‹ Encyclopédie des sciences médicales (volume 3)Chapitre 218 sur 656 · DÉVIATION EN SENS INVERSE · texte numérisé non relu

DÉVIATION EN SENS INVERSE

ün a vu quelquefois le phénomène dont nous parlons se produire aussitôt après l’opération, mais assez souvent aussi, il n’est survenu qu’au bout de deux ou trois jours (1), et alors il peut être attribué, suivant M. Bonnet (2), au gonflement qu’amène l’inflammation des bords de la petite pluie, à l’action du muscle antagoniste qui , n’étant plus distendu, acquiert une force de contraction plus grande que celle dont il jouissait immédiatement après la division du faisceau rétracté. — Dans ce cas la déviation ne doit pas inquiéter, car elle disparaîtra aussitôt que les symptômes inflammatoires auront disparu. — il n’en est malheureusement pas de même quand le strabisme consécutif arrive immédiatement après l'opération (et on sait, nous l’avons dit, que le strabisme ■externe ne se convertit jamais en strabisme interne); seulement, si on veut en tenter la guérisou, il importe de ne pas trop attendre, car nous avons été à même de nous convaincre qu’eu opérant peu de temps après on obtient plus facilement un redressement parfait eu coupant le muscle abducteur et le petit oblique. M. A. Bérard (3) conseille au contraire de ne pas

(1) Bonnet, ouv. cité, p. 113.

Ouv. cité, p. 143.

(5j Diot. de méd. en 30 vol., t. x.wiii, p. 623.

trop se presser, car cette déviation, ditil, peut se corriger d’ elle-même ; mais nous ne saurions être de celavis, à moins qu’il ne s’agît d’un strabisme consécutif. — Dirons-nous que, pour remédier à ce dernier, on a conseillé et la compression et l’anse de fd, en sens inverse de ce que nous avons dit, il n’y a qu’un instant, relativement au redressement!

mais nous nous sommes déjà expliqué sur la valeur de ces moyens, aussi pensons-nous que, si on se décide à faire quelque cbo.se de sérieux, mieux serait de tenter les sections musculaires de l’abducteur et du petit oblique. M. Bonnet croit arriver à prévenir l’accident dont nous parlons en n'opérantque graduellement, et en reportant l’instrument à diverses reprises de manière à procéder en quelque sorte par tàtonnemeuls(l). — Ce chirurgien, du reste, rapporte un fait qui prouve qu’il ne faut pas désespérer du succès, alors encore qu’on a coupé une fois le droit externe ; une deuxième section de ce muscle pourrait amener la guérison (2).

DE LA D1FLOP1E.

La vue double a été observée plusieurs fois à la suite de l’opération du strabisme, mais il est rare que cette infirmité se prolonge au delà de la deuxième semaine. Il s'en faut, du reste, qu’il soit facile de se rendre compte de son apparition, bien que le plus souvent elle coïncide avec un défaut de parallélisme dans les axes visuels; on l’a vue aussi, il est vrai, se manifester avec des yeux parfaitement droits. — Mais que faire dans les cas rares où elle persiste ? Le plus souvent rien ; car l’art est impuissant pour guérir une semblable difformité. Toutefois, quand les deux yeux présentent une déviation, on peut essayer de diviser le muscle qui l’occasionne, et peut-être sera-t-on aussi heureux que M. Bounet, qui dit avoir réussi dans trois cas où la vue double coïncidait avec un léger strabisme externe consécutif (3).

DE L’EXorUTUALMIE.

Rien n’est fréquent comme la saillie de l’œil apres l’opération du strabisme.

(I) Ouv. cité, p. 143.

DE MÉDECINE

et rien aussi de plus facile que de s’en rendre compte , les muscles droits ayant tous pour usage de tirer l’œil vers le fond de l’orbite, et la section de ces organes ne pouvant avoir lieu saais que l'organe de la vue ne se porte plus ou moins en avant. Seulemcnl, quand le strabisme est double et que l’opération a été faite des deux côtés, il est moins facile de s en apercevoir, car souvent l’expression de la figure s’en trouve embellie, tandis que, quand on n’a opéré que d’un seul côté, l’écartement des paupières correspondantes contraste étrangement avec l’enfoncement relatif de l’œil du côté opposé. —Quoi qu’il en soit, le phénomène dont nous parlons s’observe surtout lorsque, comme l’a pratiqué souvent Al. Baudens, on coupe trois, quatre ou cinq muscles. — A en croire M. Phillips, l’exophthalmie serait aussi souvent le résultat de la section du droit externe et du petit oblique; ce que M. Bonnet (1) dit n’avoir jamais observé et est même disposé à nier, se fondant sur ce que, le petit oblique portant l’œil en avant, i’cxopblhalmie, si elle existe, doit diminuer et non augmenter après la section de ce dernier organe.

M. Baudens a proposé, pour remédier à l’accident dont nous parlons, de former un pli à la peau dans l’angle interne de l’orbite et à quelque distance de la muqueuse, afin de respecter les points lacrymaux ; puis de l’exciser avec des ciseaux courbes du haut en bas, ainsi que dans l’angle orbitaire : en ayant soin en même temps de prolonger l’excision un peu plus en dehors sur la paupière inférieure que sur la paupière supérieure.

— Reste ensuite, une fois qu’on s’est assuré que la dénudation cutanée est insuffisante,;! réunir dans l’angle interne les paupières supérieures et inférieures par trois points de suture dont l’externe doit comprendre un peu plus de peau que les deux autres (2); mais nous croyon; qu’en agissant de la sorte on doit craindre de transformer une difformité fort désagréable en une difformité plus désagréable encore, en supposant même que les tenlatives faites pour obtenir la réunion des paupières soient suivies de succès. — D’auîres ont conseillé la compression sur le devant de

» (!) Ouv. cité, p. 153.

; J8^ üaz«l,e des hôpitaux, IG octobre

opératoire. 383

l’œil ; mais un pareil moyen doit être non seulement ennuyeux, mais surtout et par-dessus tout infidèle : aussi doutons-nous qu’il rencontre des partisans... Nous croyons donc que ce qu’il y a de mieux à faire pour guérir l’exophthalmic c’est d’être plus sobre, beaucoup plus sobre de sections multiples.

„ de l’écartement considérable des paupières.

On a observé, quoique rarement, dit M. Velpeau, à la suite de l’opération du strabisme un écartement anormal des paupières; et cet écartement, ce praticien est disposé à l’attribuer à une dissection trop éiendue qui relâche l’aponévrose sous-conjonctivale et à des sections pratiquées trop loin du globe oculaire : aussi conseille-t-il , pour l’éviter , de couper les parties près de la sclérotique. En agissant de la sorte on a l’avantage, d’ailleurs, de ne pas s'exposer à l’accident dont nous venons de parler, et de ne pas léser la caroncule lacrymale, dont la lésion ou l’atrophie serait encore une cause nouvelle de difformité.

DU TREMBLEMENT CONVULSIF DES YEUX, DE LA FIXITÉ DU REGARD ET DE LA FOR- MATION d’un CREUX a l’angle INTERNE DE L’OEIL.

Le premier phénomène a été observé par M. Bonnet (l) chez le nommé Cuminal, mais il avail complètement disparu au bout de dix jours; le second ne se rencontre , d’habitude qu’à la suite des strabismes très-intenses ; le troisième enfin se voit quelquefois après la cicatrisation de la section du muscle droit interne, surtout quand on a fait une grande perte de substance, largement débridé les enveloppes fibreuses qui contribuaient à faire persister la déviation, et rendu de la sorte l'œil très-saillant ; mais aucun de ces accidents, qui peuvent dépendre d ailleurs de la faute de l’opérateur, ne nous paraissent susceptibles d’être améliores par aucune opération.

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