CHAPITRE V
DE CE Qu’lL CONVIENT DE FAIRE AVANT LES OPÉRATIONS.
ARTICLE 1er. DU LIED OU DOIVENT SE
PRATIQUER LES OPERATIONS; DE I.’ÉPOQUK A LAQUELLE IL CONVIENT d’ï AVOIR RE- COURS; ET DU CHOIX DE LA METHODE OU DU PROCÉDÉ A ADOPTER.
Il est des opérations qui, pour ê're pratiquées avec sécurité , réclament le transport momentané du malade dans un endroit éloigné de celui où sont traités les individus que la maladie a conduits dans l’asile de la douleur. Outre que l’opérateur en effet trouverait difficilement dans la salle commune tous les accessoires qui en facilitent l’exécution, il y aurait lieu de craindre encore que les cris de l’opéré ne devinssent une cause d’accidents plus ou moins graves pour ceux qui, déjà plus ou moins souffrants , participeraient ainsi par la pensée aux douleurs de leurs compagnons d’infor- | tune.
Dans les hôpitaux où la prévoyance du gouvernement a rassemblé tout ce qui
peut concourir à la guérison du soldat et du citoyen, une salle est d’habitude consacrée aux opérations majeûres : situéè loin de celles où sont rassemblés les divers malades traités dans l’établissement, elle offre une disposition telle que le jour venant d’en haut en éclaire pariaitement les différents contours, et que les assistants, s’ils sont nombreux , puissent également voir l’opérateur pendant les différents temps de l’opération. — C’est d’ailleurs au chirurgien qu’il appartient de ftxer parmi ces derniers le nombre de ceux dont il croit avoir besoin comme aides : en général, mieux vaut le limiter plutôt que de l’accroître, le difficile est de bien choisir; aussi, quand on a été assez heureux pour bien rencontrer, estil prudent de ne pas changer. Cette pratique est du reste généralement suivie ; et l’on sait avec quelle constance, dans les établissements publics et même dans la médecine civile, les grands maîtres produisent leurs élèves de prédilection.
11 va sans dire que l’opérateur assigne à chacun d'eux le rôle auquel il le croit le plus propre , s’assurant ainsi d’avance que, quelque chose qui puisse arriver, il est sûr d’obvier à tous les accidents qui pourraient survenir pendant la durée de l’opération.
Lespréparations de l’appareil sont une autre précaution à laquelle le chirurgien ne peut se soustraire sans s’exposer à de graves inconvénients : il suffit pour s’eu convaincre d’avoir assisté à des opérations où, par suite d’un oubli impardonnable sans doute, quoique facile à concevoir dans des cas pressants , on ne s’est pas conformé exactement à ce précepte universellement recommandé. — Ici , c’est une syncope qui se prolonge faute de liquides spiritueux destinés à faire recouvrer les sens de l’opéré; là, c’est une hémorrhagie qui persiste par suite de l’absence de moyens propres à y mettre sûrement obstacle; tantôt l’opérateur s’arrête faute de lumières artificielles ; tantôt, enfin, c’est un instrument de rechange dont il a besoin pour terminer le manuel opératoire. Assurez-vous donc toujours que tout ce dont vous pouvez avoir besoin pendant ou après l’opération a été préparé à l’avance. Rien ne donne en général une plus mauvaise idée de l’opérateur que de voir étalé sans ordre , et quelquefois même sur un même plateau, les objets relatifs au pansement et à l’exécution manuelle de l’opération : ramassez donc avant de commencer, d u-
1 4 TRAITE
ne pari : 1° les objets destinés à prévenir les accidents qui pourraient survenir, tels que tourniquet , garrot , pelote et bougies flexibles dites rats de cave; réchauds pleins de charbons ardents, dans lesquels plongent des cautères, etc. : de l’autre, tout ce qui compose l’appareil instrumental, bistouris, couteaux, aiguilles, ciseaux, scies, ligatures, tenailles, pinces, et enfin sur un troisième support toutes les pièces de pansement.
Fixation de l'époque a laquelle il convient d’opérer.
Une fois l’opération décidée, il importe de fixer l’époque à laquelle il convient de la pratiquer. 11 est en effet des affections qui en réclament l’exécution immédiate à raison des accidents graves auxquels elles donnent lieu, tandis qu’il en est d’autres au contraire où il est souvent prudent d’attendre. Différer l’opération du débridement dans les hernies étranglées , alors que les symptômes s’aggravent, nonobstant les médications rationnelles mises en usage , est un tort dont se rendent parfois coupables les opérateurs timides : attendre au contraire le retour du printemps pour recourir à l’opération de la cataracte est un exemple bon à imiter et auquel les anciens manquaient rarement de se conformer; convaincus qu’ils étaient qu’à cette époque le succès était plus assuré; établissant de la sorte une distinction entre les opérations faites à une époque choisie, temps d’élection, et celui où il faut les pratiquer d’urgence, temps de nécessité. De nos jours , il n’existe plus de dissidences entre les maîtres de Part, pour certaines opérations majeures au moins, louchant ce point de doctrine qui naguère encore a tant ému l’Académie de chirurgie. Aujourd’hui, en effet, personne ne méconnaît la nécessité de pratiquer sans délai l’amputation du membre atteint par des projectiles, une fois l’impossibilité de conserver le membre reconnue : éviter au blessé les douleurs et les chances de la période inflammatoire; tel est le premier avantage d’une doctrine sanctionnée par vingt années de guerres et de combats sanglants. Sans doute qu’il faut se garder de décider trop légèrement en pareille circonstance; qu’on n’oublie pas toutefois qu’en tenant compte des difficultés du champ de bataille , pour un membre heureusement conservé on compte un grand
nombre d’individus qui ont payé de leur vie la crainte d’une mutilation.
Reste enfin, avant de se mettre à l’œuvre , à faire choix du procédé et de la méthode convenables pour remédier au désordre qui réclame l’opération. M. le professeur Roux a été l’un des premiers à signaler la différence qu’il convient d'établir entre ces deux expressions, et, depuis cet écrivain, tous ceux qui se sont occupés de médecine opératoire l’ont reproduite. La méthode, a-t-on dit, représente à l’esprit une idée générale, quelque chose de plus large que le procédé. L'opération de la taille, qui se pratique tantôt sur la paroi antérieure de l’abdomen (taille hypogastrique), tantôt par le périnée (taille par le bas appareil), tantôt par le rectum (taille recto -vésicale), a été choisie surtout comme une des plus propres à mettre au jour la différence établie : attaquer la veSsie par l’hypogastre , est suivre la méthode par le haut appareil ; adopter pour ouvrir la vessie dans ces cas la manière de faire de tel ou tel praticien, est faire choix de tel ou tel procédé : placer dans l’opération de l’anévrisme un fil au-dessus de la tumeur est se conformer à la méthode préconisée par Hunter; ouvrir, au contraire, la tumeur est suivre l’ancienne méthode ; placer le fil plus ou moins haut dans le premier cas, pénétrer dans le sac de telle ou telle façon dans le second, c’est se décider en faveur de tel ou tel procédé. On pourrait de Ja sorte multiplier les exemples si l’on prenait successivement la cataracte , l’hydrocèle, la fistule lacrymale, les polypes, etc., etc. Mais ce que nous venons de dire suffit à cet égard; d’autant plus que dans la pratique toutes ces divisions scolastiques disparaissent, meme dans la bouche de ceux qui y ont attaché le plus d’importance.