‹ Encyclopédie des sciences médicales (volume 2)Chapitre 19 sur 58 · ACCIDENTELLES OU LES QUALITES DE · texte numérisé non relu

ACCIDENTELLES OU LES QUALITES DE

l’air.

Quoique plusieurs des qualités de l’air soient toujours plus ou moins combinées entre elles; qu’il n’existe , par exemple, nulle part un air chaud sans le concours de l’humidité ou de la sécheresse, ni un air humide sans le concours de la chaleur ou du froid, cependant, comme dans ces combinaisons une des qualités de l’air prédomine souvent, nous croyons devoir considérer abstractivement les efleis de ces diverses qualités avant de passer à ceux de leurs combinaisons. En conséquence, nous allons examiner les effets que déterminent sur le corps organique vivant: 1° la chaleur atmosphérique seule ; 2° la chaleur atmosphérique combinée avec la lumière; 3° les différents degrés de froid de l’atmosphère ; 4° les combinaisons dç la chaleur et du froid avec

l'humidité et la sécheresse ; 5° les vicissitudes du froid et du chaud, de l’humidité et de la sécheresse; 6° l’état électrique de l’air.

§ 1er. Effets de la chaleur seule sur le cor pi organique vivant. — L’effet sensible de la chaleur sur le corps humain, surtout de la chaleur observée à l’ombre, et supposée de 25 à 30 degrés de Réauinur, est certainement le relâchement des solides, l’expansion des fluides, une transpiration plus abondante, et même chez les personnes dont la libre est naturellement molle, une sueur spontanée , surtout si ces personnes sont couvertes, une disposition au repos, plus de paresse et de lenteur dans les mouvements; pour peu qu’on se mette en action , la sueur augmente, et principalement lorsqu’après avoir beaucoup agi , on se repose. De la résultent la soif et le besoin de rendre aux fluides de notre corps l’eau de dissolution qu’ils ont perdue. L’eau même, si le relâchement est grand, passe d’autant “plus promptement par les sueurs, qu’elle est reçue plus abondamment. Les urines sont d’autant moins abondantes et plus colorées, que la transpiration et l’évaporation se font avec plus de force:

la lenteur générale des mouvements s’étend jusqu’aux fonctions de l’estomac, et la plupart du temps on a moins d’appétit que de soif. Les habitants des pays chauds, surtout ceux qui vivent daus les villes, sont, en général, paresseux, mous, et en même temps despotiques , et l’esclavage des hommes qui les entourent est plutôt un témoignage de leur indolence que de leur force. La faiblesse d’estomac est un résultat nécessaire du relâchement général que produit la chaleur. Doit-on attribuer à la même cause le caractère bilieux qui accompagne toutes les maladies des climats chauds? — Remarquons ici que, dans toutes les températures inférieures à celle du corps humain , la ventilation de l’air occasionne un sentiment de fraîcheur qui n’est pas sensible au thermomètre, mais que nous sentons parfaitement, parce que l’air qui nous touche est renouvelé, et que celui qui est porté sur notre corps n’a pas le temps d’en prendre la température. Si l’air, au contraire, approche beaucoup de la chaleur naturelle du corps humain, cet eft'ct n’a pas lieu et le vent nous semble chaud : il le paraît aussi, s’il surpasse seulement la température générale de l’atmosphère.

On sait que la chaleur favorise la pu-

hvgiène.

tréfaction «les substances animales privées de vie; mais plusieurs causes empêchent cet effet dans le corps humain vivant : nos humeurs n’ont point le contact de l’air, ou ne l’ont que dans les extrémités vasculaires de la peau, du tissu pulmonaire et du canal intestinal ; elles ne contractent d’elles-mèmes, dans leurs vaisseaux, aucune altération qui ait les caractères de la putréfaction , à moins d'une solution de continuité. Si, dans certaines maladies, elles deviennent non pas décidément putrides, mais très-disposées à passer à cet état dès qu’elles atteignent le contact de l’air, soit à la surface de la peau, soit dans le poumon, soit dans le canal intestinal , c’est ordinairement ou par le mélange de quelque miasme étranger qui pénètre l’organe de la peau, et qui est émané de matières putrides, comme les émanations des marais, ou par un levain formé dans une saburre accumulée et stagnante avec l’air dans le canal intestinal, et qui est absorbé par les vaisseaux lymphatiques, ou enfin par la suppression de quelques-unes des évacuations excrémentitielles. Encore toutes ces causes n’occasionnent-elles, comme nous venons de le dire, qu’une disposition à la putrescence, et il n’existe de véritable putridité dans l’état de vie que dans les endroits du corps où il y a stagnation et interruption de l’action vitale , ou au contact plus ou moins immédiat de l’air, comme à la peau, dans le canal intestinal, dans les voies pulmonaires et les solutions de continuité. La chaleur seule ne déterminé donc pas par ellemême, dans le corps organisé et vivant, la putréfaction des humeurs. C’est ce qui est encore bien évidemment démontré par ce qui se passe dans les climats les plus brûlants, où les maladies putrides, bilieuses et malignes qui attaquent les nouveaux colons ou les voyageurs, sont évidemment dues, non à la température de l’air, mais aux émanations des lieux marécageux et aux vapeurs humides qui se condensent le soir et dans la nuit. En effet, dans les vaisseaux en rade à une certaine distance de la côte et hors de la portée des vapeurs malfaisantes amenées par les vents, on est à l’abri de ces inconvénients, et mieux encore dans les situations élevées etsèchesdu continent, où, quelque chaleur qu’on éprouve , on vit aussi sainement que dans les lieux les plus salubres de nos climats; au lieu qu’une seule nuit, une seule soirée de «éjour dans les lieux bas et humides , et

au milieu des vapeurs qui s’abattent sur les plaines au coucher du soleil, surtout dans la saison des pluies , suffisent pour donner lieu aux maladies qui ravagent nos équipages dans les parages des climats chauds.

§ II. Effets de la ch'ileur de l’air combinée avec la lumière. — Plusieurs phénomènes annoncent une sensible analogie entre les végétaux et les animaux, sous le rapport des effets que produit sur ces deux classes d’êtres organisés l’action de la lumière et de la chaleur réunies. Cette action colore les uns et les autres : les uns et les autres, élevés à l’abri et à l’ombre, croissent étiolées, et la couleur des parties de notre corps exposées à l’air et au soleil franche bien sensiblement sur celles des parties qui sont toujours couvertes. — Non-seulement la peau se colore par l’action combinée de la chaleur et de la lumière , mais cette action augmente encore sensiblement la solidité et la tension de la fibre; voilà pourquoi on sue beaucoup plus abondamment à l’ombre par une chaleur même modérée qu’au soleil par une chaleur plus forte. L’action rapide d’une lumière vive et concentrée, telle que celle que le soleil darde quelquefois entre les nuages, en frappant la peau, y produit ce que nous nommons un coup clé soleil, qui est un véritable érysipèle, dont quelquefois les effets ne se bornent pas à une affection locale ; mais se communiquent par les lois de l’irritation aux organes intérieurs, surtout au cerveau si la tête est frappée, et produisent des frénésies funestes. Cet effet de la chaleur solaire a lieu rarement chez le cultivateur robuste, dont la peau, endurcie par un travail continuel à l’aie libre, est habituée à toutes les variations atmosphériques; mais on l’observe chez les habitants des villes d’une constitution faible, qui passent la plus grande partie de leur temps dans des appartements fermés de toutes parts , et conservent ainsi une extrême sensibilité à toutes les in fluences extérieures.

La thérapeutique met quelquefois à profit la propriété excitante de la lumière unie à la chaleur.: c’est ainsi qu’on expose utilement les enfants scroplmleux à l’insolation générale, pour fortifier leur constitution, accélérer le travail de l’ossification et le développement des organes musculaires; c’est ainsi que l’insolation locale naturelle, ou rendue plus active par la concentration des rayons solaires au moyen d’une lentille, a été

144 HYGIÈNE

appliquée avantageusement au traitement «le certains ulcères dont les chairs molles et blafardes s’opposaient , sans doute, à la cicatrisation. On peut consulter à cet égard les expériences de M. Faure, insérées dans les Mémoires de l’Académie de chirurgie , in-4°, tome v, page 834 ; et celles de M. Lapcyre, dans l’Histoire de la Société royale de médecine pour l’an 1776, page 296. C’est d’une manière analogue qu’agit la chaleur des charbons embrasés, qui a aussi été employée par èil . Faure, comme on peut le voir dans le Mémoire cité, et qui, depuis très-long-temps , est un moyen vulgaire et efficace contre l’espèce d’érysipèle qu’on connaît sous le nom d’engelure.

Nulle part les effets de la lumière ne se distinguent mieux de ceux de la simple chaleur que dans les climats chauds et surtout chez les Orientaux. L’homme qui vit à l’ombre, couvert d’habits longs , énervé par la chaleur, amolli par les étuves , fuyant les impressions d’un soleil brûlant, est mou, nonchalant, paresseux; son tempérament est sanguin et souvent phlegmatique : on remarque au contraire une libre dure , un corps robuste et basané , un tempérament mélancolique et sec chez celui qui , peu vêtu , vit à l’air libre, et qui, condamné au travail des champs, est obligé de supporter les chaleurs du jour. — Il semble que, dans les zones ardentes , la nature ait voulu prémunir l’homme contre l’excès de ces effets, en l’enveloppant d’une peau plus épaisse, assouplie par une humeur huileuse qui paraîtpropre à s’opposer à une évaporation et à une exsiccation trop rapide des liquides. Est-ce une portion de cette humeur qui, par une combinaison particulière des principes de la lumière , forme sous l’épiderme cette sécrétion singulière d’une matière colorante dont la nature est encore ignorée ? matière qui parait exister plus ou moins dans la peau de tous les hommes, que nous voyons bien sensiblement , même parmi nous , chez les personnes rousses; qui est olivâtre chez l’Indien occidental, jaune cuivreuse chez l’Indien asiatique, noire chez le nègre; qui, dégénérée et décolorée, paraît constituer les blafards, espèce de dégénérescence cutanée qui existe peut-être chez tous les peuples de 1 univers , et qui partout est accompagnée d'une disposition des yeux à être blessés par les rayons lumineux.

Sans vouloir pénétrer au-delà des bor-

nes de nos connaissances , nous pouvons conclure de l'observation des effets sensibles et apparents de la lumière, que, jointe à la chaleur, elle est un stimulant et un tonique; qu’elle corrige, quand elle est modérée, le relâchement et l’atonie que produit la seule chaleur ; qu’elle colore la peau et affermit la fibre ; que , si la lumière est vive, augmentée par une forte réverbération, et qu’elle frappe subitement la peau , son action devient irritante, la peau s’enflamme et se couvre d’un véritable érysipèle; que l’action long-temps continuée d’une vive lumière non-seulement colore et noircit la peau, mais encore la durcit, l’épaissit, la ride, la racornit, et produit le même effet sur toutes les fibres quelle touche , comme il arrive à la rétine lorsque la vue, longtemps fatiguée par une vive lumière , s’affaiblit et se perd: alors la rétine s’endurcit, long temps irritée et comme brûlée par l’action d’un foyer lumineux trop ardent. Enfin nous pouvons croire que l’action de la lumière se communique même au sang qui circule sous la peau , et qu’elle l’cpaissit et le colore, comme elle donne aux sucs des végétaux leur couleur et leur consistance.

§ III. Effets clés différents degrés de froid. — Une distinction nécessaire à faire ici est celle du froid, en froid modéré et en froid excessif, et celle de ses effets sur l’homme eu repos et sur l’homme en mouvement. — On peut établir le froid modéré depuis le cinquième degré au-dessus de zéro, limite inférieure de la température moyenne , jusqu’au quatrième et cinquième degré au-dessous de zéro du thermomètre de Réaumur; et le froid excessif au-dessous de ces derniers degrés jusqu’au froid le plus rigoureux que l’on éprouve dans les régions polaires. Mais ces termes sont extrêmement variables relativement à nos sensations : non-seulement ils sont variables pour les différents pays et les diverses habitudes des hommes , pour l’habitant des villes et celui des campagnes, mais encore pour les différentes parties de notre corps; de sorte que les parties habituellement exposées à l’air supportent, même avec une sensation de plaisir, un froid qui blesserait grièvement celles qui sont habituellement couvertes, si on venait à les dépouiller de leurs vêtements.

Ces termes diffèrent aussi pour l’homme dans l’état de repos et dans l'état de mouvement. L’homme qui agit, travaille

HYGIÈNE. 145

et se meut avec vivacité, supporte avec facilité un froid très-incommode pour celui rpii se tient en repos. — L’activité variable du mouvement interne est encore une des causes qui changent les impressions du froid sur nos corps, et diversifient les jugements que nous portons sur ses effets. Le convalescent faible est blessé d’un froid que sent à peine l'homme que la santé rend vigoureux ; le vieillard souffre d’une température qui plaît à l'adulte et au jeune homme , et c’est sans doute à la vivacité prodigieuse du mouvement vital chez les enfants dont la peau a déjà acquis un peude consistance, qu’on doit attribuer la facilité avec laquelle on les habitue à des températures qui nous semblent rigoureuses. Mais , dans un âge très-tendre , leurs organes trop délicats ne peuvent être frappés sans inconvénient d’un froid vif ; et s’il en est qui ont dû à la bonté de leur constitution de résister à des impressions disproportionnées à leur âge, il en est aussi qui ont été victimes ou des imprudences d’un système outré ou du dépouillement delà misère. — En général, l’ancien axiome d’iiippocrate et des médecins anciens, le froid est V ennemi des nerfs ( Aplior. s ‘et. v, n° 18), sera toujours vrai; et toutes les fois qu’une constitution faible et délicate laissera sans défense les organes de la sensibilité, le froid deviendra dangereux et pernicieux.

Les effets généraux du froid modéré sont de diminuer le volume des corps et leur expansion ; de modérer et de diminuer l’évaporation cutanée, sans la supprimer ; de stimuler légèrement la fibre organique, et d’augmenter sa contraction dans toute la surface du corps , et par là d’affermir tout le corps; d'augmenter la force et l’effet des fibres musculaires , sans diminuer la souplesse des membres, et par conséquent d’accroitre i’agililé des mouvements. Le froid long-temps continué diminue l’action colorante de la lumière solaire, et les nations qui habitent les contrées septentrionales de l’Europe dans lesquelles le froid n est pas insupportable, ou au moins n’est pas coutinuellementexcessif, sont grands, blonds et d un teint très-blanc. -—Le froid rigoureux et continuel empêche la transpiration cutanée, resserre et contracte vivement les fibres organiques, empêche par cette contraction la circulation des humeurs près de la surface, et par là épaissit et durcit la peau ; il engourdit la fibre musculaire, gêne le mouvement des

Hygiène.

articulations, et par la ote la souplesse et l’agilité au corps, et gêne son accroissement; et nous voyons que les nations qui habitent les contrées glaciales, comme la Laponie et le Groenland, sont petites et ont des formes raccourcies et désagréables. L’h ibitude néanmoins fait que dans ce climat rigoureux ces petils hommes jouissent d’une agilité et d’une promptitude surprenantes à la course, parce qu’ils sont nés à ces conditions, et qu’ils sont formés par ce climat et pour ce climat , et que d’ailleurs leur peau, épaissie par le froid, est pour eux comme un vêtement naturel qui défend l’organe nerveux du tact des impressions douloureuses d’ua froid glacial, et empêche ce froid d’altérer trop profondément la chaleur vitale.

Mais l’homme accoutumé à une température plus douce , et dont la peau est plus perméable , éprouve dans ce froid excessif une immobilité et une rigidité qu’il ne surmonte que par la multitude des couvertures et l’assiduité de l'exercice.

Quel que soit l’effet du froid le plus rigoureux sur la peau et sur les organes auxquels elle serl d’enveloppe, il paraît que celte action n’a point lieu sur l’intérieur du poumon ; soit que cet organe ne soit pas disposé par la nature pour éprouver vivement ce genre de sensation, soit que la génération prompte de la chaleur, opérée dans ce viscère par la décomposition de l’air vital qui y est reçu , et augmentée peut-être par la plus grande densité de cet air, détruise l’effet du froid sur les nerfs pulmonaires : quoi qu’il en soit, il paraît qu’un froid rigoureux, comme une densité considérable de l’air, n’altère en aucune façon la liberté de la respiration. — Si l’homme est exposé dans l’état de repos à ce froid excessif, ou que ce froid soit devenu encore plus violent, soit par lui-même, soit par l’action du vent qui renouvelle l'air et l'empêche de prendre, dans le contact de la peau, une température plus douce, ou enfin que les couvertures dont le corps est défendu soient insuffisantes pour le garantir d’un violent refroidissement, alors, apres un tremblement presque convulsif, la rigidité des membres augmente; les articles se meuvent difficilement; il semble que les fibres musculaires ne peuvent glisser facilement les unes sur les autres , ou que la peau qui les recouvre forme une enveloppe dure et qui ne se prête plus au mouvement ; le sang s arrête dans les vaisseaux cula-

hygiène;

nés, et la peau devient violette ou pille ; les membres s’engourdissent, s o» raidissent , deviennent insensibles: c’est ce qui arrive aux jambes de ceux qui voyagent à cbcval dans des pays très-froids, et aux extrémités peu mobiles et saillantes du corps, comme le nez ; ou si le froid a saisi tout le corps, il s’engourdit entièrement , et l’homme tombe dans un sommeil doux , exempt de souffrance et d’agitation ; les fonctions vitales s’amoindrissent peu à peu; le mouvement de la respiration échappe à la vue; l’haleine est presque nulle; le pouls ne se sent pas ; en général , le mouvement cesse d’abord à la circonférence , et ce repos universel pénètre par degrés jusqu’au centre : l’homme meurt, et ce passage de la vie à la mort n’est qu’un degré déplus, dont le moment est indéfinissable et la nuance imperceptible.

Il paraît, d’après divers faits consignés dans les ouvrages périodiques, que l’action d’un froid rigoureux peut tenir la vie de l’homme entièrement suspendue pendant plusieurs jours , sans la détruire. L’homme ainsi frappé de froid , sans mouvement, sans sentiment, sans chaleur apparente, ressemble en quelque sorte à ces animaux plongés dans le sommeil hivernal, qui ne donnent de signes de vie que quand le retour du printemps a ranimé la sensibilité, le mouvement et la chaleur dans leurs organes. — Lorsque le froid n’a fait que suspendre les mouvements vitaux , et que le corps qui en a été frappé cesse d’en recevoir l’influence délétère, c’est toujours du centre à la circonférence que se rétablissent les actions organiques. Ainsi le cœur et les poumons reprennent peu à peu leurs mouvements , et rendent progressivement la chaleur et la vie au tronc et aux membres : or, l’art, dans des cas semblables, doit imiter la nature. Si , pour rappeler à la vie un homme dont tous les mouvements sont suspendus par 1 action du froid, on se hâtait de réchauffer les extrémités et la surface du corps, on déterminerait la gangrène , parce qu une condition essentielle au rétablissement des mouvements organiques dans ces parties est quelles reprennent d’abord leur communication avec le centre de la circulation et le principal foyer de la chaleur animale. Tout l’art consiste donc a ranimer successivement le mouvement du centre à la circonférence : pour cela, tandis que les membres sont couverts de neige ou de linges mouillés d’eau froide,

on fait sur la poitrine, le creux de l’estomac et la région ombilicale, des frictions avec de la flanelle et quelque teinture tonique ; à mesure que la circulation et l’action des poumons se rétablissent , et que la chaleur intérieure se transmet aux membres , on seconde le dévcloppementdc cette chaleur en faisant succéder à la neige ou à l’eau glacée des applications de moins en moins froides : quand le malade peut avaler, on lui donne quelques cordiaux, et l’on continue à proportionner l’excitation des membres à l’état de la chaleur et des mouvements du centre. Il faut souvent plusieurs heures de soins assidus pour ranimer ainsi par degrés le mouvement de la vie chez un homme où le froid l’avait entièrement suspendue : un des exemples les plus remarquables que nous connaissions à cet égard se trouve consigné dans les Mémoires de l’Académie de Stockholm, année 1756, vol. xvn.

§ IY. Effets de l'humidité et de la sécheresse , et de leurs combinaisons avec la chaleur et le froid. — L’humidité en général relâche les fibres , les amollit, diminue la transpiration , tandis qu’elle paraît déterminer et augmenter la force absorbante de la peau ; elle accroît les effets des différentes températures sur nos organes ; un air humide qui est froid paraît plus froid; il paraît de même plus chaud quand il est chaud.

Dans l’humidité, les corps sont plus inactifs, et la disposition à la putrescence est plus grande ; les lieux inondés et marécageux, quand ils sont chauds, sont infestés de fièvres putrides et malignes ; les intermittentes y prennent un caractère de malignité qui les rend promptement funestes, et toujours la bile altérée y joue un rôle principal parmi les altérations humorales. Quand les lieux humides et marécageux sont froids, ils sont infestés de fièvres intermittentes plus longues et plus opiniâtres, accompagnées d’obstructions rebelles, et la putridité qui quelquefois se joint à ces affections est plus cachectique que bilieuse, et souvent vermineuse et scorbutique. Partout , en général, l'humidité accélère les décompositions spontanées, et devient la cause de ccs altérations humorales qu’on attribue à des miasmes dont elle paraît être le véhicule , qu’on croit être absorbés avec elle et par son moyen par les porcs inhalants de notre peau, et dont les effets dangereux sont si communs dans le voisinage des eaux et des marais. Enfin, un

HYGIÈNE.'

air humide est toujours plus ou moins insalubre: l’histoire des épidémies, des maladies des saisons et des climats, est pleine de preuves de cette proposition.

— Un air sec, au contraire, est presque toujours salubre ; il resserre les fibres, et l’on pourrait comparer l’eftct de l’air humide et celui de l’air sec sur nos fibres à leur effet sur le cheveu dont est formé l’hygromètre de Saussure. L’air sec aug mente l’évaporation cutanée; il est moins accablant quand il est chaud que l’air humide, et moins pénétrant quand il est froid. Sans doute, une absorption moins abondante contribue beaucoup à ces deux effets. L’air sec, comme tout ce qui accroît la force contractile de la fibre, augmente l’activité de nos corps, et en même temps diminue la tendance de toutes les humeurs à la putréfaction. Les pays chauds , les situations élevées, éloignées des marais, des rivages , et qui se trouvent supérieures à la sphère des vapeurs humides qui, le soir, s'abattent sur les plaines, ou qui s’en élèvent au lever du soleil, sont exempts des maux multipliés qui désolent les lieux bas et humides.

La santé, la stature, la force et le courage des hommes nourris dans des lieux élevés et qui jouissent d’un air libre et dépouillé des vapeurs humides , font un contraste marqué avec la constitution et la faiblesse des habi tan ts des pays piafs : nous le voyons en Auvergne ; on le voit dans les montasses d’Ecosse, où les habitants des lieux élevés parlent avec dédain des habitants du plat-pays, qu’ils nommentavec mépris loyv-landers-, on le voit surtout dans les climats chauds, où toute la différence entre les contrées salubres et insalubres consiste dans la sécheresse et l’humidité de l’air, déterminées par la position des lieux. En Afrique, toute la Barbarie offre aux étrangers un climat très-salubre, excepté Tunis , qui est situé aux bords d’un vaste marais, et la Calle, qui est environnée de trois étangs, et quelques autres endroits situés de même. Dans tous les lieux situés entre les tropiques, les endroits élevés et secs, éloignés des forêts et des eaux stagnantes , sont d’une salubrité parfaite, quoique dans une température très-chaude. L’humidité stagnante est la cause générale et déterminante des maladies de tous ces climats, et la chaleur modifie seulement les effets de celte première cause. En effet, qu’on promène ses regards sur le globe , et qu’on y marque du nord au midi tous les climats sujets à cette humidité stagnante

depuis la Hollande , par exemple, jusqu’aux côtes du Bengale ou à celles de Madagascar, on y verra partout les maladies déterminées par la mollesse et l’atonie de la fibre former des engorgements fréquents dans les viscères abdominaux ; niais on verra la putrescence, changeant de caractère suivant les différents degrés de chaleur, être cachectique et scorbutique dans les climats plus froids; bilieuse, âcre et brûlante, et attaquant promptement le principe des nerfs dans les climats excessivement chauds. On verra aussi, dans ces derniers climats, où l’état bilieux constitue Je caractère général des maladies, cet état, suivant que l’humidité d’un côté et la constitution des sujets de l’autre favoriseront son développement, présenter une infinité de degrés depuis les éphémères ou les tierces les plus simples, jusqu’aux fièvres ardentes les plus graves, compliquées de jaunisse, de vomissements, d’évacuations bilieuses symptomatiques , et terminées tantôt par des sueurs abondantes, si elles sont légères et bénignes, tantôt par des flux bilieux, souvent par des engorgements, quelquefois par des dépôts et des tumeurs gangréneuses à la peau, si les malades sont violemment affectés.

Il faut cependant avouer, relativement à la sécheresse et à l’humidité de l’air, que les effets même de ces deux qualités démontrent qu’elles ont, l’une et l’autre, leurs avantages et leurs inconvénients.

Dans certaines constitutions, les fibres sèches et tendues ont besoin d’uu air chargé jusqu’à un certain point d’humidité , mais d’une humidité pure et non stagnante. 11 est des poitrines qui ne supportent pas un air très-sec; et, en genêt al , partout où la fibre nerveuse est fort à nu, la sécheresse est nuisible; une douce humidité est avantageuse. Il est d’expérience que, surla colline de Montmorency, près Paris, qui est sèche , sablonneuseetexposéeà un air très-vif, les poitrines ulcérées souffrent beaucoup, et les phthisiques y trouvent, pour la plupait, I accélération de leur fin, quoique presque tous les autres malades, surtout les cachectiques, y éprouvent un soulagement marqué. La plaine off re des effets contraires; et il est aussi d’observation que la plupart des épidémies, soit automnales, soit printanières, qui régnent dans la vallée, semblent s’arrêter etcommc échouer au pied de cette colline. —

H est encore bon de remarquer que, dans

HYGIÈNE

l’air, ce n’est pas l’eau qu’il contient qui nuit par elle-même, excepté parle relâchement qu’elle peut causer quand l'humidité est extrême : cllea , au contraire, des avantages quand elle est pure, comine ou vient de le voir; il est très-probable qu’elle ne nuit que par les émanations auxquelles elle sert de véhicule. La considération de la chaleur combinée avec une humidité purement aqueuse ne peut guère avoir lieu que dans différentes circonstances relatives aux usages de la vie, comme dans les bains de vapeurs , les

étuves.

Relativement aux effets du froid sec et du froid humide , nous devons rappeler que la température d’un air humide se communique plus complètement et plus intimement que celle d’un air sec; qu’en conséquence un air notablement plus froid que le corps humain nous fait éprouver une sensation de iroid d’autant plus remarquable, que cet air est chargé de plus d’humidité. C’est d’après ce principe qu’on emploiel’eau, dans les pays chauds, pour rafraîchir l’air des appartements.

Indépendamment du froid qu’on peut attribuer à l’évaporation même , la fraîcheur qu’on éprouvé dans ces lieux, ou l’on intercepte d'ailleurs l’entrée aux rayons solaires , dépend aussi en partie du contact d’un air chargé d’humidité.

11 suit de là qu’une même température

pourra paraître chaude dans un air sec , et fraîche dans un air humide ; et nous connaissons, par une expérience journalière, qu’une atmosphère humide dont la température est supérieure au terme de la glace, nous paraît plus froide qu’un air sec dont la température sera fort inférieure à ce même terme- En eilet, 1 épiderme, qui est fait pour défendre les parties nerveuses de la peau des impressions atmosphériques , remplit bien cet objet tant qu’il est sec. S’il reçoit l’impression de l’humidité, qui le dilate et le relâche, il ne forme plus une enveloppe aussi exacte , et le froid extérieur pénètre jusqu’à l’organe sensible; en sorte que les reproches qu’Hippocrate fait au froid , relativement a son effet sur les nerfs, sont encore dus , à bien plus juste titre, au froid joint à l’humidité.

Néanmoins le froid humulc n’est jamais excessif au thermomètre. S’il approche du terme de la glace, l’ humidité superflue se précipite ; s’il descend bien audessous, l’air cesse d’être véritablement humide ; enfin, le froid est toujours sec au-dessous du cinquième degré inférieur

à zéro. — La température froide et humide est, de toutes, celle qui s’oppose le plus à la transpiration et à l’évaporation cutanée; car, pour le froid sec, il n’est pas défavorable, même à la transpiration, et l’expérience a prouvé qu’il s’y faisait une évaporation souvent assez rapide. Le froid humide augmente la sécrétion des urines, occasionne un reflux vers les voies intestinales, produit, plus qu’aucune autre température, les douleurs d’articles, les affections rhumatismales, les inflammations catarrhales et les fluxions sur le poumon et la membrane pituitaire. Il paraît même, si ou en juge par différents phénomènes des épidémies automnales, qu’il favorise l’absorption cutanée, en même temps qu’il fait refluer les humeurs excrémentitielles de la circonférence au centre.

§ Y. Effets des vicissitudes du froid, et du chaud -, de L humidité et de la sécheresse. — Si l’on excepte les températures excessives, qui blessent toujours parce qu’elles sont destructives de l'organisation , les températures de l’air ne nuisent réellement, ainsi que nous l’avons déjà dit, que par leurs vicissitudes. Parcourons successivement le passage du chaud au froid et au froid humide, ceux du froid au chaud, du sec à l’humide, et de l’humide au sec.

Effets de la vicissitude du chaud au froid et au froid humide. — La plus nuisible des vicissitudes est celle du chaud au froid, et surtout du chaud au froid humide; et, en général, le passage du chaud au froid ne se fait guère promptement sans que l’humidité augmente sensiblement, parce que la faculté dissolvante de l’air est considérablement diminuée par cette alternative. Or, le froid subit qui nous saisit quand nous venons d’éprouver les effets d’un air chaud, et que nous sommes moins vêtus que de coutume, irrite la peau, la contracte avec un sentiment douloureux. Cette irritation ébranlant tout le système nerveux occasionne le frisson; ou, si son action est déterminée sur quelque partie moins couverte et moins bien défendue que les autres, elle y produit une douleur locale qui affecte non-seulement la peau de cette partie, mais encore les muscles qui sont dessous et les articles qui y répondent ; qui même se transporte souvent sur les organes faibles du corps, attaque la poitrine, cause les rhumes, les inflammations catarrhales, etc., quoique l’irritation première se soit passée dans une partie très-

HYGIÈNE

éloignée du lieu qu'occupe ensuite la maladie. C’est ainsi que les goutteux, ceux qui ont la vessie délicate, ceux qui ont eu les ligaments de quelque articulation distendus par une entorse, souffrent dans ces parties, pendant les changements de temps, ce que d'autres souffrent à la plèvre ou il la membrane pituitaire, parce que la propagation de l’irritation nerveuse se porte de préférence sur les parties les plus sensibles et les plus disposées à recevoir les atteintes de cette irritation.

Cet effet est tellement dù au seul changement rapide de température, que, pour le produire, il suffit que la distance entre les degrés qui se succèdent rapidement soit considérable, sans que la nouvelle température soit véritablement froide. C est ainsi qu’une variation de dix degrés, par exemple, produira tous les effets d’un froid subit, quoique le thermomètre de Réaumur étant à 27 degrés, elle ne le fasse descendre qu’au 17e au-dessus de zéro , qui est un degré que nous sommes habitués à regarder comme celui d’une chaleur assez remarquable.

Cette variation est d’autant plus sensible, que la température est plus extrême.

Ainsi , dans le plus grand chaud comme dans le plus grand froid , elle est plus remarquable que dans les températures moyennes.

Outre l'irrifalion nerveuse que produit le changement de l’air du chaud au froid, et que nous croyons devoir être considéré comme le principal de scs effets, il en est un qui a attiré davantage l'attention des praticiens , et qui a formé la base de la plupart des théories concernant les maladies que cause l’impression subite du froid; c’est la suppression de la transpiration. Le froid subit interrompt cette évacuation, et en même temps les urines augmentent en quantité; les selles deviennent liquides et abondantes; la bile coule plus abondamment et plus délayée ; le nez et la membrane pituitaire se chargent et distillent une eau claire et quelquefois âcre, puisque souvent elle rougit et enflamme les parties saines sur lesquelles elle coule. En général , toutes les excrétions dont, l’eau est ou peut devenir le véhicule augmentent d’une manière sensible, cl prennent, suivant les cas, nn cei tain degré d’âcrcté qui stimule fortement les organes par lesquels elles se font. C est pour cela que les médecins ont imaginé que les inflammations catari liâtes étaient dues à une transpiration

âcre supprimée et portée sur des organes qu’elle irrite et qu’elle enflamme.

Cette théorie a pour elle de grandes probabilités; mais il paraît qu’elle ne nous présente qu’une partie de l’effet qui a lieu dans les inflammations, et en général dans les maladies catarrhales, c’est àdire qui résultent de l’impression du froid.

Un troisième effet du froid subit est celui par lequel le sang se charge d’une matière qui se coagule à sa surface par le repos , qui forme au-dessus du caillot une gelée blanche qu’on appelle la couenne, et qui, dans certaines circonstances, acquiert une consistance et une ténacité très-grandes. Celle matière, que ftlM. Parmentier et Deyeux regardent comme de la fibrine altérée, et qui paraît de nature albumineuse, est sans doute la même qui forme souvent une couche plus ou moins épaisse à la surface de certains tissus enflammés , et qui recouvre surtout si souvent les membranes séreuses à la suite de leur inflammation.

Enfin, dans ce reflux des humeurs de la circonférence vers le centre , causé par le, froid , et surtout par le froid humide qui n’est jamais vif par lui-même, il parait que la force absorbante de l’organe cutané est augmentée considérablement. Il y a peu d’observations positives à cet égard; mais si l’on considère l’uniformité des caractères de certaines épidémies catarrhales, surtout dans l’altération que contractent les humeurs chez tous les malades , quels que soient leur tempérament, leur constitution, leur âge, leur sexe; si l’on considère , dans quelques-unes de ces épidémies, la propriété que paraissent avoir les évacuations de propager la maladie , on croira voir une cause générale commune venant de l’atmosphère, et qui, absorbée par tous également , produit chez tous des phénomènes d’un caractère uniforme. A la vérité , celle absorption des levains épidémiques n’est probablement pas duc exclusivement à l’impression du froid; mais il est remarquable que les temps où elle paraît se faire principalement sont précisément ceux où les vicissiludes froides et humides de l’air ont le plus d'influence sur nos corps. C’est en automne que nos épidémies les plus graves se développent, et dans cetle partie de l’été où les soirées commencent à être fraîches et humides. Dans les climats chauds et insalubres , c’est le soir, lorsqu’un nuage d’humidité putride s’aba

HYGIÈNE

sur les plaines, qu’il est dangereux de rester à terre; cl une seule nuit passée dans les lieux malsains suffit pour développer ces fièvres putrides, malignes, si désastreuses ; tandis qu’il est assez indifférent, en général, d’y être de jour, comme l’a prouvé Lind. Eu Italie, c’est une chose reçue qu’il ne faut ni changer de demeure, ni séjourner en voyage, la nuit, dans toute l’étendue des pays voisins des marais Pontins , et même dans la campagne de Rome, pendant un certain temps de l’année, qu'on appelle celui de Varia cattioa, du mauvais air. Les nuits y sont très-froides et humides, quoique le jour y soit chaud et brûlant. Il paraît donc que l’un des effets de la vicissitude du chaud au froid humide est l’augmentation de l’absorption cutanée, et que les miasmes dont l’humidité aérienne est imprégnée peuvent , par ce moyen, pénétrer dans le corps, et compliquer les maladies catarrhales, comme nous le voyous très-souvent.

Ainsi, les effetsdela vicissitude subite du chaud au froid sont : 1° l’irritation spasmodique des fibres organiques sensibles, qui se propage par une communication très-rapide de l’extérieur à l’intérieur, et principalement aux parties .faibles et déjà souffrantes; 2° la répercussion de l’humeur de la transpiration, qui, ou se fixe sur des organes intérieurs, ou va se porter sur des couloirs étrangers , mais souvent les irrite par une âercté particulière ; 3° un changement particulier dans le sang, qui donne lieu à la formation de la couenne ; 4° l’augmentation de l’absorption cutanée, par laquelle il paraît q ue des miasmes étrangers au corps peuvent y pénétrer.

Plusieurs circonstances favorisent le développement de ces effets et en augmentent l’intensité. Ils sont beaucoup plus marqués dans les circonstances de la vie où la sensibilité est augmentée : les convalescents et les vieillards en sont frappés beaucoup plus vivement que les autres. Les enfants qui ont passé le premier âge , malgré la sensibilité dont ils jouissent, résistent bien au froid, à cause de la grande vivacité de leurs mouvements et de leur circulation. Beaucoup de mélancoliques , indépendamment du froid interne, qui est chez eux un symptôme fort ordinaire, sont aussi très-sensibles au froid extérieur : mais les maniaques, qui sont devenus très-peu sensibles aux impressions des choses externes, sont beaucoup moins affectés du froid, et

en supportent de très-rigoureux sans en être blessés aucunement. La transpiration étant plus abondante et plus chargée de matières cxcrémentilielles quatre à cinq heures après le dîner, et le matin au sortir du lit, il en résulte que le passage trop subit du chaud au froid, et surtout au froid htitnidc , est alors beaucoup plus dangereux que dans les autres temps de la journée, où l’exhalation cutanée est une simple évaporation inodore, presque sans qualités et à peine sensible. On conçoit aussi que plus la transpiration est âcre, plus sa suppression est dangereuse , comme on l’observe chez les goutteux. Les enfants qui jettent leur gourme, les femmes en couches dont la transpiration est aigre , les personnes rousses, éprouvent des accidents graves de la transpiration répercutée , et les éprouvent même dans tous les temps de la journée , presque indistinctement; et si quelque partie du corps est l’organe d’une transpiration plus âcre que les autres, il est plus dangereux de supprimer la transpiration de cette partie que celle de tout le corps : c’est ce qu’on observe tous les jours relativement à la transpiration des pieds et des aisselles. Enfin , le plus ou moins de rapidité avec laquelle se fait la vicissitude du chaud au froid influe encore sur l’intensité de ses effets.

Effets de’ la vicissitude du froid, au chaud. — Quoique celte vicissitude ait , en général, des inconvénients moins grands que celle du chaud au froid, elle peut cependant déterminer des effets dangereux, si l’intervalle des degrés du froid au chaud est considérable. Lorsqu’un homme gelé par un froid violent passe tout-à-coup à une température plus ou moins chaude , la surface se réchauffant avant que le centre soit rétabli dans ses fonctions , les liqueurs dégelées dilatent ou rompent leurs canaux, s’extravasent , stagnent ou s’altèrent; les solides même, amollis avant d’être pénétrés par l’action vitale, se trouvent comme séparés de la vie; et l’altération qu’ils éprouvent dans cet état entame leur organisation. Alors, si la vie est ranimée, il s’engendre dans ces parties altérées des ulcères qui tournent promptement à la gangrène, ou des membres entiers sont frappés de sphacèle; et si la nature ne détermine pas , dans les confins de la partie mortifiée, une inflammation salutaire qui sépare le mort du vif, la gangrène se propage, la résorption s’opère , l’infection gagne les orgaucs cssçutiçls à la vie, el celle-ci uc larde

HYGIÈNE

pas à s’ éteindre {voyez l’histoire rapportée par M. Pilhes, Journal de médecine, août 1 7U7). On observe des effets infiniment moins graves à la suite des engelures locales et superficielles, lorsque les parties gelées sont chauffées à un feu trop ardent : alors il s'y forme des ulcères dont l’opiniâtreté résiste souvent à de longs traitements, et qui donnent quelquefois lieu à des affections qui tiennent du scorbut. 11 paraît, dans ce cas, que les humeurs, altérées par le dégel avant que l’action vitale se soit rétablie, rentrent dans le torrent de la circulation avec les qualités qu’elles ont contractées, etinfectent la niasse totale.

Le passage subit d’un froid ordinaire à une chaleur excessive est accompagné d’une forte révolution dans toute l’habitude du corps; l’expansion est marquée dans les fluides, et principalement dans le sang qui distend les vaisseaux ; et bien souvent la suffocation , l’évanouissement, l’apoplexie, sont les effets trèsprompls qui accompagnent cette révolution. Si l’estomac est chargé d’aliments, la digestion en est troublée; on éprouve une oppression considérable, et celte circonstance détermine souvent d’autant plus promptement l’affection apoplectique : mais ces phénomènes ne s’observent guère que dans les effets d’une température artificielle. — Quand la différence du froid au chaud est médiocre , ses effets sont moins remarquables, et pour lors il paraît que la principale influence vient des variations simultanées de l’humidité et de la sécheresse.

Effets de la vicissitude du sec à l'humide. — Ce passage, quand la différence en est remarquable, produit un effet sensible sur nos corps. Cet effet est le sentiment d’un poids qui nous presse de tous côtés. L’air est lourd , disons-nous, et cependant le baromètre annonce qu’il est au contraire plus léger : mais nos membres, relâchés et amollis par l’humidité, sont devenus plus faibles, inhabiles au mouvement ; ils ont perdu leur ton ; les vaisseaux cèdent davantage à l’expansion des liqueurs et à l’impulsion qui les engage dans leurs ramifications; en un mot, sans que les poids augmentent, leur effet comprimant est plus grand , parce que la proportion de nos forces et de nos résistances est diminuée. — — C/cstlc pro— grès successif du froid au chaud, et au chaud humide , qui caractérise l’effet du printemps sur nous : en amollissant et relâchant la fibre , il lu fait passer, du

spasme que lui imprime le froid, a l’atonie que cause la chaleur humide; et par là il diminue la résistance des extrémités vasculaires , et cause toutes les maladies qui résultent de cet effet, au nombre desquelles sont les apoplexies séreuses etsurtoutsanguincs. Celles-ci ne doivent, en conséquence , pas être comparées à celles qui sont dues au passage subit du froid à une chaleur excessive, et qui résultent de la disproportion qui existe alors entre l'expansion des fluides et des solides. Mais il est une circonstance qui caractérise les vraies maladies printanières, c’est la facilité de la guérison : cet effet vient évidemment de la liberté qui s’établit dans toutes les évacuations qui , pour les mêmes causes , sont alors plus aisées et plus abondantes qu’en tout autre temps.

Effets de la vicissitude de l'humide au sec. — Le passage de l’humidité à la sécheresse n’a, en général, que de bons effets par lui-même. Il raffermit les extrémités vasculaires, relève le ton de la fibre; et, quoique accompagné presque toujours d’une augmentation de poids dans la colonne atmosphérique, il nous fait paraître l’air plus léger, la chaleur moins accablante , et le froid moins rigoureux.

§ VI. Effets de l'etat électrique de l’ atmosphère. — L’homme, placé au milieu du jeu continuel de l’électricité atmosphérique , ne peut être insensible à ce flux et reflux d’un fluide perpétuellement en mouvement. Si, dans un orage, il se trouve dans le passage de ce fluide au moment de la décharge foudroyante, c’est-à-dire au moment du rétablissement rapide-de l’équilibre entre l’atmosphère et le globe, il en reçoit un ébranlement général, une commotion analogue à celle de la bouteille de Leyde, et qui peutêtre assez violente pour le frapper de mort : les exemples de ces accidents ne sont pas rares. Indépendamment de celte action brusque du fluide électrique atmosphérique, le corps animal en éprouve une autre dont les effets , moins sensibles , n’en méritent pas moins l’attention de l'observateur. Cette action a lieu hors de la portée de la décharge, à une proximité telle des nuages électrisés, que l’on soit dans leur atmosphère électrique comme serait, à l’égard d’une machine électrique ordinaire en mouvement, un corps anélectrique placé dans le voisinage du conducteur, hors de la portée de 1 étincelle. On peut démontrer que la

152 HYGIENE

sphère d’activité de l’électricité atmosphérique s’étend à une certaine distance, au moyen de l’électromètre de Cavallo , surmonté d’une petite verge de cuivre terminée en pointe. Il suffit, en effet, de placer l’instrument sur une fenêtre élevée, dans un temps d’orage, pour voir souvent les deux balles de moelle de sureau qui constituent la partie essentielle de l’électromètre, s’écarter l’une de l’autre. On peut, par le même moyen, connaître l’espèce d’électricité dont l’air est animé. Pour cela, avant de placer l’instrument sur la fenêtre , on le charge d’électricité vitrée ( voyez le Traité de physique de M. Ilaüy, Seconde édition, tome i, page Vit)) ; les deux halles, alors écartées l'une de l’autre, s'écarteront davantage si l’état électrique de l’air est vitré ; elles se rapprocheront , au contraire, si cet état est résineux. Mais on n’a encore, relativement à l’action de l’état électrique de l’air à distance sur le corps humain, que quelques observations générales. On sait seulement que les personnes sensibles sont affectées longtemps avant lesorages, et les prévoient par le malaise qu'elles éprouvent, malaise qui , chez quelques individus.Se porte jusqu’à un état nerveux plus ou moins violent.

J1 race pies d'hygiène relatifs aux qualités de l'air. — Les qualités de l’air ne nuisant le plus souvent que par leurs vicissitudes, et ne devenant dangereuses que parce qu’elles agissent sur des corps qui n’y sont pas habitués, ou parce qu’elles sont bientôt remplacées par des qualités contraires, il faut que l’homme qui veut rester sain et vigoureux s’endurcisse et se fasse aux températures dont il doit éprouver le plus souvent l’inflvxeiice, et ne contracte pas l’habitude d’une température étrangère qu’il soit obligé de quitter malgré lui. — C’est', en conséquence, un mal, dans un pays ou dans une saison froide, de s’habituer à rester dans des appartements très-clos cl fort échauffés. C’en est un de même, quoique moins dangereux, de s’habituer à des appartements très-frais dans un pays très-chaud. — La température à laquelle il est le plus nécessaire de s’habituer, est le froid, parce que, de tontes les vicissitudes, la froide est la plus dangereuse , et que le froid à la longue fortifie la libre, l'affermit, et donne au corps une solidité cl une eomplcxion plus durable et plus capable de résister aux autres vicissitudes. L’habitude du froid doit se contracter par degrés,-Il n’y a qucles constitutions fortes qui

résistent à l’impression d’un passage rapide; toutes les constitutions sont susceptibles des habitudes contractées par degrés. ,

L’enfant nouveau-né, à peine couvert d’un épiderme, sortant de l’eau et d’une température de 28 à 30 degrés, est tout nerveux, et a d’autant plus besoin d’être préservé du froid , qu’il est plus faible et plus délicat. On ne doit pas se laisser abuser par des exemples illusoires. La femme samoïède , qui roule son enfant nouveau-né dans la neige, n’est pas une autorité pour une dame française élevée dans la capitale , au milieu des commodités et des dangers du luxe. En général, l’impression du froid rie convient pas à l’enfant nouveau-né, encore moins s’il est faible, beaucoup moins s’il est malade, et là-dessus l’instinct des animaux doit éclairer notre raison. — C’est surtout dans les premières six semaines que l’enfant a besoin d’être défendu de l’action du froid. La chaleur de la mère est celle qui lui convient le mieux. Plus les appartements sont clos et chauds , plus il a besoin d’être garanti quand on le fait sortir, moins il a besoin de l’clre^quand il est près de sa mère. Ces soins doivent être moins scrupuleux dans la saison chaude; mais toujours faut-il prendre garde aux heures du soir, de la nuit et du malin.

Ce premier temps passé, quand l’enfant commence à s’arrondir, qu’il est fort, qu’il n’est point malade , on peut commencer à l’endurcir aux ’ influences de l’air. Il faut le faire par degrés, et alors on n’a que peu de précautions à prendre pour le temps de la dentition. Mais si l’enfant, né malade ou faible, l’est encore , et qu’il s’annonce des dépurations vers la tête, la chaleur lui est encore nécessaire; et si, au milieu de ces soins , la dentition s’approche, il faut alors continuer à le garantir du froid. Si jusque là on lui a tenu la tête couverte, il faut lui continuer ce soin, parce que ce n’est pas là le moment de changer ses habitudes.

Alors les nerfs souffrent, et surtout les nerfs de la tête : et le froid est l'ennemi des nerfs. — C’est après l’époque de la première dentition, et après la seconde année, qu’il faut sérieusement s’occuper de fortifier l’enfant et de l’endurcir. C’est alors que la tête nue, les vêtements légers, l’eau froide, l’éloignement du feu, contribuent réellement à sa force et à sa bonne santé. L’activité de son corps, la force de sa circulation résistent alors efficacement à l’impression du froid ; et l’é-

HYGIÈNE

pidermc, s’affermissant, devient comme un vêtement naturel qui le préserve mieux que l'accumulation des couvertures , parce qu’il le rend insensible à l’irritalion que produit le l'roid sur les nerfs plus dénués.

Une fois celle force acquise, il est à désirer que l'homme la conserve et ne la perde au milieu du luxe efféminé et de la dépravation des villes. La mollesse, les excès, les indispositions, les maladies, les chagrins, les passions, agacent de nouveau la sensibilité nerveuse, et rendent l'homme plus sensible aux impressions extérieures ; mais , réciproquement , l’homme endurci aux impressions extérieures n’est point énervé par les indispositions que prépare la mollesse ; il est moins affecté par les chagrins, moins agité par les passions; sa sensibilité le met à l’unisson tant pour les affections inorales que pour les impressions physiques. — Mais, si l’homme s’endurcit aux impressions extérieures, il faut qu'il s’y endurcisse uniformément dans toute l’habitude de son corps, aillant que l’usage et la décence le permettent, S’il est des parties qu’il faut garantir de préférence, ce sont celles que la nature a choisies elle-même pour en faire des voies de dépuration. Les pieds sont dans ce cas, et leur transpiration a un caractère spécial et presque toujours une odeur plus ou moins marquée, mais particulière : de là le précepte vulgaire de je tenir la tête fraîche et les pieds chauds. Et si , par accident, par circonstance ou par les dépurations de l’âge, d’autres parties deviennent le siège des dépurations particulières, il faut alors les découvrir moins que jamais, et, dans les grandes vicissitudes de l’air, les couvrir davantage.

Les infirmités, en affaiblissant l’homme, en diminuant la vigueur de la circulation, l’égalité de la chaleur vitale et sa distribution à la circonférence du corps, exigent qu’on le mette davantage à l’abri des impressions qui peuvent lui nuire, et surtout du froid, et du froid humide. Les convalescents et les vieillards sont dans ce cas. Alors il parait que l’absorption, surtout chez les convalescents et chez ceux qui ont éprouvé de grandes évacuations, est d'autant plus grande, que l'impression des fluides est moins forte; et c’est a cause de cela que le froid humide est si dangereux pour ces personnes, et qu’on voit le contact dfe l’humidité froide renouveler si facilement les fièvres d’accès.—Enfin, si l’homme a négligé de se

fortifier contre les impressions auxquelles il est sans cesse exposé, et qu’il ait passé l'Age où l’on pmit contracter d’utiles habitudes, il fi.Ut qu’il subisse la loi imposée aux faibles; qu’il évite, au moins par le moyen des vêtements , l’effet des grandes vicissitudes ; qu’il les évite, nonseulcmcnt suivant les alternatives des saisons et des moments de la journée, mais encore relativement aux périodes de scs propres fonctions; les moments de sa digestion, ceux de sa transpiration exigent des précautions principales ; et si la transpiration a une à crêté particulière, s’il est sujet aux érysipèles, aux dartres, aux fluxions, à la goutte, etc., il doit redoubler d'attention.

Section quatrième. — Substances étrangères qui peuvent se mêler à l’air, ou s’y dissoudre , et en altérer les qualités.

L’atmosphère est, comme nous l'avons vu, naturellement composée de vingt et une à vingt-deux parties de gaz oxygène, soixante-dix-sept à soixante dix huit de gaz azote, d’environ une partie d’acide carbonique, et d’une quantité d’eau variable, selon sa température ; mais plusieurs causes font varier les proportions du gaz qui constitue ce fluide. La respiration et la transpiration des animaux diminuent la proportion du gaz oxygène, et augmentent celle du gaz acide carbonique et celle de l’eau. La combustion produit dans la constitution de l’air des altérations analogues àcelles qui proviennent de la respiration. La combustion du charbon n’augmente pas seulement les proportions du gaz acide carbonique, elle produit aussi une certaine quantité de gaz oxyde de carbone. Si le corps combustible est hydrogéné, il se forme une quantité d’eau proportionnée à celle de l'hydrogène brûlé. — La végétation détermine aussi des changements dans la composition de l’air. La partie verte des plantes, comme l’ont prouvé les expériences d’Ingenhousz , qui ont été confirmées et pcrfcclionnées dans ces derniers temps par M. Saussure fils, verse à la lumière du soleil du gaz oxygène dans l’atmosphère, soit que ce gaz provienne de la décomposition de l’eau de végétation , ou de l’eau atmosphérique dont l’hydrogène se fixe dans la plante ; à l’ombre, au contraire, la partie verte des végétaux dégage dans l’atmosphère de l’acide carbonique. Mais, s’il est vrai que, pendant la nuit , les fonctions vé-

HYGIÈNE

gétales soient diminuées par une espèce de sommeil, et qu’en conséquence le dégagement de l’acide carbonique soit peu considérable, comparativement à la quantité de gaz oxygène que donne la partie verte des plantes pendant le jour, il en résulte que la destruction du gaz oxygène par la respiration des animaux est, au moins en partie, compensée par la quantité du même gaz que l’atmosphère reçoit des végétaux.

Les proportions des parties constituantes de l’air changent encore par diverses autres circonstances , mais seulement dans des parties circonscrites de l’atmosphère. La fermentation alcoolique dégage une quantité considérable de gaz acide carbonique ; la fermentation acétiqueabsorbe une certainequanlilé d’oxygène; la putréfaction des matières végétales et animales dégage non-seulement du gaz acide carbonique, mais encore de l’azote , de l'ammoniaque , et quelquefois du gaz hydrogène, soit pur, soit carboné et sulfuré, comme celui qui se dégage des marais. Enfin , diverses autres opérations chimiques faites en grand disséminent, dans une certaine étendue de l’air, des gaz étrangers à sa composition , tels que des vapeurs nitreuses et sulfureuses, les gaz hydrogène, hydrogène carboné, oxydule d’azote , etc. — • L’air peut donc, en premier lieu , être altéré par un mélange disproportionné de ses différentes parties, ou par des gaz étrangers connus. Ce genre d’altération peut être très-bien apprécié par les moyens eudiométriques. Mais il se répand dans l’atmosphère des émanations , dont la présence ne peut être démontrée par ces derniers moyens : telles sont les émanations odorantes des animaux , et surtout des végétaux pendant la période de la floraison. On remarque que les odeurs que l’on respire dans un jardin émaillé de fleurs sont beaucoup plus exaltées vers le soir que dans le milieu du jour, sans doute parce qu’elles sont spécialement dissoutes par l’humidité atmosphérique, et qu’elles se trouvent en conséquence concentrées dans le serein , qui n’est autre chose que cette humidité condensée, et se rapprochant, par l’augmentation de sa pesanteur spécifique, de la surface de la terre.

Ces émanations ont une certaine action’sur l’économie animale: les unes stimulent nos organes , les autres occasionnent une espèce d’assoupissement : il y eu a quelques-unes, comme celles du

musc, de la rose, des tubéreuses , et eu général de toutes les liliacées,qui peuvent donner lieu à une espèce d’asphyxie. Il suffit , pour être exposé à cet accident , de coucher dans un appartement où il y a une grande quantité de ces fleurs odorantes. L’asphyxie, dans ce cas, paraît être dans des rapports différents de ceux qu’elle pourrait avoir avec l’acide carbonique produit; elle semble dépendre entièrement de l’action des émanations odorantes sur le système nerveux. L’odeur de la transpiration des animaux peut aussi occasionner un état de faiblesse et d’énervation remarquable. — La couche superficielle de la terre qui sert à la végétation et constitue l'humus, mouillée et remuée à un certain degré de chaleur, dégage aussi une odeur particulière qui se répand dans l’atmosphère. C’est ce qu’on remarque surtout quand on laboure la terre pendant l’été, après une pluie d’orage. Nous ignorons jusqu'à quel point cette odeur peut influer sur l'organisation ; mais , dans certaines maladies consomptives, comme la phthisie pulmonaire, on a conseillé d’enfouir le malade dans de la terre nouvellement remuée, comme dans une espèce de bain, et l’emploi de ce moyen a sans doute quelque fondement. L’apparence de succès qu’on a pu en obtenir doit-elle être attribuée en partie à l’émanation particulière de la terre? Remarquons encore que les émanations métalliques , telles que celles qui résultent de l’exploitation de certaines mines, et se répandent dans l’air, peuvent produire dans l’économie animale des dérangements plus ou moins considérables, quoique ces émanations , qui sont très-sensibles à l’organe de l’odorat, ne puissent être démontrées par les moyens eudiométriques. — Enfin, il existe des émanations également inappréciables , et par l’eudiométric et par l’organe de l’odorat, mais dont la présence est bien démontrée par leurs effets sur l’économie animale; ce sont les influences épidémiques et les miasmes contagieux. Lorsqu’une maladie règne épidémiquement dans un pays; qu’elle frappe en même temps et le pauvre accablé de misère , et le riche environné de tous les avantages de l'opulence, il paraît qu’on ne peut douter que les causes déterminantes de la maladie n’existent dans une certaine étendue de l'air atmosphérique. Dans les maladies contagieuses, les miasmes qui s’exhalent avec les évacuations dçs malades, se répandent

HÏGIÈNE.

aussi au moins clans leur atmosphère , qu’une personne saine ne peut en conséquence respirer sans s’exposer à la contagion.

On peut, d’après ce qui précède, diviser en trois ordres les substances étrangères que l’atmosphère est susceptible de contenir, soit à l’état de mélange ou de dissolution : le premier ordre ne comprend que des corps gazeux connus, dont la présence se démontre par l’eudiométrie ; ces gaz peuvent altérer la respirabilité de l’air, et produire, suivant leur nature, des asphyxies plus ou moins dangereuses ; au second ordre appartiennent toutes substances inappréciables par les moyens eudiométriques, mais qui affectent plus ou moins sensiblement l’organe de l’odorat : telles sont les émanations odorantes des végétaux, des animaux et des métaux volatils : ces émanations n’altèrent pas la respirabilité de l'air, mais elles ont une action évidente sur nos organes ; plusieurs portent spécialement leur influence sur le système nerveux, et quelques-unes peuvent occasionner des asphyxies nerveuses; le troisième ordre des substances dont l’air est susceptible de se charger, est celui des émanations dont la présence ne peut être démontrée ni par l’eudiomélrie , ni par nos sens , mais qui se font reconnaître par les désordres qu’elles occasionnent dans les fonctions de nos organes : tels sont les influences épidémiques et les miasmes contagieux.

Section cinquième. — Moyens que l’art

emploie pour opérer dans l’atmosphère des modifications avantageuses à la sanie de l'homme.

Si l’art , au lieu d’agir comme la nature sur des espaces d’une immensité incalculable, ne peut exercer sa puissance que dans une sphère très-circonscrile , les procédés qu’il emploie pour modifier quelques portions de l’atmosphère n’en sont pas moins, le plus souvent, utiles, soit à l’homme considéré individuellement , soit à l’homme en société.

Ces procédés ont rapport au choix des lieux que l’homme doit habiter, à la construction des habitations, à la disposition des feux, k la distribution des eaux, aux moyens de renouveler l’air paries divers secours des ventilateurs, aux moyens de le rafraîchir, aux directions de l’électricité atmosphérique par les paratonnerres, à la culture du sol, k la végétation

aux émanations des animaux , et aux agents chimiques.

§1". Choix des lieux. — L’homme est quelquefois le maître de choisir, pour son habitation et ses travaux , les lieux les plus convenables à l’entretien de sa santé : ainsi, il peut s’établir sur une hauteur où l’on respire un air sec et vif, ou dans un lieu bas, dont l’air jouit d’une activité moindre , à raison des obstacles qui bornent ses mouvements et de l’humidité qui l’imprègne. Les personnes d’une constitution lymphatique, les enfants atteints de la coqueluche, ou indisposés à la suite de quelque maladie éruptive , à cause d’une dépuration encore incomplète, se trouvent bien de l’air sec, actif, mobile, que l’on respire sur la montagne de Saint-Germaiu-en-Laye et sur celle de Montmorency; ils y perdent bientôt cette disposition aux engorgements lymphatiques ; ils acquièrent de l’appétit, sont moins portés au sommeil et à l’inaction , se livrent avec plaisir à un exercice salutaire; tous leurs organes reprennent de l’activité, et leur existence enfin se renouvelle. Ces lieux , si favorables aux individus d’une constitution lymphatique, seraient nuisibles aux personnes d’un tempérament sec, irritable, et disposées à la phthisie pulmonaire ; elles y éprouveraient bientôt une augmentation dans les symptômes de l’irritation, et le développement de la pulmonie en serait la suite. Mais, si elles font leur séjour dans des lieux moins élevés, dont l’air, sans être chargé d'impuretés, est plus humide, plus calme, et par conséquent moins actif, elles éprouvent du soulagement. — Dans le choix des lieux, le voisinage des eaux , soit stagnantes , soit courantes, n’est pas une chose indifférente ; il convient à certains individus, et peut être très-nuisible à d’autres. Cependant le voisinage des eaux marécageuses est toujours insalubre, à cause des émanations qui s’en dégagent. On doit aussi bien étudier la constitution atmosphérique, avoir égard à la direction et aux qualités des vents les plus dominants , aux accidents atmosphériques les plus fréquents , suivant les saisons, les climats, etc.

§ II. Construction des habitations. — ■ Les habitations nous défendent des influences de l’atmosphère, nous mettent à l’abri des venls qui l’agitent, des pluies qui l’inondent , des impressions d’une forte chaleur, comme de celles d'un froid rigoureux. Les premiers hommes ne cher-

156 hygiène.

chaient pas h se garantir de ces influences, parce qu’ils n’en éprouvaient aucune incommodité remarquable; mais le désir naturel du bonheur a dirigé l’industrie humaine vers la recherche des moyens qui pouvaient rendre la vie plus agréable, et les habitations ont été construites. L’habitude de celles-ci aynntrendu l’homme plus sensible aux vicissitudes atmosphériques, ce qui était autrefois superflu est devenu indispensable. — Les habitations ne nous garantissent pas seulement des vicissitudes atmosphériques, elles nous fournissent encore les moyens de taire naître diverses qualités dans l’atmosphère ; et ces moyens sont plus ou moins ellicaces , suivant la position des habitations, la nature des matériaux dont elles sont construites, la manière dont sont ménagés les courants d’air, etc. — Les habitations peuvent être construites au-dessus du sol, au niveau du sol, ou creusées au-dessous du sol , et elles ne sont pas également salubres dans toutes ces conditions. Il n’est pas indifférent de loger au rez-de-chaussée; il n'est pas indifférent non plus que l’habitation soit placée sur une cave ou sur un terrain plein, sur un sol humide ou sec, sabloneux ou argileux , ou sur des pilotis. On trouve dans certaines contrées, en Bretagne principalement, des villages entiers dont les maison; sont creusées à moitié dans le sol; aussi les épidémies y produisent des effets terribles. La plupart des petites fermes sont aussi creusées en partie sous le sol ; elles sont en outre entourées de fumier, dont l’eau, en s’infiltrant dans la terre , les rend humides et les infecte. Les habitations souterraines , celles par exemple qui existent dans les mines de muriale de soude en Pologne, sont aussi malsaines, tant à cause de leur humidité, que parce que l’air s’y renouvelle difficilement , et qu’on y est privé de l’influence salutaire de la lumière du soleil. — Il n’est pas indifférent que les habitations soient réunies ou isolées ; ces deux elispositions présentent des avantagés et des inconvénients. Dans les campagnes, oh les maisons sont pins ou moins éloignées les unes des autres, l’air est plus agité, plus froid, et sa température est plus variable que dans les villes. Dans celles-ci , oh les habitations sont réunies, la température est plus douce et plus constante. Les grandes villes présentent encore d’autres avantages : les épidémies y sont beaucoup plus ratas que dans les campagnes; les phénomènes

électriques y sont aussi beaucoup moins énergiques, elles foudroiements rares.

On remarque encore que la grêle est fort rare dans les grandes villes. La fameuse grêle du 14 juillet 1788, qui parcourut toute l’Europe , traversa la France suivant deux lignes parallèles, et dans la direction de Paris, oh elle fut très-modérée, tandis que dans la campagne les grêlons furent si gros qu’ils frappèrent de mort des brebis et des vaches. — Le rapport des fenêtres aux portes influe beaucoup sur la circulation de l’air dans l'intérieur des habitations. Le diamètre de ces ouvertures doit être en raison de la grandeur des appartements; lesdiinensions de ceux-ci , et surtout la bailleur des plafonds, doivent être proportionnées au nombre des personnes qui les habitent. Plus les plafonds sont bas , toutes choses égales d’ailleurs, plus promptement l’air est vicié par la respiration et les exhalations animales; celle disposition, dans les hôpitaux, rend, par exemple, les émanations des malades plus dangereuses. D’un autre côté , si les plafonds sont fort élevés, la température est fort difficile à conserver, et il se fait une grande dépense de combustible. Il faut donc prendre entre les deux extrêmes un terme moyen qui concilie et la salubrité et l’économie.

On doit aussi avoir égard, dans la construction des habitations, à la nature des matériaux qu’on emploie : ils peuvent être plus ou moins propres à s’imprégner d’humidité, à transmettre la température.

On observe que la toiture de chaume livre plus difficilement passage au calorique que celle d’ardoise ou de tuile ; les murs de terre ou de brique conservent mieux la température que les murs en pierre ou en mortier. Dans les habitations destinées au rassemblement d'un grand nombre de personnes , on «loi t éviter de faire les parois ou de les revêtir avec des substances qui s'imprègnent facilement des émanations avec lesquelles clics sont en contact : on observe à cet égard que la pierre s’imprègne moins de ces émanations que le bois, et que le bois verni l’en imprègne moins que celui qui n’a subi aucune préparation. Les vaisseaux, qui sont des habitations de bois peu spacieuses pour le nombre d'individus qu’ils contiennent, sont en conséquence dans des conditions très-défavorables à la salubrité, et les épidémies de maladies putrides qui y régnent souvent en sont la preuve*

hvgjkne. 157

On doit enfin faire attention a la disposition des pièces de l'habitation destinées à servir de chambres à coucher. Si on veut qu’elles présentent les conditions les plus favorables à l'entretien de la santé, elles ne seront pasau rez-de-chaussée : elles seront assez spacieuses et surtout asssez élevées pour que l’air ne s’y vicie pas promptement , et les environs du lit surtout seront disposés d’une manière avantageuse au renouvellement de l’air. Si le lit est placé, comme on le fait très-souvent, dans le fond d’une alcôve étroite, dont on ferme soigneusement les rideaux, on respire, pendant le sommeil, un air chaud, stagnant, et plus ou moins chargé d'émanations toujours nuisibles à la santé.

§ III. Administration des feux. — L’homme peut agir puissamment sur les qualités de l’atmosphère au moyen des feux : ils influent sur sa température en lui rendant du calorique libre , et sur son état hygrométrique en augmentant sa faculté dissol vante. Soit qu’on se serve de poêles ou de cheminées , on doit toujours proportionner l’entrée et l'issue du foyer avec la grandeur de celui-ci et la quantité de combustible qu’il doit contenir. Les poêles sont en général mieux disposés pour empêcher le désagrément de la fumée que les cheminées ; ils chauffent d’autant plus promptement, qu’ils sont composés de substances qui conduisent mieux le calorique: tels sont les métaux; ils tiennent la chaleur d’autant plus long temps que les matières dont ils sont formés se refroidissent plus lentement, et par là transmettent aussi plus lentement, la chaleur qui s’y est développée et qui en a pénétré les patois.

En Allemagne, on est dans l’usage de chauffer les appartements avec des poêles disposés de manière qu’ils traversent l’épaisseur des murs, et que l’ouverture du foyer sc trouve au dehors ; ainsi l’air de l’appartement ne sert pas à la combustion , ce qui est un grand avantage; mais cette disposition a l’inconvénient d'être peu favorable au renouvellement de l’air. Les réchauds, les chaufferettes, présentent d'autres conditions; ils répandent dans l’atmosphère une chaleur douce; mais ils y versent une grande quantité d’acide carbonique, et quelquefois du gaz oxyde de carbone, qui exposeraient à l’asphyxie si l’air n’était pas renouvelé.

Les meilleures cheminées sont celles qui, avec une quantité modérée de com-

bustible, donnent beaucoup de chaleur dans l’appartement sans y répandre de la fumée ; celtes qui portent le nom de cheminées à la Desarnod présentent ces avantages, et, au moyen des tuyaux de chaleur qui , après avoir échauffé l’air du dehors, le versent dans l’appartement, elles renouvellent l’air de ce dernier. Telles sont encore les cheminées à la Rujnford , et celles qui ont été imaginées depuis peu , dans lesquelles les parois du foyer, présentant une forme concave, réfléchissent, comme des miroirs de la même forme, une grande quantité de calorique dans l’appartement.

§ IV. Distribution des eaux. • — • Les eaux courantes, stagnantes ou jaillissantes, n’agissent pas toutes avec la même énergie sur l’atmosphère , parce que la surface qu’elles présentent à l’air dans ces diverses conditions n’ayant pas la même étendue, la quantité de vapeur qui se forme est différente. L’eau qui se répand dans l’atmosphère pendant l’été la rafraîchit et en augmente la salubrité : delà l’utilité des arrosements dans les grandes chaleurs. Pendant l'hiver, on se sert aussi de l’évaporation de l'eau pour purifier l’air des habitations, surtout quand on les échauffe au moyen de poêles. A cet effet, on place une jatte pleine d’eau sur le poêle, la vapeur qui s’en élève répand une douce chaleur dans l’air de l’appartement , et en se précipitant elle entraîne avec elle l’acide carbonique qui s’était formé pendant la combustion.

§ V. V enlilaiion. — Les divers moyens que l'art a imaginés pour établir des courants d’air dans les habitations dont l’air doit être fréquemment renouvelé, par exemple, dans les vaisseaux, les hôpitaux, les prisons, peuvent èlre employés avec avantage. Dans les vaisseaux , on peut recourir au ventilateur, connu sous le nom de manche à vent, qui est généralement employé dans la marine française, au ventilateur de Haies , ou aux moyens imaginés en même temps par Duhamel en France, et parSutlon en Angleterre.

Ces moyens, que leurs auteurs ont publiés dans des ouvrages ex prçfesso , sont également décrits dans la dissertation de Pallois [Essai sur F hygiène navale ), qui leur reproche de ne pas corriger l’humidité de l’air, et qui donne la préférence au feu, d’après les succès qu’en ont obtenus des voyageurs célèbres , tels que Cook, la Pérouse et Vancouver.

§ Vf. Rafraîchissement de l’air. — On rafraîchit l'air en le mettant en con-

tact avec de grandes surfaces d’eau , et c’est ce qu’on fait par les arfosements dont nous avons déjà parlé. Un autre moyen consiste à faire communiquer, à l’aide desoupiraux, les appartemcntsavec des souterrains. Enfin, on entretient encore la fraîcheur dans les habitations en fermant les volets , et interceptant ainsi , comme cela se pratique dans les pays chauds, le passage à la lumière, qui est un des plus puissants véhicules du calorique.

§ Yir. Paratonnerre r. — Ces instruments, dont nous devons la connaissance à l'immortel Franklin , agissent à de grandes hauteurs sur l’état électrique de l’atmosphère , de la même manière que les pointes métalliques non isolées que l’on présente à une certaine distance du conducteur d’une machine électrique ordinaire en mouvement. Us soutirent silencieusement le fluide électrique des nuages, mettent les édifices à l’abri des décharges foudroyantes, et garantissent l’homme de leurs influences lâcheuses.

§ VIII. Culture du sol. — La culture du sol change les rapports respectifs de la terre avec l’atmosphère, soit en modifiant la nature du terrain, soit par l'artifice des irrigations, soit en donnant un libre écoulement aux eaux qui inondent un pays, en changeant des eaux stagnantes en eaux courantes , et en procurant ainsi le dessèchement des marais. L’art diminue par ces derniers moyens l’humidité de l’air, rend les émanations putrides des substances végétales et animales beaucoup moins abondantes, favorise le renouvellement de l’air, et détruit les causes de son insalubrité.

§ IX. Fégétation. — La végétation est un des moyens les plus puissants que la nature ait mis au pouvoir de l’homme pour agir sur l’atmosphère. Les forêts épaisses qui entourent les habitations ont souvent des effets fâcheux : elles déterminent la stagnation de l’air, augmentent et concentrent son humidité; mais, si l’on y pratique des percées dans des directions convenables, l’air y circule librement , et son insalubrité diminue.

Si on abat ces forêts , la circulation de l’air devient encore plus libre, et la sécheresse s’y porte quelquefois à un tel point, qu’on voit les sources de ces lieux s'épuiser par degrés, et enfin tarir complètement. C’est donc un objet bien digne de méditation, sous le rapport de la salubrité et sous celui des avantages du sol, que de rechercher jusqu’à quel poipt

il convient de percer, d’abattre cerfaines forcis, ou de conserver les moyens d’irrigation qu elles présentent. Lancisi a donné un traite entier sur celte matière, intitulé : De sylva Serminetœ non nisi per partes excidenda.

S’il est souvent utile de percer ou d’abattre les forêts, il n’en est pas ainsi des plantations qui environnent les lacs et les étangs. Si l’on garnit au contraire les bords de ces masses d’eau stagnante d’arbres élevés qui aient un accroissement rapide et un feuillage étendu, tels que les peupliers de Hollande , on agit très-puissamment sur les influences nuisibles de l’air de ces lieux. Ces grands végétaux n’opposent pas seulement une sorte de barrière à l’épanchement des émanations malfaisantes qui se dégagent des eaux qu’ils entourent, mais encore ils les absorbent avec l’humidité atmosphérique, et les détruisent : ils agissent en conséquence d’une manière efficace et avantageuse à la salubrité, sur les qualités de l’atmosphère. — Les jardins où les arrosements se font avec profusion , où les engrais de toute espèce ne sont pas épargnés , présentent un genre de culture qu’il est quelquefois utile et quelquefois dangereux de rapprocher des habitations.

§ X. Emanations des animaux. — Peut-être y a-t-il des circonstances où la propriété qu’a le gaz azote atmosphérique de modérer l’action du gaz oxygène, de le dépenser avec économie, est insuffisante ; alors les émanations animales qu’on respire dans les étables, et qui ont été à diverses reprises recommandées dans quelques maladies des organes pulmonaires , semblent suppléer à l’action du gaz azote. Quelle que soit au reste la manière d’aeir de l’air des étables dans l’acte de la respiration , nous croyons qu’il peut être utile aux personnes d’un tempérament sec, irritable, qui, étant atteintes d’une irritation chronique des voies aériennes, et menacées de phthisie pulmonaire , habitent un lieu élevé dont l’air est sec et actif , et n’ont pas la faculté de choisir une habitation plus favorable à leur état. Ce moyen peut sans doute contribuer, avec un régime adoucissant, à diminuer la grande irritabilité de ces individus, et à améliorer leur santé. Il est rare qu’on ait recours, pour augmenter la salubrité de l’air, à d’autres émanations animales qui en altèrent toujours plus ou moins les qualités.

§ XI. Agents chimiques. — L’art doit

HBG1ENE. 159

bien plus souvent chercher, pour la santé de l’homme , les moyens de détruire les émanations animales que ceux d’en profiter. Divers agents chimiques ont été imaginés, non-seulement dans ce but, mais encore dans celui d’anéantir les miasmes contagieux, et toute espèce d’émanations malfaisantes, dont la présence dans l’air ne nous est démontrée que par les désordres qu’elles occasionnent dans l’économie animale. Nous terminons ici les considérations relatives à l’air atmosphérique, dont nous n’aurions pu traiter avec plus de concision , sans omettre des choses qui nous ont paru essentielles à connaître aux médecins observateurs.

Des Influences sidérales. — On a révoqué en doute pendant un certain temps l’influence du soleil , de la lune et des autres planètes sur notre globe. Les fables grossières et absurdes dont on avait surchargé cette matière avaient justement couvert de ridicule l’opinion des anciens philosophes qui admettaient celte influence ; mais, depuis qu’on a observé avec exactitude , on a découvert que les végétaux et les animaux éprouvaient réellement des modifications et des altérations plus ou moins sensibles , selon les divers degrés d’action qu’exercent le soleil et les planètes (spécialement la lune) sur notre atmosphère, et que le retour de plusieurs maladies coïncidait avec les diverses phases de ces astres. — Outre que le soleil et les planètes agissent sur l’atmosphère , et , par conséquent , sur les corps qui y sont plongés , par leur calorique et leur lumière, ils la magnétisent encore, et l’électrisent en un certain sens , en s’électrisant réciproquement entre eux. Une des plus grandes et des plus sublimes idées de Kepler est, à mon avis, celle qui fait du soleil un foyer magnétique, dont la force retient et dirige les sphères planétaires. Le globe terraqué , d’après la foule de phénomènes magnétiques qu'il présente , est peut-être un aimant d’une très-grande étendue , que magnétise sans cesse le soleil, qui en est magnétisé et électrisé à son tour.- Cette idée n est pas dénuée de vraisemblance quant à la terre, comme le prouvent les oscillations diurnes des aiguilles aimantées , leurs variations menstruelles , et surtout depuis qu’on a observé que , durant l’hiver , à cause du périhélie de la terre, la force magnétique est singulièrement augmentée ; remarque importante faite par le docteur Knigth, inven-

teur des aimants artificiels. Il doit donc se faire une semblable impression sur la terre de la part des autres planètes , à raison de leur distance , de leur masse , de la vitesse de leur mouvement, et de leur lumière. Le flux et le reflux de l’Océan sont des indices sensibles de l’électrisation opérée par le soleil , et principalement par la lune, puisque l’élévation des eaux sous celle-ci représente une trombe de mer prête à se former.

De même que l’eau dont on a rempli un vase placé à une certaine distance, sous un fil pendant au conducteur principal d’une machine électrique, se gonfle et s’élève , ainsi les eaux de l’Océan se portent et s’élèvent vers la lune , avec toute l’apparence d’une attraction électrique ; et l’attraction universelle n’est peut-être autre chose qu’un effet de l’électricité naturelle. D’après cela , on pourrait considérée la lune, à l’égard de la terre, comme une armure de l’aimant solaire. Mais si ces deux astres magnétisent et électrisent notre planète , il y aura de très-grandes*différences entre l’effet qu’ils produiront lorsqu’ils agiront ensemble et dans la même direction , comme dans les sizygies , et celui de leur action séparée et divisée par des directions différentes , comme dans les quadratures.

Le soleil a sur tous les corps de la nature une action qu'on ne saurait contester : nous observerons seulement que, lors de son passage par le méridien et l’horizon, l’état du ciel change; que les vents, les pluies, la sérénité s’établissent alors , cessent ou augmentent. A minuit et a midi, le ciel étant même serein et l’air tranquille , il se lève presque toujours un vent léger, ou bien celui qui règne change de direction ; le matin, en hiver, il souille un vent d’est , et le soir , en été , un vent d’ouest ; en un mot , si l’on observe assidûment l’état du ciel, on apercevra toujours quelques variations dans les quatre points cardinaux, le lever et le coucher du soleil , midi et minuit. On en remarque aussi de très-sensibles dans les points du mouvement annuel , qui sont les deux solstices et les deux équinoxes. — Une autre observation non moins intéressante , c’est que les accès des maladies correspondent , par rapporta l’intensité des symplômes'ou à leur rémission , aux quatre points cardinaux ; c’est dans les heures voisines du coucher du soleil que la plupart des fièvres redoublent ordinairement , et c’est

160 1IYGIEME.

le malin, vers le lever de cet aslre , qu’arrivent les rémissions. Ces changements paraissent dépendre des altérations du- mouvement diurne analogues aux marées. — La lune a la plus grande influence , par sa lumière, sur les animaux et sur les végétaux. Si elleagit sur eux par son calorique, ce ne peut être que très-faiblement; car ses rayons , rcçus’sur un miroir ardent, ne produisent aucun changement sensible sur le thermomètre placé au foyer. On sait que la lumière lunaire brunit et altère le teint; et il est certain que le plus grand accroissement des plantes se fait pendant la nuit , comme l’observe Bernardin de Saint-Pierre ; qu’il y a même plusieurs végétaux qui ne fleurissent qu’aux rayons de cet astre, et que des classes nombreuses d’insectes, d’oiseaux, de quadrupèdes et de poissons , règlent leurs amours , leurs chasses et leurs voyages sur les différentes phases de cette planète. — La lune influe encore sur le globe de la terre, par sa gravitation.

L’attraction universelle de toutes les parties de la matière est une loi générale, et le principe de la plupart des phénomènes de la nature. Cette attraction est mutuelle; elle suit la raison directe des masses , et l’inverse du carré des distances. C’est de cette attraction mutuelle qui règne entre les planètes et le soleil , entre les satellites et leurs planètes , combinée avec la force tangentielle, que résulte le mouvement elliptique des planètes autour du soleil, et des satellites autour de leurs planètes. C’est de l’attraction du soleil et de I3 lune sur les eaux de l’Océan que dépendent le flux et le reflux , et les différents phénomènes qu’on y observe. L’attraction de la lune force les eaux de la mer à s’élever en même temps dans les deux hémisphères , qui représentent alors un sphéroïde allongé, parce que, dans l’hémisphère qui est immédiatement sous cet astre, les eaux sont plus fortement attirées que le centre de la terre, qui est plus éloigné, tandis que dans l’hémisphère opposé, ce centre est plus attiré que les eaux ; d'où il suit que celles-ci gravitent moins vers lui ; et c’est de cette manière qu’il se fait un renflement dans les parties de l’Océan qui sont placées sous la lune de part et d’autre , et un aplatissement dans celles qui sont en quadrature avec elle, à cause de l’obliquité de la force attractive. — L’action du soleil sur les marées est beaucoup moindre que celle de la lune ;

c’est pourquoi le temps où elles sout le plus considérables est celui des nouvelles et pleines lunes, et particulièrement aux équinoxes. On a découvert que la lune élevait les eaux de cinq pieds, et le soleil de deux pieds ; c’est-a-dire , que celui-ci les élève de 22 pouces 0,7, et la lune ilcux fois et demie davantage. — Mais la cause qui produit les marées de l’Océan produit nécessairement aussi des cfl'cts semblables dans l’atmosphère , parce que l’air est un lluide qui , environnant la terre , est sujet , ainsi que les eaux de la mer et les autres corps , aux lois générales de la gravitation. L’air étant un fluide très-élastique, l’action du soleil et de la lune doit produire des marées aériennes bien plus considérables que celles de l’Océan , et elles le sout d’autant plus que la lune est plus ou moins éloignée de la terre ; ainsi l’air devient plus ou moins pesant selon qu’elle est périgée ou apogée , et c’est ce que prouvent les observations barométriques. Il est constant, d’après l’exameu d’un journal de quarante-huit années , que les hauteurs moyennes du baromètre sont plus grandes lorsque la lune est apogée, que quand elle est périgée. — Il suit de là que les marées aériennes pourraient bien être la cause des vents réglés. Ce qui semble le prouver encore davantage, c’est que, d’après les calculs de D'Alembert , l’attraction combinée du soleil et de la lune produit , sous l’équateur, un vent d’est perpétuel , qui se change en vent d’ouest dans les zones tempérées , à quelque distance des tropiques ; ce même vent change ensuite de direction, en raison des localités (i;.

L’observation est ici d'accord avec les calculs ; elle prouve que c’cff dans les équinoxes que les vents régnent le plus constamment, que les tempêtes arrivent communément dans les syzygies , que , dans tous les temps, il s’élève un petit vent dans les hautes marées , et qu'un peu après midi et après minuit, l’atmosphère est toujours agitée. — On ne d it pas être surpris que les marées atmosphéiiques qui, comme celles de l'Océan, dépendent de l'attraction réunie du soleil et de la lune , soient cependant plus considérables que ces dernières, parce

(1) D'Alembert lui même a démon 1 ré l’insqÇGsnucc etc celle cause; et 'I. Tliillavo , dans son article Ykst du Dictionnaire des Sciences medicales , émet la même opinion (1. B )

hygiène.

que, l’air étant huit cent cinquante fois moins pesant que l’eau , et son ressort incomparablement plus grand , la force attractive des deux astres doit produire dans l’air une dilatation excessive qui est en raison de la diminution de sa gravitation vers la terre. La mobilité de l’air , plus grande que celle de l’eau , concourt encore à augmenter les marées atmosphériques. De même, l’atmosphère terrestre étant plus près de là lune d’une quatre-vingt-dixième partie d’un rayon de la terre que les eaux de l’Océan , doit être attirée plus fortement dans les parties qui correspondent perpendiculairement à la lune , ce qui contribue encore à l’augmentation des marées aériennes.

Il est donc démontré que les forces attractives et combinées du soleil et de la lune sur l’atmosphère la soulèvent et la dilatent en raison inverse des carrés des distances, et lui font prendre, comme à l’Océan , la forme d’un sphéroïde allongé (1). Mais ces divers changements

(t) Cette importante question a été sa-

dans le poids de l’air ne peuvent avo'r lieu sans que les corps sublunaires , et principalement les corps organisés, n’en éprouvent ; ainsi le soleil et la lune ont une véritable influence physique sur eux par, leur attraction ; et ici l’observation est encore d’accord avec la théorie , comme nous le verrons bientôt. — Il y a dans chaque lunaison dix situations importantes à remarquer : les quatre phases Uinaires; le périgée et l’apogée ; les deux passages de la lune par l’équateur, que l’on pourrait appeler équinoxe ascendant, et équinoxe descendant-, enfin les deux lunislices , dont l’un boréal , lorsque la lune s’approche de notre zénith, et l’autre austral, lorsqu’elle s’en éloigne le plus. La somme des changements de temps effectués dans ces points lunaires l’emporte beaucoup sur celle des non-changements.

vamment discutée , en 1786 , dans un Mémoire manuscrit composé par M.

Ignace Dormoy, de Besançon, ci-devant membre de plusieurs académies.

TABLE des changements et des non-changements survenus dans les points

lunaires , par Toaldo.

Points lunaires.

changeants.

Non changeants.

Proportion réduite à

de moindres termes.

Nouvelles lunes

6 si.

Pleines lunes

Premiers quartiers

Derniers quartiers

Périgées

Apogées

Équinoxes ascendants

. . . S'il

Équinoxes descendants, . . .

Lunislices méridionaux. . . <

Lunistices boréaux

On voit, d’après celte table, que sur 1 10G nouvelles lunes il y a eu 950 changements de temps , et seulement 1 5G fois oii le temps n’a pas changé ; il y a donc à parier 950 contre 150 , ou, ce qui revient au même , G contre 1 , que la nouvelle lune amènera un changement de temps considérable. Les pleines lunes donnent 5 contre 1 ; et le point lunaire qui présente le plus grand rapport est le

Hygiène.

périgée, qui donne 7 contre 1. Lorsque plusieurs de ces points lunaires se rencontrent ensemble, les probabilités croissent dans une plus grande raison. Ces combinaisons produisent des altérations considérables sur les marées, et ont un effet marqué sur l’atmosphère , par les orages qui ont fréquemment lieu dans ces circonstances.

HYGIÈNE

TABLE des rapports des forces changeantes des syzygies , combinées aux périgées et apogées, par Toaldo.

Nouvelles lunes avec le périgée. .

— avec l’apogée. . .

Pleines lunes avec le périgée. . . .

— avec l’apogée

On a remarqué que les pluies el les inondations extraordinaires qui causèrent tant de désastres clans le midi de la France, les 14, 15 et 10 novembre 17G0, eurent lieu dans le concours des trois points lunaires, le périgée, la pleine lune et le lunistice boréal. — Le résultat des observations faites depuis plus d’un siècle est que les révolutions périodiques de la lune ramènent dans le cours des années correspondantes de la période lunaire, qui est de dix-neuf ans, à peu près les mêmes météores, les mêmes saisons, et une température ordinairement semblable ; cela paraît dépendre de ce que la lune se trouve chaque année , à l’égard de la terre , dans les mêmes positions où elle était dix-neuf ans auparavant. Il paraît , d’après les observations de Toaldo , que les révolutions simples ou combinées de l’apogée et du périgée de la lune ont une très-grande influence sur la santé et la vie des hommes. On a remarqué aussi que le nombre des morts croissait d’année en année , sans doute , comme le conjecture Toaldo , par rapport à l’augmentation du froid et de l’humidité , de la pesanteur de l’air, etc. Le nombre des morts va én augmentant ou en diminuant avec la marée, c’est-à-dire, d’après l’ordre que suivent les points lunaires. Les morts subites arrivent fréquemment dans ces positions critiques de la lune , et surtout clans les pleines lunes , principalement lorsque le temps est mauvais ou le ciel couvert. Les vieillards meurent aussi plus fréquemment à ces mêmes époques.

La lune a une influence marquée sur le périodisme des maladies , de même que sur les crises, ainsi que l’avait déjà observé le père de la médecine. Galien avait remarqué aussi que les accès épileptiques avaient de grands rapports avec les différentes phases lunaires. Plusieurs médecins célèbres, et entre autres Méad, citent divers exemples qui confirment l’observation de Galien. On voit dans

l’ouvrage de Bertholon sur V Electricité du corps humain des tables dressées à l’occasion d’un maniaque, durant une année entière, qui prouvent évidemment combien les maladies nerveuses sont soumises au pouvoir de l’astre des nuits. On voit dans ce journal que les nouvelles et pleines lunes sont de tous les points ceux qui ont le plus d’influence. Eu un mot , l’expérience journalière démontre que beaucoup de maladies périodiques sont en rapport avec les phases de la lune , et qu’elles se règlent en quelque sorte sur son cours.

Des vents. — L’atmosphère est un A'aste Océan qui a neuf mille lieues de circuit près la surface de la terre, et une hauteur considérable. Son équilibre est sans cesse troublé par l’action continuelle d'une multitude de causes; et il s’y excite des courants, comme dans tout fluide dont les parties cessent d’être équipondérantes. — Le vent est une agitation sensible de l’air, qui transporte une certaine quantité de ce fluide d'un lieu dans un autre , avec une vitesse et une direction déterminées. La vitesse du vent est quelquefois très-considérable :

d’après les calculs de Mariolte, le maximum est de trente-deux pieds par seconde, c’est-à-dire , qu’il peut parcourir à peu près neuf lieues et demie par heure ; néanmoins, dans de grandes tem pètes, on l’a vu s’étendre jusqu’à quinze lieues dans ce même espace de temps. Bien plus , le jésuite Laval rapporte que le vent impétueux du nord qui ravagea tous les champs de la France le 6 janvier 1709, commença à se faire sentir à trois heures après midi à Besançon, et se porta à Marseille à six heures du soir : ainsi, il parcourut cent dix-huit lieues dans l’espace de trois heures. La force du vent se mesure par sa vitesse ; la première est suffisante pour transporter les navires en pleine mer, s’il a une vitesse de deux toises par seconde.

On distingue les vents en généraux ou

HYGIÈNE

constants , en périodiques , et en variables. — Les premiers sont ceux qui soufflent constamment dans la même partie de l’atmosphère : tels sont les vents alizés , qui régnent perpétuellement de l’est à l’ouest dans les grandes mers , entre les tropiques, où nulle cause locale ne peut les faire varier , si ce n’est les différentes déclinaisons du soleil, qui opèrent des changements périodiques.

Ces vents ne se font pas sentir dans les terres, sans doute parce qu’ils sont rompus par les montagnes , le cours des rivières, les îles, les archipels et d'autres obstacles; ils sont détournés aussi , en nier, près des côtes, par des vents particuliers qui viennent de la terre. — • Les vents périodiques commencent et finissent à des époques fixes et déterminées ; on les appelle aussi anniversaires , moussons; ils sont très-utiles à la navigation , puisque leur retour périodique aux memes temps de l’année a toujours régulièrement lieu : tels sont ceux qui soufflent du sud-est, d’octobre en mai, et du nordouest, de mai en décembre, entre la côte de Zanguebar et l’île de Madagascar.

On peut rapporter à ces vents ceux qui sont journaliers , et qui régnent dans les pays chauds et les zones tempérées lors des grandes chaleurs. On les a appelés brides de terre et de mer ou du large. — Les vents variables sont ceux qui soufflent tantôt d’un côté , tantôt d’un autre, et qui n’observent aucune régularité par rapport aux lieux, aux temps , à la direction, à la durée et à la vitesse. — 11 est encore des vents locaux : tels sont le mistral en Provence , le harmatan sur les côtes de Guinée, Y œil de bœuf au cap de Bonne-Espérance, et les vents de cinquante jours en Égypte. Le mistral est un veut du nord qui ne règne que dans ce large bassin formé d’un côte par les Alpes , et de l’autre par les montagnes du Vivarais et du Languedoc. La masse d’air renfermée dans ce bassin , étant échauffée avec force par le soleil, se dilate soudain , et s’échappe avec impétuosité par la seule issue qui lui reste sur la Méditerranée.

t Le harmatan est un vent parliculier à la côte de Guinée, qui commence h souffler ver3 la fin de décembre et au commencement de février : entre ces deux termes , il dure deux ou trois jours et rarement cinq. 11 est si vif et si perçant qu il disjoint les planchers des maisons , les ponts des navires et les côtés qui sont au-dessus de l’eau : ces ouvertures se

soutiennent aussi long-temps qu’il est dans sa force; ensuite tout se rejoint comme auparavant. Les hommes et les bestiaux restent pendant ce temps enfermés , autrement ils perdraient la vie , à moins que leurs corps n’aient été enduits d’huile ou de graisse. Ce vent souffle entre l’est et le nord-est. Il est si sec qu’il resserre le parchemin et le cuir , à peu près comme le feu. Il est très-froid , sans éclairs, sans tonnerre et sans pluie ; pendant sa durée le ciel reste couvert ; et dès qu’il finit , le vent ordinaire , qui sur celte côte est toujours ouest-sud-ouest ou sud-ouest , recommence à souffler, et le ciel reprend sa sérénité. — L’œil de bœuf de la montagne de la Table au cap de Bonne-Espérance est un petit nuage si rapide et si prompt dans sa course que les marins ont à peine le temps d’abaisser les voiles pour se garantir de la tempête. On a ainsi appelé ce petit nuage parce qu’il ne paraît d’abord dans le ciel que comme une petite tache ronde qui se forme tranquillement sans aucun mouvement sensible dans l’atmosphère , et amène tout-à-coup un orage des plus terribles, qui précipiterait les navires au fond de la mer si leurs voiles étaient déployées. On éprouve aussi sur la côte de Guinée des orages furieux , appelés travates , qui ne durent guère qu’une heure. Un nuage qui ressemble à un très-petit point erre d’abord dans les airs, puis s’étend avec une rapidité inconcevable, couvre tout l’horizon, et forme enfin une tempête affreuse , qui lance les éclairs et le tonnerre avec une telle vitesse que ceux qui sont en rase campagne n’ont que le temps de se jeter à terre , et ceux qui naviguent , celui d’abattre leurs voiles et de couper leurs cordages , s’ils ne veulent être engloutis sous les eaux.

Le vent de cinquante jours n’est pas propre à l’Égypte; il est commun à la Syrie, à l’Arabie , à la Perse , et même à l’Espagne. Ses effets sont les mêmes dans ces contrées, mais sa direction est différente. Eu Égyple , le plus violent vient du sud-sud-ouest. On l’a nommé vent de cinquante jours, non qu’il dure cinquante jours de suite, mais parce qu’il souffle dans les cinquante jours qui avoisinent l’équinoxe. On l’appelle aussi vent empoisonne , et plus correctement vent chaud du désert. En effet, il possède cette qualité au point qu’on ne peut comparer, dit \olney, son impression qu’a celle qu’on reçoit de la bouche d’un

HYGIÈNE

four banal , au moment qu’on en tire le pain. Quand ce vent commence à souffler , le ciel , toujours si pur dans ccs climats , devient trouble , le soleil prend un aspect violâtre , et l’air se charge d'une poussière très-fine qui ne se dépose pas et qui pénètre partout. Les hommes et les animaux éprouvent , pendant sa durée , des changements notables. La respiration devient courte et laborieuse, la peau est sèche , et on est tourmenté d’une chaleur et d’une soif extraordinaires que rien ne peut diminuer. Les habitants s’enferment tout le temps que dure ce vent. 11 règne ordinairement trois jours ; s’il passe ce terme, il devient insupportable et dangereux, car il suffoque tout-à-coup, et donne subitement la mort, surtout au moment des rafales. On peutéviler ces accidents en se bouchant le nez et la bouche avec des mouchoirs. Les chameaux, guidés parleur instinct, enfoncent le nez dans le sable , et y attendent que la rafale s’apaise. — Ce vent est excessivement sec , et au point de faire évaporer en quelques minutes l’eau dont on arrose les appartements. Il flétrit et dessèche les plantes , il crispe la peau des animaux , ferme les pores , et cause cette chaleur fébrile qui accompagne la transpiration supprimée.

— On observe dans l’atmosphère , ainsi que dans les mers , deux grands mouvements généraux ; 1° le courant d’orient en occident , ou le vent général d’est ; et deux autres courants continuels , de chacun des pôles vers l’équateur , dans la partie inférieure de l’atmosphère , tandis que dans sa partie supérieure ces courants en produisent d’opposés qui se dirigent des tropiques aux pôles.

Le courant d’orient en occident, ou le vent général d’est, qui souille entre les tropiques, reconnaît pour cause la rotation du globe d’occident en orient, dont le mouvement, à raison de sa masse, est plus accéléré que celui de l’atmosphère , et l’action du soleil et de la lune sur l’Océan aérien. — Les deux autres courants , établis de chacun des pôles vers l’équateur, ou vents périodiques anniversaires, dépendent du mouvement annuel de la terre. Les circonstances locales, et quelques autres causes secondaires, modifient leur action. — Les causes principales des autres vents sont : 1° la chaleur, qui raréfie plus ou moins l’air ; 2ü le froid, et surtout celui qui, arrivant brusquement, le condense tout-à-coup ; 3° l’ascension des gaz et des vapeurs dans

l’atmosphère, et leur précipitation plus ou moins impétueuse; '»<> la formation et la pression des nuages ; 5° l’apparition des météores ignés; 0° l’aclion raréfiante du soleil et des feux souterrains; 7° les inégalités dont est parsemée la surface des îles et des continents ; 8° la direction des côtes, leur élévation, et surtout leurs anfractuosités. Telles sont les principales causes qui , en troublant l’équilibre des colonnes de l’atmosphère, donnent naissance à ces météores , aussi utiles dans l’ordre naturel qu’ils sont parfois nuisibles par leur violence et les exhalaisons dont ils sont chargés. — Il y a autant de sortes de vents qu’il y a de degrés dans l’horizon; mais l’usage a prévalu de les diviser en trente-deux rumbs. Les quatre principaux sont les vents du nord, du sud , de l’est et de l’ouest On les divise en intermédiaires, qui sont le nord-est, le sud-ouest, le sud-est et le nord-ouest ; ceux-ci participent des qualités des deux vents cardinaux entre lesquels ils sont placés. On les subdivise encore en vents de nord-nord-est , sud-sud-ouest, etc.; le premier est celui qui tient une fois plus du nord que de l’est, l’autre une fois plus du sud que de l’ouest, etc.

Cette division va communément jusqu'à trente- deux, ainsi que je l’ai déjà dit ; au-delà de ce terme, il n’est guère possible d’observer leurs variations.

La nature des terrains et l’espèce des climats que traversent les vents influent sur les qualités dont ils jouissent. Ainsi, le vent du nord est froid, parce qu’il circule dans les pays froids avant d’arriver dans le nôtre ; il est pluvieux en Afrique, parce qu’il traverse la Méditerranée. Le vent d’est est sec ; il vient des plaines sablonnéusés de l’Asie ; il amène presque toujours la sérénité. Le vent du sud est chaud , parce qu'il a parcouru la zone torride. Enfin , les vents d'ouest et de sud-ouest sont humides, parce qu'ils sc chargent des vapeurs de l’Océan.

Ainsi, les vents sont chauds ou froids, secs ou pluvieux , selon les lieux d’où ils viennent , et ceux sur lesquels ils ont passé. En général, ceux qui parcourent les grands continents sont secs , tandis que ceux qui traversent les mers sont humides : ainsi, en France, les vents du sud, qui passent sur la Méditerranée, ceux d’ouest , qui traversent l’Océan Atlantique, sont humides, tandis que les vents d'est et de nord-est, qui 01,1 Par couru de vastes contrées , sont très-secs. — Toaldo a remarque par rapport aux

HYGIÈNE

vents du sud-est et du nord, qu’ils soufflent dans un nombre presque égal de jours durant le cours de dix huit années ; ce qui indique un certain rapport entre eux et les nœuds de la lune et la double révolution du périgée. — Hippocrate n’a reconnu dans les vents d’est et d’ouest aucune qualité propre et déterminée; il les a tous réduits à deux principaux , le vent du nord, atjuilo , et celui du sud, atisler, selon que leur direction approche plus ou moins de l’un ou de l’autre de ces deux points. « Les vents du sud ren- » dent l'ouïe dure, la tète pesante, éner- » vent le corps, et le rendent lâche et » paresseux. Ceux du nord déterminent » la toux , dessèchent la gorge , resser- » rent le ventre , occasionnent des difli- » cultés d’uriner , des frissons , et des » douleurs de côté et de poitrine. »

( Uipp. , aph. 5, sect. m. )

L’action des vents sur les corps est relative aux qualités de l’air , et diffère selon qu’il est chaud ou froid, sec ou humide , plus ou moins oxygéné et électrique , ou altéré par des exhalaisons vicieuses et délétères. Outre cela , ils exercent par leur impétuosité une action mécanique plus ou moins forte sur l’organe extérieur , dont ils modifient par conséquent la sensibilité. Ils agissent en comprimant, comme si le poids de l’air était augmenté; ils appliquent sur la surface du corps , dans un temps donné , une plus grande masse d’air ; il en résulte que l’atmosphère exerce une bien plus grande activité sur les animaux lorsque les vents soufflent que quand elle est tranquille. Les vents sont des douches «Pair ; et comme la douche d’eau est plus efficace que le bain , le vent agit aussi davantage que l’air qui n’éprouve point d’agitation. — Les vents sont d’une très-grande utilité; ils rafraîchissent et modèrent la chaleur de l’atmosphère , et la dépouillent des vapeurs et des miasmes qu’elle contient. Les ouragans meme les plus désastreux sont des ventilateurs puissants , qui divisent , emportent loin de nous et ensevelissent dans les abîmes des mers, les exhalaisons nuisibles et inorbifères. On observe aussi que les saisons durant lesquelles l’air est calme et tranquille sont les moins salubres; clics donnent fréquemment lieu, surtout en été , aux maladies contagieuses. L’air immobile est aux animaux , et môme aux végétaux , ce que 1 eau bourbeuse des marais est aux poissons de rivière. La succession des vculs n'est pas moins

utile, comme l’avait déjà fort bien remarqué Hippocrate : il pensait que les vents constants et modérés de l’Asie ne peuvent nullement être comparés , par rapporta leur influence sur les habitants, aux vents variables qui excitent et stimulent les Européens (1).

Les vents ont beaucoup d’autres avantages : ils transportent les nuages pour arroser et fertiliser les terres des différents climats; c’est sur leurs ailes que sont portées au loin les semences des végétaux, et c’est par ce moyen que les plantes et les arbres unisexuels se reproduisent et se multiplient : tel est entre autres le palmier mâle , dont le pollen , transporté par les vents, va féconder le palmier femelle à de très -grandes distances. — Les vents sont souvent nuisibles, surtout aux personnes délicates et sensibles, par leurs conversions subites ; comme , par exemple, lorsque le vent du nord est tout-à-coup remplacé par celui du sud, ou celui-ci par le vent du nord. Ces variations brusques produisent les mômes çffets que les alternatives subites île cliaud et île froid qui ont lieu dans le même jour , et même dans un degré plus intense. — Ce n’est pas seulement sur le physique de l’homme que les vents exercent leur influence; ils agissent encore sur le moral, et modifient, selon leurs diverses qualités, l’état de l’âme. A Messine, lorsque le siroco règne, on est anéanti , sans force et sans intelligence. A Montpellier , quand le vent souffle du côté de la mer, on éprouve de l'accablement, des pesanteurs de tète, de la faiblesse, et une inaptitude à toute espèce d’application. Le vent du nordouest , qu’en Provence on nomme ma«- Iro ou mistral , est sec , et produit un effet tout contraire. Le vent d’est , et surtout celui du matin , donne , par sa pureté et sa fraîcheur, de la gaîté, de la légèreté , et une disposition singulière aux travaux de l’esprit. L’air du soir , qui a une fraîcheur humide , affaiblit au contraire l’imagination , et trouble la netteté des idées.

De la lumière. — La lumière est un.

fluide transparent et délié , parfaitement élastique, qui se meut avec une vitesse prodigieuse dans la direction de la ligne droite , pénètre tous les corps , et dont une des principales propriétés est de nous faire apercevoir de loin les objets.

(1) Ilirr, , Lib, de Aerc, Ai/uis et Loâs.

HYGIÈNE

1 Gtj

et de leur donner de la couleur cl de l’éclat. — Quelque opinion qu’on embrasse sur la nature de la lumière , on ne peut croire autre chose, sinon qu’elle est répandue dans tout l’espace. Je pense avec Euler qu’elle est un véritable fluide , disséminé partout, et que les corps lumineux mettent en mouvement pour produire les couleurs , comme les corps sonores agitent l’air pour effectuer les sons (1). — Outre la propriété qu’a la lumière de rendre sensibles à la vue les objets , elle a encore d’autres avantages relatifs aux végétaux et aux animaux.

1° Elle favorise la transpiration , car elle a réellement la propriété d’évaporer les liquides , comme le prouve l’expérience. On a exposé durant plusieurs nuits aux rayons de la lune, qui, comme on sait (2), ne donnent point de chaleur au thermomètre non plus qu’aux sens, deux vaisseaux d'égale capacité , et qui contenaient d’égales quantités d’eau ; on a placé sur l’un d’eux, et à une certaine distance, un parasol, pour intercepter les rayons directs de cet astre; et on a constamment observé que le vaisseau qui avait été exposé aux rayons directs de la lune avait perdu, dans l’espace de neuf nuits , deux lignes et un sixième d’eau plus que l’autre.

2° La lumière joue un rôle important dans la végétation. D’après les expériences de Seuebier , d’ingeubousz et de Lamétherie , répétées par M. Th. de Saussure , elle jouit de la propriété de

(1) Nous n’avons point d’idées exactes et positives sur la nature de l'agent cl’où dépendent les phénomènes lumineux. Les uns (Descartes, Euler) admettent l’existence d’un fluide universellement répandu dans l’espace , et auquel les corps lumineux impriment un mouvement vibratoire analogue à celui que les corps sonores font éprouver à l’air. Suivant d’autres physiciens , au nombre desquels on met Newton, le soleil et les autres astres lumineux lancent de toutes parts , jusqu’à nous, des torrents de lumières. D’après cette théorie, la vitesse avec laquelle la lumière traverse l’espace est prodigieuse, puisqu’elle franchit l’intervalle immense qui nous sépare du soleil en huit minutes et treize secondes, c’est-à-dirc, qu’elle parcourt soixantedouze mille lieues par seconde. (I- B.)

(2) La lumière de la lune, quand elle est dans son plein , est environ 500,000 fois moins forte que çellc du soleil.

fixer le carbone dans le tissu végétal , en décomposant l’air qui en contient, et notamment l’acide carbonique; il en résulte, par conséquent , un dégagement d’oxygène cédé à l’atmosphère. Elle exerce, en outre, une action stimulante qui concourt à développer la couleur, la saveur, la consistance et autres propriétés dans chaque végétal. — Les plantes qui, au contraire, végètent dans l’obscurité s’étiolent; elles deviennent pàks, grêles , effilées , et en quelque sorte cachectiques; elles ont besoin, pour changer d’état, du contact de la lumière; elles la désirent fortement; et lorsque, dans les serres, elles ne leur parvient que par un seul endroit , on les voit s’incliner, par un mouvement spontané, vers cette ouverture pour la recevoir. — Un grand nombre d’expériences ne permettent pas de douter de l’influence de la lumière sur les végétaux. Le célèbre Bonnet est le premier qui s’en soit occupé, et qui ail prouvé que leur étiolement provenait de l’absence de la lumière. Ensuite l’observateur Méese a examiné ce sujet dans ses moindres détails. Le résultat de ses expériences , rédigées par Wansxvinden, est, 1° que les semences lèvent dans l’obscurité comme à la lumière; mais que les plantes s’y étiolent et périssent; cet étiolement est en raison de l’obscurité ; 2° les jeunes plantes ne peuvent vivre ni croître dans l’obscurité; il n’y a que celles qui sont grandes et adultes qui y produisent des liges; 3° les feuilles vertes auxquelles on intercepte la lumière périssent ; mais celles qui ont été produites dans l’obscurité vivent plus long-temps ; 4° les parties naturellement vertes jaunissent, mais Ja couleur pourprée ne change pas dans les feuilles et les pétioles nés dans l’obscurité; i>° les poils deviennent plus rares et plus longs, et leur structure parait un peu altérée ; G° l’obscurité retarde le développement des feuilles radicales.

Le médecin Teissicr a fait , après Méese , d’autres expériences , desquelles ce savant a tiré les conclusions suivantes :

1° Les plantes élevées dans les souterrains y sont d’autant moins vertes qu’elles reçoivent moins de lumière.

2° Celles qui dans les souterrains reçoivent la lumière du jour ont une couleur verte plus foncée que celles qui ne la reçoivent que par réflexion : plus on multiplie les réflexions, plus Ja couleur s'affaiblit.

IIYGI

3» La lumière d’une lampe conserve aux plantes leur couleur Verte. Celle-ci est moins intense que celle des plantes qui sont exposées à la lumière du jour , directe ou réfléchie. Cetle couleur perd de son intensité à la réflexion de la lumière d'une lampe, mais elle subsiste.

4° Les plantes se décolorent lors même qu’elles sont voisines de la lumière , si celle-ci ne tombe pas sur elles.

Les plantes qui sont exposées la nuit à la lumière de la lune , et qui restent le jour dans l’obscurité, sont bien moins jaunes ou blanches que celles qui sont jour et nuit dans l’obscurité.

C° Les jeunes plantes s’inclinent trèssensiblement vers la lumière , directe ou réfléchie , même vers celle d’une chandelle, soit qu’elles végètent à la surface de la terre , dans des souterrains , soit qu’elles croissent dans des appartements très-éclairés ou qui reçoivent peu de jour. — Enfin l’inclinaison des plantes à la lumière est en raison composée de leur jeunesse , de leur distance de la lumière, de la manière dont leurs germes ont été posés , de la couleur des corps qui les environnent, et du plus ou moins de facilité que leurs tiges trouvent à sortir (1).

La lumière n’a pas une moindre influence sur les animaux. Les vers et les chenilles qui vivent dans la terre ou dans le bois sont décolorés; les oiseaux de nuit et les phalènes se distinguent de ceux de jour par des couleurs moins vives et moins brillantes. On remarque une semblable différence entre les animaux du Nord et ceux du IV idi. On voit de même les hommes s’étioler par les travaux sédentaires , dans les logements resserrés, dans les rues étroites, où la lumière du soleil parvient rarement; ils se développent au contraire par les travaux à l’air libre et par l’exposition au soleil. 11 suit de là que les personnes pâles, cachectiques, ont besoin de respirer un air libre et traversé par les rayons directs du soleil, comme celui des lieux élevés. Il en est de même des personnes lymphatiques, dont les solides

(1) Les plantes sont tellement sensibles , si l’on peut s’exprimer ainsi , à l’action de la lumière, que M. Decandolle est parvenu à changer l’époque du sommeil et de la veille du mimosa pudica, en l’enfermant pendant le jour dans un endroit obscur, et en l’éclairant la nuit avec une lumière artificielle. (1. D.)

sont dans le relàchemunt cl l’inertie ; la lumière opère sur elles comme sur les végétaux une action tonique et véritablement vivifiante , et rend à la fibre la ton et l’énergie dont elle était privée. — La lumière solaire a donc la plus grande influence sur les hommes; elle les colore plus ou moins, scion qu’elle est plus ou moins forte , et que son action est plus ou moins continue ou interrompue. Les nuances qui caractérisent les différents peuples du globe sont très-variées ; la nature descend par degrés imperceptibles du blanc des Suédois au basané des Espagnols , et du gris cendré des Siamois à l’olivâtre des Mogols , au jaune des Brésiliens, et enfin au noir foncé des nations qui habitent l’intérieur de l’Afrique. C’est la couleur qui forme une des variétés physiques les plus remarquables de l’espèce humaine.

Les différentes couleurs des peuples sont principalement l’effet de l’aclion de la lumière solaire , qui diffère sous les mêmes parallèles. L’espèce humaine se noircit au feu du soleil , et blanchit dans les régions glaciales. Il n’y a point de nègres hors les limites de la zone torride, et encore n’en rencontre-t-on que là où l’action de la lumière est excessive, c’est-à-dire, oii le thermomètre monte de trente à trente- quatre degrés. Partout ailleurs où l’atmosphère est moins brûlante, où elle est rafraîchie par les vapeurs de l’Océan, des fleuves , des rivières et des marais , par les vents de la mer, par la diminution du reflet des rayons solaires sur un terrain moins nu et moins sablonneux , il n’y a point de nègres : seulement les hommes y sont plus ou moins basanés. Au reste , il est essentiel d’observer qu’en parlant de ce degré excessif de chaleur, on entend une chaleur constante, habituelle, et qui se soutient long temps au même point. Enfin on observe qu’à mesure qu’on s’éloigne de l’équateur, le teint noir devient basané, puis se change en brun , et de celui-ci il n’y a qu’une nuance au blanc , qui semble être la couleur primitive de l’homme.

On concevra aisément, d’après ce que je viens de dire , pourquoi toute cette grande bande du globe, la zone torride, n’est pas uniquement peuplée de nègres r cela dépend des causes locales qui modèrent l’action du soleil. 11 est certain, par exemple, que les terres qui sont défendues du vent d’est par le pic de Ténériffe et le mont Atlas, ne sont pas

HVGliiNE.

habitées par des nègres parfaits, comme les plages de la Nubie , de Sierra-Leona et du Sénégal. Si les nations de l’archipel indien , quoique placées sous la ligne, ne sont que basanées, c’est que les vapeurs de l’Océan, qui les entoure, et les vents alizés qui y régnent, ébranlent sans cesse la colonne d’air embrasé, et diminuent ainsi le reflet des rayons du soleil. Enfin , si toute la partie du Nouveau-Monde qui est située entre les tropiques ne contient aucun nègre, c’est que, d’après les observations thermométriques de La Condamine et d’Adanson , la chaleur du Pérou est moindre de quinze degrés que celle du Sénégal ; diminution qu’il faut attribuer aux exhalaisons du sol humide de l’Amérique , aux vapeurs qui s’élèvent continuellement de l’Océan , et surtout aux forêts immenses dont ce continent est surchargé, et qui offrent aux rayons du soleil une barrière presque impénétrable.

— Rien ne prouve davantage cette opinion que l’histoire de Ceylan. Ceux des insulaires qui habitent les plages découvertes ont le teint couleur de cuivre, tandis que les Bedas, qui vivent dans les bois, et qui probablement sont indigènes, puisque de temps immémorial ils parlent la langue du royaume de Candi , sont d’une blancheur semblable à celle des Suédois. L’observation démontre que les pays couverts de bois sont plus froids que les pays découverts. Les arbres attirent les nuages, recèlent l’humidité dans leurs feuilles, et leurs rameaux sont autant de ventilateurs qui agitent et rafraîchissent l’atmosphère.

Ce qui démontre d’une manière incontestable ([uc c’est la lumière du soleil qui colore l’homme, c’est que les Européens transplantés sous la ligne y voient à lu longue leur teint passer par toutes les nuances intermédiaires entre le blanc parfait et le noir d’ebène, surtout quand ils adoptent la manière de vivre et la nudité des naturels du pays. Si l'on en croit le savant auteur de l’histoire de l’Afrique française, la postérité des conquérants portugais qui y descendirent vers le milieu du quinzième siècle est devenue entièrement semblable aux nègres par la laine de la tète, la couleur de ia peau , et la stupidité qui caractérise ces derniers. Lorsque les Sarrasins et les Maures s’emparèrent, au septième siècle, ilu nord-est de l’Afrique, ces nations étaient brunes; maintenant qu’elles se sont plus avancées vers l’équateur, elles

sont devenues parfaitement semblables aux nègrès , et il est impossible de les distinguer. Les Juifs établis en Abyssinie sont aussi noirs que les Abyssins : on ne peut pas attribuer cet elfe la leur croisement avec d’autres races, car ce peuple regarde tout mélange avec un sang étranger comme un crime de lèse Divinité.

Une circonstance digne de remarque , et qui vient à l'appui de ce que je viens de dire, c’est que l’on trouve dans la même nation, dans les individus et même dans des familles entières , une couleur plus ou moins foncée selon qu’ils s’exposent plus ou moins à l’ardeur du soleil. Chez nous, l’habitant des campagnes est plus brun que celui des villes, et dans les pays chauds celle différence est encore plus sensible. L’homme hlauc peut donc devenir noir, et le nègre passer au blanc , en changeant de climat. Mais quand Buffon a écrit que celle métamorphose pouvait avoir lieu à la huitième génération, il en a trop avancé l’époque, car il est sur qu’après vingt-deux générations passées en Espagne , les Maures en sortirent aussi basanés qu’ils y étaient entrés : il faut une série plus longue de filiations pour opérer de semblables changements ( I ). — On a attribué à l'abseuce de la lumière les paroxysmes et les redoublements qui arrivent communément le soir ou lu nuit dans beaucoup de maladies; et celle opinion paraît assez bieu fondée, bien qu’on pût cependant faire dépendre ces effets du poids de la journée et de l’accablement qui en est la suite, de i’acliou des remèdes, de l’abord d’un nouveau chyle dans le sang, et de l’irritation qu’il détermine dans le système vasculaire. Une chose digne de remarque, c’est que, sur vingt malades qui meurent, les deux tiers au moins expi-

(1) J'ai dû laisser lellesqu’ulles «'(aient les belles considérations tracées avec un talent remarquable, à l'occasion de l'influence que la lumière exerce sur la couleur des hommes; mais je dois faire observer qu'elles sont susceptibles d’être réfutées par des laits non moins authentiques que ceux invoqués par l’auteur , et que l’on est loin d’être encore d’accord sur les véritables causes des diverses colorations qui sc foin remarquer chez les innombrables nations qui habitent le globo terrestre. On consultera avec avantage sur celle matière le mot Aègre du Dictionnaire des Sciences médicales, par M. Yirey. (I. B.)

HYGIÈNE

rent à l'entrée de la nuit ou durant la nuit (Ij.

On ne peut disconvenir que l'obscurité ne modifie singulièrement l’économie animale ainsi que les végétaux. Les personnes délicates et sensibles en ressentent vivement l’influence, «à n'en juger que par les elïets que produisent les éclipses sur elles. Il en est qui , durant les éclipses solaires, éprouvent des défaillances, des syncopes et d’autres accidents non moins graves. En général , on ressent alors de l’abattement et de la pesanteur; il en est même qui se plaignent d’étourdissement , de stupeur et d’autres affections de ce genre. Ramazzini a observé, lors d’une éclipse arrivée le 12 mai 1700 , des mouvements confus et irréguliers dans le pouls de ses malades; il eut lui-même un accès de migraine plus vif que de coutume. Jean- Math. Faber raconte qu'un gentilhomme qui était naturellement mélancolique devenait plus rêveur et plus triste qu’à l’ordinaire le jour qui précédait une éclipse, et que , quand elle avait lieu, il courait comme un furieux l’épée à la main , blessait tous ceux qu’il rencontrait , et brisait les chaises , les portes et tout ce qui se trouvait sur son passage. Valisneri remarque que la privation de la lumière dans les éclipses répand sur tous les êtres animés une tristesse et une consternation plus profondes que ne font les ténèbres nocturnes : les animaux interrompent leurs chants et leurs cris ; il règne partout un silence morne et lugubre qui ne cesse qu’au retour de la lumière. Les végétaux même paraissent compatir à cette catastrophe : on dirait que l’àine du monde va- se dissiper, et que dans ses canaux infinis le fleuve immense de la vie a ralenti son cours.

Haillon cile l’exemple d’une malade pour laquelle plusieurs médecins assemblés taisaient une consultation , au moment oii une éclipse solaire devait avoir lieu. Ils venaient de la quitter pour aller contempler l’état du ciel; mais à l’instant où le soleil s’obcurcissait , ils furent rappe-

(!) Un élève de l’Hôtel-Dieu de Paris a fait des recherches curieuses sur les heures du jour et de la nuit où il mourait le plus de malades dans cet hôpital , et il a trouvé que c était vers minuit que la mort faisait la plus ample moisson dans cet immense hôpital , sans contredit le

plus vaste du monde civilisé. (1. D.;

lés à la hâte , parce que cette femme venait de perdre tonte connaissance : ce fut en vain qu’on lui prodigua les secours convenables ; clic ne reprit ses sens qu’après que le soleil eut repris tout son éclat, llamazzini rapporte que la plupart de ses malades moururent à l’heure même de l’éclipse lunaire qui arriva le 21 janvier 1693 : quelques-uns même furent frappés à cette époque de mort subite. Bacon de Vérulam tombait en défaillance chaque fois qu'il y avait une éclipse de lune , quand même il ne l’avait pas prévue , et il reprenait ses sens à mesure que la lune sortait de l'ombre de la terre.

Des saisons (t). — Les anciens, d’après Hippocrate , partageaient comme nous l’année en quatre saisons , l’hiver , le printemps, l’été et l’automne. L’hiver commençait au coucher des pléiades , et s’étendait jusqu’à l’équinoxe du printemps; celui-ci était compris entre cette équinoxe et le lever des pléiades, l’cté entre cette époque et le lever d 'arcturas, et l'automne commençait au lever de celte constellation et finissait au coucher des pléiades. D’après des rapprochements et des calculs coinparatits, 1 hiver commençait le 1 1 novembre et finissait le 2G murs : sa durée était par conséquent de cent trente-cinq jours. Le printemps s’étendait depuis et y compris le 27 mars jusqu’au 13 mai, et n’avait que quarante huit jours; l’été se trouvait placé entre le 13 mai et le 13, et, suivant d’autres, le 24 septembre , ce qui équivalait à cent vingt ou cent trente jours. L’automne , de même longueur que le printemps , s’étendait du 24 septembre au 11 octobre (quarante-huit jours ).

La division astronomique des saisons adoptée par les modernes est entièrement fondée sur la course inégale qu’on suppose parcourue par le soleil , de même que c’est à l’ inclinaison de l’écliptique sur l'équateur qu’on attribue leur différence. D'après les astronomes , et en particulier le célèbre Delaplace, que nous prenons ici pour guide (2J, lorsque,

(1) Nous avons remplacé par un nouveau travail l’article que Tourtelle avait consacré aux saisons, article qui n’était qu’un commentaire assez insignifiant de ce que Hippocrate avait dit sur le même sujet.

(2j Exposition du système du Monde.

par un mouvement annuel , le soleil atteint l’équateur, il le décrit presque en vertu de son mouvement diurne , et ce grand cercle étant partagé en deux également par tous les horizons , le jour est alors égal à la nuit sur toute la terre. On a nommé par celte raison équinoxes les points d’intersection de l’équateur avec l’écliptique. A mesure que le soleil, en partant de l'équinoxe, s’avance dans son orbe , ses hauteurs méridiennes sur notre horizon croissent de plus en plus : l’arc visible des parallèles qu’il décrit chaque jour augmente sans cesse et lait croître la durée des jours, jusqu’à ce que le soleil parvienne à sa plus grande hauteur. A cette époque , le jour est le plus long de l’année, et comme vers le maximum les variations de la hauteur méridienne du soleil sont insensibles , le soleil , à ne considérer que cette hauteur dont dépend la durée du jour , paraît stationnaire ; ce qui a fait nommer solstice d’été ce point du maximum de hauteur. Le parallèle que le soleil décrit alors est le tropique d’été ; cet astre redescend ensuite vers l’équateur , qu’il traverse de nouveau dans l'équinoxe d’automne ; et de là il parvient a son minimum de hauteur ou au solstice d’hiver. Le parallèle décrit alors par le soleil est le tropique d’hiver, et le jour qui lui répond est le plus petit de l’année. Parvenu à ce terme , le soleil remonte vers l’équateur et revient à l’équinoxe du printemps recommencer la même carrière. — . D’après cette marche constante de l’astre du jour, le printemps se trouve être l’intervalle compris entre l’équinoxe du printemps et le solstice d’été ; l’intervalle de ce solstice à l’équinoxe d’automne forme l’été; l’intervalle de l’équinoxe d’automne au solstice d hiver constitue l’automne ; enfin l'hiver s’étend du solstice d’hiver à l’équinoxe du printemps. Chacune des quatre saisons a la durée suivante.

Le printemps, 92 jours, 21 heures, 7à minut.

L’été 93 13 58

L’automne.. 89 18

L’hiver 89 2 2

Entre les tropiques , il ne règne que deux saisons, l’hiver et 1 été. A vingttrois degrés de latitude boréale , comme à la Havane , à la Mecque , à Calcula, à Benarès, etc. , l’on a le soleil à pic sur la tête le 2t juin : c’est l’été ou la saison des pluies. De même au tropique du capricorue , comme à Hio-Jauéiro , al Ile-

Bourbon , etc., le soleil passe au zénith le 2 1 décembre; l’hiver de l’un des tropiques devient l’été de l’autre. Ainsi , noire hiver est l’été de nos antipodes et notre printemps leur automne , et vice versa.

Plus on approche de la ligne équinoxiale , plus les étés sont chauds et moins les hivers sont intenses; il s’ensuit que dans les zones intermédiaires entre les pôles et l’équateur, il y a plusieurs saisons extrêmes (l’été et l’hiver) , qui sont séparées par des saisons intermédiaires. On conçoit très-bien qu’en avançant vers le pôle où l’on reçoit obliquement les rayons du soleil , puisque cet astre ne dépasse jamais les tropiques, on éprouvera des saisons de plus en plus rigoureuses, surtout pendant l’hiver que le soleil est dans l’équateur ( 1 ). Dans l’été des régions polaires , au contraire , le soleil étant arrivé au tropique , frappe moins obliquement l’extrémité du globe et produit plus de chaleur. — Les lieux correspondants au quarante - cinquième degré de latitude australe et boréale sont ceux où les saisons sont le plus régulières. Les rivages de la Loire, de la Dordogne, du Danube, etc., correspondent a cette latitude (2). —C’est de la longueur des jours que dépend la grande chaleur qu’on ressent momentanément en été au voisinage des pôles, de même que c’est à leur brièveté qu’il faut attribuer le froid rigoureux qui désole presque continuellement ces contrées. Il en est de même , toutes choses égales d’ailleurs , sous les parallèles plus rapprochés de l’équateur. — Il est impossible que des variations de température telles que celles qui ont lieu dans les différentes saisons des zones terrestres n’aient pas une grande influence sur ceux qui les éprouvent; la différence est si grande de la chaleur qui dilate, épanouit, réchauffe et centuple la vie, à la froidure qui nous attriste , nous resserre et nous refoule en nous-mêmes , qu’on ne peut s empêcher d’admettre cette transition comme une cause très-active de phénomènes physiologiques cl pathologiques, indépendamment

(1) En Sibérie, où la température s abaisse pendant l’hiver jusqu’à soixantedix degrés , la chaleur s’y élève en éié jusqu’à quarante degrés au-dessus de zéro.

(2) Dictionnaire des Sciences medicales, art. Saisons, par M. Yirev.

d’autres causes moins appréciables qui se lient au passage d’une saison à l’autre. — Delà succession constante des quatre saisons, il résulte que celle qui précède a une influence quelconque sur celle qui suit : c’est de cette manière qu’on explique le froid du printemps, quoique le soleil nous lance moins obliquement ses rayons lumineux , et semblerait devoir échauffer davantage la terre, considérablement refroidie par l’hiver. Pendant l’automne, au contraire, quoique les rayons solaires deviennent plus obliques , la chaleur est plus forte qu’au printemps par suite de la continuité de la chaleur de l’été. Ces réflexions peuvent s’appliquer à l’hiver et à l’été.

La différence des saisons et les variations de température qui en sont inséparables contribuent, comme l’a remarqué Hippocrate, à produire un caractère inquiet, impatient, qui domine en effet chez les Européens , sans cesse excités par le besoin de changer de position, et d'aller à la recherche de terres lointaines et de nouvelles richesses. Au contraire , dans les contrées où règne une température uniforme, douce et favorable aux jouissances de la vie , les habitants se complaisent dans leur pays natal et s’y livrent avec délices à la vie tranquille et monotone , et souvent à une sorte de quiétude qui annonce l’insouciance et le défaut d’énergie, comme nous le verrons ailleurs. — Quoique la chaleur de chaque saison soit le principal phénomène qui modifie les êtres vivants , il faut aussi admettre l’action de quelques autres causes en quelque sorte spécifiques dont il résulte, aussi bien en sas té qu’en maladie , des changements spéciaux dans la manière d’être des fonctions organiques, et dans le caractère essentiel des maladies , connue nous le verrons en traitant de chaque saison en particulier. C’est un fait reconnu et vérifié par tous les observateurs, ditM. Barbier (1), que la digestion, la respiration , la circulation, les sécrétions , en un mot , tous les actes de la vie assimilatrice, ne s’exécutent pas dans toutes les saisons avec le même rhythme, ni avec une égale activité. On a donc pu dire avec quelque raison que l’homme du printemps ne ressemble pas entièrement à celui de l’automne , de même que celui de l’étc n’est pas

(1) Hygiène appliquée à la Thérapeutique.

le même que celui de l’hiver (1). On en peut dire autant des maladies, qui, d’après des observateurs recommandables , présentent dans chaque saison un génie particulier (2).

M. Barbier observe encore , d’après Barthez, que les équinoxes sont marqués par un accroissement dans la mortalité.

11 semble que les individus depuis longtemps épuisés par des maladies chroniques, les vieillards valétudinaires, ne peuvent supporter la mutation qui s’opère dans l’atmosphère , et l’effet des autres causes dont il a été fait mention. — L’une des principales sources de l’influence des saisons sur la nature des maladies est la discordance qui existe fréquemment entre la température et la saison. Lorsque, par exemple, l’hiver qui devait être froid est humide et tempéré; lorsqu’à cet hiver succède un printemps sec et froid au lieu d’être humide et chaud, il en résulte , comme l’avait déjà très-bien observé Hippocrate , des constitutions médicales particulières, différentes de ce qu’elles sont quand il y a une harmonie naturelle entre la saison et l’état de l’atmosphère. • — La puissance des saisons , en santé comme en maladie, est toujours, toutes choses égales d’ailleurs , d’autant plus sensible et plus énergique qu’on s’éloigne davantage de l’équateur , et qu’on s’approche des zones où les jours sont très-inégaux, et par conséquent les températures trèsvariables. M. Barbier a dit, avec raison, que cette puissance était forte dans nos climats , violente vers le Nord et faible dans le Midi. — Les saisons doivent aussi être comptées au nombre des agents thérapeutiques que la nature emploie dans la guérison de diverses maladies ; mais il faut convenir que le médecin ne possède en aucune manière la puissance d’en tirer le même parli , et d’en faire varier l’influence à son gré. C’est un fait d’observation assez connu et également constaté par le vieillard de Cos , qu’une saison voit presque toujours disparaître les maladies stationnaires de la saison précédente. Cela tient sans doute

(1) L’illustre Baillou éprouvait tous les trois mois une légère fièvre éphémère que provoquait le passage d’une saison à l’autre. (Cous, med., lib. I , caus. 48.)

(2) Sydenham, Sloll, Baillou, Huxliam et Lepecq-dc-la-Clôture , trop peu lus aujourd’hui.

à ce qu'un certain ordre de causes cesse d’agir pour faire place à un autre totalement différent.

Page 1