‹ Encyclopédie des sciences médicales (volume 2)Chapitre 5 sur 58 · partie en contient les principes exposés · texte numérisé non relu

partie en contient les principes exposés

avec quelque étendue. Quand on considère le peu de ravages que la peste a faits dans l’Europe chrétienne, depuis 17^0 comparés avec la fréquence de ses invasions avant cette époque, on ne peut douter de l’importance et des succès de cette partie de la police publique, et de l’utilité des lazarets construits pour eu écarter la contagion.

Les établissements relatifs a la préservation de la peste, beaucoup trop modernes, si l’on considère le nombre demala-

dies contagieuses de cc genre qui ont désolé l’Europe et l’univers en général, rappellent un établissement plus ancien, et dont on ne trouve plus de traces, parce que le fléau contre lequel il était dirigé a presque entièrement disparu de l’Europe; c’est celui des maladreries.

Lcs croisades avaient introduit la lèpre

en Europe, et le préjugé de la contagion lépreuse avait détermine a opérer a séquestration des infortunes qui en étaient atteints, et à les réunir dans des hôpitaux construits à cet effet. La maladie a disparu, plutôt peut-être parce que le climat n’était pas propre a sa génération, nue par l’effet des soins employés pour s'opposer à sa propagation ; en effet, il est bien reconnu que, dans nos climats au moins, cette maladie n est aucunement contagieuse. Quoi qu i en soit, cet établissement des maladreries a donné, du moins en partie, Naissance aux hôpitaux, sur l’utilité desquels on n aurait pas élevé des doutes raisonnables, si 1 on eut

pensé de bonne lieurc que plus ces établissements sont vastes et plus ils sont détestables , et si l’ambition de présenter aux yeux des voyageurs superficiels une masse énorme, portant l'étiquette de la bienfaisance nationale, n’eut pas fait perdre de vue la vraie manière de les rendre utiles et d’en perfectionner l’administration. On le sent maintenant , et sans doute les mesures déjà proposées de toutes parts par les médecins instruits trouveront bientôt leur exécution. On divisera les grands hôpitaux, on formera des hospices, et on établira autant qu’on pourra des secours à domicile ; on ne donnera aux premiers que l’étendue nécessaire pour recevoir d’une manière salubre les pauvres qui n’appartiennent à aucun arrondissement, ou qui sont affectés de maladies dont le traitement exige des secours que l’on ne peut administrer que dans de grands établissements ; les seconds, réservés aux pauvres, dont le domicile est trop insalubre ou trop incommode, seront proportionnés à la population des arrondissements circonscrits auxquels ils seront destinés. Enfin, tous les pauvres qui pourront être secourus et soignés chez eux ne seront envoyés ni à l'hospice, ni à l’hôpital. Alors on pourra organiser un système de secours vraiment salutaire, et le soumettre à une administration véritablement bienfaisante; quelque liixe apparent qu’il y ail dans la plupart des hôpitaux établis actuellement parmi nous, il n’en est presque aucun qui n’ait de très-grands vices, relativement à l’administration économique , à l’administration des secours et des remèdes , ou à la salubrité des dispositions locales. En Italie, en Espagne surtout , toutes les commodités y sont réunies et portées même, à ce qu’on dit, jusqu à une superfluité déraisonnable : l’oisive indigence y trouve un asile qui favorise son inutilité. On fait un grand éloge de ceux de Vienne et surtout de ceux d’Angleterre. Un jour viendra sans doute où nous n’aurons rien à leur envier; déjà, pour ce qui est des hoqiiccs et des. secours à domicile, d estimables et d utiles établissements avaient honoré l’humanité française. On sait de quels succès ont été couronnés les travaux de cette institution si respectable et si touchante, connue long-temps sous le litre de charité' maternelle. Puisse l-cllc reparaître parmi nous, y resserrer encore les liens de la première des unions, et con-

HTGIÈNE. 35

sei*ver des citoyens â la patrie, en consolant les mères et leur faisant bénir leur fécondité!

C’est à cette respectable association que l’on doit la conservation 'd’un grand nombre d’enfants que la dépravation. des mœurs, l’infortune, ou la honte, accumulaient dans l’hospice des Enfants-Trouvés , et qui y trouvaient presque tous une mort inévitable. C’est dans le même temps que la vigilance des magistrats s’occupa d’une grande expérience, dont les résultats,quoique peu favorables, instruisirent du moins d’une vérité importante. C’est que l’éducation des enfants sans nourrice, ou l’allaitement artificiel, est impraticable dans un établissement en grand ; qu’il y manque la condition la plus essentielle au succès de cette difficile opération, la communication immédiate de la mère et de l’enfant, et cette espèce d’incubation qui fournit une portion de la chaleur animale nécessaire au nouveau - né dans l’enfance des organes pulmonaires. Cette épreuve , vraiment patriotique , nous a instruits de la différence qu’il y a entre l’allaitement artificiel, pratiqué souvent avec succès dans les maisons particulières, entre les mains, sur les genoux, dans le sein même des parents, et le même allaitement, essayé infructueusement , quoique en apparence avec toutes les conditions nécessaires au succès, sur des enfants réunis, confiés à des femmes, dont tous les soins et toute la vigilance se bornaient nécessairement à veiller sur leurs berceaux et à leur distribuer avec exactitude et régularité la nourriture réputée la plus appropriée à leur âge. Combien cette triste vérité a-t-elle dû redoubler encore notre reconnaissance pour les fondateurs d’une société conservatrice des vertus des mères et de la vie des enfants ? — C’est encore dans le même temps que se sont formés des établissements pour le traitement des enfants qu'on .supposait infectés en naissant d’un -vice qui ne devrait pas du moins flétrir l’innocence.

C était un objet bien digne de la curiosité des hommes qui se livrent à l’art de conserver et de guérir, que l’épreuve faite en grand delà possibilité de faire passera la fois, du sein d’une nourrice infectée, dans le corps de l’enfant malade, et l’aliment etle remède. Uans de pareilles entreprises, le défaut de succès n’autorise pas les reproches, et ne doit point ralentir le zèle ; ce n est que parmi ceux qui rêvent le bien de l’humanité que sç ren-

contrent ses bienfaiteurs. — Mais notre siècle, en disputant aux siècles passés la gloire des découvertes utiles à la conservation des hommes, pourra présenter dans la liste des siennes cet art de préserver des générations entières d’un des fléaux les plus destructeurs de la population, de la petite-vérole. L’inoculation, dès long-temps pratiquée pour préserver la beauté chez une nation barbare, pour laquelle la beauté est un commerce, paraît bientôt digne de l’attention des philosophes et de l’élude des médecins. Une femme vraiment forte, et dont les grâces étaient encore au-dessous de l’esprit et du caractère, lady Wortley Montagute, s’expose elle-même à l’épreuve ; ses enfants la suivent ; elle voit dans ce succès et le salut de son pays et l’avantage de l’Europeentière. Une heureuse expérience étonne tous les esprits, surmonte toutes les réclamations, étouffe tous les préjugés : dux femina facti. D’autres développeront suffisamment, et beaucoup mieux que moi, cette célèbre histoire ; ils parleront de l’établissement, vers 1750, d’un hôpital pour l’inoculation des pauvres à Londres, de l’introduction de l’inoculation dans l’hôpital des Enfants - Trouvés de la même ville, des réglements établis dans l’Ecole-Militaire de France pourl’inoculation des élèves ; ils exposeront les réglements de la société d’inoculation de Chester; ils célébreront cette opération pratiquée surtant de milliers d’individus, dans des villages entiers de la Franche-Comté, par le courageux Girod, que les habitants de celle contrée, délivrés pendant long temps du lléau de la petite-vérole, regrettent et révèrent encore comme leur père. Et en faisant des vœux pour que les peuples libres et éclairés se livrent volontairement à cette pratique salutaire, ils célébreront aussi l’heureux emploi d’une puissance absolue sur des nations encore stupides et ignorantes, en parlant des moyens employés par Catherine 11 pour forcer scs peuples à recevoir ce bienfait. Le sceptre du despotisme, remis entre des mains bienfaitrices, cesse donc quelquefois d’être un fléau pour l’humanité !

Des prisons et des maisons de travail.

Les prisons, ainsi que les hôpitaux en réunissant un grand nombre d’hommes réunissent et développent les causes les plus actives de la mortalité. Mille fois on a répété l’histoire des assises d’Oxforl

HYSIÈN'E.

et clés cachots de Calcutta ; et, peu de temps avant l’époque de la révolution, nous avons été témoins des mêmes désastres, dans les prisons des contrebandiers, dans la ville de Lorient. Les soins nécessaires pour conserver la salubrité sont donc une dette de la société, non moins envers l’homme accusé ou coupable, qu’envers l’homme infirme et indigent. Les prisons et les hôpitaux ont exci té l’active sollicitude d’un des plus célèbres amis de l’humanité, d’un des meilleurs citoyens du monde, de l’estimable et vénérable Howard. Un seul homme, peut être, depuis que le monde existe, n’a voyagé ni pour se distraire, ni pour admirer les monuments des arts, ni pour jouir du spectacle varié de la nature, ni pour en examiner les productions et les richesses, ni pour observer le caractère et les mœurs des nations, ni pour étudier leurs gouvernements ou pour en épier les secrets, ni pour aucun avantage ou pour aucun intérêt personnel, mais seulement pour le bien de l’humanité , pour visiter les retraites de l'affliction et de la misère, et présenter aux hommes le tableau de ce qu’ils ont fait pour le malheur de leurs semblables, et de ce qu’ils auraient dû faire pour leur bonheur.

Quelle grande leçon donnée par un homme à l’univers! Le système des prisons est encore plus éloigné de sa perfection que celui des hôpitaux ; cependant, sur les uns et les autres, des compagnies savantes ont déjà, parmi nous, donné d’excellentes réflexions qui, sans le malheur des temps, auraient sans doute utilement éclairé la sollicitude des gouvernements.

Plus heureux que Howard et nou moins ami de l’humanité , l’estimable Benj. Thomson, comte de Rumford , a vu , par ses soins et sous ses yeux , se former en Bavière des établissements de charité, où tout ce qui peut rendre l’homme sain , heureux et bon, est soumis au calcul le plus exact et à l’épreuve de l’expérience la plus démonstrative. Là , dans un des pays de l'Europe où la mendicité dégradait et détériorait le plus l’homme et dans scs dispositions morales et dans sa constitution physique, il a su rendre l’oisif au travail , l’homme dépravé à la verlu , l’indigent à l’aisance et au bonheur. Là , lo mendiant , arraché à la paresse, a 1 inutilité , à la malpropreté , aux infirmités , aux vices et au mépris , bénit son bienfaiteur, heureux de jouir de la vie , de la devoir à sou travail, et de recevoir uu

men l salubre sans humiliation et sans remords.

De la salubrité des villes , des camps et des vaisseaux ; des colonies , des desséch ements.

Partout où les hommes se sont réunis , il a fallu surveiller la salubrité des enceintes qui les rassemblaient. Les lieux publics , les temples , les salles de spectacles, les camps, les vaisseaux, les villes, ont dû de tous temps exciter cette surveillance. Haies a donné le premier l’idée des ventilateur propres à renouveler l'air en accélérant son mouvement. Ces instruments ont été employés dans différentes occasions et sur les vaisseaux , et on les a construits de beaucoup de manières. Mais la théorie du feu, mieux connue, a fourni des moyens encore plus efficaces de remplir le même but , et dans l’épuisement des immondices , soit dans les égouts publics, soit dans les habitations privées, la réunion de ces deux moyens a servi utilement à écarter et les dangers des émanations nuisibles et les désagréments d’une odeur infecte. Mais c’est principalement sur l'art de construire les bâtiments, d’y préparer à l’air et ses accès et ses issues, que se fonde la salubrité des édifices. C’est aussi à l’art de ménager les percées des rues , de disposer les places publiques et d’entretenir une libre circulation de l’air, que l’on doit en partie celle des grandes cités. N’hésitons pas à rendre justice à des hommes auxquels nous devons le bienfait précieux d’un air libre et pur ; quoique , cédant à la force des circonstances , ils aient fui leur patrie agitée, n’oublions pas que c’est au baron de Breteuil , que nous devons la liberté des ponts et des quais sur une rivière qui porte la fécondité et l’abondance dans une des plus belles villes de l’Europe; que c’estsousson ministère, fécond en grandes et utiles entreprises , que le ministre de la police a changé au milieu de nous un cimetière impur , un charnier dégoûtant, hérissé de tous les attributs affligeants de la destruction , en une place vaste, ouverte à un commerce actif, à un air salubre, que, malgré les appréhensions de la timidité , et les réclamations des préjugés, l’exhumation de tant de milliers de cadavres s’est faite sans accident, sans tumulte, dans la plus grande décence; que les mouvements d’une grande population n’en ont point

HYGIÈNE

été intorceplés, les yeux n’ont été frappés d’aucun spectacle affligeant, la santé publique menacée d’aucun désastre alarmant , et qu’au milieu de ce travail pénible , conduit avec tant de sagesse et de succès , l’œil curieux de l’observateur a pu encore, avec sécurité, pénétrer les mystères de la nature dans la destruction lente des êtres, et y puiser des connaissances précieuses sur des métamorphoses dont les produits seront quelque jour peut-être la source d’utiles découvertes.

La santé des soldats établis dans les camps, des gens de mer réunis dans les vaisseaux, a donné naissance à beaucoup d’ouvrages utiles , et les observations de Pringle à cet égard ont acquis une grande réputation. Lind , Poissonnier et Pringle avaient éclairé les navigateurs par leurs observations et leurs théories sur le régime des gens de mer , lorsque l'immortel Cook a prouvé par l’expérience combien ces préceptes , observés avec intelligence , pouvaient avoir de succès, et a donné un exemple nouveau dans ce genre à l’Europe , en ramenant d’un long et périlleux voyage tout l’équipage de trois vaisseaux , sans avoir perdu plus d’un homme , que la faiblesse de sa santé menaçait déjà en partant d’une mort prochaine.

Des ouvrages estimables ont éclairé les Européens sur la manière d'éviter les dangers qui les attendent dans leurs colonies , établies dans ces climats brûlants où la soif de l’or leur a fait supporter les influences d’un ciel qui n’était pas fait pour eux. La terreur qu'inspirent les maladies les plus désastreuses les en eût chassés dès leurs premières tentatives, si l’avarice savait craindre la mort. Mais surtout il fallait leur apprendre à conserver ces malheureux esclaves qu'ils arrachaient à l’Afrique , et qu’ils condamnaient à arroser de leurs sueurs une

terre étrangère qui n’est féconde que pour leurs maîtres. Le C. Dazillc est un de ceux qui ont rempli cette dernière tâche avec le plus de succès dans ses observations sur le tétanos et sur les maladies des nègres, et les colonies lui ont du la conservation de beaucoup d’hom- "’cs. Mais tous ces travaux font plus d honneur à l’esprit d’humanité et aux talents de quelques hommes estimables , qu a la vigilance des gouvernements. Ce sont les travaux publics et les législations utiles qui seules peuvent honorer les administrations.

Presque partout on entend long-temps

la voix des philosophes et des hommes instruits avant de voir la main bienfaisante des administrateurs répandre la consolation dans le sein des malheureux. Les ouvrages de Lancisi ont long-temps existé avant que l’on sentit dans le reste de l'Europe combien il était utile de faire disparaître aux environs des villes et des habitations nombreuses ces foyers de dangereuses émanations , qui donnent naissance à des maladies presque aussi dépopulalrices et peut-être plus insidieuses que la peste , aux fièvres intermittentes malignes. C’est cependant à la sollicitation des gouvernements d’Italie que ce célèbre médecin composa ses traités dont la collection est intitulée : De noxiis paludum effluviis , et la dissertation remarquable de Sylva. Serminelœ non nisi per paries excidenda. Les travaux des marais Pontins ordonnés par Sixte -Quint, et l’ouvrage du cardinal Gastaldi , déjà cités, attestent aussi que c’est en Italie que le gouvernement s’est le plus tôt occupé de ce genre de travaux importants pour la santé des citoyens.

Cependant ce n’est que de nos jours qu’on a exécuté, aux environs de Rochefort, les travaux nécessaires pour changer les influences de la température d’un pays depuis si long-temps insalubre et marécageux, et l’Europe, ainsi quela France, présentent encore de grandes surfaces couvertes de marais inutiles et malfaisants ! En Piémont et dans le Milanais, on s’est occupé de faire des lois pour éloigner les rivières des grandes villes , dans la crainte que leurs émanations ne nuisissent aux habitants des cités; et, frappé du triste spectacle des maladies qui accablent les malheureux cultivateurs du riz, et qui abrègent de moitié la durée de leur vie , a-t-on songé à examiner s’il est des moyens de multiplier cet aliment précieux à de moindres frais , et sans dépenser, pour le perfectionner et le récolter, quarante ans de vie dans une nombreuse population? O habitants des villes, c’est pour vous qu’on fait de pareils sacrifices ! et c’est autour de vous encore que se réunissent toutes les sollicitudes des gouvernements pour écarter toutes sortes d’influences nuisibles; c'est pour vous seuls qu’on s’est occupé du nettoiement des voies publiques ; c’est pour vous qu’on prépare des promenades magnifiques et salubres, et qu’on éloigne de dessous vos yeux ces profonds réservoirs où vont se détruire vos restes inauimés ! C’est encore pour vous que

HYGIENE

l’on creuse (les égouts artistemont construits , plus habitables que la cabane du pauvre, et que s’élèvent à grands frais des canaux destinés à verser des eaux salubres, soit que vous en deviez la construction à la vigilance de vos magistrats ou à l’active industrie de vos concitoyens. C’est enfin autour de vous que l’hygiène publique est véritablement étudiée et mise en pratique , et cependant, avec celte différence, dont il ne nous est .plus permis d’accuser les vices d’un régime détruit ; avec cette différence , dis-je , que les quartiers où gémit la misère , où se réfugie l’industrie pénible et laborieuse, semblent oubliés ou délaissés, tandis que les recherches les plus superflues se multiplient autour de l’opulence et de la mollesse. En vain, avons-nous vu les échanges les plus inattendus des vicissitudes de la fortune. Tout a changé autour de nous , excepté l’insouciance pour les malheureux. Que l’indigent use donc de sa liberté, non pour se livrer aveuglément aux excès tumultueux d’une inutile fureur , non pour se venger de l’oubli par la destruction , mais pour réclamer hautement et noblement les soins qu’on lui doit, pour montrer, auprès des somptueux édifices d’une ville opulente, l’obscénité d’une rivière fangeuse (1 ), qui circule au milieu de scs asiles , et dont le cours aurait pu être utilement rectifié, les eaux épurées, et les bienfaits n’être point empoisonnés par des miasmes dangereux, et cela sans faire autre chose que de consacrer à cet objet utile des trésors prodigués tant de fois pour de coupables usages.

Histoire de l'hygiène privée.

De l’hygiène avant l’âge d’ Hippocrate.

L’hygiène privée est celle qui détermine, par des règles déduites de l’observation, dansquclle mesure l’homme qui veut conserver sa santé doit , selon son âge, sa constitution et les circonstances dans lesquelles il se trouve , user des choses qui l’environnent et de ses propres facultés, soit pour ses besoins, soit pour ses plaisirs. Ces règles sont , ou générales et déduites des lois universelles de l'écono-

(1) La Bièvre, à Paris, dans les sections des Gobclins et du Jardin des Plantes. La société de médecine a fait sur cet objet un travail qui doit être imprimé dans la suite de scs mémoires pour 1789.

mie animalo et de ses rapports avec tout ce qui nous environne, ou particulières et relatives , soit aux différentes des individus, soit à la variété des choses qui sont à leur usage.

Dans l’histoire de cette partie de l'hygiène, je ne me propose pas de donner une liste plus ou moins complète des auteurs qui en ont traité ; mon but est seulement de tracer une esquisse des progrès que la science a faits successivement à l’aide de l’expérience. L’histoire générale de la médecine, confiée à une plume plus savante que la mienne, donnera, sur la chronologie des auteurs un tableau dont celui que je présenterais ici ne serait qu’un extrait.

C’est dans les ouvrages d’Hippocrate, ou dans ceux qui lui sont attribués , et qui ont été écrits par des auteurs ou contemporains, ou qui lui sont de trèspeu antérieurs ou postérieurs , que nous trouvons les premiers monuments de l’art et ses premiers préceptes.

lllais avant que l’art existât, les progrès de l’expérience instruisaient les hommes , et ces progrès nous sont attestés par les auteurs anciens.

Moïse , dans son Histoire du monde , nous trace les différentes extensions que l’homme a successivement données à la matière alimentaire; il nous le peint d’abord fidèle à la raison , puis en excédant les règles , obéissant à la loi du besoin , mais cédant trop facilement à l’attrait du plaisir, se nourrissant des fruits que les arbres lui prodiguent dans un climat heureux , puis des herbages et des graines qu’il obtient d’une terre plus avare pour prix de son travail , du lait de ses bestiaux, et enfin de leur chair même; faisant encore fermenter les sucs végétaux, et en tirant des liqueurs qui raniment scs forces épuisées, mais dont l’abus l’enivre et lui enlève sa raison. Il nous présente la longueur de sa vie diminuant à mesure qu’il s’est fait de nouveaux besoins , et la nécessité de chercher son soutien dans le mélange des aliments de l’un et de l’autre règne, et dans un plus grand nombre de substances différentes, devenant plus urgentes en même temps que sa vitalité diminue. Il nous montre sa constitution, une fois détériorée par ses fautes, perpétuant dans sa race un affaiblissement héréditaire, et les excès des pères portant le sceau de la destruction jusque sur leur postérité- En effet , la longévité de certains ermites , qui , revenaut à la vie végétale et à la

HYGIENE

sobriété la plus exacte , ont excédé le terme ordinaire de la vie humaine, et l’exemple fameux de Cornaro , semblent nous démontrer que véritablement, en excédant les bornes du besoin réel et en cédant au plaisir, l’homme a contribué à abréger la durée de sa vie.

La nature a attaché le plaisir au besoin, mais l'un de ces guides mène presque toujours plus loin que l’autre; la raison nous a été donnée pour les mettre d’accord , mais l'homme qui a une fois cédé au plaisir reconnaît difficilement les mesures exactes de la raison : il a quitté l'arbre de vie , et il ne lui est plus donné d’en recueillir les fruits.

Les emblèmes de l’Egypte , où Moïse avait été élevé et instruit, et les fables de la Grèce nous présentent les mêmes origines, et toujours le régime végétal le plus simple caractérisant les premiers âges du monde ; diverses préparations altérant ensuite la simplicité des premiers mets ; enfin l’homme attentant à la vie des animaux pour chercher dans leurs membres dévorés le soutien de la sienne.

L’ordre suivant lequel les aliments se sont succédé dans les premiers âges offre successivement, suivant le docteur Mackenzie {Hislory of Health , ch. ni), les fruits , les grains , les herbages , le pain, le lait, les poissons, la chair, le vin, la bière. Celle-ci, suivant Hérodote, a été inventée chez les Egyptiens, et elle semble désignée déjà par Moïse, puisque dans plusieurs passages du Lévitique (-{-, 9), et des nombres (vi, 3), ce législateur parle de liqueurs enivrantes autres que le vin , et qui sont exprimées dans le texte grec des Septante par le mot grec Xixepa, dont la racine est hébraïque et signifie enivrer. A ces aliments , il faut joindre le beurre, le miel , l’huile d’olive , les œufs et le fromage.

, Ces premières inventions furent bientôt suivies par des préparations plus recherchées, selon que la sensualité s’éveillait, ou que le besoin obligeait de proportionner la résistance des aliments à 1 activité diminuée d’organes devenus P us faibles. C’est ainsi qu’Hippocrate ,

« une main savante et exacte, nous trace, dans son Traité des origines de la médecine, J histoire des perfections successives apportées aux aliments, et nous montre 1 homme instruit par la douleur autant que par le plaisir à choisir , à préparer, a métamorphoser les substances qu. lu. servent de nourriture , et trouvant ainsi dans son expérience les pre-

miers éléments de l’ hygiène et de la médecine. En effet , en admettant d’après Moïse l’affaiblissement héréditaire du corps des hommes par l’abus des jouissances , on conçoit qu’une nourriture d'abord salubre est devenue ensuite trop grossière pour des organes énervés; alors le sentiment du mal a fait trouver la mesure et les modifications du régime, « car, dit Hippocrate, vous ne trouverez » aucune mesure, aucune balance, au- » cun calcul , auxquels vous puissiez » vous en rapporter plus sûrement qu’aux » sensations mêmes qu’éprouve le corps. » (L. C., édit, de Yan-der-Linden, § xvi.)

Si ces sensations eussent suffi pour établir les règles du régime, il n'y eût point eu d’art : « car, dit Hippocrate, où per- » sonne n’est ignorant , et où tout le j> monde est instruit , soit par l'usage , » soit par le besoin , on ne peut donner » le titre d’artiste à personne. « Cependant les besoins, les erreurs et les infirmités des hommes augmentant (ib, § îx), les observations se multipliant , et la tradition devenant insuffisante pour les transmettre, l’art s’est formé, et il est devenu nécessaire. Hippocrate, pour preuve de sa réalité , cite l’exemple des médecins gymnastiques « qui tous les jours,

» dit-il , font des observations nouvelles » sur les aliments et les boissons qui pro- » curent au corps plus de force et de vi- » gueur. » (Ibid.)

On avait déjà même porté l’étude du régime jusqu’à une recherche excessive avant Hippocrate, puisque Hérodote observe des Egyptiens , « qu’ayant cru re- » marquer que la plupart des maladies » venaient de l’abus des aliments, ils a avaient soin tous les mois de consacrer » trois jours de suite à se faire vomir et à a se laver avec des clystères pour poura suivre et saisir la santé, a ( Eutcrpe, § 77, édit, de Glasgou.) Cet usage des vomitifs, auquel on donnait le nom de syrmaïsme , était passé chez les Romains , plutôt comme un moyen de favoriser la gourmandise que de conserver la santé ; et, dans plusieurs passages d'Hippocrate, il paraît que de son temps les Grecs usaient de temps en temps de moyens doux d’exciter le vomissement et de décharger l'estomac. Mais Hérodote , en homme judicieux , après avoir observé que les Egyptiens étaient les hommes les plus sains de l’Afrique , attribue cet avantage moins à ces usages qu’à l'égalité de température de leur climat , dans lequel les saisons ne sont sujettes, dit- il,

HYGIENE

h aucune vicissitude. Malgré tout cela, et quoique le régime de Pylhagore et les institutions de Lycurgue eussent précédé d’un grand nombre d’années l’âge d’Hippocrate et de Platon, quoique lccus. médecin de Tarenlc, eût, quelques années auparavant, recommandé l'union de la gymnastique avec le régime le plus sobre, pour la conservation de la santé, quoiqu’il eût acquis assez de réputation pour qu’on se servît de l’expression proverbiale de repas d' lccus , pour signifier un repas très-sobre et trcs-simple [Voyez Et. de Byzance, cité par Mackenzie dans son Histoire de la santé), Platon n'en attribue pas moins l'invention de la gymnastique médicinale à Hérodicus; et Hippocrate s’attribue l’honneur d’avoir déterminé avec exactitude les proportions du régime , soit pour les malades, soit pour les gens en santé.

C’est ce qu’on voit dans les livres 1er et 3m" du Régime des hommes sains , et dans celui intitulé du Régime dans les maladies aigues. Dans celuici , Hippocrate dit en propres termes « que les anciens n’ont rien écrit sur la ■» diète qui mérite qu’on en parle , et » qu’ils ont passé sous silence cet article » important. » Dans le premier livre de la diète , l’auteur de ce livre commence par exposer combien les travaux des anciens sur ce sujet ont laissé de choses à désirer ; et il ajoute à la fin de ce préambule : « Je ferai connaître ce que nul 5) de ceux qui m’ont précédé n’a même » entrepris de démontrer. » Il s’attribue ensuite plus particulièrement d’avoir déterminé les temps et les signes qui précèdent les dérangements de la santé , et les moyens d’en prévenir les suites par la proportion respective des aliments et des exercices. (1b. , § iv, édit, de Vandcr-Linden.) 11 se donne constamment comme l’auteur de ces inventions dans le troisième livre, où, parlant de la combinaison des exercices et des aliments, et de leur utilité pour prévenir les maladies dans les cas où la santé devient chancelante, il ajoute dans ces cas : «Il » ne faut pas chercher à conserver la » santé par le moyen des remèdes. A cet » égard ^e’est moi qui ai trouvé ce qui » approche le plus du véritable but , » mais personne ne l'a exactement at- » teint. (L. m, De Dicta , § i.) Et dans la suite du môme livre , en passant à la seconde partie de son sujet , il dit encore , en parlant de cette même découverte :

« Quant à celte invention , honorable

m pour moi qui en suis l’auteur, utile » pour ceux qui s’en instruisent , et que » personne de ceux qui m’ont précédé » n’a essayé d’atteindre , je la regarde » comme la plus importante de toutes. » (II)., § XII.)

Cet accord entre les trois livres du Régime et celui du Régime dans les maladies aiguës, dont personne ne doute qu'Hippocrate ne soit l’auteur, donne quelque force à l’opinion du docteur Mackenzie , qui pense que ce célèbre médecin est aussi l’auteur des trois autres livres , quoique Leclerc les attribue à Hérodicus. L’auteur de l’article Gymnastique donne, pour preuve que ces livres ne sont pas d'Hippocrate, le mépris que méritent, selon lui , les minuties de gymnastique qui y sont contenues. Cette raison me paraît bien faible , concernant une chose dont nous n’avons nul usage , qui était si familière aux Grecs et si importante à leur avis , et dont l'auteur de ces livres a pu parler avec quelque précision, sans paraître ridicule à scs contemporains. Si quelque chose cependant peut rendre plus probable l’opinion qui attribue ces livres à Hérodicus, c'est que le troisième livre parait répondre beaucoup à la critique trop sévère que Platon fait d’Hérodicus, pnisqu’en général, dans ce livre, l’auteur s’occupe des personnes qui éprouvent quelque altération dans la santé ou quelque affaiblissement dans les fonctions , et que c’est dans la vue d’en prévenir les suites qu’il donne les règles de régime convenables à ces dérangements. Et la critique de Platon n’est au fond elle-même qu’un éloge , puisque c’est précisément ses succès qu’il lui reproche , ne voulant pas qu’on prolonge une vie qu’il regarde comme pénible pour les individus et inutile pour la république.

Ainsi l’origine de la science , c’cst-àdire de l’ hygiène réduite en principes d'après l’observation, ne remonte guère au-delà de l’âge d’Hippocrate et d’Hérodicus son maître; et si l’on désirait des détails sur les monuments antérieurs qui y sont relatifs, on ne pourrait rien lire de mieux fait à cet égard que l’histoire que trace de ces temps anciens le docteur James Mackenzie dans son ouvrage intitulé : l’Histoire de la santé et de l’art de la conserver, llistory of tht keahh and the art of pveserving il, etc. (2° édit. Ediinb , 1759.) Je dois avertir que j'en emprunterai même plusieurs passages que j’aurai soin de citer à me-

m'GlÈNE.

sure que l’occasion sc présentera de les transporter dans cet article.

L'histoire de l'hygiène ramenée à quatre époques principales .

C’est une chose fort différente de réduire en époques l’histoire d’un art , eu prenant pour points de ralliement les temps où des hommes célèbres y ont acquis quelque réputation par leurs ouvrages, ou en se bornant aux seules époques où l’art a fait de véritables progrès. Ce dernier système , le seul vraiment intéressant , est peu fertile en époques remarquables. L’autre système est celui qu’ont suivi presque tous les historiens de la médecine. — Suivant le second système, il ne faut compter que quatre époques remarquables dans l’histoire de V hygiène : la première est celle où l’art, réduit pour la première fois en préceptes d’après une observation régulière , a donné naissance à des ouvrages auxquels la postérité a conservé son estime. Cette époque est celle d’Hippocrate, auquel il faut associer Hérodicus son maître , et Polype son gendre et son disciple. Son commencement peut être tixé à la naissance d’Hippocrate, c’est-à-dire à l’année 460 avant l’ère chrétienne. Le grand nombre de siècles que l’on comptera entre cette premièreépoque et la seconde ne doit pas étonner, si l’on considère que dans celte durée considérable , rien de véritablement nouveau n’a été ajouté aux bases établies par Hippocrate , et que seulement on a donné à ses principes plus ou moins de développements , selon que l’esprit d'observation a été plus ou moins répandu parmi les médecins.

Car , pour ce qui est de l’étude de l’anatomie cultivée avec succès depuis lui par Hérophile et Erasislrate, elle a peu concouru alors aux progrès de V hygiène , et je ne crois pas non plus qu’il* faille mettre au nombre des époques de l’art ces temps où sa marche a été plutôt rétrograde que progressive, comme lorsqu'on y a introduit les subtilités des degrés de chaud et de froid , de sec et A! humide, T'i ont infecté les derniers temps de l’école arabe, ou lorsque les extravagances df s adeptes ont trop long-temps détourné les médecins de la véritable observation, pour diriger leur attention vers la recherche de ces secrets chimériques, dont les possesseurs, garantissant aux autres une sorte d immortalité , ne savaient pas sc la reserver à eux-mêmes.

2° Je place la seconde époque de l’art

au temps où le célèbre Sanctorius découvrit les phénomènes de la transpiration insensible , et leur liaison avec toutes les fonctions de l’économie animale , et principalement avec les inégalités du régime et les variations de l’atmosphère.

Sanctorius naquit en 1571. C’est donc vers la fin du seizième siècle qu’il faut placer l’époque dont on lui doit tout l’honneur.

3° Le renouvellement de la physique, avant le milieu du dix-septième, par les expériences, de Toricelli et de Pascal , la connaissance de la pesanteur de l'air et de son action sur les corps en raison de celte pesanteur ; la circulation du sang, déjà démontrée au commencement du siècle par Harvey ; les travaux de Malpighi, de Haies et de tant d’autres célèbres physiciens qui se sont occupés de la physique animale, ont jeté un jour nouveau sur toutes les parties de la médecine. Ils en ont préparé le renouvellement entier dans l’école brillante de Boerhaave ; et , quelque gloire qu’on ait ajouté à celle de cette époque célèbre, on peut dire que c’est à elle qu’on est redevable de toute la précision à laquelle on est parvenu depuis dans les sciences physiques. Il est remarquable que parmi les hommes qui se sont illustrés dans cette belle révolution, si l’on en excepte ceux qui se sont livrés presque exclusivement aux sciences mathématiques , un grand nombre étaient médecins.

C’est cette révolution qui a fourni les bases de tout ce qui a été fait dans la plus grande moitié du dix-septième siècle et dans les trois quarts de celui-ci. C’est aussi à cette grande impulsion donnée aux sciences physiques , qu’on a dû. les changements que Stahl , Boerhaave, et depuis eux, les Baron, les Rouelle, les Macquer, ont apportédans la chimie, et les lumières que la médecine en a retirées. — J’ai cru devoir séparer l’époque de Sanctorius de celle-ci , quoiqu’elle en soit si voisine , parce que Sanctorius n’a eu presque aucun des secours dont ont joui ses successeurs; parce que dans un temps où les plus sages des médecins étaient ceux qui marchaient scrupuleusement sur les traces des anciens Grecs , qui se renfermaient dans leur étude et qui s’occupaient de confirmer leurs préceptes par de nouvelles observations , il est le seul qui ait osé se transporter hors de la sphère qu'ils semblaient avoir circonscrite , qui se soit ouvert une nouvelle roule , et

KVOIÈNE,

qui ail présenté à ceux qui l’ont suivi un moyen jusqu’alors inconnu de pénétrer les secrets de la nature.

4° Je n’hésite pas à placer la quatrième et dernière époque au moment où s’csl ouverte la carrière brillante dans laquelle sont entrés avec tant de succès Priestley, Black, Lavoisier, ainsi que plusieurs de nos médecins, qui, soit par des inventions fécondes, soit par leur zèle pour propager les connaissances par l'enseignement, ont bien mérité et des sciences, et des arts , et de la médecine. Cette époque remarquable par la connaissance des gaz et de l'action chimique de l’air sur les corps , et par celle de la composition et de la décomposition de l’eau , a remis entre nos mains plusieurs des clés qui ouvrent le sanctuaire de la nature. Grâce aux succès qui déjà l’ont illustrée, et qui nous en promettent tant d’autres par la suite, les médecins pourront désormais se flatter de recevoir de la chimie des lumières plus certaines et des explications moins hypothétiques des principaux phénomènes de l’économie animale; et la chimie, cette belle science , absolument inconnue aux anciens , expiera amplement les erreurs dont son enfance a infecté notre art.

Nous verrons encore un autre fruit de l’heureuse alliance contractée de nos jours entre les sciences de faits et les sciences mathématiques , c’cst que la médecine, riche d’un plus grand nombre de données certaines, pourra s’approcher de plus en plus de cette marche exacte et démonstrative , dont on lui a tant de fois reproché de s’écarter , et sans laquelle on ne doit se flatter d’aucun succès réel, d’aucune gloire durable. — Je vais maintenant reprendre l’histoire de Y hygiène , et donner une idée de ce qu'elle a été jusqu’à présent , et de ce qu’on peut croire qu’elle deviendra par la suite.

Première époque. Celle cl' Hippocrate.

( Différents temps cle cette époque.)

On fixe la naissance d’Hippocrate vers l’an 4 GO avant l’ère chrétienne.

Pythagore, dont j’ai dit tout ce qui convenait à cet article dans l'histoire de Y hygiène publique , était né vers l’an G00, avant la même ère. (T oyage d'Anachar., loin. îv. Table des époques de l’hisl. grecque.) Son époque est donc antérieure de cent quarante ans à celle d'Hippocrate. C’est à l'époque de Pytka-

gore que la médecine et la philosophie réunies furent , dit Leclerc , exercées par les mêmes hommes. — Hippocrate, ditil encore , d’après Celse, fut le premier qui les sépara. Celte séparation ne fut pas un divorce , et les médecins ne cessèrent pas d’être versés dans la philosophie. Mais il résulta de cette séparation deux avantages. 1° L’exercice de ces deux professions devenant de jour en jour plusétendu , la médecine, pour être utilement exercée, eut besoin que le même homme lui consacrât tout son temps. 2° La philosophie s’était livrée à des explications systématiques sur tous les phénomènes de l’univers ; car, après le besoin de voir , le premier besoin de l’homme est de comprendre , et son esprit impatient aperçoit à peine les effets, qu’il s’élance déjà vers les causes, sans songer à quelle distance elles sont de lui , et que cette distance ne se franchit que par l’observation. Cet esprit de système était surtout fait pour nuire à la médecine, cl malheureusement elle ne s’y est que trop livrée depuis. Ainsi je compte la séparation de la philosophie systématique d’avec la médecine au nombre des premiers progrès de l’art. Ce n’est pasqu’llippocrale n’expliquâtbeaucoup suivant la philosophie de son siècle, mais il ne voulait pas qu’on abusât de cette faculté d’expliquer, dans les choses où tout devait être confié à l’observation et à l’expérience. C’est ce qu’on voit dans le traité des Origines de la médecine. L’auteur de ce traité, que Boerhaavc croit être d’Hippocrate, contre le sentiment de Galien et de quelques autres , combat avec une solidité remarquable, et d’après les faits, un système répandu de son temps. « Ceux-là , » dit-il en commençant son traité, sc » sont bien trompés dans leurs norn- » breux raisonnements, qui voulant par- » 1er ou écrire sur la médecine, ont pris » pour base de leurs explications le » chaud , ou le froid , ou l’humide, ou » le sec, ou toute autre cause qu’il leur » plaît adopter, rétrécissant ainsi l’art, » et plaçant dans une ou deux causes m qui leur servent à tout expliquer la » cause principale des maladies et de la » mort. » Il regarde ce système comme une innovation faite de son temps, quand il dit : « Mais mon dessein est d’en rex^e- » nir à ceux qui ont établi une nouvelle » manière de cultiver notre art , en se » fondant sur des suppositions , etc. »

(Ed. de Yan-der-Linden , ib., §uti) ;

et c’est ensuite qu’il parle des effets physiques et évidents des aliments sur notre

corps. et nu’il en montre I

I ~ »v-uiiiijsuW31U UUll U

corps, et qu il en montre l’incompatibilité avec la doctrine qu’il combat. Les autres livres dans lesquels Hippocrate paraît fonder, et la théorie des causes internes, et celle du régime, ainsi que des traitements dans les maladies, sur les qualités qu’il vient de combattre, considérées comme principes des facultés de nos corps , sont reconnus pour n’êlre pas de lui. Ce n’est donc pas une raison pour nier qu’il soit l’auteur de celui-ci , qui d'ailleurs est parfaitement raisonné. Un des premiers progrès que les médecins aient fait après la naissance de la philosophie , a donc été de sentir qu’ils devaient tout donner à l’expérience, ne raisonner que d’après elle, et se prémunir contre la manie de tout comprendre,

« car, dit Hippocrate dans ses précep- » tes , il ne faut point, pour exercer la » médecine, s’occuper d’abord de former « des raisonnements revêtus de quelque » probabilité , mais ne raisonner que » d apres l’expérience. » C’est-là ce qu’a tait Hippocrate en séparant la médecine uc la plulosophie.

Je devais commencer par donner cette explication sur la manière dont on doit entendre que la médecine fut séparée de la philosophie , et sur l’idée qu’on doit se taire de ce premier caractère donné par, Leclerc à l’époque d’Hippocrate — Cette epoque doit être divisée en plusieurs temps, et l’on peut étendre le premier depuis Hippocrate jusqu’à Galien ; le second renfermera Galien et les anciens Grecs qui l’ont suivi; le troisième contiendra l’école des Arabes de

rTCiC rn "e Veut «uère distinguer cel edes Grecs modernes, parmi lesquels

■Actuarius est presque le seul qui mérite une attention particulière; dans le même emps se forma l’école de Salernc , plus fameuse que recommandable ; et cependant, jusqu au renouvellement des leUres Près la prise de Constantinople, il parut et ^Unr°Pe Plusieurs hommes singuliers

marquablcs indépendamment

aient rapport à l’hygiène , soit qu’ils concernent les autres parties de la médecine , ont cela de remarquable , que jusqu’au moment où la physique et la chimie ont répandu de nouvelles lumières sur la médecine , ils ont toujours été comme un texle commun, dont les meilleurs ouvrages n’ont élé que des commentaires. — La brièveté et la concision de ce texte ont rendu les développements nécessaires; l’expérience multipliée des différentes influences auxquelles l’homme ou est naturellement sujet, ou se soumet volontairement, a donné une nouvelle force aux premiers aperçus; mais les idées mères se trouvent presque toutes dans ces premiers ouvrages. Soit donc qu’on attribue à Hippocrate l’invention de ces éléments de l’art, soit qu’il n’ait été que l’habile rédacteur de la doctrine établie avant lui dans les écoles de Cos , les traités qu’il nous a laissés sont toujours un des plus beaux monuments de l’antiquité. — Les livres concernant l'hygiène attribués à Hippocrate sont :

1° Le traité excellent des airs , des eaux et des lieux , il est unanimement regardé comme l’ouvrage d’Hippocrate.

. ,raile des divers effets qui sont les indices sensibles des qualités différentes de i air, des vents, des eaux, de la situation des villes, relativement à ces choses de leur exposition aux différents points de 1 horizon, et des caractères de salubrité et d’insalubrité qui en résultent ainsi que de la constitution physique et morale des habitants qui sont exposés à ces influences. Il y parle aussi des diverses saisons de l’année et de leurs effets sur nos corps. Enfin il joint à ces observa ions générales des observations particulières, et qui caractérisent au moral et au physique les peuples de l’Asie et de l Lurope. Parmi les premiers , il distingue ceux d’Orient et ceux d’Occidcnt parmi lesquels il compte les peuples de 1 Afrique connus de son temps, c’est-à-

îz îüfwsî *< ie i.

chiiÏÏarqUableS’ in,!épendamment d!,! ^Sphabita1I,,s tle l’^yi>te et de la

I amies qu, infectèrent la médecine de ^ . Y . Pr‘,rn“ cs PeuPk’s d’Europc , il

rÀ,. , V -v..* xu uicucune (H

vision de ceuA'1*"’ U"C ffuatrièmc dinace uni c-„ ,lt.e ^l,0,Iue répondra à l’es-

de. le’ltre, « 'doc!™ re"*i“*n“

l'époque de Sa„««?û erCC,|ue> cl

Premier temps de h,

Le. livres d'Hipp»„alc , qu%

i„e ç ‘ luub î>ur JCS ocyllies ou

es bauromates, et compare les peuples de 1 Europe en général avec les peuples

sur i*Sie' L.ln.^uence des gouvernements sur les qualités morales eL physiques des

Pcup es hli parnît nussi 'dj U 'J™

grande attention, et c’est en républicain quil trace les distinctions qui séparent les nations libres de celles qui sont so mmes au joug d’un pouvoir arbitrée.

UYGIKNE.

Elles lui paraissent tranchées d’une manière bien sensible , tant pour leurs mœurs que pour leurs constitutions physiques.

2° Le traité de l'aliment est comme le précédent, au jngeineut de presque tous les critiques, une vraie production d’Hippocrale. On y remarque moins d’ordre et de méthode ; mais on y trouve des traces d’une méditation profonde et des vues véritablement philosophiques. Il y parle de la nature propre de la substance alimenteuse, de ses proportions avec les âges et les tempéraments, de ses variétés, du mécanisme de son application. La brièveté de l’expression donne souvent de l’obscurité au discours. J’ai donné une idée des principales parties de ce livre au commencement de l’article Aliment.

3° Le traité de la salubrité’ du régime est écrit principalement pour les hommes qui , vivant dans une condition privée et libre , peuvent s’occuper avec quelque détail du soin de leur santé.

C’est ce que l’auteur appelle i iïtùreu privali hornines. Cet auteur , selon la plupart des critiques, estPolybe, gendre d’Hippocrate. Les propriétés de la chaleur et du froid , de l’ humidité et de la sécheresse , sont les indications principales auxquelles il s’attache pour diriger le régime selon les saisons , les âges , les sexes et les tempéraments. Sur quoi il est bon d’observer que l’auteur du traité des Origines de la Médecine n’a pas rejeté ces considérations, mais a blâmé J’abus qu’on en faisait , pour expliquer par elles tous les phénomènes de la santé et des maladies, tous les effets des aliments et des médicaments. L’auteur de ce livre-ci donne encore des préceptes pour faciliter l’amaigrissement des gens trop gras, et pour procurer de l'embonpoint aux gens maigres. La base de son régime roule principalement sur le choix des aliments et des boissons, sur les exercices , les bains , les onctions et les moyens de procurer le vomissement selon les circonstances et les divers tempéraments. On donnera sans doute une idée plus complète de ce livre dans l’article du Régime.

4° Les trois livres du Régime , que Leclerc attribue à Hérodicus, comme je l’ai déjà dit, sont attribués aussi par différents critiques à d’autres médecins , dont quelques-uns étaient antérieurs à Hippocrate. Galien fait peu de cas du premier dans lequel un petit nombre de

traits excellents sont mêlés à un fatras d’explications obscures sur la nature des choses , et la génération de l’homme. Il regarde au contraire, ainsi que Celse, le second et le troisième comme dignes du père de la médecine , surtout le second , où les propriétés et les variétés des aliments sont exposées fort au long.

Il est cependant évident que le premier et le troisième au moins sont d'un même auteur , non-seulement parce que , dans l’un et dans l’autre , l’auteur s'attribue l’invention du régime, comme je l'ai dit; mais encore parce que, dans le premier, l’auteur annonce qu’il donnera la distinction des symptômes avant-coureurs des maladies , et à l’aide desquels on peut prescrire le régime propre à en écarter les suites, et qu’il exécute sa promesse dans le troisième livre ; et c’est encore une des inventions dont il se glorifie. Il s’exprime dans le premier livre de la manière suivante : « J'ai en- » core trouvé la manière de connaître » d’avance, et avant que l’homme en soit «attaqué, les maladies que doit occa- » sionner l’excès en l’un ou l’autre genre » (dans les aliments et dans les exerci- » ces) , car les maladies ne s’engendrent « pas tout-k-coup ; leurs éléments s’ac- » cumulent peu-à-peu , et elles se décla- » rent enfin lorsqu’ils sont réunis. J’ai u donc déterminé les dérangements qu’é- » prouve l’homme avant que sa santé » soit détruite par la maladie , et les » moyens de le rétablir dans une santé » stable. » (L. î. de diæta, ed. Yan-der- Linden, § m.) Dans le troisième livre , au commencement de la première partie de ce livre, il se sert des termes suivants :

« Cependant j’ai trouvé les signes pré- » curseurs des choses qui prédominent » dans le corps , soit que les exercices » l'emportent sur les aliments , soit que i « les aliments l'emportent sur les exer- I u cices; ainsique la manière de remédier l » à chacun de ces excès , d étudier et i » connaître à l’avance l’état de la santé, ! » pour écarter les maladies, à moins que u les excès commis ne soient trop grands I » et trop fréquents , car alors il faut re- » courir aux remèdes , etc.» ( Ib , 1. m, ! § i.) Et en passant à la seconde partie , il j s’exprime ainsi : «Or, mon invention » consiste d'abord dans le discernement » de ce qui est antérieur à la maladie,

» ensuite dans la connaissance de ce » qu’éprouvent les corps, soit que les I » aliments excèdent les exercices, soit a que les exercices excèdent les aliments, ,

HYGIÈNE

»> soit que les uus et les autres soient . mutuellement dans une juste propor- » tion. Car de l’excès des uns sur les au- » très naissent les maladies , et de leur u accord mutuel résulte la santé. » (Ib. § xii.) On voit donc qu’un même système dirige l’auteur de ces deux livres, que ce sont les mêmes idées et les mêmes expressions , par conséquent la même plume. Le premier livre , qu’on a tort de séparer des deux autres , commence par établir le principe que l’équilibre de la santé dépend d’une juste proportion entre les aliments et les exercices. Il passe ensuite à l’exposition de la nature de l’homme qu’il établit sur la combinaison de deux principes, de l'eau et du feu, desquels dérivent les quatre qualités primitives. Ceci prouve bien que l’auteur de ce livre n’est pas le même que celui des Origines de la Médecine. Ce livre contient quelques traits curieux relatifs à la philosophie des anciens. Le second livre, beaucoup plus satisfaisant pour nous, et rempli de bonnes observations , contient d’abord des remarques sur les effets des régions de l’air et des vents; l’auteur donne ensuite un long détail sur les qualités et les variétés des alimeuts. J’ai donné de celte partie une connaissance assez étendue , (art. Aliment, p. 710 et suiv. de mon Encyclopédie Méthodique,) et je crois avoir contribué en quelque chose à faciliter l’intelligence des principales expressions du texte grec ; enfin ce livre est terminé par des observations sur les différentes matières d 'hygiène, et spécialement sur les bains, les vomissements diététiques, surtout sur les différents genres d’exercices gymnastiques. Le troisième livre a pour objet de déterminer les règles et la mesure de toutes les choses dont l’usage concourt à l’entretien de la vie et de la santé. Il est divisé en deux parties principales; l’une est destinée « à ceux qui » composent la classe la plus ordinaire » des hommes , qui vivent des aliments » que l’occasion leur offre, qui sont con- » traints à travailler , ou obligés de pas- * scr leur vie dans les voyages , ou qui » attendent leur existence du commerce v maritime. » Les aliincqjs, les boissons, les genres principaux d’exercices, les bains , les vomissements diététiques , réglés méthodiquement, selon les circonstances et la température des saisons , sont 1 objet des préceptes que donne l’auteur dans celte première partie du troisième livre.

Mais après avoir donné celle suite de préceptes généraux qu’il regarde comme convenables à la plupart des hommes , qui ne peuvent donner un soin particulier à la conservation de leur santé , il passe à l’exposition des détails qui conviennent à ceux qui, menant une vie plus oisive, ne connaissent aucune véritable jouissance sans la santé, et ont le temps de se livrer à toutes les recherches nécessaires pour sa conservation. C’est ici qu’il recherche scrupuleusement les signes distinctifs qui annoncent les variations de la santé, et la manière dont elle incline vers les différentes incommodités qu’il regarde comme les germes des maladies. L’estimation qu’il fait de chacune de ces altérations que le commun des hommes néglige lui donne la mesure des moyens diététiques qu’il leur oppose. Ici l’on conçoit que cette scrupuleuse étude de soi-même , qui devient l’affaire de tous les moments , a pu exciter la juste censure de Platon, et celle de tous les philosophes, persuadés que l’homme n’existe pas seulement pour lui-même.

Néanmoins cette partie renferme, comme la première, beaucoup de choses intéressantes et d’observations curieuses.

5° Le livre des songes offre principalement des observations sur la liaison des songes avec les variations du régime, et sur les précautions qu’ils indiquent pour la conservation de la santé. Plusieurs critiques le regardent comme une suite du troisième livre de la diète. Ce n’est pas sans raison ; en effet, il y a une liaison bien évidente entre les détails de ce livre et ceux de la seconde partie du troisième livre de la diète , où sont exposés tous les effets de la plénitude et des erreurs du régime. Ces erreurs sont aussi les causes de la plupart des agitations qui troublent le repos et le sommeil. Et il est aisé de s’apercevoir qu’une même main a tracé l'un et l’autre ouvrage.

G0 Le traité du régime dans les maladies aiguës est divisé généralement en quatre livres; niais les trois premiers seuls ont trait au régime qui doit être prescrit aux malades ; le dernier , qui est regardé comme étranger à Hippocrate , ne contient que la description de diverses maladies et leurs signes diagnostics et prognostics, ainsi que leur curation. Ces trois premiers livres, universellement attribué; à Hippocrate, et regardés comme une de ses plus importantes productions, ont bien peu de trait à V hygiène. Ils en rappellent cependant

HYGIÈNE

divers principes, par la comparaison des habitudes de l’état sain avec les besoins de l’état malade, et par celle des etl’ets des aliments , des boissons, des bains, ainsi que des divers changements de régime sur l’homme considéré tant dans l'état de santé que dans celui de maladie. Le premier livre est intitulé spécialement dans quelques éditions de la tisane , c’està-dire de la décoction d’orge, et a en effet pour objet principal de traiter des effets de cet aliment , particulièrement consacré à nourrir les malades dans le cours des maladies aiguës.

7° Le livre de l'usage des liquides ne concerne pareillement que les affections morbifiques tant externes qu’internes , mais on y trouve encore quelques réflexions qui ne sont pas étrangères à la conservation de la santé, comme on en rencontre également d’éparses dans divers autres traités , tels que celui des diverses régions de l'homme , des vents, des origines de la médecine , etc. — Quant à Polybe , gendre d’Hippocrate, et qui lui succéda dans l’écolequ’il avait fondée , on a dit tout ce qu’on en peut dire, en parlant du livre qui lui est attribué par Galien , celui du régime salubre.

Dioclès de Caryste.

Dioclès de Carysle , qu’on appela le second Hippocrate, ne nous est connu que par la lettre qu’il écrivit à Antigone, l’un des successeurs d’Alexandre, et qui nous est conservée dans les éditions de Paul d’Éginc à la fin du premier livre , ch. 100, sous le titre d 'E pitre prophylactique de Dioclès. Elle est dans le genre du troisième livre de la diète ; Dioclès y donne les signes précurseurs des maladies et les moyens préservatifs lorsque ces signes se manifestent. Il divise les maladies en maladies de la tête, de la poitrine , du bas-ventre et de la vessie. Il passe ensuite aux préservatifs qui conviennent aux changements que les saisons occasionnent dans nos corps, et ce dernier genre d’observations termine sa lettre. Ce morceau ne contient nécessairement que des choses fort vagues, et ne donne l’idée d’aucun progrès remarquable de la science. C’est a la distancede 72 ans dcl’àge d’Hippocrate, que l’auteur de l’article anciens médecins ( Dictionnaire Encyclopédique de Médecine) , place l’époque oit Dioclès fleurissait.

Celse.

Celsc (Aurelius - Cornélius Celsus) , suivant le même auteur, écrivait l’an 30* de notre ère, et devait être né vers l’an 11* avant cette même ère. Plus souvent traducteur élégant et judicieux d’Hippocrate qu’écrivain original , il a mis plus d’ordre et de méthode que lui dans ses écrits; son siècle lui dut sans doute beaucoup , mais il ne fit pas faire à l’art de grands progrès. Le premier livre de ses œuvres contient les préceptes relatifs à la santé. II commence par le régime des gens torts, sains et robustes, et donne ensuite les règles convenables aux gens d une faible constitution et aux infirmes; et enfin celles que nécessitent les saisons ou qui sont utiles dans différentes circonstances de la vie. — Il présente dans le premier chapitre deux règles remarquables. Sa règle générale est que l'homme sain et bien constitué ne doit s’astreindre à aucune loi invariable; précepte très-sage et d’où résulte une proposition digne de remarque, que quelques auteurs ont censurée mal à propos, faute de la considérer dans l’esprit de la proposition générale. C’est celle - ci : modo plus justo , modo non amplius assurnere ; « tantôt excéder la stricte » mesure du besoin, tantôt se contenir » dans cette mesure. » C’est bien là le sens que détermine la vraie signification de justo. Sebizius n’y a pas fait attention, quand il a reproché à Celse de se faire l’apôtre des gourmands et des buveurs.

Il est sur que la loi stricte et précise du besoin n’est pas faite pour ceux qui jouissent d’une santé robuste, mais seulement pour ceux qui sont dans la nécessité de veiller avec une attention rigoureuse sur eux-mêmes, et Sanctorius n’a rien dit, que Celse n'ait dit lui-même dans le chapitre suivant , quand il fait cette réflexion, sect. m, aph. 42: Celsi sententia non omnibus tuta est. De la même proposition, Celsc tire encore une conséquence relative aux coutumes de son temps et à l’usage qu’on faisait de la gymnastique. Elle vient à l’appui de ce que j’ai dit dans la première partie de cet article touchant le vrai sens d’un aphorisme d’Ilippocrale, scct. i, aph. 3. Voici le texte de Celse. Sed ut hujus generis crcrcitationcs cibique necessarii sunt , sic athletici supervacui. Nam et inlermissus propter aliquas civiles nécessitâtes ordo exercitationis corpus affligit j et ea corpora , quœ more eo-

hygiène. 47

rum replela surit , celcrrimc et senescunt et (enrôlant ; c’est-à-dire, « ce genre » de vie, relativement aux exercices et » aux aliments , est aussi nécessaire que » serait superflu le régime athlétique.

» En effet (dans celui-ci) , si les affaires » nous obligent d’interrompre l’ordre » accoutumé des exercices, le corps s’en » trouve mal ; et d’ailleurs ceux qui ont » acquis leur embonpoint par la méthode « des athlètes vieillissent promptement » et tombent facilement malades. »

Une seconde proposition, très-importante , très-remarquable, et qu’on doit rapporter , ce me semble , à l’abus que quelques personnes font des remèdes de précautions , est celle-ci : Cavendum ne in secunda valetudine adverses præsidia consumantur : « il faut prendre garde d d’user dans la santé les ressources de » la maladie. » — D’ailleurs, les préceptes de Celse portent principalement sur le régime et le choix des aliments et des boissons, sur l’usage des bains , les proportions et les relations mutuelles des repas et des travaux , sur les vomissements diététiques ou le syrmaïsme , et les exercices gymnastiques. La partie qui regarde le régime des gens faibles et d’une constitution délicate est pleine d’observations judicieuses ; on les doit à cet auteur, ou du moins il est le premier que nous sachions qui les ait exposées dans un ordre et avec une clarté que nous ne retrouvons point chez Hippocrate. On y voit , ou qu’il a observé sur lui-même, ou du moins qu’il a puisé ses préceptes dans l’élude immédiate de la nature. Il met au nombre des gens faibles la plupart des habitants des villes et les gens de lettres ( quo in numéro magna pars urbanorum , omnesque perte cupidi lîlterarum surit). II passe après cela aux différences qu’exigent dans le régime les différentes constitutions , les âges, les sexes et les saisons. Il expose ensuite le régime qui convient aux personnes affectées de différentes infirmités, et celui qui est le plus propre à éloigner effets des contagions pestilentielles.

O est dans le second livre qu’il expose es qualités et les propriétés des aliments et des boissons , à commencer du ch.

x\m. Lest là qu’on retrouve beaucoup es observations d’Hippocrate mêlées • avec ce'*e> qui sont propres à notre auteur, et que malheureusement on rencontre des classifications peu d’accord i avec la bonne physique , des substances U une nature essentiellement différente

mises sur le même rang , et des contradictions qui semblent inexplicables. C’est ainsi que le cucumis est mis au rang des substances que Celse désigne sous le titre quœ boni succi surit, qui forment de bons sucs ; et se retrouve dans le chapitre suivant au rang de celles ( quœ rnali succi surit), qui forment de mauvais sucs; cette division elle-même n’offre rien de clair et d’intelligible; et au rang des choses rafraîchissantes on trouve le coriandrum à côté du cucumis , etc.

Malgré cela , dans l'ère d’Hippocrate , Celse est un des auteurs dont ceux qui pensent tireront le plus de profit, et dans les ouvrages duquel ils s’instruiront le mieux de la médecine des anciens. — Le docteur Mackenzie expose assez en détail , dans son ouvrage , les préceptes les plus remarquables de ce médecin , ainsi que ceux des autres écrivains. Je n’en ferai -pas autant ici , parce que ce détail donnerait trop d’étendue à cet article , et qu’il est plus naturel de le réserver pour l’article Régime , auquel j’espère donner tous mes soins.

Plutarque , Agalhinus.

Plutarque, qui n’était pas médecin, a donné un excellent traité intitulé : precéptes pour conserver la santé. Ce ne sont point des idées neuves , mais des idées exposées d’une manière nouvelleet il est bon de remarquer, dans l’histoire de notre art , les époques ou le mélange de la philosophie a donné à la médecine et plus de valeur et plus d’empire sur les esprits des hommes. L’appareil de la science et les démonstrations exactes touchent peu le vulgaire; Plutarque, avec des raisonnements moins rigoureux mais avec des comparaisons frappantes et un style enchanteur, orna et fit aimer les préceptes de l’art. Il donna lui-même l’exemple, et une vie longue , une santé vigoureuse, la conservation de toutes ses facultés jusque dans un âge très-avancé confirmèrent la vérité de ce qu’il avait écrit. 11 faisait un grand cas, parmi tous les autres exercices , de la lecture à haute voix ; et nous voyons que cet usnce était, en général, regardé par les anciens comme infiniment salutaire. Il estime PÇ)1 le syrmaïsme ou les vomissements diététiques, si souvent pratiqués chez les anciens. Il les regarde comme une invention favorable à la gourmandise mais contraire à la nature et nuisible à la santé. Ce qui n’est pas moins rcmar-

HYGIÈNE

quable, c’est le peu de cas que Plutarque fait des bains froids , si fort en usage de son temps môme, et au sujet desquels il s’exprime de celle manière. « L’usage » de se jeter dans le bain froid après les » exercices est plutôt une bravade de « jeune homme qu’une coutume salu- » taire. » Il regarde comme nuisibles aux fonctions intérieures et préjudiciables à la transpiration, « cet endurcisse- » ment du corps et cette insensibilité » aux influences extérieures, » qui paraissent , dit-il , en résulter. Il ajoute cette considération, « que les personnes » qui usent ainsi des bains froids retom- » lient nécessairement dans celte préei- » sion et cette scrupuleuse régularité » de régime qu’il pense qu’on doit évi- » ter, étant toujours occupés de prendre » garde d’en transgresser les mesures ,

» parce que la moindre erreur est bien- » tôt punie par des suites fâcheuses.

» Quant au bain chaud, » ajoute-t-il ,

« il vous pardonne bien plus de fautes.

« En effet, ce qu’il ôte au corps de ton » et de vigueur est bien moins considé- » rable que ce qu’il lui procure d'avan- » tages, par ses propriétés favorables et » convenables à la digestion. » (Plut., 1. c., éd. de Henri Etienne, 1572 , in-S". Græc., p. 227. Lat., p. 22G.)

Ce n’est pas ici le lieu d'examiner ce qu’il y a de vrai ou de faux dans cette opinion de Plutarque. Il est seulement bon d’observer que les Romains avaient adopté l’usage des bains froids , surtout depuis Auguste, auquel Antonius Musa avait , dit-on , sauvé la vie par leur moyen ; qu’ils avaient même porté cet usage jusqu’à la manie , et peut-être jusqu’à l’excès ; que Sénèque se vante de sa vigueur à cet égard ( Tanins ego psychrohites /). Entin , que Plutarque écrivait ceci à peu près dans le temps où Agathinus, médecin célèbre et qui exerçait son art à Rome , donnait les plus grands.élogesà l’usage habituel des bains froids, tant pour les hommes que pour les enfants. Mais Agathinus recommandait de n’entrer dans le bain qu’après un exercice modéré, au moment où l'on se sent le corps dispos, et avant le repas. 11 voulait qu’on s’y plongeât en plusieurs temps et par reprises, en y entremêlant des frictions sèches , et en y joignant l'exercice de la natation. Il ne voulait pas que le froid de l’eau fût glacial; et il ne croyait pas que dans les grandes chaleurs il fût fort à craindre, avec toutes ces précautions, de sç baignçr uièmç

après le repas du soir. Il ne paraît pas qu’il conseillât le bain froid pour la première enfance; mais il condamnait pour cet âge les bains chauds comme très-préjudiciables à la santé. Il ne les regardait comme utiles qu’aux hommes qui étaient faligués ou qui étaient resserrés et constipés. ( Vaye s Oribas. collée., 1. x, ch. vu.) Galien cite Agathinus en plusieurs endroits , mais non pas relativement à ses opinions sur l 'hygiène.

Ce qu’il y a de vrai , c’est que Plutarque a certainement été trop loin en exagérant les assujettissements qu'exigent les bains froids ; et que leur utilité a toujours été bien reconnue des bons observateurs, en évitant toutefois les imprudences qui les rendraient dangereux, et en ne contractant pas à cet égard une habitude, dont tôt ou tard l’empire devient à charge. Je ne parle pas ici des deux discours de Plutarque sur l'usage de la viande , où il s’élève contre cette coutume , plus par des raisonnements philosophiques que par des motifs de salubrité. Lui-même d’ailleurs en usait , comme l'observe Mackenzie, et il paraît avoir composé ces discours dans le dessein plutôt de développer des idées ingénieuses , que d’opérer une réforme dans les usages de son temps. — Aui écrivains qui ont écrit sur l' hygiène dans l’espace du temps dont on vient de parler , on peut joindre ceux qui ont traité des aliments. Galien parle de Xénocrale, qui vivait sous le règne de Tibère, et qui a écrit un Traité des poissons renfermé dans la collection de Photius ; mais qui, comme le dit Mackenzie, renferme peu de choses utiles. Dioscoride, qui vivait sous ÏSéron, a inséré dans son ouvrage, au milieu des médicaments qui en font la matière principale , différents articles sur les aliments et les assaisonnements et sur leurs propriétés; c’est surtout dans le liv. n et le liv. v qu’on trouve ces articles, dont le mérite en général est médiocre. Ce n'est pas au nombic des auteurs d’/iygic/ie qu'il faut ranger Cælius Apicius, quoiqu'il ail fait un recueil des recettes de cuisine de son temps. Il vivait sous le règne de Trajan. Mais Pline le naturaliste, qui vivait sous Vespasicn et Tite, offre sur l'Histoire naturelle des substances alimentaires, sur les propriétés qui leur étaient attribuées , et sur les usages des Romains de son âge , tout ce que la curiosité peut désirer; cl les charmes du style, les réflexions philosophiques et profondes dont

HYGIENE

son ouvrage est rempli , dédommagent des erreurs et de la crédulité qu’on est trop souvent obligé de lui reprocher. — En parlant des philosophes qui, dans ce siècle, se sont occupés île la conservation des hommes et de leur perfection physique , on aurait tort de ne pas citer encore Aulus Gellius (Aulu-Gellc) , et ses nuits attiques , dans lesquelles on trouve ( liv. xii, c. i ) un passage digne de remarque sur l’allaitement maternel et sur les inconvénients des nourrices mercenaires , qui, à Rome , étaient choisies le plus communément parmi des esclaves étrangères. C’est Favorinus , philosophe célèbre de ce temps , né à Arles, qui est supposé parler à la mère d’une dame romaine.

« Quuin mater puellæ parcendum ei « esse diceret adhibendasque puero nu- » trices, etc.... Oro te, inquit, mulicr... » Sine eam totam integram esse matrem » filii sui.... Pleræque istæ prodiqiosæ « mulieres fontem ilium sanctissimum » corporis, generis liumani educatorem , » arefacere et extinguere, cura periculo » quoque aversi corruptique Jactis , la- » borant; tanquam pulchritudinis sibi

» insignia devenustet Non idem san-

» guis est nunc in uberibus, qui in utero » fuit? Nonne hac quoque in re solertia » naturæ evidens est , quod postquam » sanguis ille opifex in penetralibus suis » omne corpus hominis finxit, adven tante » jam partus lempore , in supernas se » partes proferl, ad fovenda vilæ ac lucis « rudiraenta præsto est , et recens natis » notum et familiarcm victuin offert ?

» Quamobrem non frustra creditum est , » si intus valeat ad fingendas corporis » atque animi similitudines vis et natura « serninis , non secus ad eamdem rem » lactis quoque ingénia et proprietates ! v valere. N'eque in hominibus id solum, » sed et in pecudibus animadversum ;

; y nam si ovium lacté hædi, autcapraruni « agni alantur , constat ferme in his la- » nam duriorcm , in iliis capillam gigni

» teneriorem Quæ , malum , igitur

» ratio est, nobilitatem islam modo nati » hominis , corpusque et animum bene » ingeniatis primordiis inchoatum, insi- ' n tlV0 degenerique alimento lactis alieni J » porrumperc ?.... Si præsertiin , ista » quant ad præbendum laclcm adhibebi- ! >J *'s » au* serva aut servilis est , et , ut a » plerumque solet , externæ alque bar- » baræ natioms; si improba, si informis, i » si impudica , si temulenta est. .»

« La mère de la jeune femme lui ayant Hygiène;

dit qu’il fallait ménager l’accouchée et

donner une nourrice à l’enfant , etc

Ah ! madame, dit-il, je vous en conjure, permettez-lui d’être tout-à-fait et complètement la mère de son fils — La plupart de ces femmes monstrueuses , au risque des accidents dont les menace un lait égaré et corrompu , se donnent bien, des peines pour tarir et dessécher cette source sainte et sacrée de leur corps r destinée à faire la première éducation du genre humain; comme si les grâces qui les embellissent devaient en recevoir quelque outrage ! Le sang qui cir-

cule dans les mamelles n’est-il pas le même qui coulait auparavant dans l’utérus? Et l’habileté de la nature ne se manifeste-t-elle pas là d’une manière bien évidente? quand on voit que ce même sang créateur, qui dans le sanctuaire intime de ses opérations, a figuré toutes les parties du corps de l’homme, vers le temps de l’accouchement se porte aux parties supérieures , et là se tient prêt à couver encore les germes de la vie , en fournissant au nouveau-né un aliment déjà*familier à ses organes. Ce n’est donc pas sans raison qu'on a pensé que de même que la liqueur virile par sa nature et son énergie a pu esquisser audedans les traits et la ressemblance des corps et des caractères , le lait par ses facultés et les propriétés qu’il reçoit en se formant ( ingénia ) peut pareillement contribuerà compléter le même ouvrage.

Et cela ne se voit pas seulement chez les hommes , mais aussi dans les animaux. Car il paraît constant que le chevreau nourri du lait d’une brebis, ou l’agneau allaité par une chèvre, en reçoivent l’un une laine plus rude, l’autre un poil plus souple et plus flexible... Malheureuse, par quelle raison donc, en greffant ainsi sur votre enfant la substance dégénérée d’un lait étranger, allez-vous gâter dès la naissance toute la beauté de cette esquisse si bien commencée en lui de toutes les qualités de l’esprit et du

corps ? Surtout , si celle que vous

choisissez pour allaiter votre enfant est ou une esclave ou d’une condition servile , et prise , comme c’est l’ordinaire , parmi des nations étrangères et barbares; encore plus si elle est méchante, grossière, ivrogne , libertine. » — Je n'ai pris dans cet éloquent morceau que ce qui présente les idées et les raisonnements les plus rapprochés de la connaissance physique de l’homme ; le passage tout entier mérite d’être lu dans l’origi-^

HYGIÈNE

nal. Favorinus, dont Aulu-Gellc fait ici son principal personnage, vivait sous le règne d’Adrien.

Second temps de la première époque.

Galien.

Galien, né à Pcrgame dans l’Asie mineure , l’an 131 de l’ère chrétienne , est l’homme qui après Hippocrate a le plus illustré l’art par l'étendue de son savoir et l’excellence de ses écrits. Plein de la lecture d’Ilippocrale , il en a analysé , étendu, fécondé la doctrine, par de bonnes applications ; et l'anatomie , qui de son temps avait déjà fait de grands progrès , a contribué beaucoup à donner à ses idées un plus grand degré de précision. Ces avantages sont balancés par quelques défauts , une abondance souvent diffuse , une subtilité minutieuse ; c’est lui qui, indépendamment du peu de solidité de la fameuse doctrine du chaud et du froid, du sec et de l’humide qu’il avait adoptée, y a ajouté l’extrême et inutile subtilité des quatre degrés , dans lesquels il divisait chacune de ces prétendues qualités ; c’est à l’aide de ces divisions purement hypothétiques qu’il prétendait classer et définir les différentes propriétés des médicaments et des aliments. Cette doctrine fut ensuite étendue et eut un grand succès dans l’école arabe ; elle fit une grande partie de la science des médecins européens du treizième et quatorzième siècle, qui ne connaissaient que les Arabes , et Galien par les Arabes; elle régna jusqu’au moment où les savants de l’empire grec se répandirent en Europe , et y apportèrent avec leurs manuscrits le goût de l’antiquité; dès-lors les livres d’Hippocrate devinrent la règle absolue des écoles , tant en Italie qu'en France et en Angleterre. — Il est bien étonnant qu’un aussi bon esprit que Galien ait donné tant d’importance à des spéculations si peu susceptibles d’une démonstration exacte, et que l’homme qui a d'ailleurs répandu tanl de philosophie dans ses écrits , qui a fait le beau traité de usu partium, soit le même qui ait donné dans de pareilles frivolités. On conçoit maintenant comment, plein de vénération pour Hippocrate, il n’a pas voulu lui attribuer le traité intitulé : Des Origines de la , Médecine , dont l’aulcur combat précisément cette doctrine déjà en vogue de son temps, renouvelée depuis et amplifiée pur Galien , et se sert pour la détruire

des raisonnements les plus solides tirés de là plus simple observation. — Galien doit être regardé, quant à l 'hygiène, soit comme auteur, soit comme commentateur d’Hippocrate.

Les ouvrages propres k Galien sont :

six livres sur la Conservation de ta santé ; un livre traitant celle question , l 'hygiène appartient-elle à la médecine ou à la gymnastique ? un autre livre ayant ce titre : De la meilleure complexion du corps , de la manière de la connaître, et de la défendre contre les causes qui peuvent la déranger ■ un autre traitant de la constitution , de la bonne constitution, etc., et cle sa différence d'avec, la constitution athlétique-, trois livres sur les propriétés des aliments, un sur les aliments qui forment de bons ou de mauvais sucs ; un sur le régime atténuant-, un autre sur l'exercice appelé de la petite balte, espèce de jeu analogue à celui de la paume. On joint ordinairement aux livres de Galien sur V hygiène celui qui est intitulé : De la manière de connaître et de guérir les passions de l'ame , c’est-à-dire les excès qui en résultent. Chartier en ajoute un autre qui présente le même titre à peu près, et contient des préceptes analogues , si ce n’est que dans l’un de ces titres il se sert de l’expression des passions de l’âme; et dans l’autre, de celle des erreurs de l'âme. Mais, dans l’un et l’autre livre, le texte de Galien présente également le dernier terme , fautes ou erreurs. C’est assurément une idée trèssage et très-vraie que de mettre les préceptes de la philosophie au rang des moyens les plus utiles k la conservation de la santé. Enfin une matière fort importante et digne d’une grande considération est celle que Galien traite dans son livre des habitudes : divers fragments , et quelques autres traités attribués k Galien , pourraient être joints a ceux-là, mais ils n’ajoutent rien à ce qui y est contenu , et l’esprit ainsi que la doctrine de Galien seront suffisamment appréciés par la lecture de ceux qui viennent d’être cités. En y joignant ses commentaires au nombre de trois sur le livre d’Hippocrate touchant l 'air , les lieux et les eaux ; un commentaire sur celui attribué-k Polybc, concernant la salubrité du régime des particuliers , et quatre commentaires sur le livre intitulé de alimenta , on aura tout ce que Galien a donné d’important sur Y hygiène.

L’abrégé de Lacuna , intitulé Èpilome

hvgikne.

Galeni operum , etc., imprimé à Lyon en 164 3, donne une connaissance bien complète des ouvrages de Galien, dont la prolixité avait besoin de ce secours ; il sert aussi à feuilleter , sans perte de temps, le texte original , toutes les fois qu’ou veut le consulter. — RJackçnzie nous donne une très-bonne idée de ce que Galien a ajouté à ['hygiène, en s exprimant ainsi.

« Pour proportionner les règles de ïhigiène aux différentes circonstances dans lesquelles les individus se trouvent placés , Galien partage les hommes en trois classes générales. Il met dans la première ceux qui sont naturellement sains , vigoureux , et maîtres , par l’aisance dans laquelle ils vivent, de consacrer à leur santé tout le temps et les soins qu’ils jugent à propos. Dans la seconde, il range les hommes d’une constitution faible et délicate. La troisième classe contient ceux auxquels des occupations indispensables, publiques ou privées, ne permettent pas de manger, dormir , ou s’exercer à des heures réglées.

— Pour ce qui est des premières classes , il dit que , pour conserver la vie et la santé aussi long-temps qu’il appartient ; à l’homme , il est nécessaire que les organes soient naturellement bien constitués. « Il est, dit-il, des gens d’une » complexion si misérable, qu’Esculape » lui-même ne pourrait les faire vivre » au-delà de soixante ans. » Il divise ces premières classes en quatre périodes , l’enfance , la jeunesse , l’âge viril et la vieillesse. Deux de ces périodes, l’enfance et la vieillesse, n’avaient fixé que très-légèrement l’attention des écrivains qui l'ont précédé. Quant à la jeunesse | et à l’âge viril (soit parmi les constituï lions vigoureuses , soit parmi les consti- ; tutions faibles), les règles générales établies par Hippocrate «t les autres pour la • conservation de la santé sont aussi celles que recommande Galien , et nous ne 1 |es répéterons pas ici. — Pour abréger,

' b y a quatre articles relativement à l’art de conserver la santé, auxquels Galien 1 a donné plus d'attention qu’aucun de ses prédécesseurs, c'est: lu l’enfance; 2° la vieillesse; 3° les différents tein- I péraments ; -ï° les soins nécessaires à I ceux qui ne sont pas maîtres de leur temps, etc. »

Le docteur Mackenzie entre ensuite . dans le détail succinct des règles les plus importantes que donne Galien , pour ; | conserver la vie et la santé des hommes

dans ces quatre états de la vie. Je ne le suivrai pas dans ces détails qui appartiennent mieux à l’article régime qu’à un article historique. Je me contenterai d’insister sur trois objets qui tiennent davantage à l’histoire de l’art; ce sont:

1° L’origine de cette expression, choses non naturelles , pour désigner les objets qui font la matière de l'hygiène ; 2° l’histoire des bains froids , surtout pour les enfants; 3° l’établissement de cette doctrine des quatre tempéraments et de leurs quatre degrés qui , malgré son absurdité, a régné si long-temps dans les écoles.

I. « L’épithète de non naturelles , donnée aux choses les plus nécessaires au soutien de notre vie , semble extrêmement choquante et contradictoire , ainsi que l’observe Mackenzie; et il ne paraît pas moins extraordinaire , dit il , qu’une expression aussi mal imaginée, née du jargon de l’école des péripatéliciens , ait duré aussi long temps parmi les médecins. Son origine paraît venir d’un passage de Galien , où cet auteur divise tout ce qui concerne l’économie du corps humain en trois classes. La première des choses naturelles, c'est-àdire inhérentes à sa nature; la seconde des choses non naturelles , c’est-à-dire hors de sa nature ; la troisième des choses extra- naturelles , c’est-à-dire différentes du cours ordinaire de la nature.

Voici les paroles de Galien tirées de la version latine du livre qui lui est attribué dcOculis. » (On le trouve dans Chartier, t. x, § ni, c. n, p. 510. Le texte grec ne nous est pas parvenu. La citation de Mackenzie , dans laquelle il n’est pas parlé de l’édition , porte class. vu, lib. de ocul., partie iii, c. u.) « Qui » sanitatem vult restituere dccenler, de- » bet investigare septein res naturelles » quæ sunt elementa , complexiones , » humores , membra , virtutes , spiritus » et operationes ; et res non naturales » quæ sunt sex ; aer , cibus et polus , » inanitio et replelio , motus et quies , » soinnus et vigilia et accidentia animi ; » et res extra naluram quæ sunt très , » morbus , causa morbi , et accidentia » morbum concomitantia. » C’est de là que nous est venue l’épithète de non naturelles que nous conservons encore aujourd’hui, quoiqu’il soit impossible de l’entendre sans un commentaire... Hoffmann, par exemple, en appliquant cette épithète à l’air et aux aliments, raccompagne de cette explication, « a veteribus

hygiène.

» lias res non naturnlçs appcljantur quo- » niam extra corporis esscntiara consti- » tutæ sunt. » ( l)iss. 3, dnc. 2. ) {Poÿ. Mackenzie, 1. c., introduction, première note.) Cette explication d’Hoffmann S’applique très-bien à l’air et aux aliments ; mais comment peut-on la transporter aux évacuations , au sommeil et à la veille, au mouvement et au repos, et aux affections de l’âme ?

II. Nous avons vu que l’usage des bains froids avait été introduit par Antonius Musa, vanté par Agathinus, condamné par Plutarque sur des raisons peu convaincantes. — Galien est bien loin d’adopter l’opinion d’Agathinus sur les bains froids. Quelque cas qu’il en fasse, à cause de leur action fortifiante , il ne veut pas qu’on en use avant le temps où l’accroissement du corps est terminé, et l'époque qu’il fixe pour en commencer l’usage est le milieu du quatrième septennaire, c’est-à-dire à peu près vingtquatre ans. 11 veut encore que le jeune homme qui en fait usage ait conservé toute sa santé et sa bonne constitution , qu’il ait l’esprit gai et ouvert, c’est-àdire qu’il n’ait point de disposition à la mélancolie et à l’hypochondrie ; il veut qu’on choisisse , pour contracter cette habitude , le commencement de l’été ; pour qu’on ait le temps de s’y faire avant Je retour de l'hiver ; que le jour choisi pour commencer soit cahne et aussi chaud qu’il peut être pour la saison; que ce soit aussi dans la partie la plus chaude de ce jour qu’on se plonge dans l’eau froide, et que le gy/nnastère ou le lieu où l’on se dépouille soit bien tempéré. Il faut alors, suivant Galien, qu’on fasse précéder des frictions plus rapides et plus fortes que de coutume , et qu’après les onctions d’usage , le jeune homme se livre à des exercices plus violents ; après ces préliminaires, qu’il plonge promptement , parce que rien ne fait frissonner davantage que d’entrer peu à peu dans l’eau froide, de manière que chaque partie n’en soit affectée que successivement. Que l’eau dans laquelle il plonge ne soit ni tiède ni glaciale. « Si l’eau tiède, dit Galien, n’a point „ l’avantage d’occasionner le flux et le » reflux de la chaleur, l’eau glaciale j> saisit trop ceux qui n’y sont pas faits, » et les refroidit trop profondément. »

Le jeune homme , ajoute-t-il , pourra , par la suite , s’accoutumer même à supporter celle-ci , mais pour les premiers temps, il ne faut pas qu’il s’expose à une

eau trop froide, etc. etc. ( De la conserv. de la santé , 1. m, ch. îv , éd. de Chartier. )

Avant d’entrerdans ces détails, Galien dit : « un corps bien constitué ne doit » point être lavé à l’eau froide, tant qu’il » est dans le progrès de son accroisse- » ment, de peur qu’il n’en soit retardé. « (Ib.) Mais c’est principalement relativement à l’àge le plus tendre qu’il s’élève fortement contre l’usage des bains froids, qu’il laisse, dit-il, aux Germains, aux Scythes et à d’autres nations barbares, ainsi qu’aux sangliers et aux ours , ne conseillant à personne de courir le hasard de faire mourir subitement l’enfant qui vient de naître , dans l’espérance de l’endurcir et de le fortifier, s’il ne meurt pas dans cette tentative dangereuse.

( P'oyez delà cons. de la santé, I. i, c. x.) Il y a certainement quelque chose de vrai dans celle proposition, mais il était faux de dire que l’usage des bains froids lût naturellement une cause capable de retarder l’accroissement du corps , et entre l’usage de plonger un enfant nouveau-né dans l’eau glacée, ou le parti de proscrire les bains d’eau froide jusqu’à l’âge de vingt-quatre ans, il y a certainement un grand nombre de degrés intermédiaires. Nous croyons que les réflexions du docteur Mackenzie sur cet objet méritent d’être rapportées ici ; d’autant que c’est à l’occasion de ce passage de Galien qu’il les fait dans une note très-sage et très-bonne à connaître. — Il observe dans le texte , que l’usage recommandé par Galien , de saupoudrer le corps de l’enfant nouveau-né avec du sel , pour fortifier l’organe cutané, est depuis long-temps abandonné , et remplacé avantageusement par celui des bains froids, employés avec les ménagements convenables ; il dit dans sa note : « Le bain froid , en fortifiant les solides et favorisant la transpiration , donne aux enfants de la vivacité , de la chaleur et de la vigueur; il est très-utile pour prévenir le rachitis, les descentes , les scrofules, les toux auxquelles les enfants sont singulièrement sujets dans quelques contrées; la nature semble ellemême en avoir indiqué l’usage aux hommes, tant dans l'ancien que dans le nouveau monde. Virgile nous apprend que , long-temps avant la fondation de Rome, cet usage était établi en Italie, et que les habitants plongeaient leurs enfants nouveau- nés dans les eaux vives les plus froides. «

HYGIÈNE

Durum a sttrpe genus » natos ad Rumina primuni Dtfrrimus, sævoque gduduiamus et midis.

Æn. 1. ix, v. Co5.

« Guillaume Pen , dans sa lettre au docteur Bainard (llist. of co/cl ùalhs, part. 11 , pas. 29.) , s'exprime dans les termes suivants : <c Je me suis assuré que ,, les Indiens de l’Amérique lavent leurs « jeunes enfants à l’eau froide aussitôt i> après leur naissance dans toutes les » saisons de l’année. — Pour ce qui est des enfants doués d’une bonne constitution , rien ne peut empêcher de leur faire user des bains froids, surtout si les parents prennent la précaution d’attendre pour cela l’été qui suit la naissance de l’enfant ; par là on évitera le passage trop rapide de la chaleur tiède , au milieu de laquelle s’est développé le fœtus à une température fort différente. Il est encore un moyen de mettre l’enfant à l’abri de tous les accidents que pourrait occasionner une immersion journalière et subite de tout son corps dans l’eau froide; c’est que la nourrice observe si , au sortir de l’eau , ou du moins après avoir été frotté , essuyé et habillé , l’enfant paraît plein de chaleur et de vivacité ; si cela est , il est hors de doute que l’usage du bain froid lui sera avantageux ; mais si au contraire , l’enfant sort frissonnant et pâle, si surtout quelqu’un de ses membres reste contracté et comme engourdi par le froid, et qu’il ne se rétablisse pas aussitôt après avoir été frotté, essuyé et couvert, il faut cesser pendamt quelques jours et essayer de nouveau quand l’enfant paraît plus vigoureux. Si la même Chose avait encore lieu, il faudrait y renoncer tout-à-fait. » — Si l’on répond à ces témoignages , que l’usage des bains froids n’est pas nécessaire pour rendre les enfants forts et vigoureux , j’en conviendrai très-volontiers ; mais il faudra aussi que l’on tombe d’accord que leur usage n’est pas aussi nuisible qu’on l’a cru , qu’il ne peut que contribuer à fortifier les jeunes élèves contre les intempéries des saisons, et surtout contre les variations de températures, si souvent nuisibles à ceux qu’on couvre avec tant de soins, et qu’on soustrait avec tant de sollicitudes à toutes les impressions de l’air.

III. Je passe à la doctrine du chaud et du froid, du sec et de l’humide , et des quatre degrés dans lesquels Galien a divise ces qualités des corps. Ce n’est pas aux aliments qu’il applique ces dis-

tinctions, c’est aux médicaments. Yoici ce qu’il dit en substance. Je dis en substance , parce que le style cl i fl u s de cet auteur ne me permet pas d’insérer ici toute la traduction de son passage.

« Quelle que soit la qualité d’un médi- » cament , chaud, froid , sec et humide , » il faut le rapporter à un état moyen , » qui constitue ce qu’on peut appeler le » tempérament parfait. Ayant donc pris u pour objet de comparaison un corps, » quel qu’il soit , dont l’état sera regardé » comme tempéré ; à mesure que les » substances médicamenteuses s’éloi- » gnent du tempérament de ce corps , j) elles deviennent, relativement à lui , » plus ou moins chaudes , froides , sè- » ches ou humides ; les unes au premier » degré , les autres au second , au troi- » sième , au quatrième. C’est ainsi , » ajoute-t-il , que l’huile de rose étant » au premier degré de froid, le quatrième » degré sera rempli paç la ciguë , le suc » de pavot , la mandragore et la jus- » quiame ; et l’anelh ainsi que le tenu » grec étant au premier degré de chaud, » les substances brûlantes rempliront le » quatrième; il en est de même du sec » et de l’humicle. Il est important , dit- » il , de ne pas confondre ces degrés. Je » me propose d’exécuter celte classificaj) tion , non d’après des probabilités et 3i des conjectures , mais d’après des ex- 33 péricuces précises et exactes. Ouvrage 3> hérissé de difficultés, mais propre à » affermir et à assurer la marche du mé- 3> decin : ce sera l’œil à l’aide duquel il 33 fixera et discernera la vérité ! » (L. in, de medicam. simpl. facult., éd. Chartier, c. XIII.)

Tels sont les éloges que Galien donne à ce système de classification , dont il n’est pas l’inventeur, mais auquel il se vante d'avoir donné un grand degré de perfection. Son terme moyen est l’homme en général, et en particulier chaque individu, et dans chaque individu spécialement l’organe du toucher ou la peau , avec celte observation, que la constitution de chacun étant différente , ce qui est au nombre des substances chaudes pour l’un se trouve quelquefois au nombre des substances froides pour l’autre , etc. — Quoi qu’il en soit de cette théorie plus qu’hypothétique, je me contenterai de l’avoir indiquée ici, comme plus digne de figurer dans l’histoire des erreurs que dans celle des progrès de l’art; et je rappellerai a nos lecteurs que le même homme en parlant des propriétés des

HYGIÈNE

aliments , ouvrage rempli d’excellentes remarques, dit que c’est à la seule expérience qu’il aura recours pour les déterminer, et non aux raisonnements fondés sur les qualités supposées de ces substances. Aussi présénle-t -il de très-utiles observations dans les trois livres qu’il a écrits sur ce sujet. J’ai eu occasion d’en donner une idée succincte à l’article Aliment. — Je terminerai cet article comme Mackenzie , par un passage remarquable de Galien, tiré de son traité de la conservation de la santé, où il dit: « Je prie les personnes qui liront ce traité, de ne point se ravalera la condition des brûles ou à celle des hommes dépravés, en se livrant à leur insouciance , en mangeant et buvant indistinctement tout ce qui Halle leur palais , en se livrant sans réserve à tous les genres d’appétits qui les tourmentent. Qu’ils se connaissent en médecine ou non , peu importe. Qu’ils consultent leur raison, qu’ils observent quelles choses leur réussissent, et quelles autres ne leur conviennent pas; qu’alors.en hommes sages, ils s’arrêtent à ce qui est utile au maintien de leur santé, qu’ils évitent tout ce que leur expérience leur aura démontré nuisible; je les assure que l'exacte observation de cette règle suffira pour les faire jouir d’une excellente santé, et que rarement ils auront besoin de médecine ainsi que de médecins. »

Porphyre.

Entre Galien’et Oribasc, qui est après Galien le premier des médecins grecs dont les écrits nous sont restés, il s’est écoulé un intervalle de deux cents ans. Dans cet espace de temps , nous ne devons point oublier le célèbre Porphyre, disciplede Plotin et de Longin, plus célèbres encore. C’était un de ces hommes extraordinaires, qui, moins occupés des proportions de la nature que des spéculations de leur génie, et cherchant la vertu hors de l’homme et non dans l’homme même, la regardent comme une mesure inflexible à laquelle il faut rattacher, et sur laquelle il faut rompre, nonseulement ses préjugés et scs habitudes, mais scs facultés mêmes et ses organes. — Porphyre était natif de Tyr. Il vivait vers le milieu du troisième siècle, il voulut rétablir les abstinences des pythagoriciens. Plotin son maître, philosophe platonicien, s’élail attiré une grande considération par scs vertus; il était

l’oracle de son temps , et les premières Jamillcs de Rome lui avaient confié l’instruction et l’éducation de leurs enfants. J1 paraît que Porphyre, héritier de son école , voulut en profiter pour ressusciter une secte dont les vertus sévères et les pratiques singulières avaient de quoi plaire à son génie, et lui donnaient occasion de jouer, après Plotin même, un rôle remarquable. Il écrivit un livre sur l’abstinence des nourritures animales dontBurigny nous adonné la traduction.

Ce livre est adressé à Firmus Caslricius, transfuge de son école, auquel il rappelle les avantages du régime qu’il a abandonné , et combien il contribue tant à la santé du corps qu’a la perfection de l’âme. 11 établit son système sur ces deux propositions fondamenUles : 1° « que l’empire qu’on acquiert sur ses désirs et sur ses passions contribue pour beaucoup à la conservation de la santé ; 2° que le régime végétal , consistant en des aliments dont l’acquisition est aisée et la digestion facile, est un moyen très-avantageux de parvenir à cet empire sur nousmêmes. » [Voyez Mackenzie, liv.n.)

A l’appui de sa première proposition il cite l’exemple de quelques-uns de ses amis , qui long-temps tourmentés de la goutte , tant aux pieds qu'aux mains , et s’étant fait porter de lieu en lieu pendant huit années, sans pouvoir obtenir de guérison , se sont trouvés guéris complètement en renonçant à l’ambition et à la soif des richesses, et en s’appliquant à la philosophie, et se sont ainsi débarrassés à la fois des tourments de l’esprit et des souffrances du corps : il demande ensuite si un régime animal , succulent et somptueux , n’exige pas plus de dépense, et en même temps n'aiguillonne pas davantage les passions et les désirs qu’un régime composé de simples végétaux. Il lire de là des conclusions trèsétendues , et qui sentent plus, dit Mackenzie , « l’effervescence d’un enthousiaste, ou l’austérité d’un ermite, que la justesse d’esprit d’un physicien instruit. » — Je n’en dirai pas davantage d’un homme qui peut-être eut plus la prétention d être singulier que raisonnable , et dont les écrits n’ont rien ajouté à la science.

Oribase cl les Grecs anciens qui ont suivi Galien.

Oribase et les médecins grecs qu’on nomme Grecsancicns, cl dont le dernier

hygiène. 55

est Paul d’Egine , n’ont guère écrit sur Yhygiène que ce qu’ils ont emprunté de Galien , et des autres écrivains qui leur étaient' antérieurs , et dont plusieurs nous sont inconnus. Alexandre deTralles, le plus original d’enlreeux, n’a rien écrit sur la conservation de la santé.

Preind place Oribase au milieu du quatrième siècle , vers l’an 360 , et Paul d’Egine au milieu du septième , vers 640. Mackenzie observe qu’Oribase est le premier des médecins anciens qui ait parlé des avantages que procure à la santé l’exercice du cheval. « Cet exercice, mieux que tous les autres, fortifie, dit-il , le corps et l’estomac , nettoie les organes des sens , et en aiguise l'activité. » 11 ajoute, ce qu’on ne croira guère de nos jours, mais ce qui est vrai dans certainescirconslances seulement, « que cet exercice est très-nuisible à la poitrine. » (Collect. méd. j 1. G, c. 24.) Mackenzie dit trop en attribuant ces préceptes à Oribase. Ce médecin n’a fait que recueillir ce qu’avaient écrit avant lui plusieurs écrivains, et ceci en particulier est tiré , ainsi que le dit Oribase lui-même, do trentième livre d’Antillus; Oribase avait eutrepris ces collections (médicinal collectanea ) par ordre de l’empereur Julien, dont le dessein était que tout ce qu’il y avait d’utile dans les productions déjà trop volumineuses des médecins fût réuni en un seul corps d'ouvrage. — Mackenzie néanmoins, en attribuant à Oribase le premier conseil relatif ;r l’utilité de l’exercice du cheval, observe que Galien distingue deux espèces d’exercices ( De la cons. de la santé, 1 i v. u, c. n) : l’exercice actif dans lequel le corps se meut de lui-même , Y exercice passif dans lequel le corps est mu par une impulsion étrangère; et qu’il remarque que l’exercice du cheval I est un exercice mixte. Mackenzie obi serve outre cela que les anciens ne connaissant pas l’usage des étriers, cet exercice était plus fatigant encore pour eux que pour nous; il ajoute que bien avant Oribase, les Grecs regardaient l’exercice du cheval comme utile , et cite à ce sujet un passage remarquable d’un ouvrage de Xénophon , intitulé or/.ovo fuy.ài , ou de 1 administration domestique (1); c’est

(1) La citation de Mackenzie répond à une édition qu il n’indique pas. Il dit i seulement (Xénophon dans ses Économi- : quest li v. 2, scct. 3.) Le livre intitulé

dans le dialogue d’Ischomachus avec Socrate ; Ischomackus ayant raconté à Socrate l’exercice qu’il faisait à cheval en visitant les travaux de sa campagne, Socrate applaudit beaucoup à cette méthode, qui, dit-il, vous procure à la fois la santé et la force du corps.

Aëtius,né dans la ville d’Amide en Mésopotamie , est placé par Freind au commencement du sixième siècle. Il ajoute peu de choses à ce qu’a dit Galien, relativement à Y hygiène ; il en traite spécialement dans le quatrième livre du premier Tétrabible ; il donne plus de détails que Galien sur ce qui concerne la santé des enfants , le choix des nourrices, etc. 11 parle assez au long dans le troisième livre desexercices, des frictions et des bains , et cependant n’en dit rien de neuf. Mais dans la préface du premier livre, il parle des changements qu’éprouvent les qualités sensibles des fruits dans le progrès de leur maturation , et des différentes propriétés qui en résultent.

Ceux qui liront cette dissertation ne doivent pas se laisser rebuter par des expressions que réprouve aujourd’hui l’exactitude de la physique et de la chimie modernes; au milieu de la mauvaise théorie de ces anciens temps , ils pourront discerner des observations qui sont d’un homme exercé à étudier la nature. Lorry fait beaucoup de cas de ce morceau d’Aëtius , et il est bon ici en passant d’avertir ceux qui veulent tirer quelque fruit de la lecture des anciens , de taire moins d’attention à leur manière d’expliquer les phénomènes de la nature, et d’exprimer leurs idées , qu’au fonds même de ces idées et aux bases positives sur lesquelles sont élevées leurs explications. De cette manière on retrouve chez eux des remarques précieuses , des faits importants, et souvent même les éléments de quelques découvertes modernes qu’on est étonné qu’ils aient même entrevues avec aussi peu de secours. — Oribase et Aëtius ont suivi et étendu la doctrine galénique des degrés de froid et de chaud , mais ne l’ont encore appliquée qu’aux médicaments. —

Économique n’est pas divisé en deux:

dans l’édition in-folio de Paris, 1725. Ce livre Tait le cinquième de ceux intitulés KTrouvflfzovsojzàTwv ou des choses mémorables, et on y trouve le passage dont U est question, pages 850 E, et 831 ; A et B.

HYGIÈNE

Paul d’Egine n’est pas un auteur plus original que ceux dont il vient d’être question; son premier livre roule tout entier sur des sujets relatifs à la conservation de la santé, et il ne nous apprend rien qui ne se trouve dans ses prédécesseurs ; c’est à lui que se termine ce que nous avons à dire du second temps de la première époque. Ou voit qu'après Galien , tous les auteurs qui appartiennent à ce temps, à l’exception d’Alexandre de Tralles, qui n’a rien écrit sur l'hygiène, ne nous ont presque rien laissé qu’ils n’aient puisé dans des sources étrangères. Ils nous ont cependant rendu le service de nous conserver beaucoup de détails relatifs aux coutumes de leur temps, et spécialement à la gymnastique , à l’usage des bains , des exercices et des frictions; et nous leur devons aussi une connaissance assez complète de l’état de la médecine dans les siècles qui les ont précédés.

Troisième temps delà premier e époque.

Page 1