DE L’AUTOPLASTIE EN GENERAL, OU DE L’ART DE RECONSTRUIRE LES PARTIES
L’art de restaurer les parties mutilées a été désigné sous différents noms.
M. Velpeau, en effet, a décrit tout ce qui se rattache à cetle partie importante de la chirurgie moderne sous le nom d 'anaplastie , tout en exprimant le regret que le mot autoplastie n’eut pas encore pris droit de domicile dans la science (I); mais celle dernière expression paraissant aujourd’hui généralement admise , nous nous en servirons exclusivement : bien que nous n’ignorions pas qu’à s’en tenir à l’étymologie le mot autoplastie , dérivant de auroç , lui-même , et , créer , ne rend
qu’imparfaitemenl l’idée que font naître dans l’esprit les opérations qui s’y rapportent.
ART. 1er. — NOTIONS HISTORIQUES.
C’est dans les pays où les mutilations sembb-nt avoir été revêtues d'un caractère légal que l’auloplastie paraît avoir pris naissance. A s’en rapporter, en effet, à ceux dont les éludes historiques ont fixé l’attention du monde savant , les prêtres indiens ne se contentaient pas de remédier aux difformités du nez, mais restauraient au besoin les autres parties du corps; mais leurs travaux paraissent, au dire de quelques-uns, avoir été ignorés des anciens , nonobstant ce qu’on trouve de relatif à l’auloplastie dans Celse : « Curta igilur in bis tribus, ac si qua parva paria sunt, curari possunt ; si qua majora sunt, aut non recipiunt curationem , aut ita per banc ipsam deforinantur , ut minus indecora ante fuerint. Atque in aure quidcm et naribus deformitas sola timeri
(1) Méd. opérât., t. j, p. 607. 1839.
potest : in labris vero si nimium contracta sunt usus quoque riecessario factura fit, quia minus facile et cibus assumitur , et sermo explicatur. JVeque enim creatur ibi corpus, sed ex vicino adducitur ; quod in levi mutilatione , et nihil eripere, et fallere oculura potesl ; in magna non potest... id quod curtum est in quadralum dirigere oportet , ab interioribus ejus angulis lineas; transversas incidere , quæ cileriorem i parlera ab ulieriore ex toto diducant. , Deinde eu quæ sic ri pusuimus, in uniimi adducere. Si non salis jungunlur, ultrai lineas quas ante fecimus , alias duas la— nalas et ad plagam conversas immitlere, . quibus summa tantum cutis diducatur :
sit enim fit, ut facilius quod adducitur , scqui possit. Quod non vi cogendum:
est , sed ita, adducendum , ut ex facili sobseqiiatur , et dimissuni non multuim recedat hujnsmodi loci altéra pars incidenda , altéra intacta habenda est. j Erga neque ex irais naribus , neque ex-, medio naso , imisve narium parti bus, jl neque ex angulis labrorum quidquanr attrahere tentabimus : utrinque auteur pelemus , si quid summis naribus, si quid iniis, si quid aut medio naso, aut mediis naribus, aut medici labris deeril... » (l).
Ce passage, si clair de nos jours pout plus d’un écrivain, a clé l’objet de plus d’une interprétation diverse, et cela es> si vrai que chacun va répétant que Loui: en a tiré des conclusions presque contraires ; comme si cela prouvait autrr chose sinon que Louis s’est trompci c Mais la méprise de Louis peut-elle di c minuer en rien le mérite de Celse or ,J celui de Galien , qui en font égaiemen ù mention? Seulement, ainsi que le dét «t montre le texte même de l’auteur, c v n’est point avec la peau du front qu. fc Celse conseille de corriger les diffor 1
(!) Celse, De re medica, lib. vu, sec:j|, ix, p.3’20, édit. Fouquieret Ratier, 182rjl’
DE MÉDECINE OPERATOIRE.
mités de la face, mais bien avec celle des téguments qui touchent à la perte^ de substance , recommandant en même temps , en faisant allusion a la chéiloplastie , de pratiquer de longues incisions verticales près des oreilles , si on est jaloux de ramener avec plus de facilité la peau vers la ligne médiane.
Certes , il faut en convenir , on a lieu de s’étonner qu’après une idée aussi féconde de sa nature, quoique exprimée d'une manière incomplète il est vrai , il n’ait rien été produit de remarquable et d’utile sur une branche aussi importante. Nonobstant, en effet, ce qu’en a dit Paul d’Egine, qui s’est exprimé d'une manière si laconique qu’on ne peut s’empêcher de convenir qu’il n avait pas compris l’importance du sujet :
« Curta in auribus aut labris , colobomata Græci vocant, bac ratione curantur : primum cutis ab inferiori parte solvitur ; mox oræ vulnerum contrahunlur , ac id quod in callum coaluit aufertur. Dein suturæ illis injici debent et conglutinantia (l) » ; nonobstant également ce qu’en ont dit plusieurs autres, il n’en faut pas moins arriver jusqu’au milieu du quinzième siècle pour voir les hommes de l’art s’en occuper de nouveau , à l’occasion des opérations de rhinoplaslie pratiquées alors par un nommé Branca , qui empruntait , pour remédier aux difformités qu’il voulait guérir, un lambeau aux téguments de la face antérieure du bras , ce qui , à coup sûr, ne saurait être, quoi qu’on en ait dit, considéré comme un progrès , mais bien comme un pas rétrograde. Aussi nous garderons-nous bien d’imiter Sprengel, C’arpoue et Græfe, qui s’inquiètent desavoir comment l’art de faire des nez est passé de l’Orient en Sicile ; comme s’il existait un rapport intime entre la méthode indienne et la méthode italienne , comme s’il y avait quelque chose de surnaturel , en un mot,, à considérer les Branca comme les inventeurs du pror‘ cédé opératoire décrit sous leur nom. A ■ ce titre, Tagliacozzi , au lieu d’être ‘jl’invenlcur de la méthode dite italienne,
* mais en fût-il ainsi qu’il n’en mériterait 1 pas moins , à notre avis , notre reconnaissance pour l’ouvrage qu’il publia ,
; (lj Pauli Æginetæ, medici Opéra.
(■tLvon, 1551, liv. vi, chap. xxx, p. 579.
en 1597, sous le titre de : De chirurgia cur forum per insitionem , ouvrage qui, malgré le jugement sévère qu’en a porté Percy et le ridicule dont l’a accablé Ambroise Paré, n'en est pas moins l’œuvre d’un homme supérieur.
Nous l’avouons à regret donc , mais un laps de temps bien long s’est écoulé depuis Tagliacozzi jusqu’au moment où on s’occupa de nouveau avec succès d’opérations autoplastiques. Ce n’est en effet, à en croire M. Labat (l), que dans le commencement de ce siècle que les docteurs Lucas et Lynx auraient eu recours avec succès, l’un en 1800 et l’autre en 1813, à la rhinoplaslie. Une année plus tard, c’est-à-dire en 1814, Carpoue opéra avec avantage un individu auquel il manquait la pointe , la cloison et les cartilages du nez. A Delpech enfin revient aussi , hâtons-nous de le dire, une part du mérite de s’être, en France , occupé un des premiers d’autoplastie. Qui ignore, en effet, que le professeur de Montpellier exhuma d’une tumeur éléphanliaque les deux testicules et la verge (2) , et fournit ensuite à chacun de ces organes une enveloppe tegumentaire prise aux dépens de la peau des parties circonvoisines ? Sont venus ensuite, en France, Dupuytren, Roux, Lisfranc, Velpeau, Blandin, Rigaud , et la plupart des chirurgiens distingués de la capitale et de la province ; en Angleterre , A. Cooper , H.
Earle, Travers, Lyston Green, Hutchinson , Syme et Davies; en Italie, Baroni de Rome (3) , Signoroni de Padoue (4), Riberi de Turin (5), Pecchioli de Sienne , Regnoli de Pise (G) ; puis en Espagne, ce pays auquel je suis heureux de rendre encore une fois justice pour l’accueil qui m’y a été fait , en 1823, par les médecins qui l’habitent, et pour les leçons que j’ai reçues de quelques-uns; en Espagne , dis je, ont paru l'ouvrage de M. Ilysern y Ülorellas sur la blépharoplastie (7) et les Leçons
(1) Traité de IUùnoplastie.
(2) Clin, cliir., I. ii, p. ] .
(3) Bulletino delle scienze mediche di Bologna, 1855. vol. vii, p. 24.
(4) Ibid., vol. i,xxiv.
(Î5) Oraode annal i e agosto c septembre 1835, vol. i.vii.
(G) Osservazioni chirnrgiche raccoltc nclla cl i n ica c pralica del professo Regoli. Pi sa, 1836.
(7) Tratato delà blefaro aplaslia tem-
418 TRAITÉ
du professeur Caslells de Barcelone ; en Belgique, Phillips, Burggraere, Florent Cunier, Wleminckx, inspecteur du service de santé des armées belges ; en Allemagne, Ammon, Beck, Beneclict, Bunger, Chelius , Dzondi, Fricke , Heidenreich , Rimer, Ruppius, Rust, Texlor , Waller , 'Vernuk , et surtout Dieffenbach , non toutefois que nous partagions le sentiment de M. Phillips de Lié£e (1) et de M. Zeis , qui considèrent le chirurgien de Berlin comme celui qui a le plus fait pour l’auloplastie , les faits étant là pour prouver le contraire. Si ces deux écrivains, en effet , avaient fait , ainsi que le dit M. Serres dans son remarquable Traité des difformités de la face (2) , comme ont fait Beck, Lehmann, Schneider, Lauer, Griinni , Luis, Cunier et plusieurs autres, ils se seraient bien gardés d’émettre et encore moins de soutenir une pareille assertion; aussi, tout en reconnaissant ce que l’autoplastie doit à M. Dieffenbach, n’hésiterons-nous pas à déclarer que les expressions dont se sert M. Phillips, à savoir: que cette partie de la chirurgie était délaissée et méconnue en France avant le voyage du chirurgien de Berlin , ne prouvent qu’une chose , savoir ; l’ignorance dans laquelle se trouvait M. Phillips des travaux des chirurgiens français.
Quoi qu’il en soit , l’auloplastie , ou l’art de restaurer les difformités, a fait des progrès étonnants , surtout si l’on compare ses résultats à ceux des vingt dernières années. Quels avantages n’at-on pas retirés en effet, pour la rliinoplastie , des travaux de MM. Græfe , Dieffenbach, Lisfranc , Labat et Blandin? Jadis , en effet, on ne cessait de reprocher aux chirurgiens la forme irrégulière du nouveau nez , et l’impossibilité où se trouvaient les chirurgiens de s’opposer au rétrécissement continuel des narines : eh bien ! aujourd’hui, l’art est parvenu à triompher en grande partie de ces obstacles. Et relativement à la cheiloplastie, le temps où l’on se bor-
poro-facial o del melodo de restaurai- las destrucciones de los parpados Madrid,
(1) Lettre chirurgicale à M. Dieffenbach, 1839, p. 1 .
(2) Traité sur Part de restaurer les difformités de la face, selon la méthode par déplacement ou méthode française, in-8°, 1842, p. IG.
liait à prendre un lambeau sur la peau du bras ou du cou et à l’appliquer sur 1 os maxillaire , sauf à le voir se rccoquillcr bientôt après et à laisser les dents à découvert, ce temps n’est-il pas , déjà bien loin de nous , depuis que M. Serres a prouvé qu’on pouvait disséquer la muqueuse buccale à la surface même des tumeurs cancéreuses , et la conserver en assez grande quantité pour ourler le bord libre delà nouvelle lèvre? La blépharoplastie elle-même n’a-l-elle pas changé de face depuis les expériences tentées sur les animaux, et les travaux de Dieffenbach , les essais de Dzondi et les faits rapportés par Wisemann ? (t)
Proclamons le du reste avec orgueil, l’auloplastie ne se borne point à réparer seulement les difformités; elle fait plus encore , car elle procure surtout lé recouvrement de la vue, de l’ouïe, de l’odorat ou du goût à ceux qui en étaient privés; aussi a-t-elle droit à un rang des plus honorables parmi les branches importantes de la chirurgie. Toutefois, il importe de faire remarquer que c’est surtout pour ce qui a trait aux lésions congénitales qu’eile réussit : alors , en effet , les lésions semblent n’ètre dues qu’à un arrêt de développement , elles tissus se trouvent , pour ainsi dire , à l’état normal ; tandis que , dans les lésions traumatiques, l’opérateur est souvent réduit à causer, dans les opérations qu’il pratique . la perte de substance plus étendue qu’il ne l’avait pensé d’abord, à raison du défaut d’extensibilité de parties en apparence saines , ainsi qu’il arrive, entre aulres, pour les brûlures ou pour toutes les affections qui se terminent par gangrène.
AltT. 11. — DES- DIFFÉRENTES METHODES PROPRES A l’autoi’lastie.
De toutes les méthodes d’autoplastie dont il a été fait usage jusqu’à ce jour, trois sont restées dans le domaine de lascience sous les noms: 1° de méthode italienne, ou par transplantation ; 2° de méthode indienne, ou par torsion; et.
3° enfin de mélliode française, ou par déplacement.
§ 1er. Méthode italienne.
Quoique de date plus récente que la
(1) De coaliluparlium arehiquacorpore prorsus disjunctarum, 1824.
DE MÉDECINE
mélliode par torsion, celle dite par transplantation nous occupera tout d’abord, car elle marche évidemment la première dans la voie de la chirurgie plastique. Du reste, dans cette méthode, c est déjà à une partie éloignée de celle qui est le siège de la difformité que 1 on s adresse pour remédier au mal , et le plus souvent c’est la peau du bras que 1 on choisit. Ainsi donc , après avoir rafraîchi les bords de la solution de continuité , l’opérateur prend, avec de la cire ou du papier, la figure du lambeau dont il a besoin pour combler la perte de substance ; puis , appliquant le papier sur le bras , il en détache un lambeau analogue en ayant soin, bien entendu , en en disséquant toute la peau , de laisser un pédicule assez large pour que la vie et la circulation s’y maintiennent. Reste ensuite à appliquer ce lambeau sur le lieu de la difformité, à l’y fixer par des points de suture, et à maintenir le bras dans une position telle, à l’aide de bandages convenables , que la réunion puisse se faire sans tiraillements. Cette dernière une fois obtenue , le pédicule est ensuite coupé , les bandages et les appareils enlevés , et la plaie du bras traitée comme une plaie simple.
M, Græfe a voulu introduire dans cette opération quelques modifications qui ont paru assez importantes à quelques enthousiastes pour lui mériter le nom de méthode allemande.
Ces modifications consistent à laisser cicatriser isolément le lambeau du bras et à ne l’appliquer sur la difformité qu’au bout d’un certain temps , de manière à s’opposer à la gangrène et à la rétraction considérable que présente quelquefois le lambeau : car , une fois qu’il est revenu sur lui-même dans le sens de ses plus grands diamètres et qu’il s’est durci et vascularisé, on peut avfc sécurité en aviver les bords et l’appliquer sur les parties au milieu desquelles on le destine à vivre ; mais, outre que les modifications dont nous I venons de parler se trouvent en germe I dans le livre de Tagliacozzi et ont été ■ reproduites par Reneaulme de la Ga- 1 ranne, les inconvénients de la méthode W n’en subsistent pas moins , c’est-à-dire h la nécessité d’aller prendre à une distance très-éloignée de la difformité la B| peau nécessaire pour y remédier : aussi n la méthode par transplantation ne doit- *1 die plus être , à notre avis , mise en £ usage que pour des cas exceptionnels ,
OPÉRATOIRE. él9
comme dans les cas de gc'nioplasiic dont parle M. Roux (1), et dans lesquels ce professeur a eu recours à la méthode que M. Blandin a si ingénieusement appelée auto pl as tic par migration successive du lambeau. Dans l'exemple dont nous parlons, en effet, M. Roux s’est d’abord emparé du lambeau de la lèvre inférieure ; puis, après l’avoir fait adhérer à la lèvre supérieure, l’a ensuite déplacé successivement pour le faire servir enfin à l’oblitération d’une partie de substance de la joue et du nez.
g II. Méthode indienne.
Celte méthode, qui compte beaucoup de procédés, nous semble supérieure sans contredit à la méthode italienne, et il est même certaines difformités dans lesquelles elle doit être préférée à la méthode française , nonobstant l’inconvénient pour l’opérateur de substituer une plaie nouvelle à celle que représente la difformité, et de faire subir aux téguments un mouvement de torsion qui ne concourt pas peu à la production de la gangrène , par suite de la gêne qu’éprouvent les articulations veineuse et lymphatique, ainsi que l’atteste Je soin qu’ont pris MM. Lisiranc et Lallemand de disposer, l’un pour la chéiloplaslie , l’autre pour la rhinoplastie , leurs incisions de manière à réduire de moitié la torsion imprimée aux pédicules.
Quoi qu’il en soit, dans cette méthode, comme dans la précédente , l'opérateur figure un lambeau capable de recouvrir en entier la place de la difformité ; seulement, au lieu de l’emprunter aux téguments du bras, il s’adresse aux parties voisines de la lésion; et l'on conçoit combien il importe alors que le pédicule du lambeau soit près de la plaie , afin de pouvoir aisément le renverser et tordre à demi le pédicule, de façon à placer toutes les parties dans les rupports les plus favorables à la réunion.
Quatre procédés principaux se rattachent d’ailleurs à cette méthode : 1° le procédé ordinaire; 2° le procédé de M. Lisfranc ; 3° celui de M. Lallemand ; •i° et enfin celui de M. Jameson.
A. Procédé ordinaire. — Deux incisions soni pratiquées de manière à
(1) Revue médicale, t. i, p. 27. 1830.
TRAITÉ
circonscrire de chaque côté le pédicule, et disposées en outre de cette sorte , qu’elles s'approchent également de la circonférence de la plaie , sans toutefois s’v confondre; puis, une fois le lambeau renversé, la surface d’où s’écoule le sang doit sc trouver en avant , et , par un mouvement de torsion de 1 80° exécuté par le pédicule , doit de plus être remise en arrière. Reste ensuite à couper ce dernier plus tard en travers , afin d’éviter toute difformité.
B. Procédé de M. Lis franc. — Dans le procédé du chirurgien en chef de la Pitié , l’une des incisions latérales du pédicule doit être prolongée plus loin que l'autre de 7 millimètres environ :
de cette façon, il est vrai, l’un des côtés du pédicule se trouve un peu plus tiraillé ; mais aussi, la torsion étant moindre, on n’est pas obligé de couper ultérieurement le pédicule en travers.
C. Procédé de M. Lallemand. — Ici, c’est jusque sur la plaie même que i’une des incisions doit être prolongée, l’autre restant au contraire à une assez grande distance , pour donner au pédicule une largeur suffisante ; aussi la torsion est-elle presque complètement effacée et n'y a-t-il qu’un déplacement latéral du lambeau et du pédicule. Ce procédé, sous ce rapport, est donc encore supérieur à celui de M. Lisfranc.
D. Procédé de M. Jameson. — Jaloux d’oblitérer plus sûrement le canal crural qui se trouvait distendu par une hernie , M. Jameson emprunta aux téguments voisins un lambeau d’une longueur de 5 centimètres et d’une largeur de 23 , puis l’introduisit immédiatement dans le canal après , au préalable , en avoir opéré le renversement.
Suivant dans une autre circonstance une méthode analogue, M. Velpeau appliqua ainsi un lambeau sur une fistule trachéale , en ayant soin seulement de Je rouler en forme de bouchon au moment de son introduction.
§ III. Méthode française , ou par déplacement.
MM. Romand (l), Terrada (2) , Velpeau (3) , Vidal (de Cassis) (4) , et sur-
(1) Thèses de Paris, 1830, n. 240.
(2) Idem, 1855, n. 144.
(3) Môd. opérât., 1” édit., t. tr, p. 40.
(4) Traité de pathologie externe et de médecine opératoire, t. tv, p, 207.
tout Serre de Montpellier (l) , ont désigné ainsi la méthode qui consiste à réparer la perte de substance aux dépens de la peau voisine , que l’on allonge après l’avoir, au préalable, disséquée à cet effet. Nonobstant ce qu’en a dit M. Zeis, rien n’est facile comme de démontrer qu’il y a justice à se servir de pareilles expressions : méthode française. Sans avoir recours, en effet, au passage de Celse dont nous avons déjà parlé , il suffit d’ouvrir pour cela un petit ouvrage de Franco , dans lequel cet écrivain s’exprime ainsi qu’il suit :
« Vn certain personnage nômé Jac- » ques Janot, de Sauagne près de Neuf- » chastel sur le lac, en Snysse, eutvn » catane qui luy descendit en la ioue, » et n’y eut ordre que ledict catarre ne » vint à s’estiomener et corrompre tel— » lement la partie que la ioue tombas!, » au moins la plus grande partie, et de » la mandibule de dessouls et dessus, et' » fust pansé long-temps d’un chirur- » gien, lequel n’y peut rien faire, sinon » l’incarner.
» Or , ledict vicère estoit grand et » print bord à l’enuiron et il estoit ron- » de, de sorte qu’un œuf d’oye y eust » passé dont les deux mandibules es- » toyent desnués de chair, et n’y auoit » point de dents de ce costé. Il falleut » que cest homme portast une bende de » cuir et autres choses, pour empescher » qu’en mangeant la viande ne se per- » dit, combien que pour cela il ne peut » empescher qu’il ne sortit toujours » quelque chose du boire et du manger, « par quoy ne s’osoit trouuer en bonne » compagnie , d’autant que la salive » couloit toujours par là , et estoit en » grand’peine de boire et manger, aussi » pour ce que la bande estoit attachée » sur la teste assez ferme , elle empes- » choit d’ouurir la bouche, et démolira » en ceste sorte l’espace de sept ou huit » ans. •
» Ayant beaucoup cherché et en plu- » sieurs lieux pour y remédier , il ne » trouva aucun qui voulut mettre la » main. Ains luy donnoyent à entendre « qu’il estoit incurable, car on n’y pou- » uoit engendrer chair, ni approcher les » labiés, parce que le pertuis estoit rond » et grand. 11 advint que ie pansois là «auprès des hernies et bouches fendues » et pierres : voyant ces cures et prin-
(t) Ouv. cité, p. 20.
DE MÉDECINE
jj cipalement des bouches fendues , il » me vint parler;ct montrer sa maladie.
« L’ayant bien aduisée, luy dis que ie a le guariray, aydant Notre Seigneur.
» Alors il me dit qu’il l’auoit montré à j> plusieurs maistres , et que raduisasse jj bien devant qu’y metlre la main , ce » à quoy ie m’accordai, ne lui deman- » dant rien que premièrement ne fut jj guary. Pour venir à la cure, ie fis sijj tuer le patient contre vu aix , à demi jj droit, et luy atlachay les cuisses conjj tre ledit aix sans autre chose , ie conjj seille toutesfois de les bien attacher,
>j et auais mes cautères au feu touts près jj dedans un bassin et braise pour m’en jj servir ; puis après , alors , ie prins vn jj petit rasoir ou escalpelle et coupis le » bort ou cuir tout à l'enuiron ; après ce » fendis la peau contre l’aureille , et jj contre l’œil , et contre la mandibule jj inférieure , tant que ie cogneu estre jj expédient , en gardant toujours de jj coupper par trop avant pour ne faire jj plus grand dommage à la partie, et de jj ne couper les muscles de travers ; puis jj couppis en dedans la chair , tout à jj l’entour contre l’aureille et l’œil, bref jj tout à l’entour tant ie peu, encore les jj labiés ne se pouuoyent assembler.
» Adonc ie couppis la chair de rechef jj au dedans, de travers et de long, en » deschiquetant , me gardant toutesfois jj que ne vinsse au dehors , car il ne jj falloit point coupper le cuir, et quand jj il y avoit flux ou quelque veine qui jj tluoit, ie la cautérizois avec les cau- » tères susdits, et ainsi alongis mes pièjj ces ou labiés , et furent assemblées là jj oii i'appliquay incontinent septaiguiljj les enfilées comme à este monstre et jj leures fendues, et au bout de quatre ou jj cinq iours en tombèrent trois, et n’y en jj fallut mettre d’autres pour ce que les « labiés lyroyent, et i’vsay de compresjj ses ou coussinets auec bâtons ou ban- » des lout a l’entour, pour faire venir :j la chair de toutes parts à la partie jj comme auonsdict des leures fendues, jj afin que la chair ne se rompist , et les »j aiguilles ne tombassent , car sans jj grande violence et moyen de mener » la chair ou cuir au lieu , ie n’eusse >j rien advancé.
» le mis aussi un linge mouillé en j> oxicration dessus et puis mes reslrain- » tifs à ce qu’ils ne se prinsent contre jj les aiguilles ; et le guary en ceste j> sorte dedans quatorze iours. Aucuns » disoyent que la ioue tireroit et qu’il
» ne pourroit ouurir la bouche ; mais la » chair y abondast autant qu’il fut bejj soing et a mis barbe dessus, tellement jj qu’il se cognoit bien peu jj (1).
Après Franco est venu Chopart, Chopart qui , le premier , a appliqué cette méthode à la restauration de la lèvre inférieure. Notre illustre maître , Larrey, n’a-t-il pas eu recours lui-mème à la méthode par déplacement , lorsque , détachant de droite à gauche les portions de peau adhérentes qui avaient fait naguère partie du nez, il corrigea, pour ainsi dire , presque en entier la difformité que présentait ce dernier organe (2), devançant ainsi les opérations pratiquées plus tard par M. Dieffenbach, et dont il a été fait tant de bruit dans les journaux? MM. Roux (3) de Paris et Roux (4) de Saint-Maximin ne sont-ils pas, eux aussi , chirurgiens français, et ne nous appartiennent-ils pas tout aussi bien que MM. Lisfranc, Rolland, Gensoul , et tant d’autres qui s’étaient également occupés d’autoplastie avant le chirurgien de Berlin? Aussi le proclamons nous de nouveau avec orgueil : oui, la méthode par déplacement porte justement le titre de méthode française ; méthode qui , du reste , compte plusieurs procédés : 1° le procédé ancien; 2° celui de Chopart; 3°celui de M. Roux de Saint-Maximin ; 4° celui de M. Lisfranc.
A. Procédé ancien. — Les bords de la solution de continuité une fois rafraîchis , l’opérateur cherche à donner à cette dernière une forme elliptique ou angulaire, et réunit ensuite, vers le milieu, les bords de la peau qu’il a préalablement disséquée de l’un et l’autre côté, dans l’intention d’obtenir une cicatrice linéaire , en ayant soin d’employer à cet effet plusieurs points de suture. Bien entendu que si la peau ne pouvait, nonobstant sa dissection préalable, être distendue suffisamment, il
(1) Petit traité contenant une des parties principales de chirurgie, laquelle les chirurgiens herniaires exercent, p. 122, art. traité des dents de lièvre (155G), et non traité des hernies, chap. 122,' comme tout le monde le dit, attendu que Franco n a jamais publié de traité ex professo sur ce sujet.
(2) Clin, chir., t. n, p. 15.
(5) ltev. méd., janv. 1830.
(i) Ibid., ianv. 1828. n. 30.
TRAITÉ
faudrait alors pratiquer au-delà de l’endroit où se serait arrêté l’instrument , et de chaque côté, une incision en forme de croissant, et en regard par sa concavilé avec la plaie, et n’dllant pas au-delà des téguments. En agissant ainsi, il serait, on le conçoit , beaucoup plus facile d’attirer plus loin les deux lambeaux qui adhèrent toujours au reste de la peau par leurs parties latérales, et qui tiennent en outre encore au tissu cellulaire sous-jacent par leur face profonde.
B. Procède de Chopart, — Chopart disposait les bords de la solution de continuité de manière à les unir à angles droits; puis il pratiquait ensuite, à partir de ces angles, deux incisions parallèles , disposées de telle façon qu’elles devaient circonscrire un lambeau quadrilatère détaché par trois côtés. — Le lambeau une fois disséqué était ensuite allongé avec facilité et allait quelquefois même jusqu’à recouvrir entièrement la plaie. Au besoin, du reste, on en établirait, d’après les mêmes principes un second du côté opposé, et on aurait soin de le réunir, comme le premier, à l’aide de la suture.
C. Procédé de M. Roux de St- Maximin. — Le procédé de M. Roux rappelle jusqu’à un certain point le procédé ancien ; seulement il ne se compose que d’un seul lambeau, et à ce titre il convient surtout aux parties où la disposition anatomique semble mettre obstacle à la dissection de l’un et l’autre côté. 11 importe d’ajouter en outre que, dans le procédé dont nous nous occupons, jamais on n’a recours aux incisions en croissant préconisées parCelse.
C’est en effet en pratiquant une incision à chaque extrémité de la plaie et dans le sens de la longueur que M. Roux se propose de donner plus de largeur au lambeau unique qu’il taille et d’augmenter ainsi son extensibilité.
D. Procédé de M. Lisjranc. — L’opérateur ne dissèque également qu’un des côtés de la plaie : seulement, afin de se rendre l’opération plus facile, il a soin de commencer par diviser le lam beau en deux à l’aide d’une incision qui tombe perpendiculairement sur la plaie elle-même.
§ iy. Appréciation des méthodes et des procédés.
La méthode italienne, nonobstant ce qu’en dit M. Malgaigne à propos de l’au-
toplastie (1), ne doit plus guère figurer dans les traités dogmatiques que comme question historique, et bientôt vraisemblablement, il en sera dit autant de la méthode indienne, au moins pour tout ce qui a trait à l’autoplastie faciale. Estil possible en effet de mettre en parallèle avec la méthode française ou par déplacement une méthode dans laquelle, comme dans la méthode italienne, l’opérateur va puiser loin du lieu qu’il veut combler la portion de tissu cutané qui lui manque, et qui, bien que composée des mêmes tissus élémentaires, n’en présente pas moins cependant quelque différence, nonobstant ce que prétend M. Van-Mons (2) ? Ce qui le prouve est sans contredit l’espèce d'insensibilité vitale dont jouissent les lambeaux autoplastiés, comme le dit M. Burggraëve (3). — Dans la méthode indienne, il est vrai , le lambeau qu’on destine à remplir le vide est pris en quelque sorte sur le lieu même; mais, malgré cet avantage, il n’importe pas moins de faire remarquer qu’au moment où ce lambeau est détaché, il devient pale et froid et insensible : quelques heures après , sans doute, il se réchauffe pour passer ensuite successivement du bleu au violet; en même temps la chaleur augmente , et il survient un peu de tuméfaction : tuméfaction qui acquiert quelquefois un volume considérable , mais qui ne saurait pourtant, s’il ne survient pas d’accidents , apporter aucun obstacle à la réunion : cette dernière commence ordinairement du quatrième au cinquième jour, et est d’habitude le prélude du retour de la sensibilité.
Viennent ensuite le dégorgement et le retour à la coloration normale de la partie. Mais il ne faut pas oublier que les choses ne se passent pas toujours aussi favorablement, et que pendant cette période il peut survenir des causes puissantes de destruction : la mort des tissus, par exemple, soit par défaut de circulation , soit par congestion sanguine trop intense, suivant M. Ch.
Phillips même, ce serait surtout à celte dernière cause qu’il faudrait attribuer ,
(1) Ouv. cité, p. 135, édit, de 1813.
(2) Ppnomonie belge expérimentale et raisonnée. Louvain, 1853.
(3) Annales de la Sociéié de médecine de Gand, juillet 1830. Mémoire sur une restauration de la face.
DE MÉDECINE
ce grave accident , le sang arrivant sans cesse par l'artère renfermée dans le pédicule -et ne trouvant aucune issue , ni par les orifices béants des arlcres dont les bords sont comprimés par la suture, ni par les veines qui ne s’abouchent jplus avec les artères (l). — En émettant cette opinion M. Phillips n a été que l’écho de celle professée par M. Dieffenbach; cela est si vrai que le chirurgien de Berlin conseille, quand on lorme le pédicule du lambeau, de n y laisser aucune grosse branche artérielle, ou, s’il s’en trouve une , de la couper. Or, nous le déclarons, nonobstant la confiance qu’on accorde aux paroles de M. Dieü'enbach, nous ne pouvons accepter de pareilles assertions, parce qu’elles sont en opposition avec tout ce qui a été vu ou fait jusqu’à présent .en chirurgie plastique non toutefois que nous niions que, pour éviter la mortification du lambeau, on ait souvent peut-être abusé des topiques spiritueux et stimulants : mais il y a loin entre reconnaître ce qu'il y a pu avoir d’exagéré sous ce rapport, et le conseil de pratiquer : la section clcs vaisseaux artériels qui rampent dans le panicule du lambeau, Ct les applications froides immédiatement après l’opération : nous ajouterons même que , dans notre pensée, les cas dans lesquels il y a surcharge sanguine dans le lambeau doivent être rares , et que ceux où des phénomènes inverses se présentent doivent être au contraire beaucoup plus fréquents. Or, comme rien n’est plus rare que la gangrène à la suite de l'autoplastie d’après la méthode française, il ne faut pas hésiter à la préférer dans la grande majorité des cas. Si nous devions même exprimer toute notre pensée à l’égard de l’opération soutenue par M. Phillips, nous dirions que c’est parce quç, indépendamment des autres inconvénients „ le lambeau qu’on déplaçait dans la méthode italienne , ne renfermait que bien rarement dans son épaisseur un nombre suffisant de vaisseaux artériels pour y entretenir la vie, que la mortification s’en empare si souvent. Douze fois , dit en effet !VI. Serre (2), j’ai vu pratiquer la rhinoplaslie aux dépens de la peau du front, et l’opération a toujours été
(1) Esquisse physiologique des transplantations cutanées.
(2) Ouv. cité, p. G9.
suivie d’un plein succès : deux fois seulement le lambeau a été pris sur la peau du bras , et deux fois la gangrène s’en est emparée. Nous ajoutons, il est vrai, que sur les côtés de la racine du nez se trouvent deux rameaux artériels bien distincts, provenant l’un et l'autre de la terminaison de l’ophthalmique , et que l’on a soin de ménager toujours dans l’opération, les incisions se trouvant parallèles au trajet de ces vaisseaux ; et personne , je pense , excepté M. Dieffenbach, n’a recommandé de les diviser : qui ignore d’ailleurs que Tagliacozzi, pour suppléer aulant que possible à la rareté des vaisseaux sanguins de la peau du bras, l’isolait d’abord des parties subjacentes pour l’habituer en quelque sorte à vivre à ses propres dépens; et qui pourrait préciser le degré d’influence qu’avait sur le succès de l’opération l’inflammation légère de la peau? — Et la nécessité de celte phlogose, reconnue déjà par Tagliacozzi, n’est-elle pas une nouvelle preuve de l’inutilité, pour ne pas dire plus, de la section des vaisseaux sanguins du pédicule? — A Dieu ne plaise pourtant que nous nous établissions le défenseur de la méthode italienne : nous avons déjà fait connaître notre opinion sur sa valeur , et , nous le répétons, cette méthode, ainsi que l’indienne, ont fait leur temps et ne doivent plus être employées qu’exceptionnellement. La méthode française, étant en.
effet, de l’aveu de tous (1), celle qui met le plus sûrement en garde contre la gangrène, donne lieu aux guéri -ons les plus promptes et expose le moins aux difformités. N'exigeant en effet de déplacement absolu d’aucun lambeau , elle ne réclame par conséquent aucune place sur la peau des régions saines. Reste à savoir maintenant s’il est vrai, comme le prétend i\l. Velpeau (2) , que la méthode française dispose plus que les deux autres à l’angioleueile, à la phlébite et à la formation de foyers purulents graves. Pour notre part nous sommes peu disposé à penser, et nous croyons,, avec M. Serre, que lorsque je compare la simplicité des accidents que l'on a à combattre avec la gravité de ceux que l’on voit éclater dans les cas où l’on a eu recours à tout aulre méthode, on est tenté d’admettre le contraire de ce que
(1) Velpeau, Méd. opérât., t. i,p. 029.
(2) Ouv. cité, 1. 1, p. 9.
TRAITE
pense le professeur de Paris. Nous ajoutons pour terminer que, pour s'opposer à l’apparition de ces accidents, il importe de ne pas faire considérer l’opération comme le seul point capital, mais de surveiller attentivement tout ce qui suit cette dernière, ainsi que nous le dirons à l’occasion des règles relatives à l’autop’.astie. Et quant à ce qui regarde la prééminence de tel ou tel procédé sur tel autre, touchant chacune des trois méthodes décrites sous les noms de méthodes italienne, indienne et française, il nous sera plus facile de nous expliquer à cet égard à propos de la description de chaque opération d’autoplastie en particulier.
ART. III. — DES RÈGLES GENERALES RELA- TIVES A l’autoplastie.
Le temps où l’on conseillait de recourir à une excitation artificielle des lambeaux, afin de les disposer à mieux résister à la gangrène, est déjà loin de nous. Ce n’est pas que nous ignorions que Tagliacozzi ait conseillé de pratiquer des frictions spiritueuses sur la peau du bras dans l’intention de la tonifier ; mais cet état d’éréthisme factice, bon tout au plus pour la méthode italienne , ne saurait être d’aucune ressource pour la méthode indienne, et à plus forte raison pour la méthode française ; puisque, dans l’une comme dans l’autre , on agit sur des tissus doués d’une vitalité telle que souvent ce que l’on a le plus à craindre est l’apparition des phlegmasies cutanées. — Au lieu donc de frictions sèches ou des topiques stimulants, il faut, s’il y a lieu , ne jamais omettre de raser la partie malade cinq ou six heures avant l’opération, et surtout se garder de faire usage du nitrate d’argent pour indiquer à l’opérateur la direction que doit suivre son instrument : c’est à l’encre et non à ce sel que le chirurgien doit avoir recours en pareille circonstance. — À en croire M. Diefifenbach , ainsi que nous l’avons déjà dit , il ne faudrait jamais omettre de couper les grosses branches artérielles qui se trouvent dans le pédicule; mais notre opinion, on le sait, est opposée, sous ce rapport, à celle du chirurgien de Berlin, et le soin que prenait Tagliacozzi de laisser s’enflammer son lambeau avant de l’appliquer pourrait au besoin nous venir en aide; car on sait que le succès a couronné
souvent les tentatives du chirurgien de Bologne.
Ne pas appliquer le lambeau immédiatement après sa séparation des parties auxquelles il adhérait, à raison de l’espèce d’état spasmodique dans lequel il se trouve alors, et au besoin en laisser s'écouler une certaine quantité de sang, peut aussi contribuer au succès du rapprochement des parties qu’on veut réunir (1). — Ce lambeau, du reste, doit être pris, autant que faire se peut, dans le lieu le plus voisin de la difformité, afin de lui faire subir le moins de déplacement possible et de diminuer en outre la durée de l’opération et des douleurs auxquelles elle donne lieu... — En général le lambeau doit, sous le rapport de l’étendue, être au moins d’un quart plus grand que la partie à restaurer, en se rappelant qu’il est des individus dont les tissus se rétractent de manière à effrayer les gens de l’art, tandis qu’il en est d’autres où l’élasticité et la contractilité de la peau sont presque nulles, indépendamment des circonstances d’âge, de constitution et de tempérament. — L’épaisseur du lambeau doit aussi préoccuper l’opérateur, au risque même de le voir frappé de mort par la privation du tissu cellulaire qui le double, et il importe d’autant plus d’avoir égard au précepte ci-dessus qu’on agit sur des tissus naguère en proie à l’inflammation, ou adhérents aux parties adjacentes. Dans le cas, du reste, où l’extensibilité de la peau serait reconnue insuffisante, on pourrait avoir recours aux incisions recommandées déjà par Celse :
pour la restauration des lèvres ; ou longer, si l’on agit sur la face et si l’om comprend toute l’épaisseur des joues ; longer, dis-je, la face externe des os: maxillaires et détacher les parties molles de manière à rendre le lambeau; flottant. La section de la muqueuse buccale dans un sens perpendiculaire à lai direction que l’on veut imprimer au lambeau serait aussi d'un grand avantage (2), puisqu’en agissant de la sorte | on affaiblit moins le lambeau qu’en in-- i cisant la peau, et on évite les cicatricesvisibles.
(1) Journal complém. des sc. méd., t.
xxxvin, p. 278. —Phillips, Esquisse physiologique des transplantations cutanées, p. 15.
(2) Ouv. cité, p. 78.
DE MÉDECINE OPÉRATOIRE
Les vaisseaux divisés pendant l’opération seront liés ou tordus immédiatement; non toutefois que nous partagions d’une manière absolue le sentiment de M. Phillips, qui considère la torsion comme d’une nécessité indispensable dans l’autoplastie , se fondant sur ce que les ligatures agissent comme corps étrangers, et à ce litre, provoquant une suppuration quelconque, doivent être sévèrement proscrites (1). Les observations de M. Serre démontrent en effet que les craintes de M. Phillips sont pour Je moins exagérées (2). — Quant à la nécessité de la réunion immédiate, personne ne la met en doute (3), seulement on est loin d’être d’accord sur léR moyens de l’obtenir. Suivant t\I. Blandin (4) , le lambeau doit être mis en contact, par sa surface saignante, avec la surface correspondante des parties avivées, et maintenu, à l’aide de la suture entrecoupée , enchevillée, enlorliUée , adoptée de préférence par MM. Graefe et Dieffenbacli.
Ce dernier multiplie, du reste, singulièrement les points de suture , et il est difficile d’en apprécier l’utilité ; M. Serre avouant (5), avec une franchise qui l’honore, que dans les deux cas d’autoplastie ou il a vu les lambeaux se mortifier il a attribué cet accident au trop grand .nombre de points de suture qu'il C’avait pratiqués. — En tout cas convient-il de ne jamais recourir aux bandelettes agglutinatives, propres tout au plus dans l’espèce à favoriser l’apparition d’un érysipèle.
Le silence le plus absolu, le repos le plus parfait sont indispensables à la suite le toute opération d’autoplastie de la lace : de là par conséquent le soin qu’il aut avoir de ne recourir ni à la chéilo- • lastie, ni a la génioplastie chez les in- ■ vidus atteints de catarrhe ou d’asthme. La position verticale, ou même légèrenerit inclinée de la tète, est aussi des nus avantageuses dans l’autoplaslie fatale , parce qu’elle place non-seulenent les muscles du cou et de la face ,ns le relâchement, mais encore favo- ’ise le ralentissement du sang vers les Jarties supérieures. — Du reste il con-
»lam-.r!?UiSSe Posologique des Irans -
^“n^hons cutanées, p. 24.
)-\ °“.v; cité, p. 80.
/I .ibl< M P- 31 ■
(4) Ibid.,
(®) Ibid., p.