blancheur cl la régularité des traits. — [.es Syriens sont, en général, de moyenne stature ; on ne rencontre dans les deux sexes que peu de personnes bossues et contrefaites. Ils n’ont de maladie particulière que le

bouton d’Alep; les antres maladies sont les dysenteries, les fièvres bilieuses continues, rémittentes, et les intermittentes. La petite vérole y est quelquefois trèsmeurtrière. La saignée est rarement utile dans ces maladies; mais les vomitifs et les purgatifs doux et acides , comme les tamarins, le tartrate acidulé de potasse, sont d’un usage fréquent et avantageux.

— Maintenant , si nous parcourons la Barbarie , nous verrons que les montagnards sont blancs , tandis que ceux qui habitent les côtes maritimes et les plaines sont basanés et bruns : c’est que les hauteurs produisent le même effet que plusieurs degrés de latitude. Si nous observons les habitants de l’Afrique audelà du tropique , nous rencontrerons , depuis la mer Rouge jusqu’à l’Océan , des espèces de Maures si noirs qu’on les prendrait pour des nègres. Les premiers occupent le nord du fleuve Sénégal, et les nègres le midi. On ne voit presque que des mulâtres dans les îles du cap Yert; ce qui vient probablement des premiers Portugais qui s’y sont établis, et qui se sont mêlés avec les nègres. On leur a donné le nom de Nègres couleur de cuivre, parce qu’ils sont jaunâtres, et qu’ils ont conservé les traits des nègres.

Les nègres du Sénégal qui habitent près la rivière de Gambie sont trèsnoirs, beaux et bien faits : leurs femmes sont très-belles aussi , et aiment beaucoup les blancs ; elles ont toujours la pipe à la bouche, et leur sueur est un peu fétide. Les nègres de l’ile de Gorée et de la côte du cap Yert sont d’un noir très-foncé; ils sont très-bien proportionnés, et ont autant de mépris pour les autres nègres qui ne sont pas aussi noirs , que nous en avons pour les basanés. Ils aiment passionnément l’eau-devie, dont ils s’enivrent souvent; et pour en avoir, ils vendent leurs enfants, leurs parents, et jusqu’à leur propre personne. Ces nègres sont dans l’usage de graver sur leur corps, avec un caillou tranchant, des figures de fleurs et d’animaux de leur pays. Cette mode a lieu dans un grand nombre de pays : on l’a trouvée établie dans ITndoslan , Sierra-Léona , dans l’ile Formose et dans la Floride.

Encore aujourd’hui un grand nombre d’Arabes brodent et teignent leur peau, dans laquelle ils font pénétrer les couleurs au moyen d’une aiguille ; les femmes de Tunis y gravent des chiffres avec

la pointe d’une lancette et du vitriol.

Les nègres de Guinée, malgré une bonuc

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santé, parviennent rarement à une grande ■vieillesse ; ils sont décrépits à l’âge de quarante ans Ce qui abrège leur vie , c’est l’usage prématuré des femmes : il est rare d’y trouver des filles qui puissent se souvenir du temps où elles ont cessé de l'être. — Les nègres ont une ligure qui leur est propre, et qui représente cet état de contraction que prend le visage lorsqu’il est frappé par une vive lumière et une forte réverbération de chaleur ; dans ces circonstances , les sourcils se froncent , la pommette s’élève, la paupière se serre , la bouche fait ce qu’on appelle la moue. Les traits des Lianes sont , au contraire, allongés, les yeux plus saillants, et toute la figure est plus épanouie. Les nègres ont les yeux ronds, le nez épaté , les traits grossiers , les lèvres épaisses , et une sorte de laine au lieu de cheveux ; leur crâne est double de celui des blancs en épaisseur ; leurs os sont plus solides , et leurs chairs plus denses; ils multiplient prodigieusement. Leur intelligence est très-bornée , et il ne pai-aît pas que leur esprit soit susceptible d’une grande culture. — Les nègres sont une race d’hommes peu répandus : on n’en rencontre que dans les pays excessivement chauds : il n’y en a point hors des bornes de la zone torride, et ils ne font pas la douzième partie de l’espèce humaine : leur nombre est à celui des hommes blancs et bruns, a peu près comme 1 est à 23.

Les négrillons qui viennent de naître sont presque entièrement blancs , si ce n’est qu’on aperçoit à l’extrcmité des ongles un filet noirâtre , et au scrotum ou au bout du gland , une petite tache noire. Ils restent blancs les huits premiers jours ; ce n’est qu’à cette époque que la peau commence à brunir. — La nature observe l’ordre suivant dans les quatre générations mêlées : 1° d’un nè- (>re et d’une blanche naît le mulâtre , à demi-noir et a longs cheveux ; 2° du mulâtre et de la blanche résulte le quarteron basané à longs cheveux ; 3° du quarteron et d’une blanche sort l’oclavon , moins basané que le père ; 4° de l’octavon et d’une blanche vient un enfant parfaitement blanc. — Il faut quatre filiations en sens inverse pour noircir les blancs : 1° d’un blanc et d une ne* grosse sort le mulâtre à longs cheveux; 2» du mulâtre et de la négresse vient le quarteron, qui est noir aux trois quarts ; 3° de ce quarteron et d’une negresse provient l’octavou, qui est noir aux sept

huitièmes ; 4° enfin, de cet oclavon et de la négresse naît le vrai nègre à cheveux crépus. — 11 existe aussi des individus issus de parents nègres noirs ou olivâtres , auxquels on a donné le nom d 'albinos , de blafards , et celui impropre de nég/ cx blancs : ils ne sont ui une race ni une espèce d’hommes; la couleur blanc de lait dont est teinte leur peau est due à des causes accidentelles qui ont dérogé momentanément au plan primitif et à la loi commune. On regarde les albinos , dans leur pays , comme des animaux rares et sacrés, elles souverains de l’Afrique et des Indes en entretiennent toujours un certain nombre , avec la plus grande magnificence , dans l’enceinte de leurs palais. — On ne saurait mieux comparer ces êtres infortunés , le rebut de la nature, quanta leurs facultés morales et à leur dégradation , qu’aux nombreux crétins du Valais. Ces derniers sont sourds, muets, idiots, presque insensibles aux coups , et portent des goitres d’un volume considérable , qui descendent jusqu’à la ceinture; ils ne sont ni furieux ni malfaisants, et sont absolument ineptes et incapables de penser ; ils n'éprouvent que le sentiment des besoins physiques, et se livrent violemment à tous les plaisirs des sens. Les habitants du Valais regardent leurs crétins comme des saints et des anges tutélaires ; ceux qui n’en ont pas dans leur famille se croient sérieusement brouillés avec le ciel. On en a le plus grand soin, et on satisfait toutes leurs fantaisies ; on ne les contrarie jamais, et on a pour eux un respect particulier, qui est fondé sur leur innocence et leur faiblesse. Ils ont la peau très-livide; ils naissent stupides et imbécillcs, et restent tels jusqu’à la mort, sans qu’on puisse apporter de remède à leur étal physique cl moral. Tel est le cas des blafards , dont la stupidité est égale à celle des crétins ; et s'ils ne sont pas entièrement privés du don de la parole , ils sont d’autant plus maltraités quant aux sens de la vue et de l’ouïe. Ces individus sont condamnés par la structure de leurs yeux à fuir la lumière comme les hiboux. Ils sont très-faibles ; leur taille excède rarement quatre pieds cinq pouces; leur teint est d’un blanc fade, couleur de linge, ou plutôt de cire blanchie , sans aucune nuance d'incarnat ou de rouge; on y distingue quelquefois de petites taches lenticulaires grises : ils n’ont ni barbe ni poils ; leurs cheveux sont laineux et frisés en A fri-

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que, longs et traînants en Asie; les sourcils et les cils sont soyeux, et leurs yeux ont la forme tic ceux des perdrix. Ces malheureux terminent leur triste carrière à 1 âge de trente ans, sans avoir vécu. On rencontre ces êtres dégradés principalement vers le centre de l'Afrique, à l'extrémité de l'Asie méridionale , dans les îles de la mer du Sud , et au Darien dans le Nouveau-Monde.

Observons que la surdité ou l’affaiblissement de l’ouïe n’est, dans les albinos, que l’elïet delà blancheur éclatante qui les distingue. On a remarqué que les ' chiens très-blancs , les chats d’Angola d’une blancheur éclatante , nienlendent presque pas; et il est vraisemblable qu’un jour les naturalistes du Nord s’apercevront que l’ouïe diminue dans les animaux de leurs climats durant les grands froids, temps auquel ils sont le plus blancs. — 11 ne faut pas confondre les vrais blafards ou albinos avec les nègres qui deviennent blancs par l’effet de causes accidentelles. Les nègres sont sujets à une maladie qui leur ôte en partie leur noirceur naturelle , et qui est accompagnée de symptômes hideux. C’est une espèce d ictère blanc dans lequel il leur reste encore quelques traces d’un noir jauni à la naissance des ongles ; le corps se gonfle , et on distingue des taches livides sur la peau; l’iris se brouille et devient nébuleux. Quand le mal n’est pas invétéré , ils en guérissent en mangeant des serpents et des couleuvres :

alors leur corps reprend sa couleur noire ; sinon ils meurent vers l’àge de trente ans.

On connaît peu les peuples qui habitent les côtes et l’intérieur de l’Afrique, depuis le cap Nègre jusqu’au cap des Voltes. Tout ce qu’on sait sur les Cafres qui habitent une partie de l’Afrique méridionale, c’est qu’ils sont bien moins noirs que les nègres, et qu’ils forment différentes nations presque toutes cruelles et barbares. On n’a pu jusqu’ici bien observer que les habitants de la terre de Natal, et les Hottentots du cap de lionnclispérancc ou des Tempêtes. — Les differents peuples rj u i habitent la terre de Natal, laquelle fait partie de la Cafrerie, demeurent ensemble dans de petits villages que gouverne le plus Agé d'entre ! eux. ils sont affables et hospitaliers. Leur principale occupation est l’agriculture , et 1 entretien des vaches et des chèvres, dont ils prennent un très-grand soin. Ils sc nourrissent de pain et de

viande, et font usage de lait un peu aigri pour leur boisson ordinaire. Ils sont basanés, et ont les cheveux crépus et frisés. — Les Hottentots sont bien faits et bien proportionnés. Ils ont , comme les nègres , les yeux grands , le nez plat, les lèvres épaisses, et la chevelure courte et laineuse ; mais ils sont de la couleur olivâtre. Ces peuples sont robustes , industrieux , agiles et d’une légèreté surprenante. Ils sont d’une adresse inconcevable dans le maniement des armes; avec leurs zagaies (espèce de demi-lance) ils parent les flèches et les pierres. On les a accusés, avec fondement, de paresse et d’ivrognerie ; mais ils ont des mœurs pures et douces. Les Ilotlentols qui avoisinent les Cafres sont errants, malpropres, et mènent la vie sauvage. Ainsi que les Madécasses (1) , ils n'ont point de culte, pas la moindre idée de la Divinité ; malgré cela, ils sont hospitaliers, humains, et ont beaucoup de bonne foi. Les femmes sont beaucoup plus petites que les hommes : il est faux qu’elles aient naturellement un tablier de peau qui descende jusqu’à mi-cuisses (2).

Les Hottentots sont pour la plupart bergers ou chasseurs ; ils sont souvent en guerre , et traitent , ainsi que les Suisses, avec leurs voisins pour marcher à leur défense. Ces peuples étaient autrefois dans l’usage de se couper une phalange des doigts de la main quand ils perdaient un de leurs proches , en sorte qu’on pouvait connaître à l’inspection des doigts le nombre des morts d’une famille. Cet usage était établi aussi dans le Paraguai et dans la Californie; il existe encore chez les Guaranis. — Les Hottentots regardent l’action de penser et de réfléchir comme le fléau de la vie. Que de Hottentots parmi nous ! Ces peuples sont très-paresseux ; leurs femmes font presque tout ; ils passent la plupart du temps à dormir ou à se reposer dans leurs hamacs. Si on

(1) On a observé que les vieillards:

étaient extrêmement considérés chez les différentes nations qui peuplent l’île do Madagascar. Ce sont eux qui rendent la justice, et qui sont chargés du maintien des lois et des coutumes.

(2) Ce que des voyageurs peu instruits avaient pris pour uno espèce de tablier n’est autre chose qu’un développement excessif des nymphes ou potites lèvres des parties génitales de la femme. (I. B.)

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veut acheter leur lit, ils le vendent le malin , sans penser qu’ils en auront besoin le soir. — Si nous portons nos regards dans les différentes contrées de l’Amérique, nous y rencontrerons, comme nous l’avons dit , dans les parties les plus septentrionales , des peuples semblables à ceux du nord de l’Europe et de l’Asie. Les sauvages qui habitent les terres du détroit de Davis sont d’un teint olivâtre, fort laids, petits, mais très-robustes, et ont les jambes courtes et grosses; ils vivent long-temps, et beaucoup atteignent la centième année.

Ils ont la couleur, la figure et les mœurs des Lapons. De même qu’on trouve près de ceux-ci les Finnois, qui sont blancs, beaux , assez grands et bien faits , on trouve aussi près le détroit de Davis une espèce d’hommes blancs et ressemblant aux Finnois. On rencontre ensuite, dans le voisinage de la baie d’Hudson , des hommes velus , semblables aux sauvages d’Iago , et enfin ceux du Canada et de toute la Terre-Ferme, qui ressemblent aux Tartares par tant d’endroits qu’on ne pourrait guère douter qu’ils n’en descendent, si l’on n’était très-embarrassé sur la possibilité* de la migration.

Si nous nous arrêtons sur les Iroquois et les llurons, peuples sauvages de l’Amérique septentrionale dans l’intérieur du Canada, nous y trouverons une coutume barbare qui fait frémir la nature, celle de tuer leurs parents trop faibles pour les suivre à la chasse, ou dans leurs expéditions militaires, dans la crainte qu’ils ne meurent de faim ou sur le bûcher de leurs ennemis; ils croient faire un acte de piété filiale, en obéissant aux volontés des auteurs de leurs jours , qui leur demandent la mort comme une grâce , et ils ne pensent pas pouvoir leur donner une plus honorable sépulture que dans leurs entrailles. Ces peuples sont d’une haute stature , olivâtres, polygames , cruels , et vivent en société. — Les sauvages de la Floride, du ûlississipi , et des autres parties méridionales du continent de l’Amérique septentrionale, sont assez bien faits et plus basanés que ceux du Canada ; ils ont un teint olivâtre tirant sur le rouge, qui est dû en grande partie au rocou dont its se frottent. Ils sont presque nus et trèsvaillants, mais féroces ; ils immolent au soleil les hommes qu’ils prennent à la guerre, après quoi ils les dévorent. — l-.es IXalchez , sauvages de la Louisiane,

sont grands et corpulents; ils ont le nez fort long elle menton arqué. Lorsqu’une femme noble, qu’on croit être de la race du soleil, vient à mourir, on étrangle douze petits enfants et quatorze adultes qu’on enterre avec elle , et on met dans leur fossé commune des ustensiles de cuisine, des armes de guerre, et tout l’attirail d’une toilette. — La Louisiane est un pays très-humide et marécageux ; les habitants y sont très-exposés aux fièvres malignes, rémittentes et intermittentes, qui ne cessent que lorsque les vents du nord commencent à souiller en novembre. Le tétanos y est très-fréquent , surtout chez les nouveau-nés; les maladies occasionnées parles vers de toule espèce , et même par le ténia , y sont aussi très-communes , et les personnes de tout âge y sont sujettes. La petite xœrole y paraît à certaines périodes , et y fait les plus grands ravages , tant parmi les blancs que parmi les indiens et les nègres. Les affections de poitrine , telles que les crachements de sang et la phthisie pulmonaire y sont aussi très-fréquentes.

La Californie, péninsule très-vaste de l’Amérique septentrionale, présente un climat en général chaud et sec à l’excès : son terrain nu , pierreux , montueux et sablonneux , est très-stérile. Parmi le petit nombre d’arbres qui y croissent, le plus utile est le pitahaya , dont les fruits sont la principale nourriture des habitants de ce pays. — Les Californiens sont bien faits et très-robustes , mais en général inconstants, pusillanimes, paresseux , stupides et même insensibles :

ce sont des enfants en qui la raison n'est pas encore développée. Ils sont plus basanés que les Mexicains, qui sont néanmoins sous la zone torride. Celte couleur plus foncée n’est due sans doute qu’aux graisses et aux autres ingrédients dont ils oignent leur corps. — Les Caraïbes sont des insulaires des Antilles du vent, qui sont aujourd’hui concentrés à la Dominique et à Saint-Vincent. Ces peuples ont, ainsi que les Omaguas , la tête aplatie d’une manière très-difforme : ou prétend que les parents sont dans l'usage de comprimer entre deux planches la tète des enfants qui viennent de naître , pour les faire ressembler à la pleine lune. On retrouve ce même usage chez les Omaguas. Les Caraïbes se teignent le corps avec le rocou et 1 huile , ce qui leur donne la couleur d écrevisse cuite. Ou pcusc que cette mode, établie

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cliez presque tous les peuples sauvages, de se teindre la peau , a pour but de se garantir de la piqûre des insectes dont leur pays fourmille. Les Caraïbes ont les cheveux noirs , mais non crépus ni frisés, et les portent courts; ils n’ont point de barbe, et ne sont point velus. Ils ont les jeux noirs, gros, saillants, et le regard effaré. Ils vont nus, et n’ont pas moins de honte d un vêtement que l' Européen en aurait de la nudité. Observons que si Ja plupart des sauvages se couvrent les parties sexuelles, c’est moins en eux l'effet de la pudeur que de la crainte de blesser des organes délicats et sensible-, en traversant les bois et les huiliers. — Les Caraïbes vivent trèslong-lcmps. Ils adorent la lune , sont souvent en guerre , et se servent de flèches empoisonnées par le suc du mancelinicr.

L’intérieur de l’Amérique méridionale est peuplé d’une multitude de nations sauvages, cruelles, vindicatives, toujours en guerre entre elles, et presque toutes antropophages. Les Brésiliens passent avec raison pour les plus barbares. Ils ressemblent, pour la taille, aux Européens ; mais ils sont plus robustes , et moins sujets aux maladies ; il y a peu d’estropiés et de contrefaits parmi eux. •Ils ont le teint des Espagnols et des Portugais, lis se teignent la peau de diverses couleurs, et ont le nez plat; le premier soin des pères , à la naissance de leurs enfants , est de leur rendre ce I service. Les deux sexes sont presque toujours nus, à l'exception des jours de j fêles, et des temps où ils sont en guerre.

! Avec le goût le plus décidé pour la ! chair humaine , les Brésiliens ne mangent que ceux de leurs ennemis qui tombent vivants entre leurs mains ; mais ils ne touchent pas aux morts ni aux i mourants étendus sur le champ de bataille. Ils sont très-hospitaliers : quoique

I' polygames, ils ont en horreur l’adultère,

: et jouissent de la liberté du divorce. Ils vivent de la pèche et de la chasse , et i cultivent l'alpy, les patates et le manioc, dont les racines leur servent aussi de I nourriture , ainsi qu’à la plupart des [j Américains méridionaux.

; De même que la plupart des sauvages,

. les Brésiliens ne manifestent aucun atta- ! chemenl pour les lieux qui les ont vus n.utre, leur vie est errante et vagabonde,

■ et ils ne voient de patrie que là où ils peuvent subsister. L’amour de son pays , qui s’exalte dans les bons gouvernements,

et passe en habitude dans les mauvais ; qui conserve à chaque nation son caractère , ses usages , scs goûts , cet amour est un sentiment factice qui naît dans la société, mais inconnu dans l’état de nature. Le cours de la vie morale du sauvage est entièrement opposé a celle de l’homme civilisé : cclui-ci ne jouit des bienfaits de la nature que dans le premier âge, l’autre en jouit dans toutes les époques de sa vie. 11 trouve également partout à satisfaire ses besoins physiques , les seuls qu’il connaisse, et sa patrie est en tout lieu. — Les Péruviens sont couleur de cuivre, connue les habitants de l’isthme Panama , surtout ceux qui habitent le bord de la mer et les terres basses. Ceux au contraire qui demeurent dans les pays élevés , comme entre les deux chaînes des Cordilières , sont presque aussi blancs que les Européens , tandis que les naturels de la Terre-Ferme, situés près la rivière des Amazones et dans le continent de la Guyane , sont basanés , et de couleur rougeâtre plus ou moins claire ou foncée. Ces diverses nuances , ainsi que l’a dit de La Condamine , ont pour cause principale la différente température des pays qu’ils habitent , variée depuis la grande chaleur de la zone torride jusqu’au froid que l’on ressent dans le voisinage des neiges. — C'est celle diversité de température qui rend si dissemblables les habitants de la partie haute du Pérou et ceux de la partie basse de ce pays. Ceux des contrées les plus élevées sont sujets à l’asthme, aux inflammations de poitrine, etaux rhumatismes.

Ces maladies sont dangereuses et même mortelles pour quiconque est déjà aft’ecté* delà maladie vénérienne , ou fait usage de liqueurs fortes. Les autres , qui habitent les montagnes inférieures, sont exposés aux fièvres bilieuses rémittentes et intermittentes , qui y sont très-contagieuses. La petite vérole cause aussi dans tout le pays des ravages inexprimables.

Le Pérou est très-sujet aux tremblements de terre, qui y sont presque habituels. Ce terrible fléau est l' effet des volcans qui y sont en grand nombre. La partie haute de celte contrée offre des variations de température telles qu’on éprouve le même jour, quelquefois à la même heure, et toujours dans un espace très-borné, la température des zones les plus opposées. Ceux qui s’y rendent des vallées ressentent à leur arrivée un froid

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si vif qu’ils n’cn peuvent tire garantis ni par le feu ni par les vêtements ; mais il cesse d’être désagréable après un séjour d’environ un mois. Ceux qui y viennent pour la première fois sont plus ou moins tourmentés du mal de mer, selon qu’ils en auraient eu plus ou moins à souffrir sur l’Océan. — Il règne dans les vallées, quoique près de l’équateur, la plus délicieuse température, et les quatre saisons de l’année s’y font remarquer sensiblement, sans qu’aucune y soit incommode : celle de l’hiver est la plus marquée et Ja plus constante , quoique sous la zone torride, et il n’y pleut jamais, ou seulement tous les deux ou trois ans.

Les liabitanls du Paraguni , ainsi appelé du nom d'un grand fleuve qui l’arrose, sont d’une taille avantageuse; ils ont le visage allongé et la couleur olivâtre. Ilssont süjetsà une sorte de lèpre qui leur couvre tout le corps, et y forme des croûtes semblables aux écailles de poisson ; mais celte incommodité ne leur cause aucune douleur ni aucun autre dérangement dans la santé. — Le climat du Chili est le plus agréablement tempéré des deux hémisphères. Ce pays est situé sous un ciel toujours pur et serein. Son sol est extrêmement productif et fertile. Ses habitants sont d’une couleur basanée tirant sur celle du cuivre rouge, comme celle des Péruviens. En général, dans tout le continent de l’Amérique méridionale, les peuples sont d’un jaune rougeâtre. Les Habitants du Chili sont d’une belle taille; ils ont les membres gros , la poitrine large , le visage peu agréable et sans barbe, les yeux petits, les oreilles longues, les cheveux noirs, plais et gros comme des crins. La plupart vont nus, quoique le pays soit froid : seulement ils portent sur leurs épaules des peaux d’animaux. — On ne trouve, h proprement parler, dans le JN'oitveau - Monde, qu’une seule race d’hommes, plus ou moins basanés, selon les divers climats qu’ils habitent. Si on en excepte le nord de l’Amérique, dont les habitants diffèrent peu des Lapons, et quelques autres à cheveux blonds, et qui ressemblent aux Européens septentrionaux , on nexmit dans tout le reste de ce vaste continent que des hommes presque semblables , tandis que les peuples de l’ancien offrent un très-grand nombre de variétés. Cette uniformité vient de cc qu’ils vivent tous de la même manière , de ce que les Faisons y sont égales, et la

température constamment à peu près au même degré.

Tons les Américains indigènes étaient, lors de la découverte de leur pays , et sont peut-être encore sauvages , si l’on en excepte les Mexicains et les Péruviens , dont la civilisation n’est néanmoins pas encore très-avancée. L’origine de tous les peuples d'Amérique est commune; ils sortent tous de la même souche, et ils conservent encore aujourd’hui presque tous les caractères de leur race primitive. — • La nature paraît avoir mal traité les indigènes de ce climat : ils sont peu forts, sans courage et sans poils ; tous sont dégradés dans les organes de la virilité, et peu sensibles aux charmes de l’amour. Les femmes, plus faibles que les hommes , y sont maltraitées autant par la nature que par leurs époux. Ceux-ci ne voient en elles que les instruments de leurs besoins, et les font moins servir à leurs plaisirs qu’ils ne les sacrifient à leur paresse. Néanmoins, en les chargeant des travaux de l’agriculture, ils se sont réservé , ainsi que partout ailleurs, les périls de la guerre, de la chasse et de la pèche. Celte sorte d’enfance, qui est marquée par l’absence des signes de la virilité, et par celte indifférence qu’ils ont pour leurs femmes, semble annoncer qu’ils sont un peuple sorti récemment des mains de la nature; mais leur origine est incertaine , et il n’existe aucune donnée pour en résoudre le problème. — Ce qui autorise à croire que les Américains sont un peuple nouveau, c’est que leur civilisation est encore à peine ébauchée. Ce vaste continent était très-peu peuplé lorsqu’on en fit la découverte ; il est encore couvert de marécages immenses qui rendent l’air malsain, quoique l’on ait défriché beaucoup de terrains, et la terre y produit une multitude de poisons. Cc qu’il y a de surprenant, c’est qu’on y rencontre beaucoup d’animaux dont les analogues n’existent point dans notre hémisphère; d’où l’on peut inférer qu’il a existé de temps immémorial , et peut-être de tout temps, entre l’ancien et le nouveau monde, une barrière insurmontable, qui a empêché les animaux indigènes de passer d’un continent dans l’autre. — Quant aux peuplades des îles découvertes dans cc siècle, dans la mer du Sud et dans les terres du continent austral , Byron dit avoir vu dans les îles de la mer Pacifique des hommes armés de longues piques qu’ils agitaient d’un air mena-

çant. Ces hommes sont , dit-il , d’une couleur basanée , vigoureux, bien proportionnés, et extrêmement légers à la course. Hans plusieurs autres îles de cette même mer, et notamment dans celles appelées (les du Prince de Galles , il a trouvé des peuplades nombreuses.

Ces insulaires, selon ce voyageur, ressemblent à ceux dont il vient d'être parlé , pour la taille et la proportion des membres. Leur teint est bronzé , mais clair, et les traits de la figure n’ont rien de désagréable. Ils ont des cheveux noirs et de la barbe.

Dans plusieurs autres îles situées audelà de l’équateur, dans cette même mer, il existe, dit Curteret, des peuplades nombreuses d’hommes qui ont la plupart la tête laineuse, comme celle des nègres, mais moins noirs que ceux de Guinée, et n’ayant point comme eux le nez plat et les lèvres grosses ; ces derniers poudrent leurs cheveux , et même leur barbe, de blanc. Celte mode est en vigueur aussi chez les Papous. Néanmoins, il est quelques-unes de ces îles habitées par des hommes dont la tête n’est pas laineuse, et qui, au lieu d’être noirs, sont couleur de cuivre, avec peu de barbe , de grands et longs cheveux noirs , et qui ne sont pas entièrement nus comme les précédents, ce qui indique que leur pays n’est pas aussi chaud que celui des premiers. — Les insulaires d’Otaïli sont très-grands et d’une taille bien supérieure à celle des Européens, forts, bien membrés, bien faits, agiles , dispos et d’une belle figure; ils ont le teint basané, et les cheveux noirs, quelquefois bruns et même blonds. Leurs femmes sont très-belles , et vendent librement leurs faveurs en public. Les hommes offrent , par civilité ou par récompense, leurs sœurs et leurs filles aux étrangers. Les Ütaïtiens parviennent à une extrême vieillesse , sans incommodité, et sans perdre la finesse des sens. Le poisson et les végétaux , au rapport de Bougainville, sont leur principale nourriture ; ils mangent rarement de la viande, et ne boivent que de l’eau ; ils éprouvent de la répugnance pour le vin, les liqueurs fortes, le tabac , les épiceries, et pour toutes les choses fortes. Il semble dit le capitaine Cook, qu’ils soient d un caractère brave, sincères, sans soupçon ni perfidie, et sans penchant à la vengeance et à la cruauté; mais ils sont adonnés au vol. Le mariage n’est chez eux qu’une convention entre l'hom-

me et la femme ; ils pratiquent la circoncision sans nuire motif que celui de la propreté.

Les habitants de l’ île Huaheine, selon le môme, ressemblent pour la figure , le langage, l’habillement et les usages, à ceux d’Oiaïti, dont ils ne sont éloignés que de trente lieues. Les hommes paraissent être encore plus vigoureux et d’une stature plus grande ; les femmes y sont très-belles. Ils se nourrissent de végétaux et de viandes , et parlent tous la même langue, qui est aussi celle de toutes les îles de la mer du Sud , jusqu’à la Nouvelle-Zélande. — Nous ne connaissons que depuis peu les habitants des terres australes : Cook est celui qui les a le mieux vus. Fernand de Quiros, qui y a abordé avant lui , rapporte que les sauvages de l’ile de la Belle-Nation ont des mœurs peu différentes de celles des Otaïtiens ; ils sont beaux, très-bien faits et blancs, quoique dans un climat qui semblerait devoir les noircir. Les femmes y sont très-belles et à demi vêtues.

Le même ajoute avoir rencontré sur la côte orientale de la Nouvelle-Hollande, à laquelle il donne le nom de terre du Saint-Esprit , des habitants de trois couleurs : les uns noirs , les autres trèsblancs , à cheveux et à barbe rouge , et les autres mulâtres; ce qui lui fit conjecturer que cette contrée était très-étendue : il ne s'était pas trompé, car il résulte des découvertes de Cook que la Nouvelle-Hô'll&nde est aussi étendue que l’Europe entière. Ce dernier dit que ses habitants sont nus, et ne se nourrissent que de 'poissons. Sur la même côte , à quelque distance, Quiros vit une autre nation de plus haute taille, et d'une couleur plus grisâtre ; ils venaient en troupes , armés de flèches qu’ils décochèrent siir les Espagnols, qui ne purent les faire retirer qu’à coups de mousquets.

Abel Tasman a trouvé dans les terres voisines d’une baie dans la Nouvelle- Zélande, des hommes qui avaient la voix rude et la taille grosse; ils étaient d’une couleur jaune-brunâtre, et avaient les cheveux noirs et presque aussi longs et aussi épais que ceux des Japonais, attachés au sommet de la tête avec une plume longue et épaisse au milieu. Les uns avaient le milieu du corps couvert de nattes , et les autres de toile de colon ; mais le reste était nu. — Les habitants de la Nouvelle-Zélande, dit Cook , ont une taille en général égale à celle des Européens les plus grands ; ils

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ont les membres charnus , forts et bien proportionnés ; mais ils 11e sont pas aussi gros que les insulaires oisifs de la mer du Sud. Ils sont alertes, vigoureux et adroits ; leur teint est en général brun. Les femmes n’ont pas beaucoup de délicatesse dans les traits ; leur voix est d’une très-grande douceur, et c'est par-là qu’on les distingue des hommes, leurs habillements étant les mêmes. Les Zélaudais ont les cheveux et la barbe noirs , les dents blanches et régulières ; ils jouissent d’une santé robuste, et parviennent à un âge très-avancé. Leur principale nourriture est le poisson. Ils sont décents et modestes, mais peu propres.

Les insulaires de la mer du Sud se fendent le prépuce, pour qu’il ne recouvre pas le gland : les Zélandais, au contraire, le ramènent sur le gland, et en nouent l’extrémité avec un cordon qui est attaché à leur ceinture : Je gland est la seule partie qu’ils ne montrent qu’avec une honte extrême. Cet usage, quoique paraissant contraire à la propreté, a cependant l’avantage de maintenir la fraîcheur et la sensibilité de cette partie. Ceux en général qui ont le prépuce court perdent dans la partie qui en est recouverte la sensibilité plus tôt que les autres hommes. — Il y a de grandes ressemblances entre les habitants de ces pays et ceux des îles de la mer du Sud , par rapport aux usages et à la langue; ce qui prouve que tous ces insulaires ont la même origine. Cook pense qu’ils 11e viennent pas de l’Amérique, qui est située à l’est de ces pays; et comme la langue d'Olaïti et des autres îles de la mer Pacifique , ainsi que celle de la Zélande, ont beaucoup de rapport avec les langues de l’Inde méridionale , il est probable que loutes ces peuplades sont originaires de l’archipel indien.

C'est du climat, ainsi que nous l’avons déjà observé, que dépendent en grande partie les qualités physiques et morales des peuples. On remarque en général que, dans les pays chauds, les hommes sont plus petits, plus secs, plus vifs, plus gais et plus spirituels, mais moins vigoureux et moins laborieux; qu’ils sont plus précoces et qu'ils vieillissent plus tôt que dans les climats froids. Les femmes y sont moins fécondes, plus jolies, mais moins belles. Une blonde est rare dans ces pays, comme une brune l'est dans le Nord. — La beauté dépend en grande partie de la température du climat. Le froid , en resserrant le tissu extérieur

dans le sexe du Nord, ôte à la peau cette mollesse et celle douceur qui sont les indices de la sensibilité. Une atmosphère brûlante , en procurant d’abondantes sueurs, dessèche et ride la peau, énerve la constitution , et flétrit la beauté dans son germe. C’est dans les zones tempérées que l’on trouve les plus beaux hommes et les plus charmantes feinuns. Plus on approche de l’équateur et des pôles , moins la nature est prodigue de ses faveurs ; on y rencontre une multitude d’êtres informes et hideux. Dans certaines contrées, ce sont des pygmées, des albinos, en un mot, des peuplades d'hommes entièrement dégradés, et celte dégradation fatale s’étend même jusqu’aux végétaux; les arbres y sont dégénérés pour la plupart, elles fleurs y périssent avant que de s’épanouir. — Le caractère des peuples a aussi les plus grands rapports avec les pays qu’ils habitent. Le Caraïbe, né »t vivant dans les bois, ne saurait avoir l’urbanité de l’Européen ; l'Africain , énervé par les chaleurs excessives qu’il endure habituellement, ne peut avoir la force et la vigueur de ces nations du Nord, qu'on a regardées à juste titre comme la pépinière du genre humain. Convenons néanmoins que la chaleur d'un climat n’est pas la seule cause de l’inertie et de l’indolence de ses habitants; la fertilité du sol n’y contribue pas moins. En effet, si le sauvage du Nord est plus actif que l’Africain et le Caraïbe, c'est que ces derniers, pour qui la nature a tout fait, n’ont pas besoin d’une aussi grande industrie. L’ignorance et la stupidité coulent de la même source ; en Afrique et en Amérique, quels sont les peuples dont les facultés de l'Ame sont le moins développées? ce sont les habitants de ces forêts dont les arbres fournissent sans culture à tous les besoins. N’a-t-ou pas vu la prospérité engourdir l'esprit d’une nation, de même que la souffrance l’éclaire, mais l’abrutit quand elle est devenue excessive ? Les passions, de même que le génie, sont dans une étroite dépendance du climat : l’amour, par exemple, est, dans les pays chauds, ainsi que l’a fort bien dit Desèzc , un délire, une fièvre brûlante, un cri de la nature ; dans les climats tempérés, une passion douce , une affection réfléchie , et souvent un produit de l’éducation ; enfin , dans les pays froids, ce n’est plus une passion , mais le sentiment tranquille d’un bçsoin peu urgent.

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C’est dans les climats tempéras que le génie semble avoir fixé son empire ; ils ont été le berceau des sciences et des arts nécessaires à la civilisation et à la prospérité des nations. Il n’en est pas de même de la zone torride et des deux glaciales, qui, à en juger parles nègres et les Lapons, sont le fléau de l’intelligence humaine et le tombeau de la nature.

« Jusqu’à présent, a dit Fontenelle, les » sciences u’ont point passé l’Egypte et « la Mauritanie d’un côté , et de l’autre « la Suède. Peut-être n’a-ce pas été par » hasard qu’elles se sont tenues entre le » mont Allas et la mer Baltique : on ne » sait si ce ne sont point là les bornes » que la nature leur a posées, et si l’on «peut espérer de voir jamais de grands « auteurs nègres ou lapons. » — L’influence du climat est telle qu’elle peut changer entièrement les mœurs d’un peuple. Une colonie prend insensiblement la constitution physique, le régime et le caractère du nouveau pays où elle a été transplantée. Les Tartares conquérants de la Chine diffèrent peu de la nation qu’ils ont subjuguée ; les Hollandais, actifs et laborieux eu Europe, sont à Batavia mous et voluptueux. — Un fleuve ou une montagne suffit pour établir une différence très-marquée entre deux peuples voisins : l’habitant de Turin n'est pas le même que celui des Alpes; les Athéniens différaient des Thébains , quoiqu’ils ne lussent séparés que par Je fleuve Asope. Le climat même est sujet à varier, soit par quelque grande révolution du globe, soit par d’autres causes secondaires. Les Scythes, du temps d’Hippocrate, étaient inhabiles à la génération : néanmoins, ce sont eux qui, sous les noms A' A lains , de Vandales et A’ Ilerulcs, ont inondé l’Europe et renversé l’empire romain. L’Italie elle-même a éprouvé des vicissitudes physiques et morales : son atmosphère est aujourd’hui infectée par les exhalaisons mortifères des marais Pontins et par des éruptions volcaniques ; on n’y éprouve plus ces hivers rigoureux dont parle Tite-Live ; ses habitants ont perdu l’énergie de leur caractère, et Rome, après avoir enfanté les héros de la liberté, a fini par devenir esclave de la superstition sacerdotale. — Le gouvernement et la religion n’ont pas une moindre puissance sur le caractère et les mœurs des peuples : lorsque 1 un est despotique et l’autre mystérieuse ils ôtent toute énergie, coupent les ailes au genie, et étouffent la pensée dans les

esprits et la vertu dans les âmes. La patrie des Thémistocle , des Socrate, et celle de tant d’autres grands hommes, qui n’offrent plus aujourd’hui que les monuments de la servitude la plus outrageante à l’humanité, en sont une preuve non équivoque.

Le propre des gouvernements despotiques est d’énerver dans l’homme le mouvement des passions, et d’en affaiblir le ressort. Aussi les peuples soumis au pouvoir arbitraire n'ont-ils ni la fermeté d’âme , ni la hardiesse et l’élévation de ceux qui n’obéissent qu’à la loi. Sous le despotisme , l’homme est étranger à ces efforts héroïques et sublimes qu’inspire la vertu. Il n’en est pas de même d’une nation libre , que l’amour de la gloire stimule continuellement, parce qu’elle y est le prix des grandes actions et des vertus patriotiques. Le pouvoir arbitraire est un germe de calamités , dont le développement amène la misère et la dévastation ; l’esclave , privé d’activité et d’énergie, est essentiellement vicieux et ignorant ; son âme est atteinte d’une gangrène morale qui en corrompt les facultés ; des mains serviles ne sauraient fertiliser les champs, ni des esprits abrutis acquérir des talents. Un peuple serf est lâche, perfide, délateur et cruel; égoïste à l’excès, il ne tourne jamais les yeux vers l’intérêt général. Un peuple libre est courageux , franc et humain ; il honore l’agriculture, enfante et perfectionne les arts; sans cesse occupé du bonheur de son pays , son génie crée , ses bras multiplient, étendent les branches fécondes de l’industrie , et ouvrent les sources de la prospérité publique. — ■ On observe assez généralement que , lorsque les lois sociales ne contrarient pas la nature, et qu’elles ne sont pas en opposition avec le climat , les peuples qui vivent sous un ciel doux et riant ont des institutions douces, et que leurs annales ne sont pas souillées de ccs grands crimes qui sont la honte de l’humanité. D’ailleurs, leurs mœurs s’épurent par le régime végétal , dont la nature leur a donné le goût. Les hommes sont plus dépravés sous la ligne et près des pôles. Les habitants des plaines brûlantes de la zone torride et des glaces polaires, tourmentés parles feux du soleil, ou consternés de son absence , et ayant sans cesse sous les yeux la nature morte et inanimée , ont le caractère sombre et misanthrope , presque toujours des lois de sang , et une morale corrompue. Leur

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dieu est méchant et cruel, et pour l’honorer, ils cherchent à lui ressembler. Il en est de môme des peuples dont le pays est sujet aux inondations, aux ouragans et aux tremblements de terre. Si l’on consulte l’histoire de l'Egypte , du Mexique et du Japon, on y trouve des peuples féroces et cruels , un gouvernement violent et despotique, et un culte barbare et destructeur. — On a observé par

toute la terre que les religions avaient la plus grande influence sur l’esprit des nations , et qu’elles portaient la plupart l’empreinte du climat. C’est un grand malheur pour l’humanité quand elles s’établissent par la force. La religion mahométane , qui ne parle que de glaive , agit toujours sur les Musulmans avec cet esprit destructeur qui l'a caractérisée dans son institution.

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