DIFFORMITES PAR ALTERATIONS DU SQUELETTE
ARTICLE lfr. DES DIFFORMITES PAR
DÉT1AT10N DU CORPS DE l'os.
Il arrive quelquefois , à la suite des solutions de continuité osseuse , que les fragments de l’os, au lieu de s’êlre réunis d'une manière convenable , se sont consolidés vicieusement; et, si l’art, dans ces cas, ne vient remédier à cette ossification anormale , il en résulte nécessairement des inconvénients plus ou moins graves pour le blessé , soit par le défaut de longueur du membre, soit à cause de la déviation qu’il a éprouvée. — A la rigueur, du reste, on pourrait considérer comme appartenant au même genre de lésions des torsions diverses dont les os , affectés d'ostéomalaxie ou de rachitisme, peuvent être atteints ; toutefois, ces maladies appartenant plus spécialement à une science qui a pris dans ces derniers temps un accroissement rapide, nous nous bornerons à en faire ici mention , et nous ne nous occuperons dans ce chapitre que de la rupture du cal et de l’excision du cal anguleux.
§ Ier. — De la rupture du cal.
La rupture du cal est une opération très-anciennement connue et qui remonte aux premières époques de l’art.
Hippocrate et Celsc , Galien , Paul d'Égine , Avicenne en font mention ; mais ces trois derniers sont loin d’ètre convaincus de son efficacité. Royer, dans son Traité des maladies chirurgicales, et long-temps auparavant Fabrice de Kilden l’avaient également proscrite. Le père de la chirurgie française , Paré, ne la recommandait du reste que dans les premiers temps , malgré les efforts de
Guy de Chauliac , qui la considérait comme des plus avantageuses. Richerand , parmi les chirurgiens modernes , était le seul qui se fût uni en temps opportun à cet égard avec feu le baron Royer, dont l’opinion a généralement prévalu parmi nous , nonobstant les efforts de quelques élèves de la Faculté de Paris (1). — • En Allemagne, une autre marche a été suivie ; car , loin de dire , avec M. H. Bérard (2) et Fabrice de Hilden : L'rgo non assignnndum callum habemus , nos voisins d’outre-Rhin , éblouis par les succès de M. OEsterlen (3), qui prétend avoir pratiqué plus de quarante fois cette opération , et presque toujours avec succès, ne l’ont plus considérée que comme une opération facile et presque toujours sans danger. — Il s’en faut pourtant beaucoup qu’il en soit toujours ainsi, et nous croyons remplir un devoir impérieux en indiquant les circonstances dans lesquelles une pareille opération peut convenir. — S’agitil d’une consolidation vicieuse suivie de la diminution de longueur du membre, et le cal a-t-il acquis une solidité parfaite, il y a, selon nous, alors témérité, imprudence , à tenter la rupture du cal. Les opérations diverses que nécessiterait une pareille tentative nous paraissent devoir donner lieu à des désordres tels qu’il nous semble impossible qu’on y ait jamais songé sérieusement. Lorsque , au contraire, te membre malade n’est atteint que de déviation, que la direction de l’os a été seule changée et qu’il n’existe qu’un angle plus ou moins ouvert, alors faut-il s’en tenir aveuglément à la sentence de M. Boyer et ne tenir aucun
(1) Thèse de Paris, n° 140, 1822.
(2) Thèse de concours pour l’agrégation, 1827.
(3) Do la rupture du cal, irad. franç. par Marner, 1828.
comple des succès obtenus dans ces derniers temps , alors surtout que le succès de pareilles tentatives s’explique rationnellement ? Tel n’est point notre sentiment, et nous n’iiésitons pas à conseiller de rupturer le cal des fractures à consolidation vicieuse , alors qu’elles se présentent avec les conditions dont nous venons de parler. On comprend du reste de quelle importance il est , en pareil cas, que la peau soit parfaitement intacte ; car on sait combien son intégrité a d’influence sur la cicatrisation des parties situées au-dessous d’elle.
Manuel, opératoire. — La machine inventée par M. OEsterlen est composée d’une forte traverse des extrémités de laquelle partent deux tiges métalliques terminées chacune par une pelote concave , où se lisent des courroies supportant deux autres pelotes concaves en sens inverse. Au moyen de ces pelotes et de ces courroies , le membre est embrassé et suspendu par deux points entre lesquels se trouve le cal. Du centre de la traverse descend une tige terminée par une pelote qui vient répondre au cal , sur lequel on la fait agir vigoureusement au moyen d’une manivelle qui abaisse cette tige avec force. Cette machine, quoique d’un mécanisme simple, est cependant assez compliquée. Toutefois nous préférerions y avoir recours plutôt que de faire usage du procédé de M. Velpeau , qui recommande de fixer le membre difforme par sa concavité sur un plan solide , pendant qu’on presse brusquement et avec violence, au moyen du genou ou des deux mains, sur son plan convexe (t). — M. Velpeau , il est vrai , semble se déclarer partisan avoué de l’opération dont nous nous occupons en ce moment, puisqu'il la recommande même clans les fractures suivies de raccourcissement. Ajoutons pourtant, pour être exact, qu’il ne la conseille que jusqu’au troisième mois (2). Mais qu’espérer, dans la grande majorité des cas, de l’emploi d’un pareil moyen , où les deux fragments en effet seront désunis? Et les muscles, dans ce cas, étant raccourcis , se prêteront difficilement à l’allongement nécessaire pour remettre les fragments bout à bout ; et d’ailleurs , les deux extrémités osseuses étant cicatrisées , ou n’aurait que très-
peu de chances pour une réunion nouvelle, ou bien les deux fragments seront rompus à la même hauteur, et les tractions opérées alors ne feraient vraisemblablement qu’écarter les fragments.
§ II. Excision du cal.
Quand les os se sont réunis sous un angle fort aigu , il peut en résulter pour le malade unedifformité capable de gêner considérablement la marche. C’est pour remédier à un pareil désordre que M.
Clemot , de Rochefort , a eu recours à une opération qui peut être considérée comme une nouvelle conquête de la chirurgie. Cette opération consiste dans l’excision d’une portion de l’épaisseur de l’os, de façon à briser ensuite plus aisément le reste du cal et à rétablir la direction normale du membre par la juxtaposition des fragments. Un enfant atteint d’une fracture fémorale consolidée vicieusement, puisque le fémur était coudé à angle , fut traité de la manière suivante. L’opérateur, à l’aide d’une incision étendue , mil à nu la saillie osseuse , puis , avec deux traits de scie , détacha la portion du fémur qui faisait obstacle , brisa l’os au moyen de tractions diverses ; et, une fois la plaie réunie, il y appliqual’appareil ordinaire des fractures de la cuisse. Le succès couronna l’opération , et il en fut de même sur un autre malade adulte (I ).