‹ Encyclopédie des sciences médicales (volume 3)Chapitre 217 sur 656 · DES SOINS A DONNER AD MALADE APRES · texte numérisé non relu

DES SOINS A DONNER AD MALADE APRES

l’opération.

Il convient, une fois l’opération terminée, que le sujet garde un repos absolu et qu’il ne se fatigue pas les yeux, ni par la lecture, ni par tout autre occupation qui réclame l’exercice de ces organes. Laver l'œil opéré, soit avec de l’eau fraîche, de l’eau de plantain ou de mélilot, est un soin qu’il faut également avoir. Il sera bien aussi île faire usage de pédiluves chauds, et au besoin irritants. Quant à la question de savoir s’il convient de couvrir les yeux avec un bandeau; nous avouons, pour notre part, être peu partisan de ce moyen , qui irrite d'habitude l’organe de la vue et s’oppose surtout aux mouvements musculaires qui nous paraissent propres à maintenir la souplesse des tissus et à s’opposera la réunion immédiate des deux bouts du muscle coupé. Bien entendu que, dans le cas où l’œil opéré tendrait à rester dévié, il conviendrait, ainsi que le recommande M- Velpeau, de mettre un bandeau sur l’œil sain, ou du moins de le couvrir ; car, en agissant de la sorte, on oblige le premier à fonctionner et à sc placer dans la position normale.

DES PHÉNOMÈNES MORBIDES CONSÉCDTIFS A l’opération du STRABISME.

L’inflammation delà conjonctive, l’apparition d’une fongosité rougeâtre au point où la conjonctive a été divisée, te's sont les phénomènes que l’on remarque quelquefois à la suite de l’opération du strabisme. Mais la conjonctivite est assez rare, et ne réclame d’ailleurs d’autre traitement que celui de l'inflammation habituelle de cet organe; et quant à l’espèce de polype qui se forme au niveau du point on on a divisé la muqueuse oculaire , la cautérisation ou , mieux encore, son excision avec de petits ciseaux suffisent pour en débarrasser le sujet. Il importe seulement de ne pas recourir trop tôt à celte excision , car dans les premiers jours le bourgeon fongueux dont nous parlons est large à sa base ; et si on l'extirpe à cette époque, on donne naissance à une plaie assez étendue : tandis qu’en attendant la fin de la seconde semaine, l’opération est beaucoup plus facile. — Dans le c is où l’opéré ne voudrait pas se soumettre à l’extirpation il faudrait lui conseiller de comprimer chaque jour, et à plusieurs reprises, la petite tumeur avec le doigt, M. Bonnet étant parvenu ainsi à la faire disparaîlre complètement (i); mais ce moyen ne peut guère réussir qu’au début. — Dans le cas enfin où la fongosité reparaîtrait, il faudrait en tenter chaque fois l’extirpation, jusqu’à ce qu’elle ne se montrât plus : à en croire M. Bonnet, on l’a vue se reproduire cinq fois (2).

EXAMEN DES RESULTATS AUXQUELS DONNE lieu l’opération DU STRABISME.

On ne peut s’empêcher de le reconnaître, et nous eu appelons ici à l’expérience de tous ceux qui ont eu recours! à l’opération , dans un grand nombre de cas ou voit, immédiatement après la section du muscle rétracté, l’œil non seulement reprendre sa position naturelle, mais encore on voit se rétablir lesmouvements de l’œil, perdus pendant si longtemps, et l'organe de la vue lui-même reprendre ses fonctions. Or, dansce cas, à s’en rapporter aux dissectionsfaites par MM. Herver en Angleterre, Bouvier à Paris, Bonnet à Lyon, etc., on*

(1) Ouv. cité, p. 137.

DE médecine opératoire.

voit qu’alors le muscle qui a été coupe s’est retiré en arrière, et que le tissu cellulaire et le tissu fibreux celluleux environnants, après s'être transformés en une espèce de tendon, se sont ralliés sous celle forme au muscle, ont contracté des adhérences avec la sclérotique un peu eu arrière du point où existait l’insertion normale primitive. On conçoit alors comment, le muscle se trouvant allongé par suite du déplacement de son insertion, la difformité disparaît, le muscle antagoniste s’opposant alors à une déviation nouvelle. — Malheureusement les choses ne se passent pas toujours ainsi, soit parce que l’espèce de tendon dont nous avons parlé n’acquiert pas une consistance suffisante, soit parce que, l’organe d visé restant trop faible, ses contractions ne se trouvent point en harmonie avec ceux de l’œil opposé, et donnent lieu à un caractère particulier de la physionomie qui, pour être moins fâcheux que le strabisme, n’en est pas moins désagréable. — D’autres fois enfin la déviation persiste, et alors la cause peut en être diverse. Ainsi, elle peut tenir à ce que le muscle (surtout si c’est le droit interne) n’a pas été complètement divisé, ou bien à ce que l’aponévrose ayant été trop ménagée, cette dernière empêche la rétraction musculaire. Dans d'autres circonstances, c’est à une disposition anormale du muscle lui-même qu’il faut attribuer sa persistance: tel est entre autres lecas rapporté par M. Velpeau, dans lequel ce chirurgien a trouvé le muscle droit interne inséré à la sclérotique jusqu'au niveau de la partie postérieure du globe de l’œil ; tels sont encore les cas rapportés par MM. Phillips et Velpeau, cas dans lesquels le droit interne s’attachait par trois languettes à la sclérotique, et où l’une d’entre elles était seule divisée , les deux autres maintenant la déviation en dedans.

Quant aux cas oii la dévialion persiste nonobstant l’absence de toute disposition anormale et le soin apporté à l’opération, les explications diverses qui en ont été données sont, il faut bien le reconnaître, toutes plus ou moins hypothétiques. Nous nous sommes déjà expliqué sur l’opinion de ceux qui, ayant réussi après la section du grand oblique, u’ont pas hésité à attribuer le succès a la rétraction morbide de cet organe.

iD autres ont préféré rapporter la persistance du mal à l’altération anatomi-

que ou physiologique des muscles droit supérieur et inférieur, et ont largement et souvent inutilement fauche les organes. — M. Velpeau a proposé une aulre explication pour le cas dont nous parlons. Suivant ce praticien, le muscle droit externe devenu trop long par l’habitude d'un ancien strabisme, peut épuiser sa force de rétraction avant de ramener le globe oculaire au centre de l’orbite, et la persistance de la déviation doit être attribuée non à l’entraînement de l’œil en dedans, mais à l’absence d’une puissance capable de le diriger en dehors.

Il nous reste à signaler encore les cas où la difformité, ayant cessé aussitôt après l’opération, reparaît ensuite quelques jours plus tard. Alors il paraît probable, pour ne pas dire certain, que le retour de la déviation est dû à la réunion immédiate des deux bouts du muscle, réunion causée ou par l’absence de rétraction du bout postérieur de ce dernier, ou par l’immobilité de l’organe de la vue. M. Lenoir a eu occasion de constater un cas analogue à celui dont nous parlons, et qui était occasionné par l’adhérence immédiate des fibres musculaires du bout postérieur du tendon. On sait, en effet, ainsi que nous l’avons dit plus haut, que dans les cas heureux la réunion a lieu par une espèce de tendon de nouvelle formation. — Quoi qu'il en soit, que convient-il de faire quand la déviation persiste, ou que le redressement de l’œil n’est qu’incomplet? Fautil, ain^i que le recommande M. Velpeau, placer sur le grand angle de l'œil, k ï’exlrémité interne , des boulettes de.

charpie et des compresses superficielles, et maintenir les unes et les autres avec des bandelettes de diachylun? ou vautil mieux, à l’imitation de MM. Dietfenbach et Phillips, passer au travers de la conjonctive ou dans l'épaisseur du bout antérieur du muscle une anse de filqu’on applique ensuite sur la tempe ou qu’on fixe au bonnet du malade? — Sans doute, en agissant de la sorte on tire l’œil en dehors; mais cela ne peut se faire qu’en irritant plus ou moins l'organe, et nous douions beaucoup, nous en faisons l’aveu, de 1 efficacité du renté le.

Notre avis est donc que, quand la déviation persiste, mieux est, ou de recommencer l’opération, ou d’agir sur la cicatrice, ou, si, après y avoir bien réfléchi, on le juge convenable, de tenter la section partielle ou complète de quel-

TRAITÉ

ques-uns des autres muscles, sans imiter, bien entendu, ces chirurgiens qui, dans leur enthousiasme, auraient divisé, car je puis ainsi dire, tout le système musculaire de l’orbite.

examen des accidents qui peuvent survenir A LA SUITE DE L’opÉr.ATiON DU

STRABISME

Si l’opération du strabisme n’avait d’autre inconvénient que de ne pas toujours réussir, ce serait un malheur sans doute digne d’inspirer des regrets, mais dont on pourrait pourtant se consoler.

Malheureusement, quelquefois le remède semble pire que le mal, et alors on ne peut s'empêcher de s’affliger en présence des accide;itsdediplopie,d’exoplilhalmie, de déviation en sens inverse qu'on a eu souvent à déplorer. Examinons rapidement chacuu de ces accidents.

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