‹ Encyclopédie des sciences médicales (volume 2)Chapitre 20 sur 58 · HIVER · texte numérisé non relu

HIVER

L’hiver astronomique ou sidéral (1) commence pour nous le 21 décembre, et finit le 20 mars. Le froid qui règne pendant une grande partie de celte saison dépend de la brièveté des jours et de l’obliquité des rayons solaires, qui nous parviennent presque toujours difficile— mentà travers une atmosphère brumeuse et surchargée de vapeurs condensées. La température moyenne de l’hiver doit cire considérée comme l’un des agents qui exercent la plus grande influence sur nous pendant celte triste période de l’année ; elle est pour Paris de huit degrés au-dessous de zéro , de douze ou quatorze degrés à Berlin , de vingt degrés à Pctersbourg , de 35 à ■40 degrés en Laponie, etc. — Le plus grand froid n’a lieu qu’après le solstice d'hiver ( du 25 décembre au 5 février), quoique à cette époque les jours commencent à croître; cela tient à ce que, dans le commencement de la saison qui nous occupe, la terre est encore échauffée par la chaleur des saisons précédentes. — Un des principaux effets de l'hiver sur les fonctions organiques est de diminuer la transpiration, d’accroître au contraire la quantité des urines et des autres excrétions de l’intérieur, d’activer les organes digestifs, qui demandent plus d’aliments qu’en été, et les digèrent plus facilement, ce qui fait que la vie nutritive ou intérieure a une activité plus grande, et que les organes acquièrent momentanément plus de force. Il faut ajouter à cela un sommeil plus prolongé qu’en été, qui favorise l’exécution pleine et enLicre des fonctions réparatrices.

Aussi l’embonpoint s’accroît-il communément dans cette saison, et le tissu cellulaire graisseux semble-t-il s’épaissir , comme pour nous défendre par son interposition contre la rigueur du froid hibernal.

Les contractions du cœur sont plus énergiques', le pouls plus plein , plus

(1) Il y a deux ordres do saisons : les unes astronomiques, réglées comme nous l’avons dil ; les autres physiques , qui suivent l’état de In température , et qui sont d’un usage plus vulgaire.

forl, mais sa vitesse moindre qu’en été, comme l’ont remarqué plusieurs observateurs, d’après Galien et Frédéric Hoffmann. Les mouvements inspiratoires sont moins précipités , il y a moins d’air inspiré dans un temps donné ; il en résulte un sang moins oxygéné , moins propre à exciter les parties dont il est le stimulant naturel. L’état de contraction et de resserrement de la peau est peu favorable à l’absorption cutanée ; l’absorption intérieure et interstitielle au contraire se fait avec une grande énergie. — D'un autre côté, pendant l’hiver, la vie extérieure est moins expansive, le système nerveux est comme engourdi ; et nous serions presque dans l’état des animaux hibernants si nous n’étions parvenus, à l’aide des vêtements, des habitations, des feux, etc , h changer ia température rigoureuse du milieu dans lequel nous vivons. Les passions, toujours on raison de l’exaltation du système nerveux , paraissent comme endormies pendant l’hiver. Les femmes nerveuses sont moins sensibles, moins portées aux plaisirs de l'amour (1). C’est à tort , il nous semble, qu’un médecin d’ailleurs si recommandable ( M. Barbier) s’est appuyé de l’opinion d'un poète pour avancer que l’hiver portait aux passions haineuses, et qu’il se commettait plus de crimes qu’en toute autre saison. La chaleur de l’été me paraît , au contraire , plus propre à exalter les tètes, à exciter les séditions et les vengeances populaires : les journées les plus sanglantes de la révolution française (lt juillet, 10 août, 22 septembre, 18 fructidor) ont eO lieu pendant celte saison.

I.a diminution de la transpiration cutanée pendant l’hiver , l’impression du froid sur la surface du corps, déterminent souvent, ou au moins favorisent singulièrement les congestions intérieures , principalement sur les poumons , qui sont d’ailleurs perpétuellement irrités par la présence d’un air froid : aussi les individus d’une faible constitution , disposés aux plilegmasies, principalement à celles du thorax, du système musculaire, etc. , redoulent-ils beaucoup l’influence

(1) On peut changer l'influence de celle saison, par rapport aux fonctions du système nerveux, par tous les moyens de la chaleur artificielle, et créer dans un salon tous les moyens d’oxciioment que nous offre la température la plus élevée,.

Il VOIfc.N K.

de l'hiver , dont se trouvent fort bien an contraire les hommes forts , doués de beaucoup de résistance vitale, et qui n’ont à se plaindre d’aucune espèce d’irritation et de congestion chroniques. — La constitution médicale de l'hiver est marquée par une série particulière de maladies qu’ Hippocrate avait déjà en partie désignée dans l’aphorisme de sa troisième section, liions vero pleur itides , per (pneumonies , lethargi , gravedines, raucedines, tusses, do/orcs pectorum et latcrum , lumborum et capilis tlolores, vertigincs, apoplexies , etc. Les all'ections catarrhales , les phlegmasies cutanées , les fièvres intermittentes, sont à peu près les seules maladies épidémiques de celle saison, qui, loin d'ailleurs de favoriser la propagation des maladies contagieuses, doit être considérée comme l’un des plus puissants moyens de les faire cesser , ainsi que les lièvres typhoïdes et pestilentielles. — L’hiver peut aussi être regardé comme un moyen de guérison pour les maladies d’une saison opposée. Ainsi, Hippocrate a dit, d’après l’expérience : œslivos morbos liions succedens solvit. ( Morb . pop. , lib. ni , sect. m. j

Les précautions hygiéniques les plus essentielles à prendre pendant l’hiver sont relatives aux vêtements qui doivent nous garantir convenablement du froid et de l’humidité ; aux exercices qui sont nécessaires pour développer une certaine dose de chaleur ; au régime alimentaire, qui doit être, autant que possible, nutritif, excitant, et propre, avec les autres actes de la vie, à maintenir les propriétés vitales dans un état d’activité propre a repousser les impressions nuisibles de cette saison.

PRIKTEMPS.

Pendant celte saison, qui est comprise entre le 21 mars et le 22 juin , le soleil continue à s’élever sur l’horizon ; les jours deviennent de plus en plus longs; il y a un accroissement manifeste dans la température de l’atmosphère; de là un mouvement dans toute la nature que la chaleur vivifie; les productions végétales, engourdies pur le froid, reverdissent ; les germes déposés dans la terre reproduisent de nouveaux individus ; les animaux se régénèrent , et semblent recevoir une nouvelle vie. Un essaim d’êtres vivants, que la rigueur de l’hiver avait chassés ou fait périr, reparaissent et rcpullulentpour cesser d’exister bicn-

tôt après. La croissance et la régénération subite des végétaux changent la masse de l’air, en y versant une nouvelle quantité d’oxygène, ce qui le rend plus excitant et plus propre à l’hématose : ce changement dans l’atmosphère est l’une des sources les plus fécondes de la salubrité de celle époque. — Le spectacle vivifiant de celte période de régénération suggéra l’idée que le monde avait été créé au printemps. D’anciennes traditions religieuses avaient consacré celle opinion ; de là vient , sans doute , que la plupart des peuples de l’antiquité commençaient leur année au mois de mars, temps où le soleil , âme du monde , semblait renaître. M. Y ire y remarque que, si le monde eût été créé au printemps, il n’y aurait eu que notre hémisphère, puisqu’on était en automne dans l’hémisphère opposé. Celte réflexion fait voir combien on est absurde quand on veut tout savoir et tout expliquer.

C’est avec le commencement de celte saison que coïncide le carême, institution qui, dans son origine, était probablement en harmonie avec une hygiène publique bien ordonnée. On se décida , à ce qu’il paraît en effet, primitivement, à proscrire l’usage des viandes dans la vue d’épargner les animaux à l’époque où ils reproduisaient leur espèce. Cette époque d’ailleurs n’en est pas moins favorable à la reproduction de l’espèce humaine , car il est prouvé, par l’expérience, que le plus grand nombre des conceptions humaines ont lieu au printemps ; les mois de décembre et janvier sont , d’un autre côté, les époques de l’année où il se fait le plus d’accouchements. Cette particularité n’était probablement pas ignorée des anciens; car Celse a dit, en parlant du printemps : Eo lempore anni Venus tutissinia est. — Relativement aux influences que le printemps exerce sur nous, il participe de l’hiver et île l’été, La digestion est presque aussi active, aussi facile qu’en hiver; la circulation plus énergique , les battements du cœur plus précipités , l’impulsion artérielle plus forte, et le couvs du sang plus rapide, ainsi que l’attestent Galien cl Frédéric Hoffmann (1), et que M. Barbier l’a confirmé dans l’ouvrage précité. Les expériences de Spallanzani assimilent, sous ce rapport, la respiration à la

(1) Vcre meetio puLtus magni stmt et velicmeiiles. E. Hoffmanh.

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circulation ; les fondions assimilatrices, ainsi que l’hématose , paraissent aussi s’accomplir avec la plus grande activité, puisque , d’après le témoignage des anciens et des modernes , la quantité, du sang est manifestement augmentée , et qu’il tend sans cesse à faire irruption au dehors , par suite d'un état pléthorique des organes. Il résulte de cet état des fonctions organiques un accroissement de force et d’activité du système musculaire , et pareillement une augmentation d’énergie des facultés intellectuelles. Ces effets, au reste, comme ceux des autres saisons , sur l’organisation humaine , supposent une manière d’être convenable de la saison précédente , et ils ne seront plus les mêmes dans celle qui nous occupe , si , par exemple , l’hiver , au lieu d’être sec et froid, avait été humide et tempéré. L’état atmosphérique peut aussi modifier l’influence du printemps. « L’air,

» dit M. Barbier, peut empêcher les » effets ordinaires du printemps de se » manifester. 8i ce fluide conserve à cette a époque de l’année une qualité humide,

» son impression sur les organes vivants » relâche leur tissu; elle les rend moins » sensibles à l’action stimulante de la » saison ; on n’aperçoit plus cette sorte » d’explosion que l’arrivée du printemps » suscite dans l’énergie vitale des corps.

» La puissance de l’atmosphère altère 3> et anéantit même celle de la saison. » Malgré les conditions favorables au bien-être de l’espèce humaine , le printemps favorise néanmoins le développement de plusieurs maladies qui peuvent entraîner sa perte , et l’on peut dire , à cette occasion , ce que l’on répète si mal à propos en politique , que les corps périssent d’excès d’embonpoint. La grande énergie vitale, l’activité de l’hématose , le mouvement général du centre à la périphérie du corps , paraissent en effet prédisposer aux hémorrhagies , aux inflammations viscérales , musculaires et cutanées. Les maladies nerveuses , telles que la manie , l’hypochondrie, la mélancolie, l’épilepsie, etc., s’exaspèrent presque toujours au commencement de cette saison. Un médecin ( M. Châteauneuf) a présenté , en 1819, à l’Académie des Sciences, un Mémoire où il se trouve établi que le printemps est plus funeste aux phthisiques que l’automne, malgré l’assertion d Hippocrate , qui dit positivement que cette saison hâte la mort de ces infortunés ( Autummis tabidis malus). Tout ce que l'on observe dans les

hôpitaux où les phthisiques abondent tend a faire croire que l’auteur précité a soutenu un paradoxe. Pour l’ordinaire , en effet, le printemps prolonge la vie des phthisiques, et si l’accroissement de l'oxygène produit chez eux une excitation nuisible , la cessation du froid aliège beaucoup leurs souffrances. Concluons que quels que soient les inconvénients du printemps , la douce chaleur de celte saison, le spectacle ravissant qu’elle offre de toutes parts , les nouveaux aliments végétaux qu’elle présente , le lait des animaux qui s’en sont nourris, la pureté de l’air qu’on respire, ne peuvent qu’être très-avantageux ; tous ces objets réunis exercent aussi une influence salutaire sur les maladies chroniques, et l’on peut, en général, répéter avec Hippocrate:

V er saluberrimum, minime exitiale.

On connaît de temps immémorial l'effet salutaire du printemps dans la curation des fièvres intermittentes de l’hiver, Baillou l’atteste d’une manière bien formelle ( Epid. ephemer. , lib. n ). Pinel a bien observé qu’à Bicêtre le scorbut disparaissait au printemps, après avoir exercé ses ravages pendant la saison humide et froide qui avait précédé. Les affections catarrhales, goutteuses, rhumatismales; les engorgements glanduleux et autres maladies du système lymphatique, éprouvent une diminution notable dans leur intensité, surtout lorsqu’on approche du solstice d’été , où les variations atmosphériques sont moins fréquentes, L’excitation générale qui a lieu au printemps, la disposition qu’on a aux hémorrhagies , aux irritations de diverses espèces , expliquent l’emploi des évacuations sanguines auxquelles beaucoup de personnes ont recours pendant cette saison ; elles sont eu général utiles, ainsi que tous les autres moyens capables de modérer l’effervescence vitale et le mouvement expansif des fluides; par conséquent, tout ce qui est susceptible de produire un effet opposées! nuisible. Le printemps est un temps où l’abstinence des choses excitantes est impérieusement indiquée , et où la diète et les règles du régime doivent être dans les cas prévus plus rigoureusement observées qu’en aucune autre saison.

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