‹ Encyclopédie des sciences médicales (volume 3)Chapitre 13 sur 656 · PROPRES A SUSPENDRE LE COURS DU SANG · texte numérisé non relu

PROPRES A SUSPENDRE LE COURS DU SANG

Un soin plus important encore que celui relatif àla position du malade et de l’opérateur, est, pendant le manuel opératoire, la suspension du sang qui s’écoule incessamment de nos parties à mesure que l’instrument tranchant les divise. Un grand nombre de moyens ont été préconisés à cet effet. A la ligature préalable des artères , à laquelle on avait recours autrefois , on a substitué avec avantage la compression médiale. Il est vrai que , quand les vaisseaux sont placés loin de la surface du corps , ce moyen , si précieux lui- même , perd une partie de sa valeur à raison de la facilité avec laquelle ils échappent alors à la compression. De ce nombre sont, sans contredit, les artères carotides primitives , l’artère axillaire , à la partie la plus élevée du creux de l’aisselle ; les artères lombaires et épigastriques, la fin de l’aorte ventrale , qui , bien que reposant sur la colonne vertébrale se trouve séparée de la peau de toute l’épaisseur des parois abdominales; l’artère poplitée, placée dans la profondeur de deux saillies musculeuses et tendineuses et perdue , pour ainsi dire , au milieu d’un paquet grais-

TRAITÉ

seui ; enfin les artères de la jambe, emprisonnées, surtout à la partie supérieure, entre des muscles épais et nombreux.

Partout ailleurs la compression peut être employée avec succès , voire même sur les vaisseaux que leur profondeur ou l’absence d’un point d’appui solide et immédiat sembleraient soustraire à l’efficacité de ce procédé : telles l’artère faciale transverse sur le masseter, les artères thoraciques , sur les côtes ; l’artère axillaire , derrière la clavicule ; les artères honteuses externes , sur le corps des pubis et l’origine des muscles qui naissent de la partie supérieure et externe de l’extrémité inférieure ; les artères tégumenteuses abdominales, près de leur naissance , à l’arcade crurale , etc. , etc. : tous vaisseaux que la compression peut atteindre efficacement , bien qu’ils soient, sans contredit, moins compressibles que les artères temporales, frontales, labiales , maxillaires externes, acromiale , brachiale , collatérales des doigts, etc., etc.

Quant aux moyens propres à déterminer la compression , ils varient , pour ainsi dire, suivant l’habitude qu’on en a contractée , et quelquefois aussi suivant le lieu sur lequel elle s’exerce. Du temps d’Avicenne c’était la compression circulaire, qui a été successivement perfectionnée. Le garrot en effet , dont l’histoire se rattache plus particulièrement à celle des anévrismes , est un instrument qui agit à l’instar d’un lien circulaire passé également sur tous les points de la surface sur laquelle il repose , mais qui a l’inconvénient, nonobstant les différentes pièces d’appareil auquel on a recours pour s’opposer à l’action de la compression des parties éloignées du trajet des vaisseaux, d’engourdir la sensibilité des parties au point qu’on ne peut sans danger en continuer l’emploi au delà de quelques instants ; il est du reste d’un usage simple et facile. Il consiste en une pelote cylindrique fixée au milieu et en travers d'une compresse étroite et épaisse dont les chefs sont ramenés devant et derrière le membre , de manière à les croiser du côté opposé à la pelote. Un fort lacs, passé deux fois autour du membre sans le serrer, est placé par-dessus la compresse, cl les deux chefs en sont noués sur les chefs croisés de cette dernière. Une plaque d’écaille, de corne ou de cuir bouilli, et destinée à empêcher le froissement dou loureux des téguments pendant la tor-

sion du lacs, est engagée entre la com” presse et les deux circulaires formées par le lacs et au-dessous du nœud ; puis on passe sous ce dernier, et par conséquent sur la plaque, un bâtonnet ou tout autre corps formant un levier, que l’on fait ensuite tourner en moulinet , après l’avoir , au préalable , engagé jusqu’à la partie^ moyenne. Le lacs étant tordu sur lui-même, le cercle qu’il forme en est rétréci, et le cours du sang suspendu par la pelote, qui appuie fortement sur l’artère. U est vrai que de la sorte la pression est beaucoup plus forte sur l’artère que sur les autres points ; mais néanmoins cette pression s’exerce encore avec assez d’énergie pour s’opposer efficacement à l’écoulement du liquide par les artères collatérales. Aussi , nonobstant le grand espace qu’exige cet instrument, nonobstant l’obstacle qu’il apporte, dans certains cas , à la rétraction des muscles , inconvénient qui peut donner lieu à la saillie des os , à la conicité du moignon ; nonobstant enfin la force avec laquelle il agit sur les parties, qu’il contusionne quelquefois , le garrot ri’en est pas moins un instrument dont on peut sc servir avec beaucoup d’avantage. La facilité avec laquelle on peut se procurer les pièces d’appareil qui le composent le rende précieux lorsqu'on agit sur un individu qui redoute les douleurs d’une operation qui doit être pratiquée sur la seconde portion des extrémités supérieures ou inférieures.

Le tourniquet inventé par JL. Petit lui est sans contredit préférable : n’occupant que peu d'espace et n’exerçant de compression capable d’arrêter le cours du sang que sur deux points, il n’a pas , comme le garrot, le désavantage de s’opposer à la rétraction des muscles et de suspendre la circulation veineuse. Il s’en faut cependant qu’il soit exempt de tout inconvénient, car la vis de preso'on, à cause de sa longueur, le fait basculer si aisément que , par suite des dérangements qui en résultent , la compression peut cesser tout à coup : d’un autre côté, les parties situées entre les deux pelotes se trouvent aussi comprimées ; et , bien que cet inconvénient ne se fasse sentir que quand l’action de l’instrument se prolonge , il n’en est pas moins réel. — Quoi qu’il en soit , il importe , avant de l’appliquer, de déterminer la situation , la direction et la profondeur du vaisseau. Une fois l’artère reconnue, la pelote surmontée par la vis est alors placée sur son

DE MÉDECINE

trajet, üne main immobile l’y maintient pendant que le lacs entoure le membre et que l’extrémité libre s'engage dans la boucle qui termine l'autre extrémité de ce même lacs. Pendant l’exécution de ce mouvement, la pelote la plus large, c’està-dire , celle dans laquelle le lacs a été introduit, a été fixée sur l’endroit opposé à celui où se trouve la pelote surmontée d’une vis. La boucle, peu serrée d’abord, ne comprime que très- légèrement le membre; mais, pour peu qu’on agisse sur la vis, la compression devient plus forte et ne tarde pas à suspendre le cours du sang, ainsi qu’il est lacile de s en assurer par le toucher. Reste ensuite à recommander à l’aide de maintenir l’instrument de manière qu’il ne soit en aucune façon dérangé par les mouvements du malade ou par toute autre cause extérieure. En pareille circonstance, le soin de prévenir l’hémorrhagie est entièrement subordonné à l’adresse et à l’inlelligencede celui auquel on a confié une mission aussi importante ; et ou ne saurait assez recommander aux hommes de l’art trop de sévérité dans le choix de pareils auxiliaires.

Dupuytren , pénétré de l’importance du précepte que nous cherchons à établir et peu satisfait des deux instruments dont nous venons de parler, y avait substitué son comj}i esseur, instrument large de deux doigts , de l’épaisseur de trois à quatre millimètres et courbé sur le plat. A l’une des extrémités de ce compresseur, fabriqué en acier , cl du côté correspondant à la face concave , se trouve une pelote destinée à servir de point d’appui, large de trois doigts environ , et longue de quatre, de forme concave elle-même, et de façon à s’accommoder à la convexité des membres. Une autre pelote mobile , servant a la compression du vaisseau , existe à l’autre extrémité , qui est traversée par la vis. Deux tiges de fer, destinée à la supporter et à la diriger , en naissent. La seconde pelote , de forme presque cylindrique , est , ainsi que la première , montée sur une laine de cuivre , à l’instar de celles du tourniquet de Petit.

Cet instrument , dont un mécanisme très-simple permet d’accroître ou de diminuer la courbure , ofi're eu outre la particularité suivante : la lame qui le compose , au lieu d’èlre formée d’une seule pièce , est divisée vers son milieu en deux moitiés dont les extrémités , une lois engagées dans un coulant d’ucicr ,

Malle.

permettent aisément de les faire chevaucher plus ou moins l’une sur l’autre, suivant que l’on veut obtenir une longueur plus on moins considérable. Une vis de pression, destinée à fixer ces deux pièces dans la position où l’on veut les maintenir, surmonte Je coulant d’acier et assure ainsi leur solidiLé. Ajoutons que la lame, auprès de chacune de ses extrémités, est dirigée par une nouvelle charnière, et de façon à donner à chaque pelote tous les degrés d’inclinaison nécessaire. Un ressort en rapport avec la convexité de l’instrument, est placé derrière la charnière de façon à permettre sans difficulté tous les mouvements de flexion propres à rapprocher les pelote ï du centre et à s’opposer aux redressements delà courbu.c en arc-boutant une de ses extrémités dans des engrenures placées du même côté.

Les règles qui président à l’application du compresseur de Dupuytren 11e diffèrent pas de celles recoin mandées pour la mise en place du tourniquet de J.-L. Petit ; par conséquent il importe, une fois la pelote mobile rapprochée de la lame d’acier, de s’assurer de la position de l’artère , d’embrasser en même temps le membre avec l’instrument et de placer la pelote fixe du côté opposé , enfin de tourner la vis après avoir , nu préalable, maintenu les parties et le compresseur lui-même dans la plus parfaite immobilité. Plus avantageux que le tourniquet de Petit, dans les cas surtout où on ne peut agir que sur un tronc principal , et préférable dès lors dans le traitement de l’anéviisme par compression , le compresseur de Dupuytren , nonobstant scs avantages , a été peu employé. Pour ce qui regmle la suspension momentanée , le garrot et le tourniquet Lui sont sans contredit préférables. — llàlons nous de le dire , dans la plupart des cas, les chirurgiens préfèrent de nos jours recourir à la main nue. Suivant IYI. Yelpeau , une fois le vaisseau reconnu , on peut indifféremment y appliquer les doigts ou le pouce. Nous croyons préférable de recourir aux premiers. Il importe seulement de confier ce soin à un aide intelligent et de sangfroid et qui, initié, pour ainsi dire, aux différents temps de l’opération, suive de l’œil tous les mouvements de l’opérateur et modère ou suspende entièrement la circulation. Dans le cas oii la personne chargée de ce soin viendrait à se fatiguer , il faudrait lui recommander de

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soulager les doigts engourdis en les soutenant avec ceux de la main restée libre ou en priant un des assistants d’appuyer sur eux jusqu’à ce que les fléchisseurs aient repris une force de contraction suffisante. En tout cas, convient-il de rejeter le cachet ou la pelote dont on a voulu armer, dans ces derniers temps, la main d’un aide ? J’ai eu , ainsi que M. Sédillot , occasion de voir des malades chez lesquels celte pression avait donné lieu à la formation d’abcès aigus : aussi n’hésitons-nous pas à en proscrire l’emploi autant que faire se pourra.

Quant à la ligature même du vaisseau , ce moyen doit être réservé pour les cas exceptionnels : aussi nous bornons-nous, pour le moment, à en faire mention.

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