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AKT. VI. DES CONTRE-INDICATIONS TIREES

DES CIRCONSTANCES HYGIENIQUES.

La constitution atmosphérique, qu’il faut distinguer , suivant les pathologistes , de la constitution médicale , peutelle être considérée comme un motif suffisant pour contre-indiquer une opération? Ceux qui ont vécu dans les hôpitaux peuvent seuls répondre à cette question. On a vu, en effet, à certaines époques , un grand nombre d’individus d’une même salle être pris d’érysipèles traumatiques plus ou moins graves , et quelquefois mortels. L’un des hommes qui honorent le plus la médecine militaire, mon ami M. R. Faure, a eu occasion d’observer , pendant son séjour à l’hôpital Saint-Eloi, de Montpellier , en qualité de médecin en chef, celle tendance érysipélateuse portée à un si haut point, qu’elle ne respectait pas même les scorbutiques couchés depuis plusieurs mois dans leurs lits.

Dupuytren lui-même avoue que pendant un certain temps on a vu à l’Hôiel-Dicu de Paris la phlébite consécutive succéder aux saignées les mieux faites, et pour les affections les plus simples. La fréquence de ces accidents devint telle , que pendant long temps les praticiens n’osèrent prescrire l’usage de la lancelte ( Clinique chirurgicale, t. îv, p. 244). A plus forte raison doit-on prendre en sérieuse considération les épidémies intercurrentes qui viendraient h se manifester dans une localité ou dans un établissement public. Presque toujours alors les opérés succombent, la faiblesse dont ils sont ordinairement atteints les rendant plus aptes à subir l’impression des principes délétères répandus dans l’air. Toutefois, si, comme Vigaroux en fait mention, une maladie fâcheuse, telle que la pourriture d’hôpital , sévissait pendant vingt mois dans un même élablissement, et s’emparait des plus légères égratignures (Boyer, Traité des Maladies chirurgicales, t. i, p. 321) , faudrait-il abandonner à la nature des malades qui semblent dévoués à la mort? Recourir alors à l’opération, n’esl-ce pas faire supporter des

TRAITÉ

douleurs aux malades sans espoir de succès, et par conséquent ajouter gratuitement à leurs souffrances? Notre avis est, dans ce cas, que, si l'épidémie se prolonge aussi long-temps ; comme elle ne peut conserver toujours le même caractère d’intensité, le chirurgien ne saurait assister comme spectateur oisif à la mort d’un individu qu’une opération bien faite sauverait infailliblement dans toute autre circonstance. Qu’il opère donc alors, car il se peut que tous les opérés ne soient pas également malheureux ; il se peut que la constitution atmosphérique se modifie immédiatement ou peu de temps après l’opération, ctqucla guérison survienne. C’est surtout dans ces cas où la seule chance de salut du malade gît dans l’opération, qu’il faut mettre à contribution toutes les ressources que fournit l’hygiène, à l’effet d’atténuer autant que possible les influences atmosphériques.

Dupuylren a émis sur ce point une autre opinion, il est vrai (Clinù/ue chirurgicale , t. îv, p. 224); mais ce grand chirurgien n’avait pas en vue alors les cas où l’influence épidémique subsisterait indéfiniment.

Bien qu’il soit généralement reconnu que les opérations dont la nécessité est démontrée puissent être exécutées et suivies de succès dans les différentes parties du globe, on ne saurait refuser néanmoins à l’action du climat une part notable dans les résultats de la pratique chirurgicale : tous les bons opérateurs ont tenu compte des influences climatériques. Il serait intéressant d’établir sous ce rapport une statistique fidèle des réussites et des insuccès qui signalent l’exercice de l’art sous des latitudes différentes, dans les contrées les plus opposées par leur température et leurs vicissitudes météorologiques. Entre ces termes extrêmes de comparaison , on pourrait échelonner une série de moyennes qui traduiraient les effets de l’action climatérique à des intervalles moins éloignés ; on obtiendrait de la sorte un tableau sommaire des résultats de la pratique chirurgicale sur un grand nombre de points, et par l'élimination successive de toutes les circonstances accessoires, de tous les faits particuliers qui ont influé sur ces chiffres, on arriverait à constater la part réelle qui revient nu climat. Ce travail reste à faire , car les rares essais qui ont eu lieu peuvent être à peine considérés comme des ébauches.

11 ne nous est donné que de l’indiquer

ici ; mais cette seule indication laisse entrevoir au lecteur le vaste champ ouvert à la statistique chirurgicale , qui peut seule , en perfectionnant ses moyens d'investigation et ses formules, donner à l’art des préceptes fixes, et des lois pratiques.

Et comme le chirurgien ne peut transporter dans les climats favorisés ceux qui doivent subir une opération , il tâcherait de suppléer autant que possible, à l’absence de cette condition, en n’y procédant que dans une époque de l’année où les circonstances climatériques ont perdu de leur influence nuisible. Le choix de la saison, en effet, est loin d’être indifférent aux intérêts du malade qu’il s’agit d’opérer. De nos jours encore , il est bon nombre de praticiens qui n’opèrent la cataracte qu’au printemps et en automne; et cette conduite paraît avoir pour elle la sanction d’une longue suite d’observations. Nul doute que l’on n’ait vu des opérations de cette nature réussir en été et en hiver; mais ne serait-ce pas méconnaître les lois de l’expérience que de faire bon marché de l’influence des vicissitudes atmosphériques sur l’issue de l’opération ? Platner lui-même, partisan de la temporisation, conseille d’opérer en tout temps , « si œger porrigi in illucl Lan pus non pôles t. »

Plusieurs opérations de lithotomie avaient été pratiquées à l’IIôtel-Dieu de Lyon pendant un temps assez froid. Un jeune enfant , arrivé plus tard que les l autres, est également taillé; le jour même le vent du midi vient à souffler , une chaleur excessive succède au froid qui régnait jusqu’alors, elle détermine une diarrhéebilieuse. et la mort au troisième jour. — A la même époque, huit opérations de hernies étranglées sont pratiquées; tout fait espérer le succès, lorsqu’à la suite d’un changement dans la température extérieure la diarrhée se déclare, un état de prostration générale lui succède, et la mort arrive ircs-promplement.

Tous les opérateurs ont noté l’influence des commotions électriques sur l’étal des* blessés. Garengeot rapporte qu’à la suite d’une taille générale de trente malades,, qu’il fit à l'hôpital de la Charité à Paris, il survint le troisième jour un oragec accompagné de si violents coups de ton-lierre, qu’il eu mourut douze; plus lard,, le même accident se reproduisit à l'Hô— tel-Dieu dans les mêmes circonstances.

DE MÉDECINE

La saison peut donc fournir une contreindication aux opérations, et il nous parait sage d’établir comme règle générale qu’il faut y avoir égard toutes les fois qu’il n’y a pas urgence de porter l’instrument sur les parties vivantes.

Devons-nous faire mention, en terminant ce chapitre si peu étendu dans tous les traités de médecine opératoire, des conditions de salubrité quedoivent présenter les lieux où le malade doit être soumis à l’action des instruments? On conçoit qu’il y aurait de l’imprudence à opérer au milieu d'une température froide , et dans un établissement exposé à toutes les vicissitudes atmosphériques. De nos jours il est rare, même aux armées , d’avoir à déplorer des nécessités de cette nature. Nous sommes loin du temps où l’art de diriger une ambulance d’armée consistait à entasser le plus grand nombre possible de blessés dans un endroit à peu près couvert, au risque de faire de ces asiles la terreur des blessés et le désespoir du chirurgien. Aussi, la contre - indication relative dont nous parlons existe-t-elle rarement, le chirurgien pouvant presque toujours remédier aux causes qui la produisent.

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