PROPRIÉTÉS ESSENTIELLES DE L’AIR SUR
l’économie animale.
Le corps de l’homme, placé au milieu de l’atmosphère, ne doit pas être seulement envisagé comme une masse sur laquelle les influences atmosphériques n’agissent que physiquement, il doit être encore considéré comme un composé , dans l’intérieur duquel il se fait de véritables combinaisons chimiques de ses principes entre eux et avec ceux de l’air. Enfin, comme corps organisé, comme assemblage de plusieurs systèmes différemment excitables , soumis à des lois qui lui sont propres, très-diffcrenles de celles qui régissent les autres corps de la nature , il reçoit des modifications particulières de la part de l’atmosphère, et en modifie lui-même les qualités. — Cela posé , on conçoit que les effets de l’air sur l’économie animale dépendent : 1° des propriétés physiques ou essentielles de ce fluide ; 2° de ses combinaisons dans le corps animal, et des changements qu’il y éprouve ; 3° de ses qualités accidentelles.
Avant de considérer ces différents effets, nous ferons une observation générale relativement aux influences extérieures auxquelles l’homme est exposé : c’est que celles qui sont constantes et habituelles n’agissent pas d’une manière sensible sur son organisation ; qu’en conséquence, les conditions atmosphériques dans lesquelles il vit ne l'affectent que dans leurs variations, et que les variations lentes et progressives de l’air sont beaucoup moins marquées dans leurs effets que les variations brusques ou les véritables vicissitudes. Ainsi, pour citer un exemple, nous sommes entièrement insensibles à la pression énorme qu'exerce la colonne de I atmosphère sur nos corps, parce que nous sommes nés au milieu de cette prodigieuse pression; que nous avons été moulés par elle; que c’est k celte condi-
Les propriétés essentielles de l’air ne doivent , d’après ce que nous venons de dire, être étudiées, relativement à leurs effets, que dans leurs variations. Or, comme elles varient beaucoup moins que lespropriétés accidentelles ou les qualités de l’air, il en résulte que leurs effets sont beaucoup moins importants à observer que ceux de ces dernières propriétés. — Il suffit de dire, à l’égard de la grande fluidité et de l’extrême mobilité de l’air, que c’est à elles que nous devons l’impression que font sur nos corps ses autres qualités physiques , ainsi que la facilité avec laquelle on le renouvelle et on le purifie. — Quant à l’élasticité de l’air, ses variations sont trop peu appréciables pour être mises au rangées observations utiles à la médecine, et dont les résultats ont une évidence suffisante. On peut en dire autant des changements de densité de l’air, quand ils se font successivement et d’une manière lente et insensible. En effet, alors les effets de ecs changements sont nuis pour nous. — Les changements de densité de l’air, quand ils se font successivement et d’une manière lente, n’ont pas non plus d’effet sensible sur le corps humain- La communication immédiate entre l’air extérieur et les grandes cavités intestinales, les seules qui contiennent habituellement des fluides élastiques à leur élat gazeux, doit occasionner une compensation successive entre l’air extérieur et ces fluides; quant à ceux qui sont combinés au dedans de nous , jamais les variations que nous éprouvons ne sont capables de les dégager ; et la dilatation que pourrait occasionner une diminution considérable , mais lente , dans la pression atmosphérique, serait contrebalancée suffisamment par le ressort et l'effort propor-
HYGIÈNE
tionncl des fibres organiques qui contiennent ces fluides. Mais s’il arrive une dilatation subite, comme lorsqu’on place un animal sous le récipient de la machine pneumatique, ou que l’homme s’élève rapidement à des hauteurs considérables ; alors non-seulement la dilatation . subite des fluides élastiques libres, proportionnelle à la diminution rapide de la pression atmosphérique, mais encore la tendance à la dilatation qui existe dans les liquides animaux eux-mêmes, surtout dans les fluides élastiques qu’ils tiennent dissous , peuvent être cause de plusieurs effets remarquables : tels sont un sentiment de malaise général, une disposition au vomissement, une fatigue extrême au moindre mouvement, une augmentation fréquente dans la respiration qui devient pressée et haletante, l’accélération du pouls qui , d’après les observations de Saussure faites au Mont-Blanc, est proportionnément d’autant plus grande que la fréquence est moindre dans l’état naturel. Ces phénomènes se manifestent à des hauteurs variables, suivant les constitutions individuelles, et suivant les circonstances qui ont accompagné l’élévation. Ils ont lieu beaucoup plus tôt lorsqu'on gravit une montagne, que lorsqu’on s’élève au moyen d’un aérostat; et on en conçoit la raison : dans le premier cas, l’effet que produit la diminution de la densité et de la pression atmosphérique se complique avec celui de la fatigue et de l’impression d’un terrain gelé, couvert de neige, souvent hérissé de pics et entr’ouvert à chaque pas par des précipices effrayants. Dans les ascensions aérostatiques, au contraire, le froid est la seule de ces dernières influences qui frappe le voyageur, et il doit être beaucoup moins vif, à hauteurs égales, que sur une montagne. Aussi M. Gay-Lussac, dans sa dernière ascension aérostatique, a-t-il pu s’élever à la hauteur de 3,000 toises au-dessus du niveau de la mer, sans éprouver autre chose qu’une accélération de pouls et de la respiration ; tandis que Saussure et ses compagnons éprouvèrent ces mêmes effets et plusieurs autres avant d’arriver à la cime du Mont-Blanc, qui est à 2,i60 toises. Des observations semblables ont été faites aux Cordilièrcs par M. llumboldt.
On se vend facilement raison de ces effets. La diminution de la densité de l’air fait que, sous un même volume, il y en a une moindre quantité. Cetair est donc moins suffisant aux combinaisons qu’il
doit éprouver dans l’acte de la respiration , et que nous examinerons dans l’arliclcsuivant : en conséquence, pour que, dans un air très-raréfié, ces combinaisons se fassent conformément au but de la nature, il faut respirer proporlionnément plus vite. Telle est la cause de cette respiration haletante et pressée, et par conséquent de l’accélération du pouls qui en est la suite. On conçoit même qu’à des hauteurs beaucoup plus considérables, la raréfaction de l’air serait telle que l’accélération de la respiration ne suffirait pas pour faire arriver aux poumons la quantité d’air nécessaire à l’entretien de la vie, et que celle-ci finirait par s’éteindre , comme dans les asphyxies , par défaut du principal agent de la respiration. La mort, dans ce cas, pourrait être précédée par divers phénomènes étrangers à la respiration , tels que l’emphysème ctdi verses hémorrhagies dues exclusivement à l’expansion extrême de toutes les parties du corps.
La densité’ et la pesanteur atmosphériques augmentées semblent devoir produire des effets moins sensibles, et la pression qui tend à condenser toutes nos parties semble moins prejudiciable à notre organisation que leur expansion excessive. Dans les mines profondes, les effets qui dépendent de la compression de l’airseraient sans doute plus salutaires que nuisibles, à raison del’augmenlalioii delà quantité d’air sous un même volume; ils rendraient la respiration moins fréquente, parce que chaque inspiration s’exercerait sur uue plus grande masse de ce fluide : mais cet effet se confond et s’altère avec beaucoup d’autres qui dépendent des émanations multipliées de ces souterrains ; émanations qui exigent une ventilation très- soutenue, laquelle, malgré cela, ne préserve pas de tous les maux auxquels sont exposés les mineurs.
D’ailleurs la plus grande profondeur des mines connues n’est pas assez grande pour être comparée aux espaces que l'homme a su franchir en s’élevant sur les montagnes ou dans les airs. Quant aux effets de la cloche du plongeur sur l’homme qui y est enfermé, ils se compliquent des effets de l’altération de l'air par la respiration , et ne nous apprennent , en conséquence, rien à cct égard.