I. Ecole des Arabes
Le troisième temps , que je vais parcourir très-rapidement, présente, s’il m’est permis de parler ainsi , trois dynasties à peu près contemporaines, mais parmi lesquelles celle des Arabes a spécialement dominé, et a imprimé son caractère aux deux autres, par une prépondérance marquée. — Ces trois dynasties, ou plutôt ces trois écoles , sont l’école des Arabes , celle des Grecs modernes , et celle d’Italie ou l’école de Salerne. Celle des Arabes à l’antériorité. Freind nous assigne deux principales époques auxquelles la médecine grecque a pu pénétrer dans l'orient de l’Asie. La première est l’alliance de Sapor , roi de Perse, avec l’empereur Anrélicn, dont il épousa la fille. L’empereur envoya avec elle plusieurs médecins pour l’accompagner, et ils s’établirent probablement à Niburou Nisabur, capitale du Chorazan, bâtie par Sapor en 272, en l’honneur de son épouse. Il se forma en effet dans cette ville des écoles et des générations de médecins , comme on avait vu en Grèce la race des Asclépiadcs exercer héréditairement la médecine. De là vient , observe Freind, que les plus célèbres médecins arabes Rhazès , Haly Abbas , Avicenne, se sont formés dans ces parties orientales et y ont puisé leurs connaissances dans les lettres et la médecine.
Néanmoins, ce que dit le même historien à l’article d’Uranius , dans son essai sur l’histoire de la médecine, fait voir que les progrès des Arabes dans cet art n ont pas été bien grands avant la seconde époque, c’est-à-dire la prise d’Alexandrie en 642. On suppose qu’alorsles Sarrasins, qui faisaient un grand cas de la médecine, dans laquelle même Mahomet avait la prétention d’être fort instruit, ont dû épargner les seuls livres auxquels ils attribuassent quelque mérite. Quand cela ne serait pas, il est assurément bien naturel qu’au milieu des savants qui étaient à Alexandrie , et auxquels on sait qu’Amru , général des troupes du calife Omar, fut très-favorable , le peuple arabe ait puisé des con- • naissances analogues d’ailleurs à ses goûts, et ait ainsi répandu dans l’Orient les principes de la médecine grecque. — Freind observe que la première version des ouvrages des médecins grecs en Orient avait été faite en langue syriaque , par Aaron , en 622 , temps auquel vivait Paul d’Egine. Et par conséquent l’origine de l’école arabe connue remonte à l’âge des derniers d’entre les médecins grecs anciens. — Les écrivains arabes dont les ouvrages nous sont restés doivent être divisés en deux écoles , celle d’Orient et celle d’Occident. L’école d’Orient est bien antérieure à l’autre. Cependant Sérapion et Rhazès, qui sont les plus anciens d’entre ceux dont les ouvrages nous sont parvenus, vivaient, l’un sur la fin du neuvième siècle , et l’autre au commencement du dixième; et le dernier écrivain de cette école qui soit digne de remarque , est Avicenne : il vivait sur la fin du dixième et au commencement du onzième. Mais avant ceux-là il y en avait eu plusieurs autres célèbres , dont les écrits ne nous sont pas parvenus, et dont Haly Abbas nous a conservé la mémoire : tels étaient Aaron, Maserjavaye, la famille des Bachtisua, Honaïn, Isaac tils d’Honaïn, Mosué l’ancien ; c’est après eux que sont venus Sérapion et Rhazès; et c’est après Rhazès que parut Haly Abbas, dont l’ouvrage est attribué par quelques critiques à Isaac dit l’Israélite , auteur antérieur à Rhazès , mais dont il ne nous est rien resté. Cet ouvrage intitulé Pivitechni , ou la totalité de l’art , est l’extrait de tous les écrivains précédents , qui tous à peu près sc sont copiés ou ont copié les Grecs, et qui ont cependant laissé de bonnes observations et des descriptions
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bien faites de maladies inconnues , ou imparfaitement vues par les anciens.
Avicenne est venu depuis Ifaly , puisqu’il est né dans le temps môme où celui-ci publiait son ouvrage, c’est-à-dire en 980.
On peut faire remonter l’origine de l’école d’Occident à l’époque où Abdarhaman , de la famille des Ommiades , à laquelle les Abassides avaient enlevé le califat, s'enfuit en Occident, et fut reçu en Espagne, où les Sarrasins, qui déjà s’étaient établis dans ce royaume dès l’année 711 de notre ère, le reconnurent pour légitime calife. Ce fut vers l’an 75G, le 139e de l’hégyre. Alors Almanzor régnait en Orient , et encourageait les arts et les sciences. Les califes d'Occident se montrèrent jaloux de la môme gloire, jusqu’à ce que les rois maures de Maroc s’emparèrent de leur trône vers l’an 1030 , ou 420 à 21 de l’hégyre , et firent éclater le même amour pour les arts. Néanmoins , le premier écrivain connu que l’école d’Occident nous ait donné en médecine est Avenzoar, contemporain d’Avicenne. Son témoignage nous apprend qu’avant lui de célèbres écoles étaient établies en Espagne et particulièrement à Tolède ; mais en môme temps il paraît que jusqu’à Avcrrhoès , natif dç Cordoue et qui mourut à Maroc en 1 198 , 595e de l’hégyre , les auteurs de l’école d’Orient étaient peu connus dans celle d’Occident, soit par l’effet des guerres, soit par celui de l’antipathie de la maison des Ommiades contre celle des Abassides. Avenzoar peut avoir été contemporain d’Avicenne et *en même temps très-voisin d’Avcrrlioôs, s’il est vrai, comme les historiens l’assurent , qu’il ait vécu jusqu’à l’àge de 135 ans. On ajoute qu’il parcourut cette longue carrière sans aucune infirmité.
Après Averrhocs, Freind place Albucasis, qu’il regarde comme le même qu’Alzaharavius, et qui est le dernier écrivain digue d’estime de l’école d’Occident. Il le place par conséquent à peu près dans le treizième siècle.
;* est une autre classe de médecins qu on peut regarder comme appartenant aux écoles arabes, ce sont les Juifs. Ils exercèrent la médecine, tant en Orient qu en Jccident. Freind observe qu'ils avaient en Asie une académie dès l’an 20» de notre ère; qu’ils partagèrent les établissements des Maures en Espagne en 7 1 4 ; que surtout su,- la fin du dixième siècle, ils étaient dans toute l’Europe
les plus généralement instruits dans les sciences cultivées par les Arabes , et qu’ils étaient ordinairement appelés comme médecins auprès des califes, des rois et même des papes. Au commencement du neuvième siècle, les juifs Farragut et Buhahilya étaient médecins de Charlemagne et rédigèrent les tables appelées Tacuini Sanitatis ou tables de santé. Ce sont les mêmes qui sont imprimées sous les noms d’Elluchasein Ellimitar, ou au moins, dit Freind, elles étaient très - semblables à celles-là. — Tout ce que ces écoles ont fait pour l 'hygiène, est bien peu de chose. Rhazès et Avicenne ont tiré de Galien tout ce qu’ils ont écrit à ce sujet. Parmi les livres dédiés par Rhazès à Almanzor , prince du Chorazan, il y en a un intitulé de la conservation de la santé ; et ce qui se trouve dans Avicenne est encore moins digne de l’attention de ceux qui ont lu les Grecs. — Plusieurs observations méritent d’être faites à cet égard.
1° Les exercices gymnastiques se détériorèrent et furent insensiblement abandonnés, à mesure que l’empire romain perdit de sa splendeur. Il ne paraît pas que du temps des Arabes on fît usage d’aucune partie de la gymnastique ancienne, si ce n’est des bains , dont les établissements publics se sont conservés dans l’Orient.
2° Deux grandes erreurs se sont introduites dans V hygiène-, la première est celle de l’influence des corps célestes sur la santé, la vie et le sort des hommes, et la prétention absurde de lire leurs destinées dans les astres. La seconde est celle de chercher dans des médicaments parliculiers des préservatifs contre les maladies, et de leur attribuer la vertu de conserver exclusivement la salubrité du corps. L’imagination des Arabes, avide du merveilleux , s’accommodait mieux de ces recherches ( dénuées de fondement, et qu’on ne peut appuyer d’aucune démonstration raisonnable), que delà progression lente de l’observation, qui ne marche que pas à pas, qui ne franchit brusquement aucun intervalle, et qui n’ajoute foi aux découvertes, qu’autant que la liaison des faits entre eux en démontre la concordance et en établit la vérité. Il était aussi bien agréable de trouver dans une panacée le moyen de prolonger ses jours , sans renoncer à auchnc des jouissances de la sensualité, et sans être obligé de recourir au véritable antidote des maux qui abrègent la vie ,
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c’est-à-dire à la sagesse et à la tempérance. Galien nous apprend que déjà du temps d’Iiérophile ( ;i 4 4 ans avant noire ère , selon l’auteur de l’article Anciens médecins), on connaissait, sous le nom pompeux de mains des dieux, des compositions auxquelles on attribuait de grandes propriétés pour la conservation de la santé. Pline parle aussi de quelques panacées connues de son temps ; que de vertus n’a-t-on pas attribuées à la thériaque d’Andromaque? Les Arabes en ont inventé de différentes espèces ; Roger Bacon, le grand Bacon lui-même, lord Verulam , ont ajouté foi à ces absurdes promesses ; et les chimistes ont enfin mis le comble à ces extravagances, auxquelles il ne manquait avant eux que d’être associées à la ridicule prétention de faire de l’or.
3° La doctrine des degrés a passé des Grecs postérieurs à Galien aux Arabes.
Cependant il en est qui l’ont rejetée ; et Freind observe qu’Averrhoës blâme Alkind, auteur d’un ouvrage sur les degrés des substances médicamenteuses , d’avoir porté la subtilité de ses distinctions aussi loin , et d’avoir voulu dresser l'échelle des propriétés , sur le modèle de l’échelle des tons musicaux et des progressions arithmétiques. Il lui reproche d’avoir mal entendu ce que dit Galien sur ce sujet. La plupart des auteurs de ce genre ont borné ce système aux seuls médicaments; mais les médecins de Charlemagne, Farragut et Buhaliilya, étendirent celte doctrine aux aliments et à toutes les substances que , d’après Galien , ces médecins ont appelées non naturelles. L’ouvrage intitulé Tabuini Saftüdtis, et publié sous le nom d'Elluchasem Ellimitar , médecin de Bagdad , leur est attribué. Toutes les substances alimentaires qu’ils pouvaient connaître et tous les objets relatifs à l 'hygiène y sont rangés dans des tableaux appelés Tacui/u. Ces tableaux sont divisés en cases appelées domus ou maisons destinées aux différents genres d’observations relatives à chaque substance.
Dans la quatrième colonne, ou maison , sont rangés les degrés de chaud , de froid, d’humide, ou de sec, qui leur paraissent convenir à chaque matière. Jean Schott a donné une édition de cet ouvrage avec celui d’Albenguefit et d’AI- Jçind , ainsi que de celui de Buhahylia sur de semblables classifications des maladies sous le titre de Tacuini Ægritudthum -, il a ajouté des figures qui re-
présentent chaque sorte d’aliment, et tout ce qui caractérise les six choses appelées non naturelles. Cette édition a paru a Strasbourg un 1531. On rougirait de s arrêter un instant à de pareilles sottises, si elles n’appartenaient pas essentiellement à l'histoire de l'art , et si elles n’avaient pus occupé sérieusement les écoles depuis Galien jusqu’au renouvellement des leltres en Europe ; espace qui comprend treize siècles; quel espace et quel vide !
IL Ecole des Grecs modernes.
Les Grecs modernes ne nous fourniront pas de longues observations. Freind termine la liste des Grecs anciens à Paul d’Egine; Pulladius, Théophile et Etienne de Bysance , quelque incerlain qu'il soit de l’âge où ils ont vécu, sont rangés par lui à la tête des Grecs modernes , et d’ailleurs leurs ouvrages ne contiennent rien qui convienne à l’objet dont je m'occupe. Les autres forment également une série peu féconde pour nous, et qui s'étend depuis le dixième siècle jusqu’au treizième, c’est-à-dire depuis Nunus jusqu’à Myrepsus. Dans cette liste, encore moins remarquable que nombreuse, Siméon Sethi, copiste de Mich. Psellus, a donné quelque chose sur la nature de l’aliment , et a dédié ce traité à l’empereur Michel Ducas. Mais l'homme le plus remarquable de cette série est Actuarius. Ses ouvrages renferment plusieurs objets dignes de remarque et trèsinstructifs sur la médecine de son temps et des temps qui l’ont précédé ; ils ont outre cela l’avantage d’être bien écrits , mérite peu ordinaire aux auteurs du même âge , mais ils contiennent peu de choses relatives à Y hygiène. Le troisième livre de la méthode de guérir contient quelque chose sur la conservation de la sanlé, sur le régime, le choix des aliments, l’usage des bains et des exercices; ces objets sont traités sommairement depuis le neuvième chapitre jusqu’au douzième, maison n’y trouve rien de neuf.
Il est à remarquer que dans le livre cinquième , chapitre vi , au milieu d’une foule d’antidotes dont Actuarius donne la composition, il en décrit un qu’il appelle San il as , et dont il assure qu’une dose de la grosseur d’une lentille , prise chaque jour dans du vin, doit préserver, pour toute la vie , de toute espèce d’incommodités et de maladies. Ce seul trait donne la mesure de l’homme et celle des
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connaissances de son temps , sans qu’il soit nécessaire d’ajouter que celte même recette a la propriété de chasser les démons et les esprits malins.
III. École de Salerne et médecins européens jusqu'au renouvellement des lettres.
Dès le milieu du septième siècle , Salerne était déjà célèbre par la culture des lettres, et les langues hébraïque, arabe et latine y étaient professées. Elle avait une telle réputation dès le temps de Charlemagne, qu’en K0'2 , cet empereur y fonda un collège , le premier , dit Freind , de toute l’Europe, à moins qu’on ne prétende , avec quelques auteurs , que les écoles de Bologne et de Paris sont antérieures à celle de Salerne. Il faut laisser ces recherches à la vanité des corps, qui semblent quelquefois se glorifier davantage des dates reculées qui leur attestent une antique inutilité, que du nombre de travaux et de services par lesquels ils auraient dù constater leur existence. — Le premier homme remarquable que cette école ait produit est Constantin de Carthage dit l’Africain. Il possédait toutes. les langues, et fut , à ce qu’il paraît, dit Freind, le premier qui apporta eu Italie la connaissance de la médecine grecque et arabe. Il vivait sur la fin du onzième siècle. La date adoptée par Freind est 1060. Il fut appelé à Salerne par Robert Guiscard.
Mais nous ne pouvons le citer parmi les auteurs qui ont perfectionné l 'hygiène.
■ — L’école de Salerne devint bientôt célèbre par un ouvrage auquel elle dut presque toute sa réputation. C'est celui que Jean de Milan rédigea , et qui fut adressé , au nom de l’école entière , à Robert, duc de Normandie, fils de Guillaume , alors désigné roi d’Angleterre, quoiqu’il ait refusé depuis ce trône , et qui passa à Salerne à son retour de la Terre-Sainte; c’est pour cela que cet ouvrage conmence par ce vers :
Anglorum régi scribît «cholo Iota Sllcrni,
Robert avait été blessé au bras, y avait conservé une fistule, et avait eu besoin des conseils des médecins de Salerne.
J. ouvrage de ceux-ci est tout entier consacré a des préceptes A' hygiène, à l’exception d un chapitre concernant la fistule , et de quelques autres qui ont rapport à 1 usage de la saignée et de quelques remedes. Ils parlent principalement
des aliments et de leur usage , très-peu des autres parties de Y hygiène ; mais cette production tant vantée n’oll're de remarquable et d’étonnant que la réputation qu’elle a eue, et le nombre de commentateurs qui se sont donné la peine d’en faire la base et le thème de leurs réflexions. De ce nombre sont Arnaud de Villeneuve , Curion , Crellius , Costanson, René Moreau ( Foyez l’ouv.
de René Moreau lui-même), et de nos jours un médecin de la faculté de Paris, Lcvaeher de la Feutrie. L’ouvrage de René Moreau contient beaucoup de choses intéressantes, et dans les commentaires d’Arnaud de Villeneuve il y a aussi beaucoup de remarques qui méritent attenlion , et qui sont dignes d'un autre cadre. Lemmius , dansl’épître dédicatoire de son commentaire s' r le premier livre de Celse , intitulé de la conservation de la santé, caractérise l’ouvrage des médecins de Salerne d’une manière assez convenable, en disant de cette production : « Qua vix scio an quic- » quam in litteris medicorum inelegan- » tiussitaut indoctius. » Il y témoigne, à juste titre, son étonnement de voir des médecins abandonner la lecture des anciens et de Celse en particulier , pour se livrer à la méditation d’un ouvrage aussi misérable.
Mackenzie, en citant, à l’occasion de l’école de Salerne, les médecins qui se sont occupés d’écrire en vers , met le premier après Jean de Milan, Castor Durante , médecin du pape Sixte-Quint. Il oublie Eobanusde liesse, qui a écrit avec au moins autant d’élégance, et qui vivait à la fin du quinzième siècle et au commencement du seizième. Il s’était fait une grande réputation par ses poésies , au point que les uns l’appelaient l’IIomère, d’autres l’Ovide de son temps. Il a fait un poème de tuenda bona valetudine, divisé en trois parties ; la première comprend les éléments, la seconde les préceptes généraux de l’hygiène, la troisième quelques réflexions sur les propriétés des médicaments. On y joint un petit poème de J. B. Fiera de Manloue, intitulé Ccena et dédié à Raphaël Rearius. Moreau parle avec éloge de l’ouvrage de Eobanuset de celui de Durante.
Mais Mackenzie met au-dessus de tout le poème anglais de Armstrong sur U conservation de la santé. Pour nous nous y joindrons un poème latin, plein d’imagination , de grâce et d’élégance, que le citoyen Geoffroy a publié de nos
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jours sous le tilre Hygiène, et où les lumières de la saine physique semblent prendre un nouvel éclat en se revêtant des charmes de la poésie. Si l’on voulait citer tout ce qu’il y a eu de remarquable en ce genre, il faudrait parler de la Pœdotrophie, ou de l’arl d'élever les enfants à la mamelle, deScævole de Sainte-Marthe , et de la Callipédie , ou de l’éducation des enfants, de Claude Quillet (Calvidius Lætus ) , dont il y a deux éditions très-différentes en ceci; dans l’une, il fait une satire sanglante de Mazarin, et dans l’autre , changé par les largesses de ce ministre, il en fait au contraire un éloge outré ; triste exemple et trop suivi de la vénalité des gens de lettres ! Mais si l’on voulait faire un catalogue complet des ouvrages écrits en vers sur l’hygiène , ce serait un long et inutile soin, surtout si l'on en croit Réné Moreau qui, de son temps (il vivait sous le cardinal de Richelieu), en comptait déjà plus de 140. Mais mon objet ici est moins de faire une liste des auteurs, que de tracer, autant qu’il est en moi , la marche et les progrès de l’art. Ce n’est point, en effet, l’histoire des individus ou le nombre des artistes qui nous intéresse beaucoup, mais seulement ce qu’ils ont ajouté aux travaux de leurs prédécesseurs ; et les nouveaux traits de lumière que leurs écrits ont jetés sur la science de l’homme et l’art de le conserver.
L’école de Salerne, qui a donné lieu à cette légère digression , ou du moins l’ouvrage auquel on a donné son nom , a paru dans le commencement du douzième siècle , c’est-à-dire après l’an 1 100. Une obligation plus grande qu’on a eue à celte école, ainsi qu’à celles de Paris et de Bologne, est d’avoir répandu dans l’Europe le goût de l’étude , et c’est de ce moment qu’une foule d’universités et de collèges furent fondés en Italie , en France, en Allemagne et en Angleterre. Les douze , treize et quatorzième siècles furent l’époque de la naissance de presque toutes les universités, premiers foyers de lumières dans des temps d’ignorance , et depuis monuments de golhicité dans des temps de lumière. — Roger Bacon , Arnaud de Villeneuve , Pierre d’Abauo, etc., parurent en Angleterre , en France et en Italie, sur la fin du treizième siècle et au commencement du quatorzième, avant le renouvellement des lettres grecques : ils se distinguèrent de tous leurs contemporains par des talents qui , dans un autre temps , eussent
fait faire à l’art dé grands progrès. L’astrologie et la folie du grand œuvre infectèrent laplupartdes hommes célèbres de ces temps. Arnaud de Villeneuve est le seul qui ait fait quelque chose de remarquable pour l’ hygiene. U a fait un traité de regimine sânitatis , un autre sur le même sujet adressé au roi d’Aragon , un traité de conservanda juvénilité et retardanda seneclute , et un commentaire sur une partie de l’ouvrage des médecins de Salerne. On trouve dans ces traités d’excellentes réflexions , et il y parle en différents endroits du choix de l’air , relativement à l’exposition des maisons et eu général aux habitations.
Quatrième temps de la première e'poque ; depuis le renouvellement des lettres grecques jusqu à Sanctorius.
Ce fut vers la fin du quatorzième siècle et au commencement du quinzième qu’Emmanuel Chrysaloras commença la révolution qui répandit en Europe la connaissance des lettres grecques, et qui termina le règne des Arabes ; cette révolution s’acheva à la prise de Constantinople, en 1453. Elle ne déracina pas les préjugés astrologiques , et dans ce temps même, vers 1470, Marsilius Ficinus écrivait un traité sur la conservation de la santé, et la prolongation de la vie ( de vila studiosorum producenda) , où il conseille de consulter les astrologues , à l’époque des septennaires , ou années climactériques, de recourir aux pratiques de la magie et d’user de quelques préservatifs contre l’influence maligne des principales planètes. — Mackenzie observe que cette malheureuse folie a duré encore long-temps parmi les médecins même, et que cent cinquante ans après, c’est-à-dire au commencement du dixseptième siècle , un médecin allemand , Martin Pansa, était également imbu de préjugés astrologiques, qu’il a répandus dans un ouvrage intitulé Aurcus libellus de prolonganda vila , publié en 1615, et dédié au sénat de Leipsick. — Si d’ailleurs l’on passe en revue les ouvrages assez nombreux qui, depuis la renaissance des lettres , jusqu’à l’époque de Sanctorius, ont paru sur Y hygiène , et spécialement sur l’usage des aliments, on les trouvera caractérisés par une grande érudition, une connaissance exacte des anciens, une doctrine plus épurée, des jugements mieux motives que dans tous les siècles précédents. Mais on y
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observera peu de choses ajoutées à ce qu'ont dit les anciens , si ce n’est , pour ce qui regarde les usages du temps et le régime adopté pour lors. C'est ainsi que Platina de Crémone nous a donné une idée de la cuisine de son siècle , et que Jean la Bruyère de Champier (Jo.
Bruyerinus Càmpégius) nous a donne un traité estimé des aliments en usage en France, dans le seizième siècle, traité dont les extraits ont fourni une grande partie des observations curieuses que Legrand Daussy a réunies dans un ouvrage bien fait sur la vie privée des anciens français. Boerhaave distingue l’ouvrage de îa Bruyère Champier de tous ceux de cet âge, et le propose avec celui de âlelchior Sebiz ( Melchior Sebizius) , auteur du dix-septième siècle, comme un de ceux qui peuvent tenir lieu d’un grand nombre d’autres. — Les ouvrages qui , sous le point de vue de l'hygiène , se distinguent le plus de tous les autres, dans l’espace de temps sur lequel nous jetons les yeux , sont celui de Cornaro, sur les avantages de la sobriété, et celui de Mercurialis, sur la gymnastique des anciens; ajoutons y aussi le traité intitulé Historia vilæ et mortis , du chancelier èaeon.
Cornaro mérite une grande attention, parce que son expérience propre fut la matière de son livre, parce qu’il prouve que l’homme, en s’étudiant lui-même, étayant la force de se mettre au-dessus de l’attrait du plaisir, pour ne suivre que les mesures de la raison et du besoin, peut perfectionner sa constitution et rétablir ses organes affaiblis par les excès'; parce qu’il nous apprend , ce que nous ne savons pas assez , quelle différence il y a entre la mesure du besoin et celle du plaisir, combien nous sommes dupes de nos propres sensations, surtout depuis que l’art de travestir les présents de la nature nous a créé des besoins artificiels , des appétits factices, et nous a fait appeler du nom de faim tout sentiment qui n’est pas étouffé par la satiété. Louis Cornaro, mort âgé de plus de 100 ans en 156G, a écrit quatre discours sur les avantages de la vie sobre; il avait 83 ans quand il écrivait le premier; 8C , quand il donna le second. Le troisième parut quand il en avait 91 , et C est u 9â qu’il composa le quatrième. Il s était vu vers l'âge de 3.r> ii /iü ans attaque d un nombre d’infirmités qui semblaient le menacer d’une fin prochaine, bcs maux étaient des doulçurs d’estomac
et de reins , avec des attaques de coliques, des atteintes de goutte, et une soif perpétuelle accompagnée de fièvre. Les remèdes furent sans succès ; ses médecins lui annoncèrent que la seule ressource qui lui restait était dans un régime extrêmement sobre et régulier ; il s’y résolut. Il s’aperçut en peu de temps de l’utilité de ce conseil. La quantité d’aliment qu’il prenait par jour se réduisait à douze onces de nourriture solide, composée de pain, de jaunes-d’œufs, de viande, de poisson, etc., et la quantité de liquide (le texte italien porte de vin) se montait à quatorze onces. — Cornaro fait encore plusieurs observations dignes de remarque. La première est que , tenant un régime aussi sévère et aussi exact , il se trouva singulièrement peu affecté d’événements et d’accidents, qui ordinairement ont des suites fâcheuses pour ceux qui ne vivent pas avec la même régularité ; ce qu’il éprouva dans deux circonstances. L’une où un procès terrible , dirigé contre lui principalement, coûta cependant la vie à son frère et à plusieurs de ses parents, et n’altéra en aucune façon sa propre santé ; l’autre ou versé dans une voiture, meurtri de la tête et de tout le corps, le pied et le bras démis , il se rétablit sans aucun des secours regardés comme indispensables pour assurer la guérison dans de pareils cas.
Une autre observation non moins digne d’attention est relative aux obligations que nous impose l’habitude. Cornaro, accoutumé à vivre de douze onces d’aliments solides et de quatorze de liquides ou de vin ( oncie quatordici di vino), se laisse persuader, à l’âge de 78 ans , de porter cette proportion à quatorze des unes , et seize des autres. Son estomac se dérangea, il tomba dans le dégoût et la tristesse^ et fut pris d’une fièvre qui dura trente-cinq jours , et dont il ne se rétablit qu’eu revenant à sa première mesure. — On peut mettre l’histoire de Cornaro au nombre des belles expériences qui aient été faites en hygiène , et par conséquent qui aient contribué à fixer les principes et à concourir aux progrès de l’art. — Léonard Lessius, célèbre jésuite , qui vivait sur la fin du seizième siècle, avant la mort de Cornaro, frappé de la beauté de cet exemple, a écrit un ouvrage sur ce sujet, qu’il termine par la liste des hommes connus que la sobriété de leur vie a fait excéder la mesure ordinaire de la
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humaine. Son livre est intitulé, Ifygiasticon, seuvcra ratio valetudinis bonœ , et la première édition est de 15G3 , à Anvers. Lessius n’est pas le seul que l’exemple de Cornaro ait déterminé à écrire sur la conservation de la santé. Thomas Philologue, de Ravenne, avait déjà écrit un traité intitulé : De vita ultra annos 120 proroganda-, Venise, 1553. 11 cite un temps où Venise avait vu plusieurs de ses sénateurs âgés de 100 , se montrer en public , entourés de la vénération que leur attiraient leur âge, leurs dignités et leurs vertus ; et attribue à la débauche et au défaut de sobriété la rareté de pareils exemples. Il est le premier, observe Mackenzie, qui ait parlé contre l’établissement des cimetières dans les villes. Cardan, cet homme auquel il ne manquait que d’avoir autant de jugement que d’esprit et d’érudition , a aussi écrit quatre livres sur la conservation de la santé. Dans les trois premiers il traite des aliments, et dans le quatrième de la vieillesse ; l’exemple de Cornaro est l’objet de son admiration et la base de ses préceptes. Il censure Galien, et donne pour preuve cle la justesse de ses reproches , que ce médecin célèbre est mort à 77 ans; mais Cardan ne se doutait pas qu’il mourrait lui-même à 75. Une autre preuve du défaut de justesse de cet esprit extraordinaire est qu’il condamne l’exercice comme nuisible à la santé , et que, comparant la longévité des arbres à Ja durée commune de la vie des animaux , il attribue la longue vie des premiers à leur immobilité.
On ne doit point mettre au dernier rang, parmi les productions de ce siècle, le traité en six livres de la gymnastique de Jérôme Mercurialis. Les trois premiers livres traitent des différents objets relatifs aux exercices, et des différents genres d'exercices en usage chez les anciens ; les trois derniers des effets de ces exercices et de leur utilité pour fortifier le corps et conserver la santé; il est difficile de réunir plus d'érudition et un meilleur jugement que cet excellent auteur. Haller lui reproche cependant une telle prévention en faveur des anciens, que non seulement il ne dit rien absolument des exercices en usage chez les modernes, mais meme qu’il reproche à l’équitation des inconvénients nuisibles à la santé. Sans doute, dit Haller , parce que cet exercice n’était point du nombre de ceux qui faisaient les délices des an-
ciens. Quant â ce dernier reproche , il y a quelque restriction à y mettre. 11 faut convenir cependant que , quoique Mcrcurialis ait fait , d’après les anciens , l’éloge de l’équitation dans son chapitre neuvième du troisième livre, quoique, dans le chapitre vu du sixième livre , il en parle comme d’un exercice très-utile pour conserver la santé des gens qui ne sont point malades, etavanlageux même dans les vices des digestions ; il s’étend assez au long dans ce dernier chapitre , sur les inconvénients du grand trot et du galop dans les maladies , et il répète avec quelque complaisance les reproches qu’Ilippocratc et quelques autres ont faits à l’équitation , principalement dans l’allure du pas, en attribuant à ce genre d’exercice long-temps continué de vicier les extrémités inférieures , et de produire l’impuissance par la longue pression qu’éprouvent les testicules ; cette maladie était ordinaire aux Scythes; mais il faut ajouter , comme il a déjà été dit, que les anciens ne faisant point usage des étriers, ont dû ressentir davantage ces sortes d’inconvénients.
Pour ce qui est de l’amble ou Pentrepas ( equilatio in asturconibus vel lolulariis) , c’est de toutes les allures celle qu’il vante le plus, à cause de sa douceur et de sa vivacité. Quant à l’autre reproche fait à Mercurialis de n’avoir pas dit un mot des exercices modernes , il est également mérité ; il s'excuse facilement, quand on considère que depuis la révolution du christianisme , et celle que les Arabes avaient introduite dans les moeurs de l’Europe , les gymnases étaient absolument hors d’usage, et qu’il n'y avait à proprement parler plus de gymnastique.
“C’est à la fm du temps et de l'époque dont je parle , qu'il faut placer le traité écrit par Bacon , et intitulé Historia vitœ et mortis. Son objet est de chercher les causes de la mort naturelle, et par là de trouver les moyens de prolonger autant qu’il est dans la nature humaine le terme ordinaire delà vie. L homme vivant perd continuellement, et continuellement aussi il répare ses pertes ; mais celte faculté réparatrice s’épuise et l’homme meurt. Diminuer l’activité des causes qui dissipent, atténuent et détruisent , maintenir la faculté qui répare ; amollir et assouplir les parties dont l’induration s’oppose aux ctlets de la faculté réparatrice, ce serait prolonger la vie humaine autant que le permet
hygiène.’
l'organisation de nos corps. C’est sur ces idées simples que l’illustre Bacon établit des plans de recherches dignes d’èlre médités, et qui peuvent encore de nos jours fournir île grandes et importantes matières à réfléchir. Bacon, dans la plupart des matières dont il traite, a rarement mis lui-même la main à l’œuvre ; mais il a toujours présenté des vues vastes , des plans de recherches féconds en conséquences , un grand dépouillement des préjugés et des idées accréditées par l’habitude, un appel continuel à l’expérience, une application constante à s’en tenir à la nature, et à la prendre toute seule pour guide. Bacon fut véritablement un grand homme , et , placé , suivant l’ordre des temps, entre l’époque du renouvellement des lettres et celle des premiers progrès des sciences physiques , il semble être venu pour mettre lin à cette stérile admiration dont on t était pénétré pour les anciens, faire succéder l’étude de la nature à l’étude des i livres, et ajouter aux richesses reconqui- : ses par les patients scrutateurs de l’antiquité les produits plus féconds encore d’une observation active et d’une infali- ! gable expérience.
Seconde époque, celle de Sanctorius.
On n’avait point encore découvert la circulation du sang; on n’avait point appris à peser l’air, et l’on ne connaissait point les phénomènes du baromètre; le thermomètre n’était point inventé , et les moyens d’expérience , imparfaits et inexacts, ne laissaient à l’homme curieux d’étudier la nature et d’en apprécier les phénomènes que l’espérance d- rencontrer des à peu près, et nulle ; .rence de pouvoir soumettre l’observation au calcul. — Sanctorius vint, et déjà il eut la première idée d’un thermomètre, celle d’un point fixe d’où sa graduation pût commencer, et de l’application de cet instrument à l’examen de la chaleur fébrile. Mais ce qui rendit son nom imronrid, fut la belle suite d’expé ■iences sur la transpiration insensible qu’il conçu| avec autant de génie qu’il mit de patience a l’exécuter. Il imagina de comp. ct aux aliments pris la quantité des excremenls qui sortent du çorps , ct de b ■ peser comparativement, de peser le c' ps lui-même dans les différentes circon s tances relatives aux évacuations et aux repas; et par là il estima rigoureux S1 nent la quantité de parties qui s’échap-
pent de nos corps par les voies de la transpiration. Il fit plus ; il observa avec une grande sagacité les relations différentes et les variations de cette évacuation , dont avant lui on n’avait point la théorie ; il sut quelle influence elle reçoit de toutes les causes qui affectent nos corps , dans quelle mesure elle est augmentée, diminuée , accélérée , retardée ; quelle relation ont ses variations avec l’état du corps et avec les sensations de malaise et de bien - être , de légèreté et de pesanteur , dont nous sommes affectés dans les différentes circonstances de la vie. Toutes les parties de V hygiène se lient étroitement avec ce système d’observation ; en sorte que l’ouvrage de Sanctorius est lui-même un véritable traité d’hygiène-, et quelque degré de perfection que plusieurs savants aient apporté depuis dans ce genre de recherches , leur gloire n’a pas plus éclipsé la sienne , que les travaux des médecins anciens et modernes n’ont fait oublier les ouvrages d’IIippocrate.
Le champ est toujours vaste , il semble même s’agrandir de nos jours, mais l’espace parcouru par le primier inventeur porte encore les jalons qu’il y a plantés, et vers lesquels se fixent toujours les regards de ses successeurs et de ses émules.
Néanmoins , avant Sanctorius même , un homme avait conçu une partie de l’idée que ce médecin a si habilement développée et exécutée. Cet homme , Nicolas de Cusa , avait écrit un dialogue sur les expériences statiques et sur les avantages que les médecins pouvaient retirer de leur application au corps humain, pour connaître les proportions des évacuations tantsensibles qu’insensibles.
Mais ect homme de génie n’a fait aucun pas dans une carrière qu’il n’a fait qu’indiquer et dans laquelle personne n’est entré avant Sanctorius. Nicolas était né à Cusa, petite ville de l’électorat de Trêves , ct a vécu dans le quinzième siècle ; Sanctorius est né à Cnpo d’Istria dans le golfe de Trieste, et a paru sur la fin du seizième. — Le corps transpire, et l’évacuation qui se fait par toute la surface de la peau et par les poumons , pour être peu sensible n’en est pas moins abondante. Elle excède”, suivant Sanclorius , la quantité de toutes les autres évacuations réunies. Elle se fait principalement et plus abondamment le malin à l’issue du sommeil. Alors le corps qui s’est déchargé de toutes ses superfluités,
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revient au même poids qu’il avait le jour précédent à la même heure. Ainsi le surcroît que les aliments et les boissons lui avaient ajouté disparaît, partie par la nutrition qui répare scs perles, partie par les évacuations cxcrémentitielles ; tel est l’ordre de la nature. — Si la transpiration est diminuée et n’est point suppléée par d’autres évacuations sensibles , le corps acquiert du poids ; et tôt ou tard il devient malade , ou se décharge enfin par une plus abondante transpiration, et revient alors à son premier poids.
Mais le poids du corps s’entend de deux manières qui sont fort différentes. Dans l’un des sens, c’est le poids qu’indique la balance; dans l’autre, c’est celui qu’indique le sentiment. Le poids qu’indique la balance est une augmentation de masse ; celui qu’indique le sentiment est une surcharge qui résulte d’une disproportion entre la masse du corps et l’activité des forces. Un corps peut être plus pesant à la balance, et plus léger au sentiment ; c’est un signe d’une grande augmentation dans son activité et sa vigueur. Il peut être plus léger à la balance et plus pesant au sentiment , c’est un signe d’une grande diminution dans les forces et dans l’activité naturelle. Il peut être léger dans les deux sens , c’est simplement alors diminution de substance ; il peut être pesant aussi dans l’un et l’autre sens, c’est la preuve d’une simple surcharge. — La diminution de la transpiration démontrée par la balance est le signe d’une indisposition ; et réciproquement les douleurs, les souffrances et toutes les indispositions du corps, ainsi que les tourments de l’esprit, diminuent la transpiration. — L’excès de la transpiration provoquée violemment donne également lieu à dés désordres qui altèrent la santé, et le corps ne sè rétablit que par le retour à l’ordre et à la mesure naturelle.
— Toutes les autres évacuations augmentées indiquent ou occasionnent une diminution dans la transpiration et en sont les suppléments ; mais la transpira- ■tion est l’évacuation des gens forts; les urines et les selles surtout la contrebalancent et la remplacent dans les constitutions plus faibles ; et les crachats dans les vieillards. — La transpiration est retardée et diminuée par les douleurs du corps , l’inquiétude de l’esprit , le froid pendant le sommeil, la chaleur excessive quand elle cause l’agitation du corps
dans le lit , le travail de la digestion , l'effet d’une médecine , les évacuations sensibles augmentées, la surcharge des vêlements et des couvertures qui fatiguent le corps. — Le froid d’une partie influe plus sur le jeu de la transpiration que le froid qui frappe la totalité du corps. — Le froid chez les gens forts augmente la transpiration ; cliez les faibles, il la diminue ; la chaleur qui , dans les grandes ardeurs de l’été, se fait sentir d’une manière pénible, empêche la transpiration ; celle au contraire qui la laisse échapper librement n’est point fatigante.
Après les repas , le corps est cinq heures à ne transpirer qu’une livre ; dans les sept heures suivanies , il transpire jusqu’à trois livres ; dans les quatre heures qui suivent, il transpire à peine une demi-livre. C'est dans cet espace de temps qu’il faut recourir aux aliments ; c’est aussi ce temps qu’on doit choisir pour prendre les médicaments. — La transpiration soulage à elle seule plus que les autres évacuations prises ensemble ; la transpiration qui suit le sommeil allège le corps avant que l’on aitéprouvé aucune évacuation sensible. — La nature est trois jours à rétablir la proportion rompue par une seule livre de transpiration retenue contre nature. — Dans l’espace d’un mois , il se fait ordinairement dans le corps des hommes un accroissement de poids, qui se dissipe au bout du mois par une crise , cette crise a lieu au moyen d'urines troubles et abondantes ; elle s’annonce par une lassitude ou une pesanteur de tête , et paraît tenir lieu des évacuations périodiques du sexe. — Voulez-vous vous assurer, par l’examen de la transpiration insensible , des proportions convenables pour prolonger la vie et la santé jusqu’à une grande vieillesse; observez , après un repas un peu fort, quelle quantité de transpiration se sera faite au bout de douze heures. Ce sera si vous voulez cinquante onces ; observez ensuite, après un jour de diète ou d’abstinence , qui n’aura été précédé d’aucun excès, ce que vous aurez perdu; ce sera, supposons-le, vingt onces; prenez un moyen terme entre ces deux mesures de régime , et vous aurez , dit Sanctorius , une mesure qui produira une transpiration de trente-cinq onces ; ce sera la mesure cherchée. — Le moyen de prolonger l’existence des vieillards serait d’entretenir la souplesse de leurs organes et la liberté de leur transpira-
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Telles sont les principales bases que Sanctorius établit concernant le système général de la transpiration insensible. 11 ne donne pas le détail de ses expériences; il n’en présente que les résultats ; ces résultats ne sont pas tous également exacts , ainsi que de bons observateurs l’ont démontré depuis; il faut encore tenir compte des variations que produit nécessairement la diflércnce des climats et des températures; car il ne taut pas oublier que c'est en Italie que Sanctorius a fait ses observations, et que les résultats obtenus par Dodart eu France, Keil eu Angleterre , Goder en Hollande , Robinson à Dublin , Rye à Korck en Irlande, et Linings dans la Caroline méridionale , ont démontré que les résultats généraux donnés par Sanctorius étant absolument vrais , les proportions de la transpiration cutanée variaient néanmoins en raison de la température , quelle que fût d’ailleurs la force et la vigueur des tempéraments. — Ces premiers principes, posés par Sanctorius , sont réunis dans la première section de son ouvrage ; dans les suivantes , il examine quelle est sur la transpiration l’influence de l’air, des bains , des saisons, et des différentes heures du jour , etc. ; celle des aliments et des boissons, quant à leur quantité et à leurs qualités ; celle du sommeil et de la veille, celle des exercices, de l’usage des femmes, et enliu il détermine les dérangements que les passions de l’âme causent dans les fonctions de l’organe transpiratoirc. — Sanctorius n’eut pas plus tôt ouvert cette voie, que la jalousie , ennemie de toute gloire et surtout de celle qui est fondée sur les bases les plus solides , s’occupa de l’attaquer. Ce reproche , qui fait tant d’impression sur les sots, le reproche d’ innovation -, l’appel aux usages reçus, ce moyen si victorieux auprès des âmes paresseuses; ce respect prétendu, ce respect oisif pour l’antiquité , si peu digne d’elle , si funeste au progrès des i sciences; tout fut réuni pour anéantir les observations d’un homme qui avait 1 voulu ajouter quelque chose aux travaux des anciens. L’inquisition cependant ne fut point invoquée; mais un Obieius imprima contre lui un livre sous le titre insolent de Staticomaslyx , c’cst-a-dire le fouet de la statique : il est inutile de dire qu il eut des partisans, mais son nom a été conservé à la postérité par celui de Sanctorius, comme la renommée u Homère nous a transmis le nom cleZiOÏle*
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Troisième époque. Renouvellement des sciences physiques.
L’état des sciences physiques et mathématiques n’est point un sujet dont la considération soit étrangère à l’histoire de la médecine. Plus lente dans sa marche que les autres sciences de faits r parce qu’elle est presque réduite à l’observation contemplative, cl que l'expérience ne lui est permise qu’avec de grandes réserves , elle s’éclaire du reflet des lumières répandues dans les autres parties de l’étude de la nature. L’hygiène est, de toutes les parties qui composent notre art , celle dont la connexion avec les autres sciences physiques est la plus évidente. Nous avons donc ici une raison de plus de rappeler les grandes époques caractérisées par les efforts les plus remarquables de l’esprit humain. — Pendant le quinzième et le seizième siècle , l’étude de l’antiquité avait peu à peu rétabli les vrais principes, résultats de l’observation. Elle fit encore un plus grand bien, elle fit naître dans les esprits actifs l’espoir de s’élever à la hauteur des anciens, de partager leur gloire, de mériter comme eux l’honneur d’instruire et d’éclairer les hommes, et de défricher le champ de la nature en travaillant à la recherche de la vérité.
Déjà les astronomes avaient soumis les opinions anciennes à un nouvel examen. Il y avait près d’un siècle que Copernic avait annoncé que le soleil est au foyer du système planétaire , et que la terre est emportée autour de lui comme Mercure et Vénus, ainsi que Mars, Jupiter et Saturne. Cette nouveauté n’avait poi’.it soulevé l’école, et n'avait point éveillé l’inquisition ecclésiastique. C’était à Galilée qu’était réservé l’honneur de celle persécution. On connaissait la polarité de l'aimant , et la boussole, inventée depuis long-temps , servait de guide aux matelots. Kepler venait de calculer les orbites des planètes, et avait déterminé les lois du mouvement auxquelles elles obéissent ; il avait le premier appliqué les mathématiques à la physique. Gcsner, Rondelet, Matthiole, Dodoens, Césalpin, Aldrovandc, Prosper Alpin, avaient déjà enrichi l’histoire naturelle de leurs recherches; IcsBauhin venaient de répandre sur la botanique les premières lumières de l’observation systématique, et cette belle partie de 1 histoire naturelle commençait à devenir une science ; la chimie , encore
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énigmatique cl mystérieuse , devait cependant plusieurs faits remarquables aux travaux de Roger Bacon, de Raymond Lulle et de Paracelse; et l’anatomie avait déjà été cultivée avec un grand succès par Fallope , Vcsale, Botal, Riolan et Dulaurens. — Le dix-septième siècle s’ouvrit par de grands efforts et de grands succès. Galilée assurait la doctrine de Copernic, inventait le télescope; et Toricelli, son disciple, démontrait la pesanteur de l’air , dont bientôt Pascal calculait la progression décroissante, suivant les différentes hauteurs de l’atmosphère; celui-ci résolvait en même temps les principaux problèmes de l’équilibre des liqueurs. Harvey établissait par des expériences incontestables tout le système de la circulation du sang.
Asellius découvrait les veines lactées.
Avec un génie moins solide , mais plus ardent , les Vanhelmont secouaient le joug de l’antiquité , et quelques justes reproches que leur fassent les sages amis de la nature, le feu de leur enthousiasme hâta sans doute la naissance de la chimie et en prépara les miracles. Ainsi s’apprêtait une lutte honorable entre les modernes et les anciens ; Descartes ouvrait le champ du combat et de la victoire ; il enseignait aux physiciens à calculer et à douter , et préparait dans sa méthode les instruments qui devaient servir un siècle après à renverser son propre édifice. Il semblait que les écoles voulussent des oracles. Aristote, digne d’un autre culte , avait été l’idole des universités ; et Descartes le devint à son tour.
De la philosophie de l’art , et de l'étude philosophique.
Ici , après avoir suivi , autant que je l’ai pu, la progression inégale, tantôt plus rapide , tantôt plus lente , quelquefois rétrograde de l’esprit humain dans la route de l’observation, parvenu à une époque ou sa marche accélérée s’est comme précipitée vers tous les points de l’étude de la nature , qu’on me permette de m’arrêter et d’examiner quels guides il a pris dans cette route ; comment il a su dans les effets trouver les causes, et, multipliant l’observation par l’expérience , s’élever par la raison à la connaissance des principes ; à quelles lois il doit obéir pour ne pas s’égarer dans cette carrière ; comment la médecine et l 'hygiène ont pu participer à ce mouvement
général , et comment elles pourront par la suite en retirer encore de plus grands avantages.
L art de procéder dans la recherche de la vérité est proprement ce que nous entendons aujourd’hui par le mot de philosophie. Quel que soit le but auquel l’homme veut parvenir , quelque genre de science qu’il se propose d'acquérir , qu’il étudie les rapports et les relations des êtres entre eux , pour les disposer dans un ensemble qui en facilite l’étude et la connaissance; qu’il observe les différentes propriétés de leurs masses et la manière dont elles agissent les unes sur les autres, se conlre-balanccnt, se heurtent ou s’entraînent , pour apprécier et calculer les lois auxquelles ces masses obéissent; qu’il pénètre d'un regard attentif jusque dans leur composition , et que, voyant leurs éléments se disjoindre ou s’ynir, et former par leur concours de perpétuels échanges , il s’instruise ainsi de plus en plus des métamorphoses mystérieuses de la nature ; ou qu’il considère ce principe éternel de mouvement et d’action de tous les cires vivants , croissant et se reproduisant ; cette propriété singulière de percevoir et de sentir, que l’on croit être l’apanage exclusif des animaux , et qu’il cherche à connaître quelle direction ces deux puissances donnent, au dedans des corps organisés, aux lois des masses et aux combinaisons des éléments ; enfin, que, fort de toutes ces méditations , et arrêtant ses regards sur lui-même et sur ses semblables, tantôt élève docile et patient de la nature , tantôt osant l’interpréter , la solliciter et la provoquer , tantôt se croyant maître de lui commander et de la forcer à s'écarter de ses directions pour en suivre de nouvelles, il se flatte de prévenir ou de réparer les désordres qui menacent son existence ; en un mot, qu’il soit naturaliste, physicien, chimiste, physiologiste ou médecin ; il faut que partout il soit philosophe : c’est-à-dire, il faut qu’il sache ï en étudiant les faits , en les plaçant dans les relations qui en font apercevoir et saisir les rapports et les conséquences, ordonner ses observations, diriger ses expériences , et mieux encore , les apprécier et en déduire tout ce qu’elles comportent , et rien au-delà de ce qu’elles contiennent ; il faut que, maitre au milieu de tout cela de son imagination et de son enthousiasme, il sache et juger les autres et se juger lui-même, séparer ce qu’il voit de ce qu’il ne fait
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qu’enfrcvoir ; poser une limite entre la route qu’il a faite et la perspective souvent trompeuse qui se développe devant ses yeux ; évaluer les théories et distinguer celles qui sont le résultat nécessaire et complet des faits , de celles qui n’en sont que le lien, et qui ne méritent que le nom de méthodes ; se servir de cellesci provisoirement et seulement comme du fil d'Ariane, non - seulement pour pouvoir pénétrer dans le labyrinthe , mais encore pour pouvoir en sortir ; et qu’ainsi il marche lentement, tantôt avec rapidité, toujours avec précaution , sans perdre de vue le véritable chemin qui mène à la vérité.
Pour satisfaire à toutes ces conditions et pour arriver à la connaissance du vrai, le philosophe a trois guides: le raisonnement, l'expérience et le calcul. De là trois manières d’opérer. L’une est l’art de déduire des conséquences exactes de principes posés, comme vérités fondamentales ; c’est ce qui constitue la philosophie rationnelle. La seconde est ! l’art de constater les principes et de confirmer les conséquences en les démon- ; trant aux sens par le moyen de l’expérience ; c’est ce qui forme la philosophie expérimentale. Enfin , l’autre est l’art de mesurer , d'apprécier , et de vérifier par le calcul les procédés sensibles de l’expérience ; c’est la philosophie mathématique. De la combinaison de ces |f trois procédés de recherches , résulte la l démonstration complète des vérités chcr- \ chées. Ils se prêtent un mutuel secours;
: la raison invoque l’expérience pour étai blir ses principes ; et l’exactitude de nos i sens a besoin de la précision du calcul 1 pour mesurer l’étendue et la valeur des
I produits qui résultent de l’expérience.
: Il ri’est pas toujours possible de faire i concourir à la fois toutes ces méthodes.
Mais constamment on peut dire qu’une j science est arrivée au plus haut point de sa perfection, quand elle est parvenue à ( fonder $a raison sur l’expérience et à certifier l’expérience par le calcul. C’est pour cela que la connaissance des gaz. , et les nouveaux moyens de mesurer le ; calorique , en rendant appréciables et i calculables presque tous les éléments j corps, dont une si grande partie se ; | dissipait à l’insu des chimistes anciens , j I ont fait prendre à la chimie moderne un j si brillant essor ; et quand elle connaîtra
I I les mesures et de la lumière et de l'éleci trique , qui jouent un si grand rôle dans
;1 1 h»nt d’opérations , quel degré d’exacti-
tude n’apportera-t-elle pas à ce qu’elle a déjà obtenu de précision ; c’est sans doute faute de pouvoir séparer de l’air, retenir et calculer toutes les émanations, soit odorantes , soit inodores, qui l'altèrent, que l’eudiomélrie est encore si infidèle et si trompeuse ; c’est enfin par ce bel et ravissant accord de la raison , de l’expérience et du calcul , que les admirables expériences de Coulomb , sou excellent électromètre et son magnétomètre feront toujours une époque mémorable dans l’histoire du magnétisme et de l’électricité. Malheureusement la médecine et la physiologie nous présentent encore des éléments aussi incalculables que variables, et par conséquent des expériences trop souvent inexactes, incertaines et trompeuses. Puissent les nouveaux moyens qui nous ont été donnés de mettre en œuvre l’organe nerveux et sensible, et d’en déterminer l’influence sur l’organe contractile et moteur, nous faire atteindre de plus près au point de perfection que nous voyons encore de si loin !
Si , après avoir examiné les ressources de l’esprit humain pour parvenir à la connaissance de la vérité , nous voulons nous rendre compte de l’usage qu’il en a fait, nous verrons que l’époque la plus mémorable de la philosophie rationnelle remonte au temps oh Aristote publia sa logique , chef-d’œuvre vraiment admirable de l’analyse de l’entendement humain, où, par le rapprochement de deux propositions démontrées, qui font fonction de connues , il enseigne l’art d’en déduire une troisième, c’est-à-dire, de trouver une inconnue , dont l’existence est une suite nécessaire de la vérité des deux premières. C’est ainsi que naissent des combinaisons qui, parleur fécondité, enchaînent les unes aux autres des vérités dont la généalogie embrasse tout ce que l’esprit de l’homme peut atteindre et connaître. Cet art , perfectionné par les méditations du plus beau génie de l’antiquité, cette méthode géométrique, transportée des sciences exactes aux autres méditations de l’esprit, humain , a néanmoins, comme toutes les choses excellentes, été employée abusivement; et ce qui devrait être la pierre de touche de la vérité et un des instruments les plus précieux de sa recherche, est devenu un moyen de revêtir l’erreur des dehors du vrai. Long-temps complice en apparence des sottises et des puérilités de l’écçle , le syllogisme a paru , à quel-
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qucs philosophes de nos jours, mériter d’être rejeté comme une arme dangereuse. Mais quelque soin que l’on prenne d’en déguiser les formes ou d’en abréger Ja marche, on n’aura pas échappé au véritable vice du raisonnement, toutes les fois qu’on tirera les conséquences sans les mettre en proportion avec les principes , ou sans avoir démontré ceux-ci dans toute leur étendue. Trop long-temps l’autorité a servi de démonstration, non moins en médecine que partout ailleurs; et l’autorité, sans l’appui de l’expérience, n’enfante que des préjugés.
C’est contre elle que s’élevèrent Bacon et Descartes , et déjà du temps de ce dernier le goût de l’expérience commençait à détruire beaucoup d’opinions accréditées sur la foi des anciens. C’est donc moins à lui qu’à son siècle que nous rapporterons l’époque la plus remarquable de la philosophie experimentale; et si, dans notre art, quelqu’un pouvait revendiquer l’honneur de l’avoir créée , ce serait , ainsi que nous l’avons dit, Sanctorius.Mais l’expérience, en frappant nos sens , ne les met pas toujours à portée de connaître la mesure des phénomènes qu’elle leur présente.
En déduisant des conséquences plus étendues que les faits qui en sont les principes , en généralisant des rapports partiels, en saisissant, au milieu d’un concours de causes, une seule d’entre elles plus apparente et plus sensible que les autres , on a enfanté de vastes théories dont l’expérience semblait être la hase , et que l’expérience à détruites.
C’est bien ici qu’est applicable ce mot remarquable d’Hippocrate. « L’expérien- « ce est trompeuse , et le jugement en » est difficile (ou dangereux). » El quel art en a donné plus de preuves que celui de la médecine P
C’est donc au calcul qu’il faut recourir pour apprécier l’expérience. Et c’est au commencement du dix-huitième siècle, c’est à l’époque où jNexvlon montra la puissance du calcul en développant les théories de l’attraction, de la lumière et des couleurs, que je place le moment le plus brillant de la philosophie mathématique. C’est à l’aide de cette philosophie que non-seulement il assura , mais encore qu’il prédit long-temps d’avance les résultats de l’expérience, lorsqu’il annonça, ce que l’on dcvaitdémontrerde nos jours , la combustibilité du diamant et la composition de l'eau. Depuis lors les philosophes devinrent de plus en
plus réservés dans leurs conséquences et danslcurs théories, et la facedes sciences a changé eu proportion de ce que le calcul leur est devenu plus complètement applicable. — Telle est l’idée qu’il me semble qu’on doit se faire de l’influence de l’esprit philosophique sur toutes les parties de l’étude de la nature.
Progrès des sciences naturelles et expérimentales , les plus utiles à la connaissance de l'homme , dans le cours de la troisième époque.
Toutes les sciences, cultivées avec tant de succès dans le cours de cette époque, ont pris de plus en plus l’empreinte de cet esprit. Les méthodes d’étude et de classification des êtres avaient déjà commencé à aplanir le champ de l'histoire naturelle , lorsque Tournefort publia son système , auquel nous devons les succès de Linnæus, qui n’a laissé aucune des parties de cette belle science sans lui attacher son sceau, et dont tant de naturalistes célèbres se sont glorifiés d’être les élèves. Les Jussieu , de leur part, se préparaient dès long-temps à ouvrir une nouvelle route dans la même carrière, et le médecin trouve les vertus, les principes elles caractères organiques tles plantes liés d’une manière vraiment admirable, dans les analogies dont ils nous ont tracé le tableau. — La physique possédant successivement le thermomètre , dont la première idée est due I à Sanctorius (l), le baromètre, le pendule , la machine pneumatique , les instruments d’optique , et toutes les machines de la physique expérimentale, pesait l'air , en examinait les propriétés ! physiques, étudiait les phénomènes du vide , ceux du choc et de la chute des I
(1) Sanctoriusn démontré son thermo- g mètre à ses élèves dans ses leçons, 15 ans avant que la description en fût publiée dans scs commentaires sur Avicenne ! (question 6), imprimés en 1G25 : par con- j séquent , G ans avant que Drebbel eût j donné le sien en 1G18. 11 avait aussi donné l'idée d’un compteur à pendule, avant que cet instrument eût été inventé par , Galilée, et appliqué à l’horlogerie par . Iluyglicns (quest. 5G). Sanctorius avait destiné son thermomètre à éprouver la température des malades dans la fièvre J et dans les différents états où la chaleur * naturelle parait altérée.
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corps , recevait de Newton la connaissance de la lumière, des couleurs qui la composent, des rapports différents de sa réfraction, et dans le système de l’attraction, entrevoyait l’universalité de cette loi puissante par laquelle les corps agissent les uns sur les autres , en raison inverse du carré de leurs distances respectives, et de laquelle dérivent presque tous les mouvements de l’univers ; un nouvel et puissant agent, répandu partout et presque partout ignoré, obéissait à la voix de Du fa y, de Nollet , de Franklin , et s'élancait à volonté de tous les corps de la nature ; l’air et l’eau combinés présentaient à l'observateur attentif les phénomènes d’une dissolution et d’une précipitation alternatives, qui rendaient raison d’une foule de météores atmosphériques, et les bases de la théorie hygrométrique , établies par Leroy, recevaient un nouveau degré de perfection et d’utilité entre les mains de Deluc et de Saussure ; enfin l’homme, plongé dans l’atmosphère, n’était plus entouré d’un inonde d’énigmes, et cessait de contempler dans un aveugle étonnement les météores dont il était environné.
La médecine , en se rappelant les erreurs et les promesses trompeuses des élèves de Paracelse, n’oubliera pas qu’aux Yanhelmont, déjà doués d’un meilleur génie, succédèrent en chimie des hommes justement célèbres dans l’art de guérir. Lfuel qu’ait été le sort de la théorie dont le phlogîstique était la base , elle conservera avec vénération les noms de Beccher , de S ta h 1 , de Bocrhaave et d’iloiïmann ; elle se rappellera que c’est à Stahl surtout que l’on doit d’avoir banni les rêves tic l’alchimie et les folies de la médecine universelle , et dans les ouvrages des deux derniers, elle reconnaîtra que si de tels hommes n’ont pas tiré de l’art chimique d’autres ressources pour celui de guérir et de conserver, c’est qu’il semble qu’une immuable loi réserve à de certaines époques les efforts les plus puissants de l’esprit humain , et qu’il soit pour son perfectionnement, ainsi que pour le développement physique et moral des individus , des âges et des périodes entre lesquels il doit rester
I stationnaire. Neanmoins, les théories encore imparfaites des fermentations se développaient , et se préparaient à recevoir une plus grande perfection de la connaissance des ga7, . La théorie des affinités, exposée par Geoflroy , jetait un nouveau jour sur les échanges et les
métamorphoses chimiques, et devait ensuite fournir à Schèele et à Bergmann de puissants moyens d’analyse. Déjà Venel, dès le milieu du siècle, et Black après lui , reconnaissaient la nature du principe qui caractérise les eaux minérales acidulés, et préludaient aux découvertes de nos jours. Macbride et Pringle faisaient à la médecine l’application de ce même principe qui se dégage des effervescences et des fermentations , et reconnaissaient sa propriété anti-septique. L’analyse ou le départ des deux substances qui composent la farine du froment était faite par Beccari ; et Rouelle retrouvait dans presque tous Jes végétaux celte matière glutineuse dont il annonçait déjà l’analogie frappante avec les matières animales. Cartheuser provoquait la défiance des chimistes, au sujet des produits de l’analyse par le feu, lui substituait celle qu’on opère, avec moins de confusion , par l’eau et l’alcool , et l’appliquait avec quelque succès à la connaissance des substances médicamenteuses. Ainsi la chimie commençait à pouvoir fonder sur des bases plus solides l'espérance de fournir de nouvelles lumières à la connaissance de l'homme, el prêtait déjà des secours plus efficaces à la médecine.
L’élude de l'anatomie ne se bornait déjà plus à une stérile contemplation d’organes inanimés. La circulation découverte par Harvey , et le cours des veines lactées observé par Asellius , plaçaient au milieu de cctle masse iuerle un principe de mouvement et des canaux de restauration ; les travaux de Rudbeck, de Barlholin développaient diverses portions du système lymphatique, qui, longtemps après , devaient se réunir en un ensemble si curieux et si vaste, par les recherches de Hewson , de Hunter , de Sheldonc, de Mascagni. L’art d’injecter multipliait à l’infini les ramifications visibles du système vasculaire, et Ruysck avait fait douler s’il existait dans la structure du corps autre chose que des vaisseaux. Leuxvenhoeck , appelant au secours de l’anatomie la puissance du microscope, avait fait connaître un nouveau inonde où l’on croyait que se terminait l’organisation des êtres. Malpighi , Duverney , Winsloxv , Ferrein , Cowper, Albinus, Yalsalva, ftlorgngni, etc., développaient avec plus de précision l’anatomie des organes des sens, des viscères el des organes musculaires, et les divers désordres organiques qui eau-
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sent, suivent ou accompagnent les diverses maladies. Avant eux, Wil lis et Vieussons avaient commencé avec succès l’exposition du système des nerfs et l’anatomie du cerveau, qui de nos jours devaient être portés si loin par les travaux de Meckel , de Walter , de Scarpa et de Vicq-d’Azyr ; aux efforts de l'anatomie humaine se joignaient les lumières empruntées de l’ariatomie comparée; Perrault, Mulpighi, Graaf, Grève, Sxvaminerdam ouvraient une carrière , dans laquelle , malgré les excellents travaux de Daubenlon sur les quadrupèdes , et les recherches des limiter, il manquait encore un ensemble ; Vicq-d’Azyr nous en a fait concevoir la possibilité et les avantages , et nous voyons , sous de plus heureux auspices , se préparer aujourd’hui l’exécution de ce projet utile, par les recherches anatomiques, déjà si multipliées, de notre collègue Cuvier. Ainsi l’anatomie s’est liée de plus en plus à la physiologie et à l’étude des propriétés des corps organisés ; c’est à l’aide de cette union que les principales fonctions du corps ont été examinées avec un succès , dont peut-être un jour la médecine et Vhygiène s’applaudiront avec raison. Les phénomènes de la génération et ceux du développement du fœtus , qui avaient d’abord été recherchés par Fabrice et par Harvey , dans les oiseaux et les quadrupèdes, le furent ensuite dans le poulet par Haller , et depuis par Mauduyt et Vicq-d’Azyr; tandis que dans l’homme, le célèbre Hunier suivait le fœtus presque depuis sa conception, jusqu’à son plus entier développement.
Vaillant, dès le commencement de ee siècle, développant le mécanisme de la génération des plantes, faisait disparaître l’intervalle qui paraissait séparer les végétaux des animaux, et posait ainsi les bases du système sexuel de Linnæus. La transpiration , dont les phénomènes avaient été si bien développés par Sanctorius en Italie, était soumise aux mêmes épreuves, à Paris par Dodart, en Angleterre par Keil, en Hollande par Gorter, en Irlande par Robinson et par RyC , à la Caroline par Linings; et Gorter surtout donnait à cette doctrine un nouveau degré de précision , tandis que le célèbre Haies, comparant les végétaux aux animaux , dans celle fonction comjmune aux êtres qui vivent dans l’air , multipliait les rapprochements qui unissent les deux règnes organiques. La digestion , long-temps expliquée par les
principes mécaniques ou par les diverses hypothèses des fermentations, aussi éloignées alors d’être bien connues que la digestion elle-même, lut soumise enfin à des expériences exactes par Réaumur, dont les essais ont depuis été réitérés , avec un succès pareil et de nouvelles vues par l’abbé Spallanzani. Mais une des époques les plus brillantes de la physiologie, une de celles qui ont le plus influé sur la médecine , est celle où Haller , pénétrant dans le sanctuaire de la nature, lui demandait son secret sur les sources de l’action -et du sentiment , et développait, par une foule d'expériences ingénieuses , sa théorie de l’ irritabilité et des rapports du système nerveux et musculaire. Comment alors les phénomènes dont les physiologistes sont si généralement occupés aujourd’hui ne se sont-ils pas présentés à l’œil attentif d’un pareil observateur? Quoi qu’il en soit, de ce moment toutes les théories sur les fonctions animales ont pris une nouvelle direction. Enfin, l 'ossification et ses progrès, observés d’abord par Duhamel et par Hérissant , ont offert aux physiologistes un spectacle bien intéressant , lorsque les observations pratiques de David sur la nécrose spontanée , et les expériences ingénieuses de Troja sur la nécrose artificielle et la régénération des os, eurent développé celle portion intéressante du mystère de la nutrition , et eurent placé l’observateur sur les pas de la nature , dans une de ses plus curieuses opérations. Ainsi, peu à peu l'expérience s’est mise à la place des conjectures, la physiologie humaine et comparée a cessé d’être une carrière seulement ouverte à l'imagination , et les théories, trouvant un appui plus solide, se sont montrées bien près d'être ce qu’elles devraient être toujours, le résultat des faits comparés et les conséquences nées de l’observation de leurs rapports.
Au milieu de tous ces travaux, la médecine , appuyée sur les traditions des siècles passés , marche d’un pas timide dans la route de l’expérience. Comparant perpétuellement ce que l’observation lui offre avec ce qu’ont dit les anciens, et cherchant trop peut-être dans les ouvrages des anciens ce qu'elle doit voir dans l'observation ; portant un regard curieux et avide et prenant une part active dans les recherches des sciences naturelles et expérimentales, et recevant néamuQins leurs lumières avec la
méfiance et la réserve naturelles à ceux qui ont long-temps été trompés; ne secouant les préjugés qu’avec peine, mais une fois secoués les abandonnant sans retour ; n’étant point maîtresse du temps que la nature a compté et que l’on doit saisir, parce qu’il fuit, et responsable cependant de l’issue de ses tentatives ; elle s’avance lentement et ressemble dans son inquiétude à un économe comptable d’un dépôt précieux. Pourtant de puissants instruments , inconnus des anciens, le mercure, 1 c quinquina, etc. , l’ont mise en état de lutter avec avantage contre la nature même dans des maladies désastreuses; elle peut également en seconder les directions salutaires par des moyens plus efficaces , au nombre desquels il faut assurément compter Y électricité ; et sa marche plus hardie et plus sûre dans le traitement des maladies externes lui a fait ajouter beaucoup aux connaissances et aux succès des temps antérieurs. Mais si nous la considérons dans son ensemble et sous le point de vue de la philosophie de l’art, nous voyons ses efforts pour parvenir à la perfection marqués par différents genres de tentatives.
1° La doctrine expectante des anciens dans les maladies aiguës , fondée sur la théorie de la coction et de l’obéissance aux mouvements de la nature , reçoit un plus grand degré de précision par l’observation plus étendue des crises, et pur l’élude plus scrupuleuse, sinon plus philosophique, de leurs signes précurseurs.
2° La marche des observateurs praticiens-, affranchie peu à peu des préjugés, et soumettant les systèmes à l’épreuve de l’expérience, est guidée par Sydenham, Mead, Freind, Torti, Iiuxham, de ilaen, Stoll.
3° Les théories modernes, cherchant à lier tous les phénomènes à un petit nombre de principes, foules incomplètes dans leur ensemble, mais vraies presque toutes dans quelques-unes de leurs parties , utiles si on les regarde comme un moyen de simplifier l’étude et d’enchaîner dcs fup3 nombreux, en en faisant saisir les rapports les plus essentiels , nuisibles et pernicieuses si on les regan e exclusivement comme l’eïpiession iidele de la nature et la loi de 1 tu t, mais ordinairement disparaissant au lit des malades, nous présentent loiir-à-lour les succès des écoles de Sthal, de Boerhaave,
( Hoffmann, de Cullen , et aujourd’hui de Brown.
4° Enfin, l’esprit méthodique et cet art important de bien décrire et de bien classer, de former des ensembles et d’y coordonner les espèces , d’en tracer à grands traits les caractères généraux , et d’y nuancer avec précision les différences , art précieux , né dans les sciences naturelles et transmis par elles à la médecine , a fait éclore les méthodes nosologiques, parmi lesquelles il faut surtout distinguer les nosologies de Sauvages, de Yogel , de Cullen , la pyrétologic de Selle ; et nous ne devons pas non plus oublier que l’illustre Linnæus s’est aussi livré à ce genre de travail , auquel les médecins doivent au moins un degré de précision inconnu jusqu’alors dans la langue médicale. — Si l’on joint à tout cela ce que la connaissance morale et intellectuelle de l’homme, si intimement liée à l’étude de ses facultés physiques, ce que l’analyse de ses sensations et de ses idées , celle de l’entendement et des passions, déjà si bien tracée avant cette époque par Montaigne et par Bacon, ont reçu de perfection des œuvres de Descartes , de Malebranche , de Nicole et des philosophes de Port Royal, de Locke, de Leibnitz, de Rousseau, deCondillac, et des premiers éditeurs de Y Encyclopédie , l’on aura le tableau de tout ee que les sciences , éclairées par l’esprit philosophique , et surtout par la philosophie expérimentale, ont fourni d’éléments utiles à la physique de l’homme et à l’art de le perfectionner et de le conserver.
Progrès de l’hygiène dans le cours de la troisième époque.
L! hygiène est bien loin d’avoir , dans cette époque, recueilli tous les avantages quelle eût pu retirer de tant de secours. Je parle ici de l’hygiène méditée et réduite en théorie et en préceptes parles hommes qui doivent essentiellement s’en occuper. Encore que j’aie déjà parlé avantageusement de plusieurs écrivains , et que d’autres aient encore droit à la même justice , en général celle partie n’a rempli qu’une place très-peu considérable dans les éludes et dans l’enseignement. Cependant je la regarde comme la base de la connaissance médicale de l’homme, et à beaucoup d’égards comme la clé de l’art de guérir. Cette insouciance , ainsi que je^ l’ai avancé autre part (journal de Fourcroy , intitulé Médecine éclairée , etc., t. iv, p. 22G) ,
hygiène;
me paraît provenir de deux causes:
« 1“ de ce cpie les hommes, peu attentifs à ce qui les affecte quand ils sont en santé , sont infiniment plus impatients de se voir délivrés des souffrances qui les tourmentent, ce qui a déterminé les médecins à se livrer de préférence à cette partie de leur art qui leur attire le plus d’éloge et de confiance et qui leur est le plus utile, sans songer que les succès dans cette partie ne peuvent acquérir de vraie solidité que par la perfection des connaissances relatives à l’état de santé; 2° de ce que les gouvernements modernes, bien moins occupés que les gouvernements anciens de former des hommes forts et robustes , ont été fondés bien plus généralement sur l’art de mettre à profit leurs vices et leurs défauts , et d’en calculer les produits, que sur celui de perfectionner leur éducation physique et morale ; caïqui fait qu’on a généralement abandonné un système qui a fait la gloire et le succès des peuples anciens , et qui donnait aux vrais philosophes une grande influence sur la perfection et le bonheur des peuples. »
Jusqu’à la fin du dix-septième siècle , tous les ouvrages concernant l 'hygiène se sont bornés : 1° à des traités concernant la doctrine de la transpiration , qui avait pris une grande faveur parmi les hommes vraiment instruits; 2° à des commentaires sur cette insipide production connue sous le nom de l’école de Salerne , et que Réné Moreau orna de recherches dignes d'un autre texte ; 3° à des compilations plus ou moins utiles des ouvrages des anciens , telles que l’ouvrage de Gonlhier de Roanne (intitulé E xencitationcs hy glas tic ce ) , où l’on trouve aussi des passages dignes de remarque , relatifs aux usages de son temps; et Je traité de Nonnius intitulé de rccibaria. Yers le milieu et la fin de ce siècle, et vers le commencement du dix-huitième, la théorie physique de l’air «commença à recevoir des applications utiles. Mayoxv , si long-temps oublié depuis, paraissait en deviner alors les véritables effets dans la respiration et la combustion ; Boylc et ensuite Males cherchaient, sans pouvoir encore les déterminer, quels changements lui ôtaient la respirabilité; Haies et Sulton s'occupaient de perfectionner les moyens de le renouveler ; Arbuthnot publiait son Traité de l’air et celui des aliments, et se proposait de soumettre ainsi à un nouvel
examen, toutes les parties de l 'hygiène. Locke écrivait sur l’éducation, et reprochait aux instituteurs et aux mères «le son temps le soin qu’ils prenaient de dérober leurs enfants et leurs élèves à l’impression salutaire d’un air froid , et de les élever dans une mollesse et une recherche de délicatesse vraiment nuisibles à leur santé, au lieu de les endurcir et de les fortifier par une éducation mâle, aussi avantageuse pour l’esprit que pour le corps. Ramazzini s’occupait de la santé des artisans et des maladies qui les menacent ; Winslow démontrait combien l’usage des corps baleinés était nuisible à la constitution des femmes et des enfants. Mais ni Locke ni Winslow ne contribuèrent à reformer les mœurs de leurs contemporains. Ce fut vers le milieu de ce siècle que Rousseau changea enfin toutes les idées. Une foule de livres répétèrent ses leçons. Dans le même temps, des observations multipliées. Concernant le régime de l’inoculation et le traitement de la petite vérole, démontraient que l’influence de l’air renouvelé et frais, loin d’être préjudiciable dans les maladies éruptives, leur était souvent utile et même nécessaire, et que le régime convenable aux inoculés ne devait point être exclusivement un régime échauffant. Ces faits changèrent entièrement la méthode du régime tant dans la médecine que dans l'hygiène , ainsi que la théorie de l’éducation des enfants , non sans les faire dégénérer dans beaucoup d’exagérations et d’excès.
Enfin, des ouvrages dignes d’être médités et l’estime publique ont attaché le nom de Tissot à quelques parties de Y hygiène, dans lesquelles il a eu pour but la conservation du peuple, celle des ‘'jeunes gens , et de quelques classes de citoyens spécialement exposés aux maladies qui sont la conséquence de divers genres de vie. Mais ces ouvrages même , ainsi que beaucoup d’autres non moins estimables, n’ont pas à beaucoup près apporté dans l 'hygiène 1rs changements qu’on aurait eu lieu d'attendre de l’état des sciences physiques , jusqu’à la quatrième époque.
Traces de ces progrès , dans lesprincipauSTonvràgcs qui ont contribue' à perfectionner les differentes parties de l'hygiène.
Pour nous rendre un compte plus exact cl plus utile de l’objet que nous
HYGIÈNE
traitons , développons , autant que nous le pouvons dans un aperçu rapide, les différentes parties de la médecine conservatrice, et voyons, d’après les ouvrages les plus remarquables ou par leur succès ou pan leur mérite , ce que chacune a pu retirer d’avantages de l'état des sciences, dans l’époque dont nous avons tracé l’histoire.
Traites generaux.
Si l’on considère les traités généraux d 'hygiène écrits dans cette époque, on les trouve tous enchâssés dans la division nutique dont on doit la première idée à Galien. iNul ne s’en est écarté. On les trouve dans les traités complets de médecine de Sennert , de Rivière , etc., et dans la collection des ouvrages où Juncker à développé Ja théorie médicale de Stahl son maitre. J’ai déjà parlé de l’ouvrage intitulé Exercilalioncs lvygiasticæ de Gonlhier , et des commentaires de Réné ii.oreau sur l’école do Salernc. Au milieu de ses contemporains , G. Ckcyne s’est écarté souvent des usages et des opinions reçues dans son traité intitule de infirmai' uni valtludine tuenda-, il y prêche presque exclusivement le régime végétal; il paraît vouloir y renouveler la doctrine de Pythagore et de Porphyre, et recommande, ainsi que les anciens, l’usage des vomissements diététiques : du reste, beaucoup d’esprit et de connaissances distinguent cet auteur. Enfin , un des ouvrages les plus estimables et les plus philosophiquement écrits, quoique très-peu étendu, est celui que forment les commentaires de Lorry sur la statique de Sauctorius.
TRAITES PARTlCUJ.'fenS.
Progrès de L'hygiène, dans lu connaissance phy sique de l’homme , de ses rapports avec les climats , des variétés de sa constitution physique , ou de ses tempéraments.
Gne des bases principales de l’étude physique de l’homme est l’influence des climats sur sa constitution. Cette étude se fonde sur toutes les connaissances géologiques et physiques, et surtout sur la théorie de l’atmosphère; sur les sciences naturelles et sur l’élude des diverses productions végétales, animales et mi- Demies , tant dans leur rapport avec le climat, que comme indices de la nature
du sol et de son influence sur les êtres qui l’habileiit; enfin elle repose encore sur les moyens mathématiques de déterminer la mesure de la population , et d’apprécier les causes qui en font varier les proportions , suivant les rapports de ces pçoportions avec les circonstances qui affectent la salubrité , avec les événements politiques , avec les épidémies , etc. Ainsi, toutes les sciences physiques et naturelles concourent à la perfection de cette partie, qui exige aussi une connaissance des voyages, dont la multiplication, dans celte époque , a fourni une ample matière aux réflexions du médecin qui veut connaître avec quelque précision ce que la constitution de l’homme a de liaisons avec le pays qu’il habite. Zimmermann et Rergmann ont donné des vues sur la géographie physique en général, et le premier (1) a tracé d’une manière ingénieuse les rapports des hommes et des animaux avec les climats et les régions de la terre. Prosper Alpin (2), sur la fin du seizième et vers le commencement du dix-septième siècle, écrivait ses observations sur les Egyptiens et sur la médecine de l’Égypte, et ses traités présentent une topographie de ce pays, tracée de main de maître. Pison, Marcgraff et Bontius (3) ont parlé avec presque autant de talent de la topographie du Brésil et de quelques portions de l’Amérique méridionale; quelques traités et quelques mémoires particuliers nous tracent l’histoire de diverses autres régions, mais peu à’ ouvrages présentent un tableau mieux fait et un modèle plus parfait dans ce genre, que le Mémoire sur la topographie de Marseille , par le docteur Raymond, inséré dans le second volume des Mémoires de la Société de médecine. Cette société avait entrepris de tracer une description de la France , sous le point de vue de la connaissance médicale des climats , et déjà un grand nombre de matériaux se réunissaient pour l’exécution de ce projet.
La connaissance des variétés que présente la constitution physique de l’hoin-
(1 ) Specimen zoologiœ geograpliicœ.
Zimmermann.
(2) Ilislorianat. Ægtjpli, et de medecina Æggptiorum.
(ô) G ni 11 . Pisonis De Indice ïuriusque re naturàli et medecina, auquel est jointe l’Iiist. naturelle du Chili, par Marcm-alT, ci le traité DcmediciM Indontm d<f boulins.
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me , et des tempéraments qui en sont le résultat, est de toutes les choses dont l’élude concourt au complément de \' hygiène, une des plus importantes. Il est bien étonnant qu'à cet égard , avec tant de secours de l’anatomie perfectionnée , on ait fait si peu de progrès. C’est presque à la seule habitude devoir qu’a été abandonné cet intéressant objet. A peine s'est-on occupé de réduire l’expérience en théorie. Ce que les anciens nous ont laissé est ce que nous répétons, sans nous donner le soin de l’apprécier. Leurs qualités primitives , ramenées à quatre principaux tempéraments, dont les dénominations sont prises des humeurs vraies ou supposées, sont encore tout ce que le grand Boerhaave nous a présenté dans ses instituts de médecine. Celte doctrine, dont on ne veut plus et qu’on ne s’est pas donné la peine de remplacer, a reçu cependant , plus dans les esprits que dans les ouvrages des médecins , une grande modification de la connaissance de l’irritabilité , et des systèmes établis en médecine sur cette connaissance. On trouve dans les préliminaires du second volume du Traité des aliments de Lorry ( pag. 1 jusqu’à la pag. 89), un exposé des idées de l’auteur , sur les sources physiques des différences entre les hommes , dans lesquelles il propose des considérations très-ingénieuses ; mais comme elles sont seulement accessoires à son but principal, elles ne sont pas aussi développées ni aussi précises que l’exigerait un traité des tempéraments. Pour ce qui est des ouvrages faits expressément sur cette matière , on pourrait presque dire que le meilleur que nous ayons sur cet objet est encore de nos jours , le traité écrit , dans le commencement du dix-septième siècle , par Livinus Lemnius , intitulé de complexionihus ; où les divisions théoriques des tempéraments, quoique fondées sur les anciennes hypothèses, sont rapprochées d’une manière assez étendue de l’observation et de l’étude pratique de l’homme; la plume tombe des mains en voyant un pareil dénuement sur une semblable matière ! Les rapports respectifs de tous les systèmes des parties dont l’homme est composé, du système des osa celui des parties molles , du système des parties contenantes aux fluides contenus, du système lymphatique au système sanguin , du système celluleux au système vasculaire , du système nerveux au système musculaire , de la sensibilité à la
force ; les rapports mutuels des viscères entre eux, et les proportions respectives des différentes parties des systèmes généraux , considérés dans les différentes régions dans lesquelles ils se répandent; de la région cérébrale , à la région pulmonaire et à la région abdominale, du tronc aux extrémités , des centres aux surfaces ; tous ces rapports si vrais , si positifs , si importants , si susceptibles d’être aisément vérifiés , et d'après les différences sensibles des hommes, et par les phénomènes qui accompagnent la succession des âges, étaient-ils donc une considération assez vaine, assez inutile , assez superficielle , pour qu’on ne se donnât pas le soin d’en recueillir les idées éparses, en un système d'ouvrage ? Mais ce n'est pas ici le lieu de m’étendre sur cet objet.
Progrès de l'hygiène dans l'étude des choses gui intéressent la santé.
Après ces préliminaires , nécessaires pour établir la connaissance de l’homme et des hommes ou du sujet de l'hygiène ; le principal objet de nos réflexions est l’étude des influences auxquelles il est exposé. Cette étude a toujours été ramenée par les médecins à l’ancienne division connue sous le titre des six choses non naturelles . J’ai déjà fait apprécier celte étrange dénomination , et il me semble qu’elle serait bien mieux remplacée par celle de matière de l'hygiène, puisque ces choses et la mesure dans laquelle on restreint leur usage sont véritablement les instruments et les moyens dont on se sert pour obtenir la conservation de la santé.
La connaissance de l’air et de ses influences sur l’homme a surtout reçu de grands secours des progrès de la physique dans l’étendue de celte époque. Le thermomètre , quoique ses phénomènes sensibles n’indiquent aucune proportion exacte des quantités de calorique correspondantes à ses degrés; le baromètre faisant connaître les changements de pesanteur de la colonne atmosphérique, et correspondant, quoique imparfaitement, avec les différents étals de l’eau dans l’air; les hygromètres, susceptibles sans doute de nouveaux degrés de perfection, mais correspondant déjà avec des météores intéressants pour la santé ; les moyens propres à faire connaître l’ctat de ['électricité atmosphérique, auxquels de nouvelles connaissances ajouteront
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sans doute un nouveau degré de précision , sont des instruments importants dont a profité la météorologie médicale cl A’ hygiène. Les expériences de Duhamel et de Tillet, et celles de Fordyce, de Banks, de Blagden , sur les degrés de chaleur auxquels l’ homme peut être exposé sans périr ; la connaissance qu’on a acquise par la de la propriété par laquelle le corps maintient dans toutes les températures sa chaleur propre, ont détruit des préjugés accrédités par l’autorité du grand Boerhoave. Néanmoins , le traité d’Arbuthnot sur l’air était resté le plus complet de ceux qui, dans le cours de cette époque, ont été spécialement consacrés à l'hygiène ; et cependant l’électricité n’était point connue du temps d'Arbuthnot. A ce traité, on était donc obligé de joindre ceux des physiciens qui ont écrit sur l’électricité , sur l’hygrométrie et la météorologie ; il fallait y ajouter la lecture des écrits des médecins , qui ont traité des maladies épidémiques , et qui ont étudié leur correspondance avec les changements atmosphériques, tels que Sydenham, Huxham, Lind , Hillary , et parmi nous un assez grand nombre de bons observateurs , auxquels nous devons ajouter aujourd’hui tous les travaux sur les constitutions épidémiques, provoqués par l’établissement de la société de médecine, ou réunis dans scs mémoires. Les ouvrages publiés sur le danger des sépultures dans les villes , sur le méphitisme des vidanges , ceux auxquels ont donné lieu les vastes exhumations tentées, proposées ou exécutées en différents temps , et dont les plus importants, sont dus à Yicq-d’Azyr et à Thourct, doivent occuper ici une place d’autant plus distinguée, qu’ils présentent les grandes preuves de la pratique ajoutées aux données de la théorie , et que souvent ils réforment celle-ci, et ramènent à leur véritable valeur des propositions quelquefois établies sur des bases qui n’étaient pas suffisamment appréciées ; mais ces ouvrages portent déjà l’empreinte de la quatrième époque , à laquelle ils anparliennent.
Aux réflexions de Locke , aux observations de Winsloxv et de Buffon , aux réclamations puissantes de Rousseau sur les vêtements des enfants, répétées de mille manières par les médecins et par les auteurs qui ont écrit sur l’éducation , on n’a presque rien ajouté. Un traite publié sur les habillements par le
citoyen Alphonse le Roy, quoique contenant des remarques ingénieuses, est assurément bien loin de suffire aujourd’hui ; et déjà même, bien avant l’époque où nous vivons , un grand nombre de connaissances applicables à cet objet eussent pu en favoriser les développements. En effet, soit que l’on considère les vêtements comme influant sur les puissances musculaires, déterminant ou leur direction , ou les rapports de leurs attaches fixes à leurs attaches mobiles , et s’associant ainsi à la théorie de la gymnastique; soit qu’on les envisage comme défendant le corps des influences atmosphériques ; les connaissances acquises sur la mécanique animale , et les vues déjà proposées par Franklin et par quelques autres physiciens, sur la propriété conductrice des corps pour la chaleur , eussent pu donner lieu à beaucoup plus de réflexions utiles sur leur matière et sur leur forme ; aujourd’hui cet objet peut être rempli d’une manière encore plus satisfaisante.
Si l’on en excepte les descriptions qui nous ont été données , ou par des médecins, ou par des naturalistes et des voyageurs, des bains publics fréquentés en Russie , en Finlaude , dans les pays habités par les Turcs et dans les Indes orientales , les modernes n’ont rien dit de plus que les anciens sur les bains , et presque tous les ont considérés plus sous le rapport de la médecine que de Y hygiène- on trouve cependant, dans les commentaires de Lorry sur Sanctorius , les éléments de bien des considérations utiles sur ce sujet, cligne d’être traité aujourd’hui sous de nouveaux points de vue. Il est de même des cosmétiques , et de toutes les applications faites à la peau , soit pour l’entretien de la propreté , soit pour relever l’éclat de la beauté, et un ouvrage où l’auteur embellit ses préceptes des grâces d’une fiction ingénieuse, sous le nom d’Abdeker, ne peut être regardé aujourd’hui comme remplissant complètement l’objet de l’hygiène.
La matière des aliments a été traitée plus complètement, dans l’espace de cette époque , et avec plus de succès que louics les autres. Il faut cependant à cet égard la distinguer en deux temps. Le premier se termine à Arbuthnot , et l’ouvrage de ce médecin sur les aliments peut en être regardé comme le complément. Pendant ce temps, quelques auteurs ont donné des ouvrages très-élen-
hygiène.
«lus et dans lesquels il y a plus d’érudition que de véritable physique ; tels sont les traités de Pisanelli, «le Nonnius et de Melchior Scbiz , sur les aliments; ils sont précieux, comme réunissant sous un seul point de vue les travaux des anciens , et en faisant bien connaître la doctrine. Les autres , tels que celui d’Arbullinot, présentant une érudition moins prolixe, offrent une application , trop souvent illusoire à la vérité , des connaissances chimiques de ces temps, et surtout des analyses par le feu ; mais on y trouve un ordre plin philosophique et des observations pratiques bien ordonnées , et qui annoncent un esprit sage et judicieux. Dans le second temps, la chimie , développant des moyens d’analyse plus simples, a facilité davantage l’examen des matières animales et végétales, et la comparaison de leurs qualités distinctives. L'analyse de la farine de froment , par le simple lavage à l’eau froide, faite en Italie par Beccari , et en Allemagne par Kessel-Meyer, sa séparation en une matière amidonnée et une substance glulineuse, éveillaient l’attention de tous les chimistes et des médecins. Les travaux de Rouelle ajoutaient à ces premières vues tout ce que les instruments dont on pouvait disposer alors permettaient d’y ajouter. La considération isolée de la matière glulineuse, et son insolubilité dans la plupart des menstrues, faisaient élever beaucoup de doutes sur la salubrité de la farine de froment , employée comme nourriture pour les enfants, et donnait lieu à des exagérations que j’ai cherché à apprécier dans l’article aliment. Les analyses , quoique imparfaites encore , du lait, de l’albumine, du jaune d’œuf et du sang , jetaient di'jà un grand jour sur les caractères essentiels de la matière nutritive. L’observation plus approfondie des produits de la fermentation spiritneuse conduisait à la connaissance des liqueurs fermentées, et donnait naissance à des idées pl us exactes sur les effets qui résultent de leur usage. Tout ce qu’on a pu connaître alors de plus précis sur la nature propre de la substance alimentaire, sur les variétés de l’aliment qui la contiennent, sur la nature du corps muqueux considéré dans les mucilages , dans les substances sucrées , dans les sucs fermentescibles, cl dans les substances gélatineuses, tant animales que végétales^! été réuni, avec autant de sagacité que d’érudition , par le célèbre Lorry >
dans son Traité des aliments , que je regarde connue le plus beau résumé de toutes les connaissances acquises sur celle matière à la fm de la troisième époque. J’en ai donné une idée fort étendue dans l’article consacré à cet objet. Cullen , à la tête de sa matière médicale, a aussi donné d’excellentes considérations sur diverses parties de la matière alimentaire. Enfin , on aurait tort de ne pas citer ici, au nombre des hommes qui ont le plus contribué à la perfection de l’art dans cette partie, l'estimable Parmentier, dont les travaux , constamment dirigés vers l’utilité publique, ont fait connaître la nature de beaucoup de substances nutritives , particulièrement des substances farineuses , et ont vengé d’un injuste mépris un des aliments les plus abondants et les plus utiles, la pomme de terre. Ce respectable citoyen s’est acquis des droits d’autant plus justes à notre reconnaissance, que c’est à lui peut-être que nous devons aujourd’hui d’avoir échappé aux horreurs d’une disette affreuse , que nous avait préparée la méchanceté des hommes, en dépit de la fécondité de notre sol et des bienfaits multipliés de la nature. La botanique , par l’exactitude de ses descriptions, nous a appris à distinguer l’aliment utile et l’assaisonnement agréable du poison destructeur dans une classe d’aliments trop recherchés ; et les observations de Paulet et de BulliarJ , sur les champignons et sur les plantes vénéneuses , ne doivent pas rester ici sans reconnaissance et sans I éloge. ]\’oublions pas non plus d’associer à la gloire de ces savants ceux qui , parleurs travaux, ont éclairé les citoyens sur les dangers qui les menacent trop souvent, et qui ont provoqué la promulgation dcsloix prohibitives des vaisseaux et ustensiles de cuivre et de plomb , dans les circonstances oii ces substances peuvent être attaquées par les aliments et les boissons , et peuvent faire passer des germes destructeurs, sous les «lehors trompeurs d’une nourriture salubre , et sous l’attrait d’une liqueur agréable. Les essais de FS’avier surtout ont mérité une attention particulière de la part des chimistes-médecins , en multipliant les moyens de reconnaître et de détruire un ennemi perfide.
Gorler , en déterminant , avec plus d’exactitude encore que Sanctorius , le moment de la plus abondante transpiration , qui suit le sommeil , en prouvant que jusqu’au moment du réveil elle est
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presque suspendue ainsi que les autres évacuations; que c’est dans les instants qui le suivent, que cette cxcréLion, ainsi que toutes les autres, sort avec plus d’impétuosité et d’abondance, préparée par le repos et provoquée par toutes les puissances motrices qui reprennent alors une nouvelle activité; nous aidant ainsi à lier ensemble la théorie des aliments, des évacuations, du. sommeil , du repos et des exercices ; Gorler a donné à V hygiène une base sur laquelle peuvent reposer avec plus de solidité , d'importantes considérations utiles à la conservation de l'homme. L’analyse de la bile, faite par les chimistes avec une plus grande exactitude, les différents états de l’acide phosphorique dans les urines , déterminés par eux mieux que par leurs prédécesseurs, l’universalité de cet acide reconnue dans l’économie animale, dans la base des os , et même dans les sucs digestifs, ont répandu de nouvelles lumières sur les instruments et les produits de la digestion , ont fait présumer la liaison des différents états des substances évacuées, avec l’ordre et les dérangements de cette fonction , avec l’ordre et les dérangements de l’ossification, et ont préludé aux vues nouvelles et importantes , et aux travaux utiles de Bcrtholet , de Yauquelin et de Fourcroy, sur les maladies goûteuses , sur les différences de la physiologie des hommes et des animaux , et sur les traits caractéristiques des changements qui s’opèrent par la succession des âges.
La connaissance des mouvements musculaires et de la mécanique animale , approfondie de nouveau par quelques anatomistes , soumise au calcul par le célèbre Borelli dans son traité de molu animalium , n’a pu être appréciée pur eux entièrement; parce qu’ils ont bien pu donner la mesure de l’instrument , mais qu’il leur a été impossible de soumettre la pui^tau: même à des calculs exacts. fs'éanii^HP s’ils n’ont pu faire connaître la totalité de la force et de l’action variable que cette force exerce, au moins en ont-ils fait connaître avec exactitude les éléments constants ; et les vues utiles qu’ils ont proposées , trop oubliées depuis eux , ne doivent point être perdues pour nous. L’étude longtemps abandonnée de la gymnastique , celle de son influence sur le développement des corps et sur l’art d’en prévenir les distorsions , plus par des moyens naturels que par des artifices qu’il faut
réserver pour des cas de maladie, mérite enfin de recevoir; de la physique animale, trop négligée sous le prétexle frivole de son insuffisance , des secours plus efficaces. Les médecins sc sonL trop répété et sc répètent trop encore de nos jours, que les calculs de la physique et les produits de la chimie sont toujours trop loin des résultats de la nature.
L’œuvre de la nature est un problème composé de connues et de constantes , d'inconnues et de variables ; nous persuadera-t-on toujours, ou qu’il faut renoncer à la recherche de ce problème , ou que, pour parvenir à évaluer les inconnues et à fixer les nuances des variables , il faut en négliger les éléments constants et calculables?
Enfin , ce que l’homme moral a d’influence sur l’homme physique , ce que nos sens , notre intelligence et nos passions ont de pouvoir sur les fondions qui conservent notre existence, quelque secours que les médecins aient reçu à cet égard des philosophes, n’a encore été exposé par eux que d’une manière bien vague. Cependant les phénomènes du développement comparé de nos facultés physiques, intellectuelles et morales, de leurs dérangements et des rapports que démontrent entre eux les accidents de la santé et de la maladie , ont mis entre les mains des médecins des moyens plus multipliés de parvenir à cette analyse délicate. Ils eussent pu par conséquent, mieux que d’autres, tracer d’après nature les détails intéressants de ce genre d’observation , et ils eussent dù sc mettre en état de fournir eux-mêmes aux philosophes et des leçons pl-us utiles et des considérations plus exactes.
Progrès de l'hygiène dans la théorie du régime.
De la connaissance perfectionnée de l’homme et de celle des choses dont il éprouve l’influence résulte nécessairement l’idée de la perfection du régime.
Celui-ci est la conclusion d’un problème dont les autres sont les données. JN'ous avons présenté une esquisse de l’histoire de V hygiène publique; pour ce qui est de l'hygiène privée et des généralités du régime , on les trouve surtout dans les traités généraux et dans ceux qui concernent les aliments. Le second volume de l’ouvrage de Lorry, avant lui celui d’Arbulhnot , et plus anciennement l’excellent commentaire de Loin-
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mius sur le premier livre de Cclse , intitulé de conscrvanda valetudine , les recherches du malheureux Bonnet sur le régime le plus convenable à la conservation des gens menacés des alïections pulmonaires, réunies dans son traité intitulé Theatrum labidorum , offrent tout ce (ju’on peut réunir de mieux observé sur la théorie du régime, soit pour ceux qui jouissent d’une santé constante, soit pour ceux dont l’existence est faible et chancelante.
J’ai déjà parlé de ce qui regarde l’éducation et le régime des enfants , et de la révolution qui, à cet égard, s’est opérée parmi nous , fondée sur des observations long-temps méconnues par la timidité des mères et des instituteurs , mais essentiellement vraies et utiles. Cependant leurs conséquences , portées quelquefois trop loin , nous obligent de répéter à ces hommes que les idées tranchantes entraînent , qui ne connaissent qu’un petit nombre de principes sans vouloir en apercevoir les nuances , qui voient tous les hommes d’un même œil , toutes les circonstances sous un même point de vue, et la nature dans leurs opinions plutôt que leurs opinions dans la nature; nous obligent, dis-je, de leur répéter que tout ce qui est hors des mesures de la vérité est erreur ; que toute conséquence générale tirée d’un fait ou de plusieurs faits et appliquée indistinctement à tous les cas, excède nécessairement ces mesures; que le succès d’une témérité peut bien démontrer l’étendue des ressources de la nature, mais n’autorise pas à s’exposer à en passer les limites ; enfin , à leur rappeler cette observation de l’excellent Horace , observation si souvent vérifiée dans tous les genres : 1)um . vilanl slul/i vitin , in contraria currunl. Un des ouvrages qui a pris le plus de faveur parmi nous depuis Rousseau , est le petit traité de M. de Fourcroy, conseiller au bailliage de Clermont , intitulé Les enfants élevés dans l'ordre de la nature ; il est aujourd'hui entre les mains de toutes les mères, et n’eût-il que ce mérite, il serait digne d’une grande attention. Les préceptes qu’il expose sont vrais et utiles, mais ils ont surtout besoin d’être appréciés avec discernement , et avec les restrictions que les circonstances , la force ou la faiblesse et la susceptibilité des individus rendent indispensables. Au reste, si les écrits des philosophes peu versés dans la médecine ont, par cela même , l’in-
convénient de n’ètre pas applicables à tous les cas, ce défaut doit se trouver rectifié dans les ouvrages des médecins sur le même sujet. La connaissance des maladies des enfants, l’habitude de les prévoir, de les prévenir et de les traiter, donnent à leurs préceptes plus de variété et plus d’étendue. Sans parler des ouvrages qui ont pour but spécialement le traitement des maladies , il en est qui concernent l’éducation physique en général , et parmi lesquels , encore que les époques où ils ont été publiés leur donnent des empreintes différentes selon les opinions reçues alors , on a distingué, parmi nous, en différents temps, ceux de Brouzet, de Raulin, de Désessarts, et le petit ouvrage remarquable par sa brièveté, sa simplicité et sa clarté, du citoyen Saucerolte. Je ne crois pas nécessaire , dans une matière où l’on a dit si peu de choses neuves, de rappeler les nombreux ouvrages des étrangers.
Nous sommes loin d’avoir sur la santé des vieillards autant d’écrits que sur celle des enfants. Cependant l’homme, chancelant et faible aux deux extrémités de la vie , a également besoin de soutien , et le vieillard a outre cela besoin de consolation. Galien s’en était occupé; et il existe un ouvrage du commencement du dix-septième siècle, intitulé Anselnii.... Gerocomia. Cet exemple n’a pas eu beaucoup d’imitateurs. C’est à notre âge à acquitter la dette des autres, et à remplir avantageusement cette lacune de l’art. — J’ai mis au rang des ouvrages qui ont concouru au perfectionnement de. l’hygiène , les traités de Ramazzini sur les maladies des artisans. En effet, c’est véritablement dans l’étude de ces maladies que le médecin doit aller chercher la leçon de l’expérience sur ce qui convient à la conservation de tant d’hommes utiles , auxquels la société doit ses jouissances. Il serait si important de les soustraire aux influences souvent dangereuses , et quelquefois funestes, qui les environnent; et cependant il manque à l’art une hygiène des artisans. La Société de médecine avait eu le dessein d’entreprendre cet ouvrage , qui devait s’unir essentiellement à la collection des arts et métiers , publiée par l’Académie des Sciences. Déjà le citoyen Pajot des Charmes l’avait enrichi d’observations précieuses faites au milieu des j ateliers; mais il manquait au zèle et aux lumières de cet estimable observateur des connaissances médicales suffisantes
hygiène.
pour donner h scs remarques toute l’utilité et toute l’étendue dont elles auraient été susceptibles. — Je ne répéterai pas ici ce que j’ai déjà dit des médecins qui ont écrit sur la santé du peuple, des pauvres , des gens de lettres , des gens du monde , des militaires , des marins, des Européens qui voyagent dans
des climats équatoriaux , et des habitants de nos colonies. Après les noms de Plempius , de Portius et de Ramazzini , qui honorent le dix-septième siècle , le nôtre inscrit avec reconnaissance les noms, déjà cités et dignes d être répétés encore, de Pringlc, de Lind, d’Iiillary , de Duhamel , de Poissonnier-Desperrièrcs , de l’illustre Cook , du vénérable Tissot et de Dazille.
Quatrième époque, marquée par la découverte des fluides aérif ormes et le renouvellement des sciences chimiques.
Sans pouvoir me flatter d’avoir développé, avec une étendue digne du sujet, l’histoire de l’époque dont je viens de donner les principaux traits , je crois avoir fait sentir à peu près quels changements a éprouvés pendant sa durée la théorie de l’art conservateur, et à quels points principaux ses progrès peuvent être rapportés. — Dans l'époque qui nous reste à examiner, c’est moins aux ouvrages déjà publiés sur l’hygiène que nous devons nous arrêter, qu’aux moyens : que nous avons de les entreprendre avec plus de succès. Nous avons de nouveaux et de puissants secours , nous pouvons par conséquent former de grandes espéi rances.
Ce n’est pas que quelques ouvrages dans ce genre n’aient paru depuis peu d’années; mais plusieurs, par la nature de leur objet et des détails dans lesquels les auteurs sont entrés, se lient essentiellement avec ceux qui ont paru dans la troisième époque , n’en diffèrent par aucun caractère essentiel, et ont été réunis à eux dans le tableau que nous en avons ébauché. Les rapports faits aux ministres par la Société de médecine , sur le régime des gens de mer, et les ouvrages qui ont concouru pour ses prix sur 1 hygiène militaire , et qui ne tarderont pas à être m'13 au jour, peuvent être rangés dans la même classe; et quant aux traités généraux , on a distingué de- ; puis peu parmi nous l’ouvrage du ci- 1> toyen Tourtelle , et en Allemagne celui
qu’a publié à Icna le docteur Christ.- Guill . Ilufeland. Je me contente de les indiquer ici, pour me borner à examiner en ce moment les moyens de perfection que nous offrent les progrès laits par les sciences physique et chimique dans les objets applicables à la connaissance et à la conservation de l’homme.
Histoire abrégée des découvertes qui intéressent l'homme , qui concourent à perfectionner la connaissance de sa constitution physique, cl l’intelligence des phénomènes de son organisation.
La quatrième époque , dont nous nous occupons, est principalement remarquable par la découverte des gaz et de la décomposition de l’eau, et par la théorie de l’oxygcne; par celle du calorique et par les nouveaux moyens de l’apprécier et d’en calculer les quantités ; par la théorie perfectionnée de l’électricité et la précision des instruments imaginés pour en calculer la force ou en recueillir les moindres apparences; par la découverte des phénomènes du galvanisme ; par les progrès de l’anatomie comparée ; enfin , par la précision donnée à la langue des sciences, au moyen des nouveaux systèmes de nomenclature. — Une plume plus savante a tracé , dans le Dictionnaire de Chimie , l’histoire de la découverte des fluides élastiques, que le génie de Vanhelmont avait entrevue au commencement du dix-septième siècle , dont Mayow avait esquissé les phénomènes dans la combustion ci la respiration eu 1669 , à laquelle Boyle et Haies ensuite avaient fourni des expériences dont ils ne prévoyaient pas les résultats, que Vcnci et Black ont encore pressentie dans leurs travaux sur le principe qui rend les eaux acidulés, et qui cependant se dérobait encore à tous les yeux lorsque Priestley ouvrit glorieusement cette carrière, dont les palmes étaient réservées à Lavoisier.
L’action de l’air sur les corps combustibles , ses combinaisons avec le carbone et l’hydrogcnc , la formation des acides , et les phénomènes de la composition et de la décomposition de l'eau ne sont pas seulement faits pour exciter une admiration stérile ; l’homme y trouve le secret de son existence. — La composition de l’atmosphère et les proportions de ses parties déterminées ont enfin fait connaître l’air dans lequel nous vivons.
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Mais l’arl cudiomélrique cl tous les moyens employés pour le perfectionner n’ont encore attesté que les variétés de ces proportions ; et c’est en vain qu’on en a attendu jusqu’ici de véritables épreuves de son degré de salubrité. C’est à l’examen de ses effets sur les animaux qui les respirent, c’est aux altérations que causent les matières qui l’empoisonnent, et aux phénomènes des asphyxies qu'il faut recourir pour s’en assurer.
Déjà l’on sait au moins que de tous les poisons de l’air, les plus puissants connus , parmi ceux dont les causes nous environnent communément , sont les combinaisons qui forment Y acicle carbonique , l' hydrogène carbone et Y hydrogène sulfuré.
L’identité des résultats de la combustion et de la respiration , les changements semblables que l’air éprouve à la fois dans le poumon et à la surface de la peau , les qualités nouvelles que le sang prend en passant par les vaisseaux pulmonaires , présentent sous un nouveau point de vue les rapports de l’homme ' avec l’air qu’il respire et l’atmosphère qui l’environne. Dès-lors, la pesanteur et l’élasticité de l’air ont cessé de remplir le premier rôle dans la théorie de ses usages dans la respiration. La vie de l’homme, ainsi que celle des animaux , est devenue , aux yeux du physiologiste, le résultat des combinaisons d’un fluide destiné à renouveler continuellement la surface du globe, dans tous les points qui sont soumis à son action. Mais cette vaste source de vie est-elle inépuisable , et comment, au milieu de ses pertes continuelles et de ses continuelles altérations, peut-elle se réparer et se rétablir? — Les belles expériences d’Ingenliousz sur les végétaux semblent nous dévoiler ce mystère de la nature. La propriété que la lumière paraît réveiller en eux , de verser un air pur dans le sein de l’atmosphère, de le verser surtout eu plus grande abondance dans le contact de l’eau et de l’acide carbonique, nous annonce en eux une fonction inverse de la respiration des animaux , et nous montre les êtres vivants se fournissant mutuellement les matériaux de leur vie , et la nature rétablissant alternativement, pour les uns et pour les autres , les proportions toujours altérables et toujours réparables de l'atmosphère.
Au milieu des combinaisons et des métamorphoses des corps, un être fugitif parait et disparait , échappe à nos re-
gards, se dérobe à l’épreuve de la balance, incalculable dans sa masse, indéfinissable dans sa nature. Le calorique , que le thermomètre nous indiquait sans nous en faire connaître les proportions , se laisse enfui saisir ; un de ses effets les plus constants eu devient la mesure , et au centre du calorimètre aucune portion de cet cire, auparavant inappréciable , n’échappe plus aux calculs de Lavoisier et de l.aplace. L’animai qui respire en laisse échapper une grande proportion.
Celle proportion, comparée à la quantité d’acide carbonique produit , à celle du gaz oxygène dont l’atmosphère s’est dépouillée , semble attester un autre produit de la respiration , et ce produit répond à l’eau qui s’échappe en vapeur des vésicules pulmonaires. Le calorique uni au sang artériel et transmis avec lui dans toutes les parties du corps, nous donne , au moins en partie, le secret de la chaleur animale et des moyens que la nature emploie pour en réparer les pertes.
A celte théorie se joint celle de la transmission du calorique, à travers les différents corps de la nature , au moyen de leurs propriétés conductrices. De grandes variétés et des phénomènes bien peu connus jusqu’à nos jours , développés par Benj. Thompson, comte de Rumford , font connaître de quelle manière ce principe se transmet à travers les fluides élastiques et les liquides ; et l'art de propager , de retenir , de conserver et de distribuer la chaleur , concourt à perfectionner ceux de construire nos habitations, de nous vêtir, et de préparer nos aliments. — De nouveaux moyens d’analyse , fournis par les combinaisons de ce principe actif, universel, transformateur, la base du gaz oxygène, nous dévoilent, nu milieu de grandes analogies , des différences frappantes entre les principales substances végétales et animales. Les unes cl les autres sont transformées en acide oxalique. Mais le gaz azote, que les unes laissent échapper en abondance , annonce qu’elles ne se ressemblent pas en tout. La composition de l'ammoniaque, formée de ce même principe distinctif des substances animales uni à l'hydrogène, révèle entre les mains de Bertholel un secret si longtemps demandé à la nature par les chimistes , et si long-temps refusé. Deux ordres de substances se trouvent clairement formés dans les végétaux et les animaux; et la théorie de l'animalisation
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est esquissée. {Voy ez l’article Aliment , vie. Il se ranime inopinément, au moch. l, §. in). ment du simple contact établi ou rompu
Un des produits les plus remarquables entre les parties d’un cercle de conducde l'organisation animale, 1 a phosphore, leurs sur lequel il repose. D’une part, la
\sphoriquc qui en résulte , rapidité de la communication et la na-
UL 1 U l (1 1 1 1 oit l . U 1 1 (tlllIU.UL,
et l’acide plwsphoriquc qu. .... ,
déjà bien connus dans la base des os et dans la libre animale, sont suivis dans les aliments, dans les liqueurs cxcrémentiticllcs, dans la formation des poils, des cornes et de la robe des animaux, dans les sucs digestifs, dans les liquides nutritifs , dans celui qui est consacré à la reproduction. Berlholet, Fourcroy, Vauquelin, en examinent les rapports et les variations dans les maladies goutteuses, dans la comparaison des âges, dans'celle des animaux avec l’homme , et, si l’on ne connaît pas encore le mode de sa formation , l’on entrevoit du moins ses liaisons avec les phases de la vie et avec les dérangements de l’économie animale dans plusieurs des maladies qui affligent l’humanité. — Lavoisier et Seguin cherchent aussi à s’assurer des phénomènes delà transpiration , et à la soumettre à des expériences dont l’exactitude ne laisse rien à désirer. D’autres sans doute sont appelés à terminer leurs travaux incomplets; pour nous, abstenons-nous ici de joindre à d’immortels regrets de honteux et de déplorables souvenirs. — Pendant que la chimie moderne acquiert tant de droits à notre reconnaissance , Coulomb soumet l’élec-
i uiuihuj uv< iu (/Wmimunouiiuii v. I. JW 1IU“
turc des conducteurs semblent établir entre ces phénomènes et ceux de l’électricité des analogies frappantes , que d’autres observations semblent détruire ; d’autre part, la persévérance du phénomène, malgré la ligature des nerfs, malgré la section entière de leur tronc, malgré la différence ou des parties ou des individus dont ils sont empruntés , pourvu que leurs parties divisées soient ou contiguës ou communiquantes par des intermédiaires convenables, semble nous interdire d’en assimiler la cause à celle qui, dans le corps vivant, entretient l’influence naturelle du système nerveux sur le système musculaire. Quelles seront donc les conséquences de la découverte d’une propriété si remarquable ? Abstenons-nous de le prononcer encore.
Enfin, l’œil de l’anatomiste s’est porté successivement sur tous les animaux , et comparant leurs structures à celle de l’homme , il a mis en parallèle tous les systèmes qui composent l’appareil de leur vie. Depuis l’homme jusqu’aux insectes, Cuvier recherche et développe la structure des viscères, les dispositions du système nerveux et du système musculaire. Il démontre dans quels ordres
. . ... , ’ , . , i-uuiuc. xi uemumre uans quels ordrps
tricite au calcul, il en apprécie lesmoin- d’animaux le liquide nourricier circule dres proportions, et détermine les nro- nar la THJÎssanPP H’nn rrowt*
dres proportions, et détermine les progrcssionsqu’cllcsuit aux différents points de la surface des corps. Enfin cet être , aussi fugitif et bien plus rapide dans scs mouvements que le calorique, se laisse comme lui mesurer, et la balance apprécie tous les degrés de son action.
Voila l’accumule et le réserve dans son condensateur \ le doubleur de l'e’lcctricitc, inventé et perfectionné par Bonnet, Darwin , jNicholson et Réad , semble eu réunir les moindres vestiges épars dans 1 atmosphère, et indiquer jusqu’aux altérations qu’il y éprouve instantanément par la respiration des animaux.
n spectacle inattendu se prépare, et
»«» i. °"?9,e (lue HaHcr, au miijcu (ie
i expériences et de recherches, n’a point aperçu , vient comme de lui-même s offrir aux regards de Galvani. Cet appareil combine de nerfs et de muscles, avec lequel la nature engendre au dedans de nous tous les phénomènes du mou
par la puissance d’un cœur contractile cl des vaisseaux artériels , et se porte du centre aux extrémités et aux surfaces pour en être ensuite rapporté vers lè centre ; dans quels autres le même liquide, seulement épanché dans les intervalles des viscères , semble y rester stagnant, et baigne Jcs parties qu’il ne parait nourrir qu’en les abreuvant. Il développe dans les uns et les autres la structure des organes par lesquels le fluide atmosphérique ou le liquide ambiant est soumis au mécanisme d’une xraie respiration. Soit en effet que celle atmosphère, quelle qu’elle soit, reçue dans de véritables poumons, y rencontre le liquide nutritif apporté par des vaisseaux pulmonaires ; soit qu’cllc-même portée par des vaisseaux propres, elle paraisse l’aller chercher jusque dans le cœur; soit que , disséminée par tout le corps à l’aide de scs trachées, elle entre partout en contact avec le suc épanché
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celle fonction respiratoire, supérieure même à celle de la circulation , et toujours dans des rapports constants avec le liquide réparateur, et par conséquent avec la nutrition. Ainsi, l'on voit le premier but de l’organisation des êtres vivants , l'entretien de la vie , quelque compliqué ou quelque simple qu’en soit le mécanisme, se réduire toujours à un seul problème , celui de mettre en un rapport perpétuel le fluide ambiant avec le suc alimentaire.
Conjectures sur les avantages que la connaissance physique de l'homme et l'hygiène peuvent retirer des découvertes déjà faites dans L'étendue de la quatrième époque.
Tant de travaux et de succès semblent agrandir à nos yeux l’horizon de la nature , et ce n’est qu’en regardant derrière soi, cl en réfléchissant combien l’enthousiasme a souvent porté d’illusions dans nos théories , qu’on apprend à s’arrêter et à se dire : « Une seule » erreur spécieuse peut nous retenir « pendant des siècles hors du chemin » qui mène à la vérité. « Mais si ce doit être avec réserve , ce ne doit pas du moins être sans espoir, que nous nous livrions à la contemplation des conséquences que nous annoncent ces prémisses. — Une seule vérité bien démontrée peut enchaîner à elle toutes les parties de l 'hygiène.
Que les changements que l’air éprouve et lait éprouver à nos organes et à nos humeurs soient partout aussi bien développés que dans les fonctions pulmonaires ; qu’on connaisse également bien les effets du fluide atmosphérique, dans toutes les parties dans lesquelles il entre dans quelque rapport avec la matière nutritive ; dans l’estomac et les intestins, avec la masse alimentaire, ou avec l’aliment qui doit nourrir , et qui va se changer en chyle; dans le poumon, avec i’aliinent qui est prêt à nourrir , et qui se présente à son action dans le chyle tout formé et dans le sang qui vient de le recevoir; à la surface de la peau, avec l’aliment qui est au point de nourrir , et qui, sous la forme de lymphe, est répandu dans le système lymphatique et le tissu cellulaire cutanés ; avec celte même lymphe unie à la graisse, et se changeant en lait dans les organes mammaires , où elle obéit si rapidement et si évidemment à l’influence du contact de l’air, dans ce
que les femmes connaissent sous le nom d e montée du lait , et déjà l'on aura une théorie plus complète et moins conjecturale des rapports de l’action de l’air avec la nutrition.
Qu à cela 1 on joigne une êonnaissance plus exacte des relations qui unissent les fonctions excrétoires et leurs résultats, avec les différents changements que l’aliment éprouve dans le corps; que l’on vienne à se convaincre que l’acide carbonique et la vapeur aqueuse pulmonaire, que les mêmes produits formés dans l’organe transpiratoire , que l'eau qui sc précipite souvent avec tant de rapidité , surtout dans les premiers moments de la digestion , vers les canaux urinaires ; que les gaz de différente nature qui se dégagent dans les voies intestinales , enfin que la bile qui se filtre dans les pores biliaires, près du système vasculaire de la veine-porte , ne sont que divers résultats des moyens que la nature emploie dans différents points du corps et de la circulation, pour dépouiller Je sang et le suc alimentaire d’une partie de son carbone et de son hydrogène : alors ou aura la preuve positive ainsi que l’explication de cette importante observation , si célébrée par les physiologistes médecins , que toutes les évacuations , soit dans l’ordre naturel , soit dans l’état de maladie, son! en partie destinées à se suppléer mutuellement, et doivent être regardées comme des parties complémentaires d’une même opération universelle.
Quant à cet autre produit , non moins important , qui se développe au milieu de toutes ces opérations , le calorique; si l’on parvient un jour par l’expérience, à s’assurer que non-seulement il sc dégage dans les organes pulmonaires, dans des proportions qui répondent aux combinaisons dont le gaz oxygène leur fournit la base; mais qu’il se forme également, et par des moyens analogues, à la surface de la peau ; que peut-être il se \ développe encore dans d’autres propor- ! tions , par les transformations dont le siège est dans les voies biliaires, intestinales et urinaires; joignant à cela la connaissance des rapports constants et ! même réciproques , entre l'intensité de I la chaleur animale et le degràde susceptibilité du système nerveux et des organes musculaires , l’on aura d’abord une i plus vaste idée des ressources de la nature pour régénérer la chaleur animale ; i l’on comprendra mieux les avantages
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d’un air dense et froid, sur un air chaud et raréfié, pour favoriser les combinaisons dont cette chaleur est un produit ; et l’on aura la théorie de l'action de l’air libre et renouvelé sur l’organe cutané chez les enfants, chez les nourrices, chez les hommes qui s’exercent à l’air libre , dans les maladies éruptives ; celle des différences qui se font voir dans la peau et dans tout le système lymphatique cutané , entre les hommes élevés dans l’obscurité des villes , ou dans les lieux bas et humides , et ceux qui vivent au milieu de l’air mobile des campagnes, et dans les expositions élevées et sèches : l'on se rendra compte des variations de la chaleur , pendant la digestion et dans les différents périodes qui en partagent le travail ; enfin , l’on pourra esquisser encore la théorie de la chaleur fébrile, ou du froid , dans les maladies pulmonaires, intestinales et bilieuses.
Si à ces résultats l’on joint la théorie des propriétés conductrices du calorique, considérées dans les différentes substances qui nous environnent, et dans celles qui sont appliquées à notre corps , ou qui nous servent de vêtements; celle de la production du froid, par l’évaporation; les considérations sur la faculté qu’a la chaleur , même extérieure , de réveiller et de ranimer, le froid d’engourdir et de suspendre les fonctions des systèmes nerveux et musculaires; qu’on détermine à quels degrés ces phénomènes ont lieu , soit en général , soit dans les différences des individus en particulier; qu’on parvienne à apprécier jusqu’à quel point , suivant les âges, les tempéraments et les circonstances, le froid extérieur favorise les combinaisons dont la chaleur animale est le produit; à quel degré au contraire doit être marqué le point où celte chaleur naturelle est tellement surmontée par le froid extérieur, que l’effet en est la diminution ou l’extinction des facultés motrices : l’on aura pour lors la théorie complète de l’utilité et des dangers du froid ou du chaud , dans les effets de l’air, des bains, des vêtements ; et 1 on obtiendra la solution de tant de questions, si souvent agitées, et toujours si mal résolues , relatives à l’éducation , au traitement des maladies cutanées, au régime des nourrices, des enfants, des adultes et de3 vieillards. — Je n’ai pas besoin de m étendre davantage sur tous
ces objets, ni d’y joindre d’autres exemples, pour faire sentir combien un seul fait complètement vu peut devenir fécond ; combien les progrès des sciences physiques H chimiques , secondés des découvertes de l’anatomie comparée , peuvent intéresser ceux qui se livrent à l’étude de l’hygiène , et contribuer à la solution de tant de belles et importantes questions ; comment enfin , aux’seules questions qui viennent d'être proposées, se rallient toutes les théories des climats, des tempéraments , de l’air , des vêtements, des aliments , des excrétions, des exercices , et par suite de l’éducation et du régime.
Puisse encore se joindre à tout cela, dans l’art important et précieux auquel je désire consacrer utilement mes travaux et ma vie, la perfection d’une langue, dont les expressions soient moins empruntées des théories qui se détruisent en se succédant , et plus énonciatives des faits qui ne changent pas ; dont les mots composés, portant avec eux l’idée juste de ce qu’ils expriment, forment un langage clair et concis et dont l’influence sur nos idées n’ait plus l’irrésistible effet d’un langage emblématique , métaphorique et inexact, l’inconvénient de faire prendre des expressions de convention pour la voix de la nature ! — Je termine là ce discours, dont l’objet a etc de faire connaître l’histoire de l’art et ses ressources , les progrès qu’il a faits, et ceux qu’il eût pu faire, sa liaison avec toutes les autres sciences, et la nécessité que l’homme qui s’y livre les cultive et les connaisse. Je n’ai point eu l’intention de citer tous les ouvrages dignes de l’être, et de former le plan d’une bibliothèque d 'hygiène. J’ai considéré , non les hommes en particulier , mais l’esprit humain en général, comme un être dont la vie est composée de siècles, et se partage , par intervalles inégaux , entre les tentatives de l’enfance, son esprit simple et vrai , et les espérances qu’elle fait concevoir; les occupations frivoles, les préjugés et la crédulité du second âge ; l’effervescence, l’imagination, les erreurs de la jeunesse; la ferme assurance enfin que donne l’expérience dans l’âge mûr , et les grands efforts qu’il est capable de faire quand il connaît ses forces , et la distance du but qu’il veut atteindre.
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