DE L’OPÉRATION DU STRABISME APPLIQUEE A LA GUÉRISON DE LA MYOPIE
Un des premiers, M. Phillips (lia émis l’opinion que la myopie non accompagnée de strabisme pouvait être guérie par la section du muscle grand oblique, mais pendant long-temps le chirurgien belge s'en est tenu à celte indication. Beaucoup plus confiant, M. Guérin (2) a coupé les muscles dro’ts interne et externe; puis est venu M. Bonnet (3), qui, convaincu à son tour que la contraction musculaire jouait un certain rôle dans certains cas de myopie, a proposé, pour en obtenir la guérison, la section du muscle petit oblique, différant ainsi d’opinion et avec M. Phillips, qui avait conseillé d’agir sur le grand oblique, et avec M. Guérin, qui s’était prononcé pour celle des muscles droiis interne et externe. — Ori n’attend pas de nous qu’à l’imitation de ceux qui ont i longuement écrit sur cet état morbide nous nous occupionsde la question si controversée de l’accommodation de l’œil à la vision des objets placés à des distances diverses (4), controverse à laquelle ont pris part Thomas Yonng et Hnnter, Englefield et Ramsden, Éverard Home, Képler, Schneider, Rohault, Bayle, Obère, Mile, Pouillet, Treviranus et tant d’autres. Ce qu’il nous importe de rappeler ici, c’est que trois opinions, en définitive. ont été émises touchant les organes qui font subir à l’œil les changementsqui accommodent cet organe à la vision des objets placés à des distances variables.
L’une en rapporte la cause aux muscles
(1) Du strabisme, in-8°, p. 88, 89,120- |
(2) Acad, des sc., 15 décembre 1840, | 18 février 1841.
(31 Ibid., 27 mars 1841.
(4) Bonnet, ouv. cité, p. 95. — Muller, Phvsiol. du syst. nerveux.
obliques, l’autre aux muscles droits, et la troisième à l’action combinée de ces deux ordres de muscles. — Differents moyens ont été mis en usage dans ces derniers temps pour arriver à la solution du problème, savoir : 1° l’anatomie (l), 2° l’obsers ation (2), c’est-à-dire l’examen des résultats fournis par la section des muscles (tout muscle qui, divisé, a donné lieu à la guérison de la difformité étant considéré comme un de ceux qui allongent l’œil d’avant en arrière); 3° en fin l’observation directe, ou du moins ce que M. Bonnet appelle l'observation directe (3) : savoir l'expérimentation cadavérique , car l’écrivain pense, en effet, qu’a l’aide de ce moyen on peut simuler sur le cadavre les contractions des muscles en tirant sur eui et constatant le changement déformé qu’ils déterminent dans l’organe.
Laissant de côté tout ce qui a trait a ces dissidences, ainsi que ce qui est relatif à l’étude des causes diverses (4) qui peuvent produire la myopie , nous nous bornerons à dire que l’examen des individus atteints de myopie doit porter à la fois 1» sur la conformation de l’œil, 2° la longueur de la vue, 3» la nature îles lunettes qui agrandissent le champ de la vision. Ainsi, en général, les myopes ont la cornée plus saillante et la pupille plus dilatée ; quant à la distance à Jaqut Ile le sujet peut lire un livre placé successivement plus ou moins loin de l'œil et la possibilité de reconnaître les personnes, suivant qu’elles sont plus ou moins rapprochées, ce sont là des moyens que l’opérateur peut mettre à profit. Relativement a la nalure des lunettes, un sait de juel secours elles sont pour avoir une ipinion exacte sur la myopie ou sur son ntensité. Aussi renvoyons-nous à ce jua écrit M. Charles Chevalier (5), afin l arriver immédiatement à ce qui retarde plus particulièrement le médecin 'pérateur ; je veux parler du traitement , Ja n,y°Ple par la section d’un ou de dusieurs muscles de i’orbite
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ment de l’œil n’était pas produit par la contraction des muscles. Nous ajoutons qu’à nos yeux il est permis même, jusqu’à un certain point, de s’en rendre compte lors même, en iffet, que la tension intérieure des liquides déterminerait l’allongement de l’organe de la vue. 11 est probable que cet allongement ne se produirait point si les parois latérales de l’œil pouvaient céder ; dès lors, en coupant les muscles qui s’y insèrent, on diminue nécessairement la tension des extrémités antéro postérieures, et l’œil peut s'accommoder alors plus facilement aux divers objets quelle que soit la distance où ils se trouvenl. — Aussi suivant M. Bonnet, la section musculaire doit améliorer Ja myopie, que celle-ci soit déterminée par la pression de ces organes ou qu’elle soit due seulement à la dilatation latérale. — Reste à savoir maintenant quels sont les muscles qu’il convient de diviser. Or, nous l’avons déjà dit, les avis ici sont différents, et les faits attestent que l’état morbide dont nous parlons s’est trouvé amélioré paria section des muscles droits interne et externe dans la myopie avec strabisme, y compris, dans quelques cas, celle du grand oblique (1). — La section du petit oblique a réussi, dans la myopie sans strabisme, à M. Bonnet, et Mil. Guérin et r lorerit Cimier ont eu à se louer, eur de celle des muscles droit interne et droit externe. Toutefois, M. Bonnet avoue preferer la section du petit oblique. En tout cas, si I on se décidait à diviser les muscles droits, il faudrait avoir recours a la section des deux antagonistes, sans quoi, si un seul de ces organes (droit interne, externe, supérieur ou inférieur) était divisé, l’œil se dévierait dans un sens ou dans un autre, et on aurait alors un strabisme convergent ou divereent consécutif (2).
MANUEL OPERATOIRE.
Toutefois, avant de décrie ce qui a a. * 1 2 operation, rappelons que, suiant plusieurs écrivains, la myopie s’est rouvee améliorée à la suite de la section musculaire, alors même que l’allonge-
nt n0nne‘’ ouv- cité, p. 211.
èr !?onneÇ ouv. cité, p. o \r,.
(J) lbiU.,Cpé,2P192H e' Suivnntcs- (5) Bonnet, ouv. cité, p. 22(3, 227, 228. Malle.
Il importe, avons-nous dit, pour éviter le strabisme consécutif, de diviser à la fois les deux muscles droits supérieur ou inferieur, externe ou interne; mais on ne peut se dissimuler qu’en agissant
ainsi ou s’expose à une inflammation consécutive plus ou moins vive, si on a recours a la méthode par incision, et à une
(1) Bonnet, ouv. cité, p. 229.
(2) Bonnet, ouv. cité, p, 23o!
infiltratiou sanguine si on emploie la mélhode sous-conjonctivale , accidents qui doivent nécessairement prolonger la convalescence. Ajoutons aussi que, si la section des deux muscles droits interne et externe, ainsi que celle des droits supérieur et inférieur et de leurs aponévroses n'est pas absolument la même des deux côtés, il en résultera une déviation , et, dans le cas contraire, une perle plus ou moins grande dans la mobilité, qui pourra nuire à l’expression du regard. — Nous ne reviendrons pas ici sur ce que nous avons dit ailleurs (l) touchant le lieu où peut être pratiquée la section des muscles obliques, savoir : en dehors ou en dedans de la capsule. Ajoutons seulement que la division isolée de l’un des deux est à peine praticable dans la portion intra-capsulaire, le petit oblique étant recouvert par le droit externe et le grand par le droit supérieur. Cette disposition gène singulièrement l’opérateur, alors qu'on les veut diviser seuls, et doit contribuer h augmenter l'inflammation qui suit d’habitude l’opération.
D’où il résulte, comme nous l’avons déjà établi, qu’il' faut couper les muscles grand et petit obliques dans la portion extra-capsulaire et par la mé'hode souscuîanée , et de préférence le petit oblique. — Quant au manuel opératoire, nous l’avons déjà décrit à propos du strabisme; nous n’avons donc plus qu’à nous occuper des résultats auxquels a donné lieu la section des muscles appliquée à la myopie non compliquée de strabisme.