‹ Encyclopédie des sciences médicales (volume 2)Chapitre 4 sur 58 · HISTOIRE DE L’HYGIÈNE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE L’HYGIÈNE

PAlî HALLE,

rrofesseur d'IIygièue à la Faculté de Médecine de paris.

Définition, objet et division de l'hygiène.

L’hygiène est celle partie de la médecine dont la fin est la conservation de la santé. — La médecine peut être complètement divisée en deux grandes parties ; l’une a pour objet tout ce qui concerne l’homme sain : c’est l 'hygiène, dans le sens le plus étendu de ce mot; l’autre a pour objet tout ce qui concerne l’homme malade : c’est l 'intriqué, ou si l’on veut, la thérapeutique , en prenant ce mot, comme celui d” hygiène , dans sa plus vaste acception. — Chacune de ces deuxparliessuppose , l°la connaissance, tant anatomique que chimique, l’une de l’homme sain, l’autre de l’homme malade-, 2“ la connaissance physiologique de ses fonctions et de leurs phénomènes, l’une dans l’état de santé, l’autre dans l’état de maladie ; 3° celle des influences auxquelles il est exposé dans l’un et l’autre état, soit nécessairement, soit par une suite de ses besoins et de sa nature ; 4° enfin, l’usage qu’on peut faire de ces influences, soit pour la conservation de sa santé, soit pour lu guérison de ses maladies. — Mais communément, quand on Irai le de l’hygiène, on suppose déjà ac-

quises les connaissances anatomiques 1 1 chimiques, on suppose aussi la connaissance acquise des phénomènes de la santé et de la vie, sous le nom de physiologie. — Il reste à connaître les influences à l’action desquelles est exposé l’homme sain, et l’usage qu’on en peut faire pour sa conservation. C’est à cela que se réduisent ordinairement les traités les plus complets d'hygiène. — Mais dans scs bornes mêmes V hygiène renferme des objets d’une grande étendue; car il faut connaître : 1° les différent! s dispositions dans lesquelles peut se trouver l’homme sain, relativement aux influences auxquelles il est exposé : c’est l’étude tles tempéraments et des constitutions-, 2° les causes, la nature et les effets de ces influences : c’est ce qu’on a appelé très-improprement choses nonnaturelles ; 3° la manière de régler ou de modifier ces influences, en sorte quelles contribuent à la conservation de la santé : c’est ce qu’on a nommé proprement régime ou diététique.

Les trois livres attribués à Hippocrate et intitulés : De Diœta , présentent, imparfaitement à la vérité, un exemple de celte triple division ; mais l’exécution en est bien incomplète, et de ces trois li-

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vrcs, le second est celui qui remplit le plus exactement son objet. — Je me contenterai de présenter dans cet article un tableau général de l’histoire de l'hygiène, soit publique, soit privée; je réserve pour le discours préliminaire sur cet objet l’exposition complète du plan suivant lequel je crois qu’on doit traiter cette partie de la médecine.

Histoire de l'hygiène.

Les premières observations des hommes ont nécessairement eu pour objet les effets du régime. Il est aussi trèsprobable qu’avant de chercher dans des substances médicamenteuses le remède de leurs maux, ils ont commencé par modérer l’usage des aliments, et que la diète, soit inspirée par la nature, soit dirigée d’après l’observation, est devenue leur premier moyen de traitement dans les maladies. Cependant il est remarquable qu’Hippocrate s’applaudit, comme d’une invention qui lui est propre, d’avoir déterminé la juste mesure du régime relative aux tempéraments, aux circonstances et aux différentes périodes des maladies. C’est que l’art des hommes, commençant par un petit nombre d’expériences, s’est étendu d’abord par l’analogie et a produit la routine. Des esprits impatients ont généralisé par le raisonnement quelques portions de l’expérience et ont formé des systèmes de règles, suivies religieusement par quelques disciples et négligées par le vulgaire; mais ce n’est qu’aux grands génies, qu’aux véritables observateurs qu’il a été réservé de réduire la routine en principes, de substituer un système d’observations et de lois conformes au vœu de la nature, à une expérience confuse et maintenue sur la foi de l’exemple et de la tradition de leurs pères. — Cette marche de l’esprit humain nous est évidemment tracée par l’histoire. — Hippocrate, dans son excellent traité des Origines de la médecine , nous présente l’idée des premiers essais d’hygiène ou de régime; c’est par eux qu’il nous dit que la médecine a commencé ; c’est à eux qu’il nous rappelle pour démontrer la solidité des bases d’un art dont il prend la défense contre ses détracteurs. — Ainsi, comme il le dit, le choix, la préparation, le mélange des aliments ont commencé l’art et sont nés de l’observation. Celte même observation a montré que ces préparations, ce choix et ce mé-

lange devenaient plus nécessaires suivant la différence des tempéraments ; que l’homme qui commençait à s’affaiblir par la maladie ne pouvait pas user des mêmes aliments que celui qui jouissait d’une parfaite santé ; de là sont nés les règles et le régime, et quel nom peut-on donnera une telle invention, qui lui convienne mieux que celui de médecine (dit Hippocrate) , puisque son objet a été, en changeant un régime qui occasionnait et les souffrances et les maladies, d’assurer la nourriture , la santé cl la conservation de l’homme?

L’observation n’a pas tardé à faire joindre à la mesure des aliments la mesure et la proportion des exercices et du repos ainsi que du sommeil et de la veille, et le second pas de l’art a été la gymnastique, à laquelle il faut joindre l’usage des bains, qui, surtout dans les pays chauds, sont devenus pour l’homme autant un besoin journalier qu’un objet d’agrément et de luxe.

Histoire de l'hygiène publique, de la législation , des mœurs et de la police des peuples anciens, relativement à l hygiène.

L’influence de ces premières observa lions sur le bonheur des hommes et sur leur conservation, leur perfection physique et morale, et l’avantage des sociétés politiques, a bientôt frappé les esprits supérieurs appelés à donner une grande impulsion à leur siècle. — Aussi voyonsnous que les premiers instituteurs des sociétés, les philosophes, les législateurs ont fait de ces importants sujets la base de leur institution physique et une partie essentielle de leur législation ; et tandis que, pour rendre leurs lois plus imposantes , ils faisaient même intervenir la divinité, le sentiment de la vérité, du besoin, ainsi que la force de l’exemple, introduisaient aussi ces coutumes utiles ; en sorte que les hommes furent portés à se perfectionner et à se conserver euxmêmes par les pouvoirs réunis de la raison, de l’autorité, de la superstition et de l’habitude. — C’est alors qu’a commencé la distinction entre l'hygiène privée et l'hygiène publique; distinction importante, et qui n’a fait partie de la législation et de la constitution des peuples que dans l’antiquité la plus reculée. Les législateurs modernes ont négligé cette portion de la législation ancienne, qui, par des institutions sages, préparait

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des générations saines et vigoureuses.

Sans doute les anciens ont etc plus persuades que les modernes de la dépendance mutuelle des vertus physiques et morales, et de la nécessité de joindre les lois qui portent à la tempérance et à la sagesse à celles qui répriment les excès et qui punissent les crimes. Peutêtre a-t-on cru que les grands empires étaient moins susceptibles de ces lois bienfaisantes que les petites républiques; peut-être aussi les systèmes modernes de tactique militaire, rendant la force individuelle des hommes moins importante au succès des batailles, ont-ils été cause de cette indifférence malheureuse. — Les Chaldéens, et surtout les Egyptiens, dont l’usage était d’associer toutes les sciences utiles et toutes les institutions publiques aux mystères religieux, sont les premiers que nous connaissions qui aient lié les deux parties de la médecine à la législation; à moins que nous ne donnions cette gloire aux peuples des Indes, auxquels quelques philosophes ont accordé l’antériorité sur les habitants de l’Egypte et de la Chaldée. — Toujours conviendra-t-on que c’est des Egyptiens que les Hébreux et les Grecs ont reçu la plupart de ces usages. Moïse les a imités plus particulièrement , en donnant aux lois du régime un caractère mystique et religieux. Ce caractère était le seul propre à contenir une multitude ignorante et superstitieuse : le simple raisonnement ne l’aurait jamais astreint à des observances régulières, dont leur santé et leur conservation étaient l’objet , mais dont l’oubli n’eût pas été suivi d’un effet assez prompt pour imprimer à leur esprit la crainte et la terreur.

Pythagore parlait à des disciples qui P-écoutaient avec enthousiasme; mais ses leçons ne s’étendirent pas au-delà de son école. — Lycurgue et Minos attachèrent leurs préceptes à l’amour de la patrie, et l’idée qu’ils laissèrent de leurs vertus, jointe à l’orgueil national, cimenta leurs dogmes, que leurs concitoyens reçurent comme des lois. — Les jeux publics et les prix proposés pour les différents exercices furent dans la Grèce une suite de ces institutions politiques destinées à former le corps, à lui donner plus de vigueur et de force. Les citoyens les plus distingués étaient ambitieux de la gloire qu on y acquérait, et les gymnases étaient les premières écoles où la jeunesse se préparait a tous les genres de triomphes.

Chez les Romains, ces institutions perdirent beaucoup de leur utilité ; la gloire des jeux publics fut abandonnée aux gladiateurs et aux esclaves; et à la place des luttes pacifiques et honorables qui faisaient les délices de la Grèce éclairée, Rome, altérée de sang, fit immoler à ses plaisirs des victimes humaines. Nous ne devons pas ici faire attention à quelques modes passagères qui , sous les empereurs, ramenèrent dans la lice publique des personnages importants ; ces caprices tenaient plus à la dissolution des mœurs et à l’oubli de toutes les décences, qu’à une institution nationale ; et la gloire d’avoir vaincu toute pudeur fut le seul triomphe que les deux sexes recueillirent de ces honteux excès. Ce n’était pas ainsi que les Lacédémoniennes s’offraient aux regards de leurs concitoyens, l’idée de leur vertu leur servait de vêtement et commandait le respect, et toute leur ambition était de se montrer dignes de donner des héros à la patrie.

Cependant les gymnases se conservèrent chez les Romains, et les descriptions qui nous restent des constructions qui leur étaient destinées prouvent qu’ils donnèrent à la gymnastique une grande importance, et qu’ils la faisaient entrer pour objet principal dans l’éducation de la jeunesse. — Les bains publics furent élevés à Rome avec la plus grande magnificence, mais leur usage ne pourrait être regardé que comme un objet de sensualité , ou de salubrité individuelle, s’il n’avait été lié avec la gymnastique; c’est en cela seul qu’ils peuvent être mis au rang des institutions nationales et publiques. — 11 faut joindre à l 'hygiène publique le soin que les édiles prenaient chez les Romains de la propreté des villes. Les dépenses consacrées à l’enlrctieu des égouts, et à faire abonder l’eau dans une grande cité, nous sont attestées par des monuments que le temps a respectés, et dont jouit encore l’indolence des Romains modernes. En général , on peut chercher l’histoire de l'hygiène publique chez les anciens:

1° dans leur législation , 2° dans leurs usages et leurs mœurs, 3° dans les réglements de leur police publique.

1° Législation physique, ou hygiène

legislative chez les peuples anciens.

Législation physique , ou hygiène publique des Hébreux.

Un coup d’œil jeté sur ce que les lé-

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gislatcurs anciens ont (ait pour l’hygiène lie sera pas sans utilité ici ; et les circonstances où nous nous trouvons donnent à cette matière un intérêt nouveau. — Je ne crois pas que ce que nous a laissé Moïse à cet égard mérite un très-grand détail. Toute son hygiène se réduit à trois objets principaux. La prohibition de certains aliments, les lotions ordonnées pour les impuretés légales et la séquestration des maladies réputées contagieuses, spécialement la lèpre. — Quelques-uns donnent pour origine à la circoncision un motif de salubrité ; mais je ne vois point qu’il soit constaté en aucun endroit que les habitants de l’Arabie et de la Syrie aient été sujets à quelque incommodité qui ait eu son siège dans les parties retranchées par la circoncision. La pratique de cette opération dans l’ile de Madagascar, parmi des nations qui ne paraissent d’ailleurs avoir aucune notion du judaïsme et du mahométisme, ne sert pas davantage à démontrer cette opinion. — A l’égard de laprohibitionlégale de quelques aliments, il est, je crois, fort difficile de démontrer pourquoi tant d’espèces d’animaux étaient interdits aux Hébreux. On conçoit cependant que, la lèpre étant une maladie très-commune chez eux, et le porc étant sujet à un genre d’altération du tissu graisseux, très-analogue à la dégénérescence lépreuse, on a pu croire que l’usage de la chair de cet animal était propre à communiquer une disposition à la lèpre. Quelque peu démontrée que soit cette idée, elle a pu avoir quelque empire sur les esprits, dans un temps où les connaissances dans la physique animale étaient réduites à de faibles analogies; et c’est à ces analogies que l’on peut attribuer la proscription de tous les animaux qu’on regardait comme formant une même classe, parce que l’un de ces animaux a paru suspect par quelque raison pareille. Le porc paraissant, au premier coup d’œil, devoir être rangé parmi les animaux qui ont la corne du pied fendue, et étant cependant remarquable par le défaut de rumination, qui est une fonction commune à presque t >us les animaux de celte classe, il en résulte que la réunion du caractère de la rumination avec celui de la corne du pied fendue, a paru un caractère essentiel des animaux dont la chair est salubre ; d’où l’on a conclu que deux classes d’animaux seraient exclues du régime :

1» celle des ruminants qui n’ont pas le pied fourchu , celle des animaux à

pied fourchu qui ne sont pas ruminants. De plus, les genres d’animaux aux pieds digités ont été mis dans la même classe que les animaux dont le pied n'est pas fourchu ; en sorte que ceux d’entre eux qui ruminent ont été exclus du nombre des aliments permis.

De ce précepte est résulté une plus grande uniformité dans le régime ; car les viandes non prohibées se trouvaient réduites à un petit nombre , puisque, parmi les oiseaux et les poissons, il y avait de pareilles prohibitions qui excluaient encore du rang des aliments de nombreuses familles de volatiles, de poissons et d’amphibies. — Cette uniformité dans le régime, rendue nécessaire par les prohibitions religieuses , jointe à l’interdiction absolue des alliances étrangères, et même d’une tribu à l’autre, a dû conserver entre les individus de la nation juive une analogie particulière dans les traits et les caractères physiques qui forment les ressemblances nationales. Aussi prétend-on que les races juives se distinguent d’une manière sensible dans les différents climats et au milieu des peuples si divers parmi lesquels celte nation est dispersée. Je ne sais cependant s’il serait facile d’analyser les traits de cette ressemblance; pour ce qui est de moi, je n’ai jamais pu m’en rendre compte d’une manière précise.

Il est plus aisé deconcevoir le but de l’institution des purifications légales dans les climats chauds, où la corruption facile des substances animales, la transpiration abondante et l’odeur de cette eicrétion, principalement parmi les individus de couleur rousse, couleur assez répandue dans ces contrées, sont autant de causes d'insalubrité que les lotions détruisent. Les Arabes, qui descendent des patriarches, pères des Hébreux, et desquels sont venus les premiers musulmans, observent religieusement les mêmes pratiques. Mahomet les y «trouvées, et les a prescrites à ses sectateurs. On sait que, dans ces pays, si souvent ravagés actuellement par la peste, le meilleur préservatif de celte contagion est l’immersion dans l’eau de tous les corps susceptibles de la communiquer. Ces observations donnent le motif raisonnable des purifications prescrites dans la loi de Moïse. Ce législateur ;» fait de la propreté un précepte de religion , et a mieux aimé la porter jusqu'au scrupule le plus minutieux, que de risquer de la laisser négliger dans des circonstances importante».

Il est bien singulier que ce peuple, qui a pu conserver tant de traces physiques des premiers caractères distinctifs de ses ancêtres, soit remarquable presque partout par une excessive malpropreté, toutes les fois que les individus se trouvent réunis dans une même enceinte, comme on le voit à Rome, dans quelques vil les d’Allemagne et dans tous les lieux où il y a un quartier particulier affecté à cette nation. Si l’on peut supposer que ce caractère soit héréditaire, il rend encore mieux raison du soin que le législateur a pris de rendre la propreté obligatoire pour un peuple dont il connaissait le peu d’inclination à cette vertu domestique.

— Pour ce qui regarde la séquestration des maladies réputées contagieuses, et particulièrement delà lèpre, la législation de Moïse présente les mêmes caractères, c'est-à-dire l’excès des précautions. Nous ignorons ce que c’est que la lèpre des murs et des bâtiments ; mais nous voyons partout le soin le plus recherché pour détruire jusqu’à l’ombre de la contagion. La lèpre des Hébreux paraît être notre éléphantiasis , et les différences que semble présenter au premier aspect la description qu’en donne le législateur hébreu, disparaissent, comme l’a observé le cit. Chamseru, en recourant au texte original, et en observant que les termes desquels les traducteurs ont conclu que la lèpre occasionnait îles excavations ou des dépressions à la peau, au lieu de former des tubercules saillants, signifient seulement que celte altération de la peau pénétrait au-dessous de sa surface, et s’étendait dans Son’épaisseur; en sorte que le mot d’excavation ou de dépression a été substitué à celui de profondeur ou de pénétration : on sait que les lermesdcla langue hébraïque donnent lieu à de pareilles méprises, par le nombre de significations d’un même mot.

Cela posé, et la lèpre étant la même chose que l’éléphantiasis, on pourrait s’étonner que cette maladie, qui, dans nos climats, n’est nullement contagieuse, dont la contagion est même fort équivoque dans des climats chauds, ait paru mériter une séquestration si entière parmi lesHébreux; si l’excès des précautions, dans touslesautrès points qui regardent la salubrité, n était pas un des caractères distinctifs des observances hébraïques. D'ailleurs, 1 aspect hideux et rebutant des personnes attaquées de celte affreuse maladie a du inspirer cet éloignement, et favoriser le préjugé de la contagion. C’est peut-être HygièriOy

même à cet effroi seulement qu’est dù le crédit qu’a obtenu la même opinion dans nos colonies américaines, où les lépreux sont également séquestrés avec soin.

Hygiène législative de Lycurgue et des Grecs en général.

C’est à ces seuls objets que se borne ce qu’il y a d’applicable à l’hygiène dans la législation des Hébreux. Car nous ne voyons, à l’appui de leurs lois, aucune trace d’institution publique qui ait eu pour but la perfection physique de l’homme. Les premières lois qui, dans l’histoire de l’antiquité, nous en présentent des exemples, sont celles de Lycurgue. A la vérité, celles de Crète avaient déjà prescrit et les repas en commun et l’éducation publique. Mais tout ce que les Crétois avaient fait, les Spartiates l’ont exécuté mieux encore ; parce que Lycurgue s’occupa de fonder l’empire des lois sur les mœurs publiques, qu’il prépara et qu’il créa par des institutions plus puissantes que les lois mêmes. — Il est bon de remarquer ici que c’est une source de considérations qui ne sont nullement étrangères à la connaissance physique de l’homme, que l’art de lui créer des mœurs , art bien plus important .

peut-être que de lui donner des lois:

quid leges, sine moribus, vanœ proficiunt ? Les mœurs sont un e espèce d’habitude qui entraîne l’homme , comme malgré lui et à son insu, et qui donne à toutes scs actions, à toutes ses idées, une direction uniforme , dont le but doit être toujours de le porter au bien, moins par les préceptes que par une impulsion irrésistible. C’est en parlant aux sens, par le moyen des objets extérieurs, par les institutions, les monuments, les fêtes, les solennités publiques , qu’on entraînel’homme, toujours imitateur, toujours disposé a se mettre à l’unisson de tout ce qui l’entoure. Ce n’est donc pas une chose sans importance, quand on veut changer les mœurs d’une nation, de faire disparaître jusqu’aux moindres témoignages de scs anciennes habitudes, et de retracer partout l’image de celles qu’on veut lui donner. En général, les lois parlent à l’intelligence et les} mœurs maîtrisent l’homme par les sens. Nul peuple n’a connu mieux que les Grecs la puissance des mœurs ; nul législateur n’en a plus profité que Lycurgue. Mais, quelque physiques que soient ces observations, nous devons nous en tenir ici à la

partie de la législation de CC grand homme qui a pour objet la conservation de la santé ou la perfection de l'espèce. — En étudiant la législation des anciens peuples, on ne doit pas oublier que leur principaLbut était de donner à la patrie des citoyens robustes et des défenseurs vigoureux. Chaque citoyen était soldat, et toute considération privée était constamment sacrifiée à l’intérêt de la république. C’est ce qui a donné quelquefois naissance à des coutumes qui nous paraissent aujourd’hui barbares et inhumaines. — C’était à Sparte, comme chez les plus anciens peuples de la Grèce, ainsi que depuis chez les Romains, un usage reçu de prononcer sur le sort de l’enfant nouveau-né, et, d’après sa force et les apparences qu’il donnait d’une bonne constitution , de l’admettre au nombre des vivants, ou del’en exclure, quand son état faisait présumer qu’il ne pouvait devenir, par la suite, qu’un être débile et peu propre à servir son pays. — Partout ailleurs les parents eux - mêmes étaient les arbitres de ce jugement; à Sparte, c’étaient les anciens de la tribu qui eu décidaient solennellementau nom de la patrie. Sans doute, les Spartiates ont cru que la possibilité de fortifier une constitution faible était une chance trop peu avantageuse, et ne présumaient pas que des hommes si peu favorisés de la nature pussent dédommager la patrie de la faiblesse de leurs organes par l’éminence de leurs lumières ou de leurs vertus.— Les Thébains n’admirent pas celte barbare coutume, et peut-être la mémoire d’OEdipe fut-elle pour eux la cause de cette exception si conforme au cri de l’humanité. — Il ne faut pas cependant juger des perles que devait faire Lacédémone au moyen d’une semblable proscription, par celles que la même loi occasionnerait parmi nous. Les désordres des parents, leur débauche, leur mollesse, leur faiblesse acquise par une détestable éducation , ont dù. , chez les nations modernes, multiplier beaucoup ces êtres débiles que la mort semble réclamer dès le berceau, et qu’on ne lui arrache qu’à force de soins et de vigilance. Outre cela, Lycurgue avait eu l'attention de préparer des germes vigoureux, et de chercher dans l’éducation des femmes les éléments de cette force de corps qui, réunie à l’énergie de l’âme, devait constituer les héros qu’il voulait donner à sa patrie. — C'est pour cela que, jusqu’à l’époque du mariage, les

femmes , formées aux mêmes exercices que les hommes, puisaient dans une éducation mâle et sévère la force qu’elles devaient transmettre à leurs enfants. — Une fois mariées, elles cessaient de fréquenter le gymnase et se livraient aux devoirs importants que leur imposait la dignité d'épouses et de mères. — C’est une opinion ou un préjugé bien ancien que celui d’une transmission quelconque à l’enfant des impressionsextérieuresdont sa mère est affectée pendant la grossesse. Durant ce temps, les yeux d’une Spartiate n’étaient frappés que des images qui rappelaient la beauté réunie à la force. Ainsi l’on avait soin que tout concourut à préparer une race de héros, et même, avant que de naître, le Spartiate n’était pas un homme ordinaire. — A peine était-il né que la patrie avait les yeux ouverts sur lui, et son éducation était une des affaires importantes de l’état.

C’était une coutume chez les anciens Grecs, et dont l’histoire ,d’ Achille nous offre un exemple, de plonger le nouveau né dans l’eau froide au moment de sa naissance. D’autres nations faisaient passer leurs enfants par le feu. ( Hist . de la médecine , 1. 1, c. 14.) Après avoir extrait de Platon ce que ce philosophe dit contre llérodicus et contre la médecine gymnastique, il ci le l’exemple des Lacédémoniens, qui plongeaient leurs enfants dans le vin au moment de leur naissance; il ajoute que ces républicains s’embarrassaient peu des accidents qui en résultaient, persuadés que ceux qui y succombaient n’eussent jamais été des citoyens robustes. 11 dit, sans citer son auteur, que souvent les enfants, ainsi traites, mouraient d’une attaque d’épilepsie. Leclerc et sou auteur ont pris sans doute ici l’épilepsie pour le tétanos ou mal de mâchoire, que les intempéries froides et humides, cl eu général tous les genres d’irritations, occasionnent fréquemment chez les enfants nouveau-nés, surtout dans les pays chauds. — La première enfance du jeune Spartiate était seule confiée à ses parents; elle s’étendaitjusqu'à l’âge de sept ans, et, dans ce temps précieux pour le développement des organes, toutes leurs facultés physiques et morales se déployaient dans une entière liberté. Leurs membres n’étaient point entravés par des liens étroits, leurs esprits n’étaient point asservis par la rigueur d’une sévérité prématurée. — A^sept ans, ils devenaient les enfants de la patrie, et déjà ils commençaient à se

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faire à des fatigues proportionnées à leur âge : les jeux, toujours publics , ainsi que leurs exercices , étaient toujours dirigés vers un même but, celui d’endurcir par degrés leurs corps aux impressions extérieures, d'en fortifier les membres, d’en perfectionner les mouvements. C’est vers l’Age de douze ans qu ils commençaient à quitter les habits longs de 1 enfance et les cheveux flottants ; ils se dépouillaient même de la tunique, des bas et des souliers, et, vêtus d’un simple manteau, passant presque toute la journée dans le gymnase, ils se formaient, par la vie la plus dure, par les exercices les plus rudes, par la plus grande sobriété, à la vie militaire, qui, dans les institutions anciennes, était la plus essentielle des habitudes, puisque tout citoyen était soldat; car l’esprit de conquête ou de domination tourmentait perpétuellement ces nations inquiètes, qui ont laissé à la fois à la postérité les plus beaux modèles de sagesse et d’humanité, et les exemples les plus déplorables de la fureur guerrière.

Les Spartiates faisaient moins d’usage des bains que les autres peuples de la Grèce. Il paraît que l’étuve sèche leur était familière, puisque chez les Romains, dans les bains publics, la portion de l’édifice destinée à cette sorte d’étuve portait le nom de laconicum. Mais le bain ou l’immersion dans l’eau courante des fleuves leur était familier. — -Dans l’éducation des Spartiates, il est un usage qui mérite d’être distingue ici pour la différence de scs effets sur les mœurs des differents peuples delà Grèce. En effet, tel usage convient à une nation sage et sévère , et sert à exalter ses vertus , qui, au contraire, ne fait qu’accroître la dissolution elle désordre chez des peuples voluptueux et corrompus par le luxe et la mollesse. C'est ce qu’on doit dire de l’usage établi a Sparte, et que Lycurgue avait emprunté des Crétois, de former entre les jeunes gens dos attachements tendres, au moyen desquels les amis, inséparablement unis, intéressés à la gloire et a l’honneur de leurs amis, devenaient réciproquement des instituteurs dont la surveillance était plus utile que toute la sévérité des maîtres. La publicité de leurs démarches était la sauve-gardc de leurs vertus; et d’ailleurs on pouvait bien croire à la pureté d’une pareille institution chez un peuple dont les femmes ont laissé parmi leurs contemporaines et dans la postérité une haute opinion dç leurs ver-

tus et de leur pudeur, quoiqu’elles dédaignassent, aux yeux même du public , les voiles qui n’en sont que les symboles sans en être les garants. — On sait , au contraire, dans quels désordres dégénérèrent ces associations intimes parmi les Athéniens, chez lesquels la vertu même de Socrate ne fut pas à l’abri du soupçon, et parut souillée par l’attachement que lui vouait le jeune Alcibiade. Ou sent que les institutions de Sparte ne pouvaient pas aisément se naturaliser à Athènes; et, parmi les peuples livrés à ce genre de débauche , les générations détériorées et appauvries ont dû porter la peine de ces injures faites aux lois les plus sacrées de la nature. — Aux exercices qui fortifient la première jeunesse, succédaient de véritables combats entre les jeunes Spartiates qui avaient atteint l’Age de dix-huit ans. Partout on les exerçait à mépriser et à braver la douleur ; ils la trouvaient au milieu de leurs plaisirs plus terrible qu’aux champs de bataille. Au lieu de les abandonner à euxmêmes dans l’Age des passions tumultueuses, on présentait alors de nouveaux aiguillons à leur courage, et toutes leurs passions , dirigées ou absorbées par l’amour de la patrie , faisaient éprouver à leur âme de grandes jouissances et la livraient à une ivresse sans volupté.

Nulle part la sensualité n’était excitée, et la sauce noire de Sparte, qu’assaisonnait l’appétit excité par un violent exercice, était sans doute un mets que le Spartiate seul pouvait trouver supportable. Les arts, enfants de l’imagination et qui l’exerccut si agréablement , ne leur étaient présentés qu’autant qu’ils portaient à des sentiments nobles et mâles ; l’art des orateurs leur était inconnu, leur éloquence consistait dans la force et la précision des idées , leur poésie était pleine de feu et d’enthousiasme, et leur musique u’admcLluit que les modes majestueux et puissants, laits pour exciter au courage et à l’audace. — Le temps détériore les plus belles institutions; mais il est à remarquer que les vices qui d’abord altérèrent celles de Lycurgue furent précisément opposés à ceux qui communément corrompent et énervent les vertus primitives des peuples neufs. L’impulsion que les Spartiates reçurent de leurs premières institutions fut telle, qu’au lieu de laisser affaiblir les sentiments qu'elles leur inspiraient, ils en outrepassèrent le but ; la fermeté et le courage sç chgngèrçnt en férocité et en bar-

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barie, l’orgueil des verlus Aères étouffa jusqu’aux senliqienls de l’humanité, et, au lieu de se borner à endurcir et à fortiAer leurs corps, ils les livrèrent avec une joie barbare aux supplices les plus inutiles. Leur persévérance dans la première direction que Lycurgue leur avait donnée fut sans doute l’effet du soin que ce législateur avait pris de les éloigner de tout mélange avec les autres nations; il préférait de les priver des arts, enfants du commerce et du iuxe, pourvu qu’ils ignorassent la corruption qui les suit de près, et il valut mieux peut-être pour eux conserver toute l’aspérité d’une première empreinte , que d’en laisser user les traits originaux dans des unions qui n’amènent la politesse qu’avec les vices. — Au reste, le plus grand éloge qu’on puisse donner aux institutions physiques de Lacédémone , c’est qu’en aucun lieu de la Grèce les hommes n’avaient un sang plus fbeau et plus pur que celui des Spartiates. ( Voyez le voyage du jeune Anacharsis.)

Législation physique de Pythagore et de Platon.

Ce n’est point sous la forme de lois que les autres peuples de la Grèce ont reçu ceux de leurs usages qui sont relatifs à l’ hygiène publique ; et ces objets regardent en général beaucoup moins la législation que les mœurs et les coutumes des nations. — Cependant il est deux hommes qu’on doit mettre au rang des législateurs, et dont les préceptes, sous le point de vue de l’hygiène publique, peuvent être rapprochés de la législation de Lycurgue. Ce sont Pythagore ulP/alOn.

L’un, n’ayant eu que l’intention de fonder une école de philosophes , devint presque législateur d’un peuple; l’autre, en formant un système de lois pour des peuples, est resté simple philosophe. — La sobriété et la tempérance étaient les bases primitives des lois diététiques de Pythagore, et l’abstinence de certaines substances, aiusi que le régime végétal, n’étaient que des conclusions d’un premier principe dont le but était de procurer avec la santé du corps la perfection des fonctions intellectuelles. Certaines interdictions ne sont même devenues des préceptes sévères et rigoureux que pour scs disciples, qui, comme tous les sectateurs des instituts religieux ou philosophiques , se sont toujours piqués d’enchérir sur la sévérité des pratiques, sou-

vent en perdant de vue ie but qui les avait fait établir , c’est-à-dire la perfection physique et morale de l’homme. L’homme qui verse le sang du bœuf ou de la brebis s’accoutumera mieux qu’un autre à voir couler celui de son semblable; la barbarie s’empare de son âme, et les professions dont l’objet est d’immoler les animaux aux besoins des hommes communiquent à ceux qui les exercent une férocité que les rapports de la société n’émoussent qu’imparfailement. Serait-il vrai que la soif du sang est une des dépravations auxquelles l’espèce humaine s’abandonne le plus facilement; et l’homme serait -il semblable à ces animaux carnassiers , chez lesquels la couleur ou l’odeur, ou la saveur du sang réveillent un instinct terrible, qui les porte à méconnaître jusqu’au maître qu’ils caressaient , et dont ils recevaient leur nourriture? — Il est une autre observation que je rapporte également à l’organisation physique de l’homme , et à laquelle donne lieu l’espèce d’institut religieux fondé par Pythagore. Elle a potir objet la puissance des symboles et des pratiques symboliques, pour graver dans l’esprit les maximes de la morale. Il avait pris celle méthode chez les prêtres égyptiens ; mais il n’avait pas songé que l'homme, né superstitieux, s'attache bientôt au symbole en abandonnant l’idéç qu’il exprime , se saisit de l’image pour la mettre à la place de la chose représentée, et devient par là plus religieux sans être meilleur. L’on ne peut guère douter que les idolâtries et. les superstitions n’aient eu leur origine dans les langages symboliques et mystérieux, qui, couvrant de voiles la vérité, ne la présentaient que sous des emblèmes. Mais ceci a moins de rapport à l 'hygiène publique qu’à la nature de l’homme.

On peut observer ici , comme une des choses qui contribuent le plus à la salubrité du corps, le soin queles Pythagoriciens avaient de modérer tous les mouvements de l'àme , non - seulement par 1 élude de la philosophie et des sciences spéculatives, non -seulement par les préceptes et l’exercice de la morale la plus douce, mais encore par l’usage de la musique, par le spectacle paisible des solitudes agréables, en général par tous les moyens qui , portant le calme dans les sens extérieurs, font passer jusque dans l’âme les douces affections de nos yeux et de nos oreilles. — Je n’ai pas cru qu’il lût superflu de m'arrêter un instant

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à ces considérations, parce que l’institut de Pythagore ne se borna pas à son école, niais devint pendant quelque temps la loi d’une colonie grecque établie à Crotone , et qui ne fut détruite que par la jalousie de quelques personnes qui n’y purent être admises à cause de leurs vices. C’eût été sans doute un beau spectacle pour l'univers, et un grand sujet d’observations pour ceux qui se livrent à l’étude de l’homme physique it moral, qu’un peuple de philosophes , gouverné par les lois les plus douces , chez lequel les passions, toujours soumises à la raison , n’auraient jamais troublé la paix , l’union et l’égalité ; édifice chimérique , mais qu’il est beau d’avoir élevé jusqu’à une certaine hauteur, malgré l’inévitable écueil que lui préparait la perversité des hommes. L’effet physique d’une pareille institution sur des générations successives, dans un des plus beaux climats de l'univers, n'est malheureusement qu’un problème irrésolu, livré à nos méditations, mais qui fournira peu de pages dans l’histoire de l’hygiène publique. — La belle chimère que Platon a conçue en organisant sa république nous présente peu de nouveaux traits propres à notre objet; et le partage de l’éducation de sa classe guerrière entre la gymnastique et la musique est pour nous la seule chose digne de remarque. Elle mérite attention , tant en ce que cette portion du plan de Platon est appuyée sur l’expérience des peuples de la Grèce qu’en ce que l’intention du législateur était de compenser les effets physiques de l’une de ces institutions par ceux de l’autre; en sorte que la musique ôtait à l’âme cette rudesse et ce penchant à la férocité que lui donnait la gymnastique, et celleci, en fortifiant le corps et l’accoutumant aux plus rudes travaux, ôtait au corps la mollesse et l’énervation qui résultent des effets de la musique. Il faut cependant remarquer ici que par musique Platon et les anciens entendaient aussi tout ce qui est du ressort des Muses, c est- à-dire toutes les sciences spéculatives-, néanmoins il est sûr que la musique proprement dite entrait pour beaucoup dans les institutions des Grecs. Ils la regardaient comme ayant une grande , uenee tant physique que morale sur Jcs lommes, puisque les rois et les épholes poileient un décret flétrissant contre un musicien ionien qui était venu apposera hpartc des innovations qui, donnant à la musique des modes [dus volup-

tueux, leur parurent propres a corrompre la jeunesse. Plusieurs lois des autres pays de la Grèce prescrivaient le nombre des cordes de la lyre, et en défendaient l’augmentation sous les peines les plus graves. Platon , lui-même , regarde les changements opérés dans la musique comme un signe de la dépravation des mœurs et comme un présage fâcheux pour l’état.

Il prescrivait aux élèves de sa république les modes dorien et phrygien , dont l’un était mâle et l’autre majestueux , et proscrivait le lydien, fait pour la plainte langoureuse, et l’ionien, qui respirait la molle volupté. Quoi qu’il en soit, un seul mot de ce grand homme nous instruit de ce qu’il avait en vue dans l’organisation de son éducation publique.

<i En arrivant dans une ville, vous ver- » rez, dit-il, que l’éducation y est négli- » gée , si l’on y a besoin de médecins et » de juges. » — Je n’examine pas ici en détail ce qu’a dit Aristote après Platon , et ce que plusieurs autres philosophes de l’antiquité ont pu écrire ou faire d’utile à la perfection de l’homme; il est peu de choses qui 11e doivent se rapporter à ce qui vient d'être dit, et qui ne soient empruntées des exemples que je viens de citer.

Hygiène legislative des Perses au temps de l'enfance du grand Cyrus.

C’est vers le temps de Pylhagore, c’està-dire dans le sixième siècle avant Père chrétienne, que l’on doit placer l’époque où Xénoplion nous représente Cyrus soili de l’école sévère des Perses et donnant à la cour d’Astyagc l’exemple d’une éducation virile, d’une sobriété, d’une sagesscet d’une tempérance qui paraissaient uu phénomène incompréhensible aux courtisans voluptueux de l’empereur des Mèdes. — Xe dùt-on regarder la Cyropédie que comme un roman ingénieux, ce roman du moins ne peut pas être regardé comme établi sur des bases entièrement imaginaires. Xénoplion auraitil présenté à ses compatriotes un si beau tableau d’une nation étrangère et rivale, si l'opinion des Grecs n’eût élé fixée à cet égard , surtout au moment oii , dégénérée de sa vérilablc splendeur et dépravée par le luxe et la mollesse, la nation des Perses n’offrait plus de traces de cetle gloire inaltérable qui il’accompagne ([ne la vertu. — Chez les Perses, dont Xénoplion nous dépeint les mœurs avant l’époque où celle nation sc confondit avec

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celle des Mèdes, l’éducation des enfants n’était point abandonnée aux parents.

L’enfant appartenait à la nation , et dès l’âge de six à sept ans était sous la surveillance de magistrats pris parmi les anciens, et qui étaient spécialement choisis pour présider à l’éducation de la jeunesse; pendant dix ans on les exerçait de toutes les manières; ils se levaient à la pointe du jour, prenaient leurs repas en commun, non chez leurs parents, mais chez les maîtres auxquels ils étaient confiés; là on les habituait à souffrir la faim et la soif , et à se contenter d’un repas frugal. L’eau était leur boisson , le pain et le cardamon (que les interprètes traduisent par nasturtium ou cresson) étaient leur nourriture, et leur exercice était de tendre l’arc et de lancer le javelot.

Parvenus à la puberté, ils étaient destinés à des fatigues plus grandes , et jusqu’à l’âge de vingt-cinq ans ils faisaient, dans tous les genres , l’apprentissage de la guerre. Ils dormaient en plein air sans quitter leurs armes, ils accompagnaient à la chasse le chef de la nation, supportaient dans cet exercice, image des combats guerriers, le froid et toutes les intempéries de l’air, ne mangeaient alors qu’une fois le jour, et se nourrissaient de la proie des chasseurs; eu tout autre temps iis se contentaient du simple cardamon uni au pain . Ceux q u i ne pa r tagea ien t point les fatigues de la chasse s’exercaient entre eux, et se disputaient la gloire et Je prix de l’adresse et de la force. — Ce n’était qu’à vingt-cinq ansqu’ilsétaient .associés aux hommes faits; on ne cherchait point à cueillir les fruits de la maturité dans l’âge des espérances, et l’on n’épuisait point avant le temps les ressources de la patrie. L’homme fait était soldat pendant vingt-cinq ans. A cinquante il entrait dans la classe des vieillards, et dès lors il n’était jamais engagé que dans Jes combats qui se livraient pour la défense même de ses foyers et du territoire national. Tel était l’ordre des lois relatif à l’éducation et à l’emploi des hommes , chez une nation guerrière cl indomptée, qui ne succomba sous les efforts des Crées que dans un temps où, mêlée aux Mèdes , amollie par le luxe et la richesse des nations conquises, clic s’était étendue beaucoup au-delà Je ses limites, et dont les descendants ont soutenu, sans fléchir, tout le poids de l’orgueil et de la puissance de Rome. Il est encore a cet égard une remarque qui ne nousest point étrangère; les lois défendaient de sç mou-

cher et de cracher en public , ainsi que de s'éloigner de ses exercices pour satisfaire aux besoins de la nature. Cette défense si extraordinaire ne saurait être conçue, ainsi que l’observe Xénophon, qu’autant qu'on considère que l'extrême sobriété de ce peuple, en restreignant l’usage des aliments au plus strict nécessaire, rendait par cela seul moins urgentes et moins fréquentes des évacuations dont l’abondance est le plus souvent proportionnée ;t la superfluité des sucs et à l’imperfection des digestions.

2° Des mœurs et coutumes des anciens relativement à l'hygiène.

Il est une puissance plus impérieuse que celle des lois, c’est celle des mœurs. .T’entends ici par mœurs tout ce qui s’établit universellement parmi les hommes , par l’effetpresque irrésistible de l’habitude et de l’imitation. C’est le sens précis du mot latin mot , mores ; on transgresse les lois, on ne transgresse point les mœurs, ou du moins celte transgression n’est point le fait du vulgaire, et le vulgaire forme la masse des nations. Les mœurs sont donc un des objets les plus importants à étudier tant au physique qu’au moral; les lois nous donnent la mesure du législateur, les mœurs nous donnent celle des peuples.

De la gymnastique.

Ce que les mœurs des peuples anciens nous présentent de plus important, sous le point de vue de l’hygiène, est la gymnastique. Elle fut d’abord l’exercice naturel des gens de guerre, et Homère nous peint, dans quelques endroits, le spectacle d'une véritable gymnastique militaire. Les prix proposés à l’adresse et à la force dans ces luttes innocentes et 1 intérêt qu’elles excitaient, soit entre le» concurrents, soit parmi les spectateurs, convertirent bientôt ces institutions guerrières en des spectacles agréables qui embellirent les loisirs même de la paix et se mêlèrent aux fêles publiques. Hercule et Pélops instituèrent des jeux de celle espèce, et Iphitus , roi d’Elide, à leur exemple , les renouvela dans l’établissement des jeux olympiques. Bientôt les philosophes et les médecins s’aperçurent combien l’homme retirait de ces exercices de force et de santé, combien le jeune homme acquérait de perfection par leur usage, combien d’indispositions s’évanouissaient au milieu des mouvements

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multipliés qu’ils nécessitaient, et quelle énergie ces mouvements communiquaient aux fonctions conservatrices et dépura triées. ils virent même les convalescents , en proportionnantà leurs forces l’usage de ces exercices, sc débarrasser plus promptement des longues et pénibles suites des maladies; ils avertirent leurs concitoyens de leurs observations , et l’usage de la gymnastique s’étendit de plus en plus , et des édifices publics furent érigés dans la vue d’en favoriser l’établissement et de la réunir aux autres institutions qui composaient l'éducation de la jeunesse , et l’on sentit combien la gymnastique importait à la perfection et à la conservation de l’homme. — C’est sous le point de vue de son usage, relativement à la conservation de la santé , qu’on a dit q vi Herodicus était l’inventeur de cet art, dont Iccus , avant lui , avait déjà donné des préceptes. On attribue à Herodicus de s’être conservé malgré sa constitution valétudinaire, et d’être ainsi parvenu à un grand âge par le moyen de la gymnastique, et c’est ce dont Platon croit lui devoir faire un reproche ; parce qu’il croit(danssa République, liv. 3 )qu’une infirme constitution éloigne l’homme de la vertu et le rend uniquement occupé de lui-même, et que prolonger de telles vies, c’est faire un tort égal à la république et aux malheureux qu’on fait exister long-temps au milieu des infirmités. Comment un homme comme Platon n’avaitil pas remarqué que beaucoup de gens infirmes ont joui d’une grande perspicacité d’entendement , et ont été , par leurs conseils et leur sagacité , infininiment utiles soit aux leurs, soit à la chose publique?

Mais revenons à l’institution de la gymnastique; nous avons vu que les anciens Perses en faisaient grand usage au temps de Cyrus. Les progrès de cet art rendent raison de la distinction que font Platon, Aristote et Galien, entre gymnastique militaire , la plus ancienne de toutes; /’ athlétique , ou selon l’expression de Galien, la gymnastique vicieuct la véritable gymnastique ou la gymnastique médicale , c’est-à-dire f,® '*ont Ie but est la perfection de

lomme et la conservation de la santé, , flui enlra|t comme partie essentielle dans éducation de la jeunesse. Varron ( e rc nul. Hv 2., proœm.) remarque que, tant que les Romains se sont livrés a I agriculture , et ont trouvé dans des meeur# pures et dans lCs travaux de la

campagne celte force et cette vigueur qui maintiennentla santé, la gymnastique leur a été inconnue; elle est devenue un besoin quand ils ont quitté leurs champspour se livrer à la pénible oisiveté des villes et à leurs loisirs funestes. Les médecins, depuis Varron jusqu’à la décadence de l’empire, la prescrivaient avec soin, pour la guérison des maladies et la conservation de la santé; et Plutarque nous dit que, de son temps , tout le monde se livrait à ces utiles exercices. ( Voyez Mercurial.

De artc gymnast., liv. 1 , ch. 5.) Nous avons déjà observé dans quels excès on était tombé ensuite à cet égard , sous les empereurs. — La gymnastique médicinale ou la véritable gymnastique, celle dont les hommes de tous les âges usaient pour conserver leur santé , différait de l’athlétique, non précisément par la nature des exercices, mais par la mesure dans laquelle ils étaient pris. En effet, dans l’athlétique le but était de donner au corps non pas toute la stabilité d’une santé vigoureuse , mais toute la force que le corps était susceptible d’acquérir, d’où résultait une constitution excessive qu’on nommait athlétique , et dont quelques statues antiques nous donnent une idée; car nous ne voyons que fort rarement de tels hommes parmi nous. Tous les anciens blâment cet état excessif, et le regardent comme hors des termes de la nature, comme nuisible aux fonctions de l’esprit et même à la stabilité de la santé. C’est à l’athlétique ou au moins aux excès d’une gymnastique mal entendue et immodérée, qu’il faut sans doute appliquer cet aphorisme d’Hippocrate, que les exemplaires ordinaires nous présentent dans ces termes : Dans les exercices gymnastiques , il est dangereux de parvenir au plus haut degré de vigueur, si celte vigueur est portée ait dernier terme auquel elle puisse parvenir. En effet , cet état ne peut rester toujours au même point, ni se soutenir sans variations . Puis donc qu'il ne peut sc soutenir ainsi, et que cependant il ne peut s’ améliorer , il est nécessaire qu'il empire. C'est pour cela qu'il est utile de dissoudre sans différer cet excès de vigueur, afin que le corps se restaure de nouveau , etc. Villebrune ne veut pas entendre cet aphorisme de la gymnastique athlétique , mais seulement de la gymnastique médicinale, et au lieu de z/t gymnastieen dédit is, il substitue in iis qui ad honum habituai cxcrccnlur . Lorri enteqd ce passage autre-

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nient, et rapplique à ceux qui faisaient de la gymnastique leur principale occupation, comme les athlètes, et à ceux qui ambitionnaient de parvenir au degré de force qui les caractérisait. C’est aussi le sentiment de Bosquillon, et beaucoup de raisons, qu’il est inutile d’exposer ici, inc font préférer leur opinion à celle de Villebrune. Quoi qu’il en soit, il est aisé de concevoir que ceux qui se livraient, soit par état, soit par goût, à l’usage continuel de la gymnastique, parvenant par degrés à un point qui est l’excès des forces et de la vigueur, ne pouvaient continuer leurs exercices ordinaires, sans s’exposer à des dangers , et qu’alors pour les reprendre sans inconvénients, il fallait qu’ils diminuassent ces forces ainsi acquises et poussées à l’excès, afin de rendre à l’action fortifiante de la gymnastique l’espace nécessaire pour produire son effet sans briser les ressorts du corps. Et dans ce sens, on comprend au moins aussi bien le mot restauration que celui repos, que lui substitue Villebrune. L’autorité de Galien, qui était lui-même témoin des effets delà gymnastique, autorité sur laquelle est appuyé le texte vulgaire, paraîtra à cet égard équivalente à celle des manuscrits cités dans l’ouvrage estimable de ce savant critique. D’ailleurs , le mot restauration semble beaucoup mieux correspondre que l’autre à l’expression remarquable dissoudre promptement celte vigueur excessive , ce qui signifie la faire disparaître par des moyens affaiblissants, qui lui substituent une faiblesse artificielle et utile. C’est ce qui est indiqué par le mot à’ affaissement , consi dentiœ , dont Hippocrate se sert ensuite pour exprimer le changement qui doit s’opérer pour prévenir les effets de cette force excessive; changement dans lequel il prescrit également d’apporter une sage modération , et qu’il veut qu’on proportionne au tempérament du sujet; et bien tôt après il se sert du mot d’évacuations, auquel il oppose de nouveau le mot restaurations, ou, selon Yillcbrunc, repos, et partout il recommande la mesure et les proportions convenables à la personne qu’on conduit par ces changements à un état moyen de force et de vigueur. D’où il semble évident que, dans cet état de vigueur extrême qu’occasionnait l’usage immodéré de la gymnastique , on était obligé d'affaiblir et d’affaisser, pour ainsi dire par des évacuations proportionnées l'homme parvenu à cet excès de force, et cusuile de le ramener par une

restauration bien ordonnée à un état moyen , seul compatible avec une santé durable. C’est en effet ce que dit exactement Hippocrate à la suite du passage qui vient d’être cité , et dans le même aphorisme : IL ne faut pas porter trop Loin 1 affaissement, car cela serait dangereux ; mais il le faut proportionner à la constitution de celui qui doit l'éprouver. Car ce qui a été dit convient egalement aux évacuations , qui, portées à l'extrême , sont dangereuses. Ht ensuite la restauration qu'on pousserait de nouveau à un degré excessif serait aussi accompagnée de dangers. Aussi Galien nous apprend-il que les athlètes étaient sujets à des accidents subits , comme à des coups de sang et à des hémorrhagies; et Mereurialis cite S. Jérôme, qui assure que les athlètes ne vivaient jamais fort long-temps, et qui atteste là-dessus l’autorité d’Hippocrate et de Galien. L’explication de cet aphorisme remarquable n’était certainement point indifférente à l’histoire médicinale de la gymnastique. Je n’entrerai point ici dans les détails pratiques de cet art si négligé de nos jours ; sans doute un de mes confrères aura rempli à cet égard l’attente des lecteurs à l’article Gymnastique.

Des bains et des repas dans leur rapport avec la gymnastique.

L'usage des bains était lié de trop près au système général des exercices , pour que les mêmes établissements ne réunissent pas les lieux destinés aux uns et aux autres; une partie essentielle du gymnase était consacrée aux bains et aux étuves. C’est chez les Romains principalement, beaucoup plus que chez les Grecs, que les édifices construits pour l'usage des bains s’élevèrent avec recherche et magnificence , et même les bains publics ne s’établirent à Rome que fort tard. Le peuple y était reçu pour une très-modique somme; les heures en étaient réglées par des lois ; des dispositions de police y maintenaient la décence, et ce ne fut que dans des temps de dépravation, et sous d’infâmes empereurs, qu’on y vit les sexes confondus; tant est puissante sur les mœurs des peuples, principalement pour les corrompre, l'induence de ceux qui les gouvernent! On les méprise, eî on les imite.

— Les bains d'eau chaude , ceux d’eau liède, les étuves humides et les étuves

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sèches (laconicum), les bains d’eau froide, et surtout les bassins dans lesquels on pouvait prendre l’exercice de la natation, étaient les principales parties des bains publics; en sorte qu’ils servaient ou pour la propreté, et dans cette intention les exercices eux-mêmes en rendaient l’usage indispensable, ou pour rendre aux corps la souplesse, aux fluides la liquidité, à la peau la perméabilité que de rudes exercices leur enlevaient ; ou pour fournir un nouveau genre d’exercice, aussi propre que tous les autres à fortifier le corps, sans l’épuiser, et à mettre en action tous les membres, Je ne parle pas de ce^juc la sensualité ajoutait de recherchés à tous ces soinsjutiles; la gymnastique ne supposait pas ces délicatesses plus propres à énerver l’homme qu’à le perfectionner. — L’alternative du chaud et du froid produite , soit par l’immersion successive dans des bains de différentes températures, soit par l’affusion de l’eau froide sur un corps qui sortait du bain d'eau chaude ( ca/ida lavalio ) , était une des pratiques le plus habituellement en usage.

Hippocrate, en parlant du régime dans les maladies, et même dans les maladies aiguës, parle des précautions qu’exigeaient les affusions de l’eau froide au sortir du bain, selon les différents genres d’affections auxquels le corps avait été exposé , et Galien traite ce même sujet, ( Gai. Comtn. 3 , in lib. de viclu in acutis , c. 44, ed. de Chartier.) Il fut même un temps où la mode du bain froid fut généralement répandue, et ce fut, à ce qu’il paraît, Antonius Musa, médecin d'Auguste, qui l’introduisit. Auguste avait, dit-on, été guéri par ce moyen.

Celle mode dura, et l’on lit vanité de la hardiesse avec laquelle on se plongeait dans l’eau la plus froide. Sénèque s’en vante, et dit de lui-même, ep. 83 : 1/le tantus psj'chrolutes qui kalcndis januariis inEuripum sahabam. Plutarque et Galien s’élèvent contre l’usage du bain froid, comme j’aurai occasion de l’observer dans la suite.

ha natation même était spécialement «gardée comme une partie essentielle de 1 éducation de la jeunesse; on y attachait la même importance qu’à lu connaissance des lettres : Neque liltcras dirficit nrç nature. Il ne sait ni lire ni nager, disait-on d'un homme qu’on voul.iit designer comme parfaitement ignorant. Les pratiques qui suivaient et accompagnaient l’nsagc des bains n’étaient pas recherchées avec moins de

Soins que les bains eux-mêmes. Les frictions , les maniements multipliés , les pressions sur les parties musculeuses et sur les articles, la forme et la matière des instruments destinés à enlever de dessus la peau les matières qui y restaient attachées après le bain ( strigiles ), les épilatoires, etc. , étaient un objet de recherche que les médecins mêmes ne méprisaient pas ; et Galien , Oribase , Actius , etc. , ne négligent pas de parler de la plupart de ces choses dans leurs ouvrages. Les onctions faites avec les huiles, ou simples ou parfumées, tenaient un rang distingué parmi ces pratiques ; et même, abstraction faiteetdes exercices et des bains, elles étaient habituellement mises en usage par beaucoup de personnes dans toutes les conditions. Tout le monde sait la réponse d’un soldat trèsâgé, sur la demande que lui faisait Auguste des moyens qu’il avait pris pour se conserver en santé : Extus oleo , intus mulso ; l’huile au dehors , le vin doux ou le moût au dedans , dit-il , voulant indiquer qu’il attribuait sa longue et son excellente santé à l’usage des onctions pour se mettre à l’abri de l’influence des vicissitudes atmosphériques sur la transpiration, et à la liberté du ventre , entretenue par l’usage du suc des raisins. — La combinaison des exercices et des bains déterminèrent la proportion et l’heure des repas, en sorte que la seule gymnastique entraînait dans sa considération presque toute l'hygiène. C’est en effet à l’usage des bains généralement établi chez les Romains, et parmi presque toutes les classes des citoyens, qu’était due la coutume de faire du souper ou de la cène, c’est-à-dire du repas du soir , le repas principal , et celle d’être couché sur des lits pour prendre ce repas. Les autres ne pouvaient être que légers pour des hommes qui devaient se baigner le soir, et partager leur journée entre les affaires , les exercices et les bains. Sous le point de vue de la salubrité, l’heure de la cène était également remarquable; elle répondait d’une part à l’issue des affaires , c’est-à-dire au moment où l’homme, fatigué des mouvements de la journée, s’était délassé dans le bain; où toutes les pratiques qui y étaient usitées avaient facilité et complété les évacuations cutanées, et par conséquent achevé la dépuration journalière du corps; enfin, à l'instant où la liberté du corps et de l’esprit était aussi entière qu’elle pouvait l’être. Alors l’ott-

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bli légitime de Ions les soins du jour permettait à une gaîté sans mélange d'animer les jouissances et d'embellir la société de tous les cliarines d’un abandon sans réserve. De l’autre part , la cène était suivie d’un long repos et du sommeil de la nuit ; ainsi il semblait que dans cet ordre tout favorisât la digestion des aliments, et concourût à la parfaite réparation des perles du corps. Les repas du jour ne semblaient destinés qu’à faire gagner plus facilement l'heure de la cène; ils n’interrompaient pas les affaires, et les hommes sobres ne s’arrêtaient et ne s’attablaient pas pour les faire. Auguste, suivant Suétone, dînait dans sa litière avec un monceau de pain et un peu de fruit : En revenant du palais chez moi, dans ma voilure , écrivait-il lui-même, j'ai mangé une once de pain, avec quelques grains de raisins. [Dum lectica ex regia do muni redeo , panis urteiam cum paucis acinis avœ duracinœ comedi .) (Suet. Octav.) Et Sénèque parlant de son dîner (ep. 83), se sert de ces expressions : Panis deinde siccus, elsinc mens a prandium, post quoclnon su/U lavandœ ni anus ; je prends ensuite du pain sec, je dîne sans me mettre à table; mon dîner ne m’oblige point de me laver les mains. Encore qu’on puisse croire que tout le monde n'était pas dans l’usage d’une pareille sobriété, il est néanmoins constant que le prandium n’était qu’un repas léger, et, comme on ne le faisait pas au sortir du bain, on ne se couchait pas pour cela.

L’ordre des mets dans les repas était aussi une affaire d’usage , comme chez nous, et cet usage n’est peut-être pas le plus conforme aux principes sur lesquels doit se fonder l’hygiène. Celse désapprouve la coutume de son temps, au moins quanta ce qui concerne les hommes dont l'estomac est délicat, et il y a beaucoup d’analogie dans la division des différentes parties du repas de ce temps, et celle des différents services en usage sur nos tables. Les anciens, ou du moins les Romains, distinguaient le repas en premières et secondes tables ou services [j/rimœ et sccundœ mensæ). Le premier service était composé de viandes et d’aliments fort nourrissants ; et le second était rempli par des friandises et des fruits. C’est de cette partie du repas que Celse dit •. Sccunda mensa bono slornacho nihil nocct, in imbecil/o coaccscit; si quis itaque hoc parant valet , palmulas, pomaque et similia mcliits primo cibo

assumit. Le second service n'est point à charge aux bons estomacs, mais il est sujet à causer des aigreurs aux estomacs faibles. Si donc quelqu' un se trouve dans ce cas, il fera mieux de commencer par les dattes , les fruits et les autres aliments semblables. Celse, un peu avant , dit aussi qu’il est plus à propos de commencer le repas par les aliments assaisonnés de sel et les herbes potagères : Cibus a salsamcntis, oleribus , similibusque rebus melius incipil. Et dans un autre endroit c’est lui-même qui dit : Imbccillima mater ia est o mue o/us ; les hèrbes potagères sont de peu de substance. 11 blâme donc la coutume déterminer les repas par des aliments légers, et qui n’ont que l’avantage de provoquer l’appétit ou de plaire au palais. — Sans examiner ici jusqu’à quel point cette opinion est fondée, il est toujours remarquable qu’en effet c’est un art perfide que celui de présenter à des hommes rassasiés et déjà suffisamment nourris des mets qui réveillent l’appétit éteint , et qui font naître le désir et le plaisir quand le besoin n’existe plus. Cet art était cultivé chez les anciens, comme chez nous, il y était même cruellement perfectionné, et il paraît que leurs seconds services ressemblaient beaucoup à nos entremets et nos desserts. Quelque légers que soient de tels aliments, s’ils arrivent quand les forces digestives sont saturées, ils doivent éprouver dans l’estomac une altération très-différente de celle que la digestion leur aurait fait subir; c’est celle que Celse indique par le mot coaccscit , à laquelle il faut joindre celle qu’llippocrate exprimait par le mot vxùooiSi; , que j'ai cru devoir entendre des aliments sujets à causer des rapports brûlants ou le fer chaud, ainsi que je pense l’avoir suffisamment prouvé au mot Aliment. ( V oyez Aliment.) — Les considérations sur les habillements et les coiffures chez les anciens appartiennent également aux mœurs et aux coutumes, et n’intéressent pas moins la médecine sous le rapport de l'hygiène. Mais j’aurai occasion de présenter à cet égard quelques réflexions en parlant des mœurs et coutumes relatives à l’hygiène chez les modernes, et en faisant une comparaison des différents systèmes d’habillements en usage chez les différents peuples. — Je pourrais donner encore beaucoup d’étendue à celle partie de l'hisloire physique et médicale des mœurs et des coutumes chez les anciens; mais beaucoup de cho-

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scs que je pourrais ajouter ici cesseraient d’appartenir à l’hygiène publique, et pourront être traitées avec, plus d’avantage et de convenance dans d’autres articles de ce Dictionnaire.

3° Des reglements relatifs à la police publique , chez les anciens.

La portion de la police publique, qui seule doit faire le sujet de nos réflexions, est celle qui est relative à la salubrité des habitations , et en général à la santé des hommes rassemblés dans les villes , les camps, les vaisseaux, etc.; — la position des villes , la direction de leurs bâtiments, la manière dont doivent être percées leurs rues, les dispositions favorablesà leur nettoiement, sont les principaux objets qui ont du fixer l’attention des hommes publics. — L’antiquité nous offre un exemple célèbre d’une ville dont la salubrité fut rétablie en changeant sa situation. C’est la ville de Salapia , aujourd’hui Sa/pe. Vitruve nous apprend que , placée d’abord au nord-ouest d’un marais appelé salapina palus , elle en recevait par les vents de sud-est des influences malsaines ; on la transporta à quatre milles de là, au sud-est de ce marais, auquel, outre cela, M. lfostilius fit donner un écoulement vers la mer; alors toute l’insalubrité qui rendait funeste le séjour de cette ville, se dissipa entièrement.— Hippocrate a consacré une grande partie de son traité de l’air, des lieux et des eaux , à des observations propres à nous éclairer sur cette partie de l'hygiène publique. En déterminant quels doivent être les effets des différentes expositions relativement aux vents, et ceux des situations relativement au sol et aux eaux, il a nécessairement présenté des éléments d’hygiène publique, et posé les bases sur lesquelles doivent reposer les lois ou les mesures de police , relativement à la manière dont il serait à désirer que les habitations fussent disposées.

Vitruve, qui écrivait en Italie, et qui est un des artistes qui ait le plus profondément étudié l’art de construire , nonseulement sous le point de vue de la perfection des édifices, mais encore sous -celui de leur salubrité , donne des préceptes sur l’exposition des villes. Il conseille de les construire sur des lieux élevés, loin des marais. Si elles sont voisines de la mer, il ne veut point qu’elles soient tournées vers le sud ni vers l’ouest, ni pla-

cées dans les expositions qui sont soumises à l'influence des vents chauds. 11 recommande que les celliers et les greniers publics soient exposés au nord, et remarque que leur exposition au sud ne les rend pas favorables à la conservation des denrées. L’inspection des entrailles des animaux, monument de la plus absurde superstition, cesse d’être méprisable quand elle devient un indice de l’influence de l’air , des eaux et des lieux sur les êtres vivants. Vitruve nous apprend que les anciens consullaieut le foie des animaux pour juger de la nature des eaux d’un pays et de la salubrité de ses productions alimenteuses. De là, ils liraient des instructions pour le choix des emplacements les plus avantageux pour la construction des villes. Le volume et le mauvais état du foie sont en effet un indice bien certain de l’insalubrité des pâturages , et de la mauvaise qualité des eaux, qui, surtout quand elles sont stagnantes, produisent chez les vaches cl surtout chez les brebis des maladies désastreuses , dont le foie sont souvent le siège; telle est par exemple la pourriture qui détruit fréquemment les troupeaux dans les pays marécageux ; la raie est aussi un viscère bien susceptible de ces influences, et Jes obstructions de cette partie sont bien communes dans une portion de l’Italie , où Vitruve écrivait. Il parle de deux villes peu distantes, Gnossus et Corlync, qui différaient d’une manière singulière, en ce que dans le territoire de Corlync les animaux avaient la rate très-petite, et qu’elle paraissait au contraire très-volumineuse dans celui de Gnossus. Au reste, dans le cas où l’on ne pourrait éviter le voisinage d’un marais, Vitruve observe que si ce marais est près de la mer, ou s’il est situé au nord ou au nord-est de la ville , il est bien moins malfaisant , soit à cause de la salure des eaux de mer qui s’y mêlent et qui rendent la putréfaction des végétaux et des animaux moins rapide ; soit à cause de la nature des vents qui se chargent de ses exhalaisons, et dont le souille plus froid et plus sec en est le correctif. J1 observe également que les marais voisins de la mer, mais plus élevés que son niveau, sont moins redoutables que les autres , parce qu’ils ont la ressource d’un écoulement qu’on peut aisément leur procurer. Or, il est remarquable que, pour ces raisons , Vitruve observe que le voisinage des marais n’a point rendu insalubre le séjour d’Aquilée, d’Alline et de Rayenne; et ce-

HYGIVNE.

pendant dans ce siècle Lancisi nous dit qu’Aquilée , autrefois, si florissante , si populeuse, si célèbre, a été entièrement détruite , sans que sa perte puisse être attribuée à d’autres ennemis qu’aux pernicieuses exhalaisons des marais qui l’ont dépeuplée : Vix noslro œvo rcliquias oïdium et vcleris fortunœ vestigia retinet, taillis aliis armts eversa quant covrupto ex aquis hœrenlibus acre (De nox. palud. effluviis, /. l, p. 1 , c. 3). Ce n’est pas le seul exemple que l’Italie offre d’un changement physique dans son sol, et le même Lancisi observe que, dans ce siècle , les marais d’Italie sont singulièrement^augmentés en comparaison de ce qu’ils étaient dans les siècles passés, au point que des villes autrefois célèbres se sont perdues dans les eaux : Nos autem in co agimus seculo, in quo enormiler auctæ sunt paludes et eo usque excreverunt , ut celeberrimœ quondam urbes primum innatanlibus aquis obrutæ, dein longa oblivione sepultæ , vix ac ne vix quidem nomen servaverinl posteris mémorandum. ( Ib . de sylva Cislcrnœ et Serminclæ nonnisi per parles excidenda, 23.)

Tout le monde sait quels soins les empereurs romains Jules -César et César- Auguste ont pris pour faire dessécher les marais Pontins, et combien le succès qu’ils ont eu a été de peu de durée, car il paraît qu’ils ont au moins réussi pour le moment , ainsi que le prouve ce passage de l’Art poétique d’Horace :

Slcrilisquc diu palus, aplnquc remis,

Vicinas urbei Mit, et grave sentit aratrum.

Mais leurs travaux ont été détruits par l’abondance des eaux, ainsi qu’il est arrivé depuis aux travaux entrepris parles ordres de Sixte-Quint; et j'ignore si ceux commandés de nos jours par Pic YI ont eu un succès plus complet. Quoi qu’il en soit, cet objet est assurément un des plus importants de l’hygiène publique , et c’est un de ceux dans lesquels l’industrie des modernes ne le cède en rien aux travaux des anciens. La considération dont jouissaient les édiles chez les Romains, Ja nature de leurs fonctions, l’abonilance des eaux qui étaient conduites dans la ville parles aqueducs ; les restes encore subsistants des égoftts destinés à entretenir la propreté; les lieux consacrés aux sépultures situés partout hors des villes ; le soin que César eut de créer des édiles particuliers, appelés céréales, chargés

de veiller à la conservation des grains et à l’entretien des greniers publics , sont des témoignages de l’attention que les anciens ont donnée à tout ce qui peut concourir au maintien de la salubrité.

■ — La santé des hommes rassemblés dans los camp3, dans les vaisseaux et des troupes dans leurs marches , excitait également l’attention publique. On sait que , parmi les provisions dont on chargeait les soldats, on comptait, outre une certaine quantité de riz, une bouteille remplie de vinaigre destiné à être mêlé à leur eau pour faire une boisson salubre et anti-putride , que les Romains désignaient sous le nom de posca. Certainement ce régime devait contribuer à entretenir la bonne santé des troupes; mais on nepeutdouteraussi, indépendamment de la discipline militaire dont l’observation rigoureuse contribue tant au succès des armées, qu’il n’y eut dans les camps principalement une police de salubrité scrupuleusement maintenue ; comment sans cela, dans un grand nombre d’expéditions lointaines, d’une longue durée, et dont quelques-unes ont été partagées par les alternatives de la bonne et de la mauvaise fortune, n’aurait -on pas compté plusieurs exemples remarquables d’épidémies dépopulatriccs dans les armées romaines ?

Hygiène publique des modernes.

Législation.

Ce que les modernes ont fait pour l’hygiène publique ne doit point être cherché dans leur législation ; si ce n’est parmi les orientaux , chez qui les ablutions légales, reste de la législation des Hébreux, réunies aux pratiques de la religion de Mahomet, sont d’accord avec les besoins qui résultent de la chaleur du climat, et sont véritablement importantes pour la conservation de la santé. Les prohibitions légales de certains aliments sont à peu près les mêmes que celles de Moïse; et la proscription du vin , qui chez les Juifs n’était qu’une perfection qu’affectait seulement une secte, celle des Nazaréens, chez les sectateurs de Mahomet est véritablement une interdiction légale ; elle est d’ailleurs si mal conçue que la prévarication est presque universelle, et qu’elle a donné lieu à un autre abus, celui de l’opium, dont les dangers sont bien plus erands que ne peuvent être jamais ceux qui résultent de l’usage excessif des liqueurs fer-

JIVGliiNE.

montées. — Les lois de l’Eglise chrétieune ne doivent point être rappelées ici ; leur but est seulement d’amener l’homme à une perfection morale par des objets sensibles , et de l’écarter des excès par l’abstinence et la tempérance. Les excès de la table surtout lui ont paru la source de presque tous les autres, et ce n’est pas sans raison. Beaucoup de ses institutions pratiques sont semblables à celles de Pylhagore; mais il est arrivé aux unes et aux autres , que les hommes , souvent plus occupés de leur exécution sévère que du but vers lequel elles sont dirigées , dès lors moins religieux que superstitieux , les ont exposées à la risée des gens qui ne jugent que des surfaces, et au mépris de quelques philosophes. Il faut convenir aussi que beaucoup d'usages diététiques introduits dans la discipline de l’Église chrétienne, n’ont pas été assez mesurés sur la salubrité des aliments, et surtout n’ont point été calculés pour tous les climats. Nous nous occuperons encore moins des instituts monastiques, dont plusieurs ont eu pour objet plutôt des privations pénibles que des observances utiles. Les meilleurs sont assurément ceux qui ont écarté l’oisiveté et tempéré la méditation, par les exercices du corps, le travail des mains, et surtout la culture de la terre. Ce sont ceux au moins où la pureté des mœurs s’est le plus long-temps conservée. — Ce n’est donc point dans la législation des modernes qu’il faut chercher les traces d’une hygiène publique.

Mœurs et coutumes. Gymnastique , bains , et régime.

Quaut aux institutions , aux usages et aux coutumes, nous ne trouvons rien chez | les peuples modernes qui réponde aux écoles gymnastiques des anciens ; notre gymnastique militaire n’a rien de comparable à la leur. Les hommes y sont calculés comme les différents points de la surface et de la solidité d’un corps considéré géométriquement ; ils sont dressés 1 à conserver dans ce corps leur ensemble | et leur uniformité , à agir d’accord et comme par l’effet d’un ressort qui imprime h toutes les parties un mouvement isochrone ; mais on ne s’occupe ni de leur conservation individuelle, ni de leur force , ni de leur perfection ; au moins n’y a-t-il aucun usage reçu, aucune loi existante, qui ait cet objet pour fin ; et les soins de quelques hommes de guerre

plus éclairés et plus vigilants que les autres , les écrits de quelques médecins, amis de l’humanité, sont les seuls monuments qui attestent qu’on se soit occupé avec quelque attention du sort de ces victimes humaines destinées à être immolées à l’orgueil et au caprice des grands. — Cependant il faut convenir qu’avant l’invention de la poudre et le nouveau système militaire qui est résulté de son usage, les tournois de la chevalerie formaient au milieu des extravagances féodales, un genre de gymnastique militaire, véritablement utile. Les chevaliers, animés par deux aiguillons bien puissants, la gloire et l’amour, s’exercaient à des combats où la force et l’adresse, triomphant à la fois , les formaient aux courageuses entreprises , et préparaieut à la patrie de valeureux guerriers et des défenseurs in- Lrépides. Mais aujourd’hui qui croirait qu’en Europe, c’est seulement dans le sérail du Grand-Seigneur que l’on retrouve dans l’éducation des jeunes Icoglans, destinés à composer sa garde , les traces d’une institution physique passable ! — On aurait tort néanmoins de ne pas mettre au nombre des pratiques gymnastiques les jeux usités dans nos collèges.

Ceux de la balle, de la longue paume, du ballon, des barres et beaucoup d’autres, en aiguillonnant l’amour-propre par l’honneur d’une victoire due à la fois à la force, à l’agilité et à l’adresse, étaient parfaitement bien inventés pour développer dans tout le corps les puissances musculaires, perfectionner les sens, en augmenter la justesse et la précision , et développer dans l’enfant plus d'un genre utile d’industrie. La paume ressemblait, à beaucoup d’égards, au jeu dont Galien fait l’éloge sous le nom de petite balle.

L’établissement des bains publics et les usages à cet égard ne se sont pas transmis des anciens jusqu’à nous. Les Russes et les Turcs sont les seules nations européennes chez lesquelles il y ait des édifices publics destinés aux bains. Chez les uns et les autres les bains de vapeurs sont principalement usités; chez les premiers on y frappe le corps nu avec des rameaux d’arbre, et au sortir du bain on se jette souvent dans la neige ou dans l’eau froide et glacée. Parmi les Turcs on masse, on pétrit les membres pour leur donner de la souplesse. Ce que nous avons dit des immersions et des affusions d’eau froide au sortir des bains chauds ou de l’étuve laconienne , ressemblait assez à l’usage établi chez les Russes. Celte

30 HYGIÈNE

alternative doit , et endurcir et fortifier le corps, et surtout le mettre à l’abri des effets les plus dangereux des vicissitudes de l’air. — Cet usage eu rappelle un établi chez quelques nations septentrionales, de plonger leurs enfants nouveaunés dans l’eau froide ou dans la neige. Les nations qui habitent un climat plus doux ont voulu imiter cet exemple: les plus forls y résistent et s’en trouvent bien peut-être , mais les plus faibles y succombent. D’ailleurs, il faut songer que l’utilité de cette pratique, pour des enfants qui doivent vivre dans un climat tempéré ou chaud, et au milieu de villes policées, ne peut pas être la même que pour ceux qui doivent vivre à la manière des sauvages, et presque aussi durement, dans un air glacial et environnés de frima ts. Le plus sûr est de les amener par degrés à supporter les vicissitudes de l’air et le lavage à l’eau froide , mais de ne pas les y précipiter au moment de leur naissance, c’est-à-dire à l’instant où ils sortent d’un bain dont la température est de près de 30 degrés. On sait que même le danger des vicissitudes froides de l’atmosphère paraîtd'autaut plus grand qn’on se trouve dans des climats plus chauds; puisque en Amérique l’impression que fait l’air humide et froid, et surtout l’air de mer , rafraîchi par les brises, est une des causes de la fréquence du tétanos ou du mal de mâchoire qui affecte si souvent les nouveau -nés dans les premières semaines qui suivent la naissance , et qu’on ne les en préserve qu’en les mettant à l’abri de ces vicissitudes. ( Foijcz Dazille , Maladies des nègres , et traite sur le tétanos.)

Le peu d’usage que les modernes ont fait des bains a mis dans leurs repas , dans les heures qui leur sont destinées, dans leur mesure respective et la manière de s’y comporter , une différence remarquable d’avec les usages anciens.

Il serait difficile de dire ce que cette différence a d’avantages ou de désavantages. L’habitude devient une loi; et ce que nous avons perdu en cela de plus réel , est la proportion des exercices et l’utilité des bains. — Je n’ai pas intention de parler ici du choix des aliments ni de l’art de les assaisonner. Les modernes se trouveraient avoir l’avantage sur les anciens en se rapprochant de la simplicité, si l’on comparait la cuisine française avec celle dont Apicius nous a laissé des échantillons qui ôtent l’envie d’en essayer. Au reste, l’habitude fait

trouver des délices dans ce qui révolte d’abord un pa lais peu fait à certains assaisonnements. On trouverait mille exemples de cette vérité dans tous les pays et chez toutes les nations. Quel européen peut s’imaginer qu’il soutiendra le goût brûlant de la pimentade, à laquelle il s’habitue cependant quand il a vécu quelque temps dans nos colonies, ainsi que dans les Tndesi’Qui croira que les Perses peuvent supporter habituellement Vassa fœtida , surtout quand il saura que ce suc, tel qu’il nous vient, n’approche pas , pour l’odeur et le goût , de cc qu’il est dans le pays où on le recueille. Ce r ju i mérite en apparence plus d’attention , c’est le changement qui, ce semble, aurait dû résulter ou de certains aliments universellement adoptés , ou d’autres substances dont l’usage a été introduit à différentes époques dans la vie commune; telles sont les liqueurs fermentées, les liqueurs spiritueuses, le thé, le café, le chocolat, le sucre ; tel est l’usage du tabac si universellement établi depuis plus d’un siècle, et connu depuis près de deux. On sait assurément bien quels effets généraux ces substances produisent sur les individus; mais il est bien impossible de dire quels changements en sont résultés pour l’espèce , et si la vie des hommes est accrue ou diminuée , si leur santé est plus ou moins constante depuis l’introduction de leur usage. Rien dé remarquable n’a été observé à cet égard, si ce n’est que l’usage très-général du café a certainement diminué dans une nombreuse classe d’hommes l’abus des liqueurs fermentées.

Quant à l’examen particulier des différentes sortes d’aliments ou d’assaisonnements, on en parlera assez au long dans leurs articles particuliers, oyez Aliments.) Il faut aussi chercher aux topographies les régimes des différents peuples, déterminés, soit par les localités, soit encore davantage par l’influence des climats, dont l’effet, faisant varier les besoins des habitants, contribue à rendre plus général l’usage de certaines substances moins universellement employées parmi d’autres nations. Les considérations nombreuses qui en résulteraient donneraient à cet article une beaucoup trop grande étendue.

Je n’ai pas parlé, parmi les coutumes anciennes, des habillements; ce n’est en effet que dans les coutumes modernes qu’on rencontre à cet égard des usages très-éloignés de l’ordre de la nature , et

HÏG1ÈNE.

dont l’effet intéresse éminemment la santé et la vie. La seule chose que nous ayons « remarquer chez les anciens relativement à la façon de se vêtir, est la différence entre les costumes de< peuples occidentaux et septentrionaux, et celui des nations méridionales et orientales, de même qu’entre les habillements de guerre et ceux de paix. L’habillement long-, lâche , et seulement retenu par une ceinture, était l’habillement de paix chez tous les peuples de l'Orient et du Midi, même en Europe. 11 est encore de nos jours chez les Turcs, et les Russes mêmes en ont conservé l’usage. L’habillement de guerre était toujours et plus juste et plus court , pour se prêter à la célérité des mouvements et la promptitude de l’action. Cet habillement court a toujours , au contraire , été l’habillement de paix et de guerre, à quelques légères différences près, parmi les peuples septentrionaux , comme les Gaulois , les Germains et les Scythes, peuples guerriers, inquiets et actifs. Partout cependant les femmes portaient l’habit long , et l’on sait que chez les Scythes , dans une maladie dans laquelle les hommes perdaient l’énergie de la virilité ( fæmininus morbus), ils quittaient les habillements de leur sexe , et prenant l’habit long , ils se rangeaient parmi les femmes, adoptant aussi leurs travaux et leurs ouvrages. — Il est cependant encore, relativement aux vêtements des femmes, une observation importante. Quoique l’habit long ait été généralement adopté comme l’habit distinctif du sexe, une différence remarquable distinguait encore l’habit septentrional de l’habit oriental et méridional. Celui-ci a toujours été fait de manière, I qu’attaché et reposant sur les épaules, il I tombait de là flottant sur tout le reste du corps, rclcnu seulement par des ccintu- | res, soit au-dessous du sein, soit au-desj sus des hanches. L’habit septentrional,

* au contraire, a toujours été divisé en deux

• parties , l’une couvrant la moitié inféi rieure du corps jusqu’aux pieds, et s’ati tachant au-dessus des hanches, formant I ce que nous nommons la jupe; l’autre i s attachant au-dessus des épaules, s'ap- ! phquant plus ou moins juste au corps

jusqu à la ceinture , et retombant plus ou moins bus par-dessus la jupe. La jupe principalement est le caractère distinctif de 1 habillement septentrional et occidental. Et voici en quoi cette observation est importante.

Les femmes attachant leur jupe au-

dessus de leurs hanches, ont du la tenir un peu serrée pour l’empêcher de s’échapper et de tomber. Le froid les a contraintes d’en mettre plusieurs, et les hanches ont paru grosses, tant par le nombre des jupes, que par l’épaisseur que leurs plis , rassemblés vers la ceinture, leur ont donnée nécessairement en cet endroit; le contraste de cette épaisseur avec l'effet du juste , s’appliquant au corps jusqu’à la ceinture, a donné l’idée des avantages et des prétendus agréments d'unetaille fine et élancée. Ces avantages devenant plus remarquables par l’opposition des hanches extraordinairement renflées, les femmes ont cherché à outrer ces contrastes pour faire valoir leur taille; elles n’ont pas seulement ridiculement surchargé et enflé leurs hanches, elles ont contraint et serré, outre mesure , la partie du corps qui les joint; de là les corps de toutes les espèces , c’est-à-dire ces moules étroits dans lesquels on s’est efforcé de modeler la poitrine et le ventre en comprimant les os du thorax , et leur faisant prendre, au lieu de leur forme naturelle évasée païen bas, celle d’un cône renversé. De là la compression des viscères et mille maux dont on aura traité dans d’autres articles de cet ouvrage.

On a bientôt adapté ces extravagances dangereuses aux corps des enfants, parce qu’on a été curieux de faire croître leurs poitrines délicates dans des étuis qui leur imprimassent des formes que la nature n’a pas avouées. On s’est aussi persuadé que le corps des enfants avait besoin de ces soutiens superflus ; et trompées par la faiblesse que ces funestes machines leur faisaient contracter, les mères ontaccusé la nature, ont cru la rectifier, en ont affaibli les puissances, pour avoir le droit malheureux de les suppléer. Rien n’est cependant plus ferme et plus robuste que l’enfant qui s’est développé sans gêne et sans rontrainfe; tous ses muscles exercés à balancer son corps et à en maintenir l’équilibre, prennent de bonne heure le volume qui leur est necessaire, et 1 habitude d’une action qui les fortifie. Tandis que, chez l’enfant continuellement étayé et contenu dans une gaîne raide et inflexible , les mêmes muscles, dans une inaction contre nature, n’acquièrent ni la force ni le volume qu’ils doivent avoir, et l’enfant fléchit, sitôt qu’il cesse d’être soutenu. D’erreurs en erreurs, ou a cru ne pouvoir prendre trop tôt ces funestes précautions, et les

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maillots dans lesquels on a garrotté les enfants nouveau-nés, en ont fait dès le berceau des espèces de momies immobiles , dont les cris perçants et douloureux réclament en vain contre ces outrages faits à la nature. En vain, quand on était obligé de les délivrer de ces entraves pour les débarrasser de leurs ordures, témoignaient -ils par leur joie et leur calme l’horreur que leur inspirait celte barbare coutume; le préjugé, également insensible à l’expression de leur plaisir comme à celle de leur souffrance, se hâtait d’abréger leur bonheur en leur rendant au plus tôt ces pénibles liens. On étouffait leurs cris renouvelés par les seeousses données à leur berceau, et le sommeil amené par l’uniformité du mouvement, ou le silence nécessité par l’inutilité de la plainte , en imposait enfin à la mère, sous les fausses apparences d’un calme trompeur. — Inutilement les médecins ont-ils réclamé contre ces abus ; il a fallu la voix imposante d’un homme qui put prêter un nouveau langage à la froide raison, dont les reproches énergiques fissent rougir la sottise elle-même, et qui sut confondre l’homme en le mettant vis-à-vis de la nature. Moins curieux que les physiciens, de calculer, de démontrer et de convaincre, Rousseau sut commander et se fil obéir. Il sut aussi rappeler les femmes à ce devoir si touchant quelles confiaient presque toujours à des nourrices mercenaires, en leur montrant quelles véritables grâces parent une mère qui ouvre son sein à son enfant, et qui ne lui refuse point cet aliment que la nature prépare pour lui. Il rendit ainsi nos corps à la liberté et les mères à leur devoir. La philosophie triompha de la vanité. Cependant, disonsle à la gloire de son style, mais à la honte de l’humanité, l’enthousiasme eut plus de part à ce triomphe que la raison.

En effet, le Français, trop vif pour s’arrêter d’abord au but, trop impétueux pour connaître assez tôt les mesures de la sagesse, exagéra les préceptes du philosophe (hélas! que n’a-t-il pas exagéré !), et se méprenant sur la force de l'impulsion qu’il avait fallu lui donner pour l’arracher à ses habitudes, il s’abandonna sans frein aux excès contraires. Il crut qu’on pouvait traiter un jeune et tendre élève encore tiède et tout humide du sein maternel , comme un soldat qu’on endurcit aux frimats de l’hiver et aux rayons brillants de l’été ; il méconnut à cel égard les leçons mêmes des animaux.

Il se méprit autant pour son esprit que pour son corps ; il prit la licence pour la liberté, il abandonna son élève au lieu de le diriger , et surtout il ne sut pas que l'enfant imitateur reçoit sa premièie éducation de l’exemple, et qu’il ne faut pas attendre de la sagesse et des vertus de celui qu’on environne du spectacle de toutes les erreurs et de tous les vices. Au moins résulta-t-il de cette célèbre révolution une vérité consolante : c’est que les racines des préjugés ne sont pas toujours aussi profondes qu’on le pense. — Les vêtements de tête présentent, à l’égard des hommes de l'Orient et ceux de l’Occident, des hommes du Nord et du Midi , des différences assez remarquables et conformes aux différences observées à cet égard entre les habillements. Les hommes du Midi et de l’Orient, de l’Europe et de l’Asie, ont eu en général, et ont encore habituellement la tête couverte. Ils vont même jusqu'à retrancher les cheveux que la nature leur a donnés , pour y substituer les turbans et bonnets. Ceux du Nord et de l’Orient ou ont la tète découverte, ou l’ont couverte seulement passagèrement. Nos chapeaux, que long-temps même nous n’avons portés que par contenance et sans nous en servir, ne nous servent que momentanément, et nous ne les gardons guère dans l’intérieur. Les Turcs et les Arabes , au contraire , conservent constamment leur coiffure. La tiare et la mitre des Mèdcs chez les anciens étaient également une couverture habituelle, quoique ces peuples conservassent leurs cheveux. Le bonnet phrygien se conservait toujours, tandis que les Grecs allaient tète nue. Les Romains ne se couvraient la tète à la ville , dans les plus grandes ardeurs du soleil, que d’un pan de leur manteau, les gens de campagne seuls avaient la fête couverte ; et dans la ville, le bonnet qui chez nous est devenu le symbole de la liberté , était à Rome la marque distinctive des esclaves. Ecul-êlre même l’usage de mettre un bonnet au haut d’une pique , pour signaler l’époque de la délivrance des peuples , usage assez ancien , ne représente-t-il véritablement que le trophée de l'affranchissement , et n’a-t-il été imaginé que pour signifier la destruction de l’esclavage, dont l’emblème est le bonnet, par le courage et par la puissance des armes désignés par la pique ? Il est naturel qu’en comparant les Grecs et les Romains fondateurs de la liberté européenne,

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à des peuples vivant sous le joug du despotisme, on ait affecté de caractériser la différence de leurs gouvernements par les différences les plus apparentes de leurs modes et de leurs usages. Mais, à part les idées politiques , il paraît qu'en général les hommes ont mieux senti la nécessité de se mettre la tête à l'abri des ardeurs d’un soleil brûlant , que de l’impression du froid et des frimais. On voit également cette différence dans l’opposition que présente Xénophonentreles usages des Mèdes à cet égard et des anciens Perses qui habitaient un pays montueux et sauvage. Quant aux effets que dut produire sur le corps, et sur la tète en particulier, la différence de ces coutumes, ce n’est peut-être pas ici le lieu de les apprécier complètement; on connaît la remarque d’Hérodote sur la différence observée entre les crânes des Egyptiens et des Perses tués dans une action. Les têtes des Egyptiens, habitués à supporter dès l’enfance l’ardeur du soleil, la tête nue et rasée, offraient des crânes plus durs et plus épais que les têtes des Perses, accoutumés à avoir cette partie couverte de coiffures épaisses.

L’usage de se raser la tête dans la plupart des pays où on la conserve couverte par un grand appareil de coiffures, tient peut être plus à la propreté et à l’épargne des soins qu’à toute autre raison, parmi des nations qui soignent extrêmement leur barbe; tandis que, parmi les nations européennes, on a généralement sacrifié le soin de la barbe à ceux de la chevelure. — On pourrait ici ajouter un mot surles restes d’une mode long-temps adoptée parmi les Européens, de faire, de leurs cheveux pétris avec le- suif de mouton et l’amidon , un massif imperméable dont ils couvraient tout le cuir chevelu. Une pareille description ne paraît convenir qu’à des Hottentots; et c’est cependant ce que nous avons tous vu sur les têtes de nos pères et sur les nôtres, Nous croyons encore qu’il est utile de graisser notre chevelure avec du suif, de l.i saupoudrer avec de l’amidon, et la crasse épaisse qui s’amasse dans leurs interstices nous paraît un aliment utile à leur accroissement et à leur conservation. L’évaporation abondante qui s exhale de la tète, dans toute 1 étendue de la chevelure, nous paraît Sans doute une évacuation inutile; et, comme 1 habitude d’un usage en diminue les inconvénients ( par un effet de nolrç organisation et des suppléments

Hygiène.

que la nature prévoyante semble avoir préparés pour réparer nos erreurs), nous croyons que les besoins que nous nous sommes faits sont le vœu de la nature. Mous ne songeons pas que les anciens et les Orientaux n’ont rien fait de cela, cl que, cependant, leurs femmes ont egalement eu soin de leurs cheveux comme d’un des ornements les plus avantageux de leur beauté. Leur recherche la plus industrieuse n’a été que jusqu’à les parfumer et à les assouplir avec des huiles légères , jamais jusqu’à les pétrir. Aujourd’hui cependant ces absurdes usages commencent un peu à vieillir, grâces à la mode; car, ne nous y trompons pas, c’est le plus souvent à la mode que la raison doit ses triomphes.

Police relative à la salubrité publique.

La vigilance des administrations sur différents objets de salubrité publique est peut-être un des points dans lesquels les modernes soutiennent le plus avantageusement le parallèle avec les anciens.

Lazarets , hôpitaux et mesures preservatives.

Un des articles les plus important de la police publique est l’éloignement des maladies contagieuses. Les lazarets, établis dans les ports de la Méditerranée pour soumettre les bâtiments marchands aux épreuves de la quarantaine, ont garanti l’Europe d’un fléau qui ravage périodiquement les côtes orientales et méridionales de cette mer, et dont les atteintes contagieuses ont désolé en différents temps Marseille, Me.sine, Naples et Rome. Le quartier des Francs , à Constantinople, est préservé le plus souvent de celte désastreuse maladie par une séquestration exacte ; tandis que le Turc, rassuré par le dogme de la prédestination, laisse moissonner ses frères, et meurt luimême victime de son aveuglement. Ainsi, la séquestration est le seul préservatif que la police publique puisse employer pour écarter la contagion pestilentielle. L’administration du laza et de Marseille a fait publier le détail des soins qu elle emploie a cet effet. Dans le siècle dernier, le cardinal Gadakli fil imprimer un ouvrage volumineux sur les moyens employés à Rome pour arrêter les progrès de la peste de 1G50 qui, apportée de la Sardaigne eu Italie, pénétra

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à Naples, à Civita-Vccchia et à Rome.

Cet ouvrage curieux de police publique est intitulé : — • Hieronymi... cardinalis Gastaldi... Tractnlus de avcrlenda et projligancli peste, polilico-legalis , eo lucubratus (empare quo ipse tœniocomiorum primo , mox sanilatis commissarius ge neralis fait, peste itrbcm in vadende cwtio MDCLV^I. — LF II, ne nuperrime Goritiam depopulante , typis commissus .In-folio. Bononice , 1 G 8 4 , e Came rat i typographia manolessiana.

Cet ouvrage est rare et mérite d’être consulté, d’autant que la peste dont il parle n’a pas été citée dans le recueil sur la peste de Marseille, publié par Cbicoyneau, et qu’il contient aussi une liste plus complète que ce dernier des maladies contagieuses qui, dans différents siècles, ont ravagé la terre, et ont été désignées sous le nom de pestes. Le recueil de Cbicoyneau est aussi un monument de police publique. La seconde

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