‹ Encyclopédie des sciences médicales (volume 3)Chapitre 287 sur 656 · SECTION VIII · texte numérisé non relu

SECTION VIII

ART. 1er. — DES OPERATIONS QUI SE PRATI- QUENT sur l’épiderme et ses dépendances. MALADIES DE L’ÉPIDERME.

§ Des cors aux pieds.

Excroissance dont la forme rappelle jusqu’à un certain point celle des clous, le cor aux pieds a une pointe qui correspond d’habitude aux couches profondes de l’épiderme, mais qui s’étend parfois aussi jusqu'au delà du derme et voire même jusqu’au périoste et aux capsules articulaires , si l’on en croit M. Dudon. A part ces cas extrêmement rares , la macération de la peau sur laquelle repose le corps en amène ordinairement le détachement , et on se convainc aisément alors que l’épiderme situé autour paraît sain , et que le cor semble n’être formé que de mucus concret qui se laisse aisément pénétrer par le liquide et se ramollit avec une grande facilité. Il est d’ailleurs dépourvu de vaisseaux et de nerfs. Quelques-uns pourtant offrent un point noir à leur centre , et quelquefois on trouve audessous d’eux un kyste séreux ou une ampoule sanguine, si l’on en croit Laforest. La médecine opératoire emploie, du reste, pour en obtenir la guérison 1° l’excision; 2° la cautérisation; 3° l’extirpation.

A. Excision. — La partie ou réside le cor doit être d’abord attendrie à l’aide d’un pédiluve ; puis le chirurgien, avec un bistouri convexe, enlève, en dédolant la partie supérieure et centrale du cor jusqu’au moment où le malade ressent quelque douleur, ou jusqu’à celui où apparaît une teinte rosée qui indique qu’on agit dans la partie normale. Cela fait, l’opérateur agit sur les bords du cor en ayant soin de ne pas entamer la peau. Dans le cas où la lame du bistouri se recouvrirait , ainsi qu’il arrive souvent, d’un enduit visqueux, l’instrument, trempé dans l’eau ou dans l’huile d’olive , en ferait immédiatement jus-

tice, et il n’y aurait plus qu’à l’essuyer. S’il existe au centre des points noirs et blancs , il convient de les enlever avec la pointe de l’instrument ; et si c’est un kyste ou une ampoule sanguine, on les ouvre avec non moins de soin afin d’en faire sortir le liquide qui y est contenu.

B. Cautérisation. — Avicenne a conseillé de se servir d’un morceau de bois enflammé pour cautériser la production morbide dont nous parlons. Guy de Chauliac préférait faire usage , pour le même objet, d’un peu de soufre fondu.

A en croire M. Rousselot, au contraire, Laforest commençait par appliquer sur la partie un petit peloton de toile d’araignée, puis y mettait le feu , et laissait ensuite la toile se consumer comme il est d’usage pour le moxa.

C. Extirpation. — Divers procédés ont été employés, mais nous n’en mentionnerons que deux :

a. Premier procédé. — Applicable surtout aux cors de nouvelle formation et qui sont situés superficiellement, il consiste, après avoir fait plonger le pied pendant une demi-heure dans l’eau , à racler la partie avec les ongles ou avec la lame d’un couteau.

b. Deuxième procédé. Procédé de Dudon. — Pour l’exécuter , les pieds auront dû être lavés dès la veille ou au moins le matin même ; puis le malade sera assis sur une chaise ordinaire, pour les cors ayant leur siège sous la plante des pieds, et sur un siège plus élevé, ou même sur une table , pour ceux situés ailleurs : il devra être placé en face du jour. Quant à l’opérateur, il se mettra à droite du malade et il aura soin, pour exhausser son genou préalablement couvert d’une serviette, de mettre le pied correspondant sur un tabouret. Une fois le pied du malade assujetti sur le genou du chirurgien, ce dernier, pour peu que le cor soit très-épais, commence par l’amincir avec le bistouri , puis il le circonscrit en grattant alentour avec la pointe du quadrille (sorte de poinçon

TRAITÉ

carré); cela fait, c’est-à-dire le cor un peu décollé de l’épiderme, le chirurgien en saisit le bord avec des pinces à disséquer et le déchausse peu à peu avec des poinçons ronds ou aplatis dout le sommet est émoussé et qu’on appelle furet et navette. Pendant ce temps, les instruments sont tenus comme s’il s’agissait de plumes à écrire, et l’opérateur a soin , pour éviter la douleur et l’écoulement du sang, de ne pas quitter la limite du cor et de l’épideiirae, ayant recours au besoin à uue loupe pour mieux voir les objets , et n’hésitant pas à concentrer les rayons lumineux au moyen d’une bouteille ronde remplie d’eau claire, dans le cas où l'opération se ferait à la chandelle. — Dans le cas où la racine du cor serait situé^e à une grande profondeur , l’opérateur aurait soin de ne pas terminer en uu jour l’opération, mais de remettre la fin de cette dernière à huitaine. Une fois du reste l’opération terminée , les pieds seront mis à l’eau un quart d’heure après; puis Le chirurgien aura soin d’essuyer et de tondre, avec l'instrument tranchant, la saillie blanche et spongieuse à laquelle donnent naissance les dépendances du cor qui se gonflent, L'opérateur touchera au contraire, avec le nitrate d’argent, la teinte brune qu’on aperçoit quelquefois au fond de l’excavation et dont le diamètre égale celui d’une épingle, à supposer qu’elle s’accompagnât de douleur.

D. Appréciation. — A en croire M. Malgaigne , la cautérisation est le moyeu le plus sûr de tous ceux que nous venons d’énumérer; nous sommes loin toutefois d’en conseiller l’usage, attendu qu’on l’a vue donner lieu à des accidents graves , ainsi que nous avons été à même de le constater sur des sujets, il est vrai, traités par des mains inhabiles ou au moins imprudentes :

nous nous rappelons entre autres un officier traité par un chirurgien qui passait pour un habile homme , et chez lequel, à la suite d’une inflammation vive, les tendons et les ligaments furent mis à nu, et chez lequel le pied fut dans le plus grand danger. Nous avouons d’ailleurs que , dans notre pensée, l’extirpation est préférable ; et que, s’il est vrai qu’elle offre plus de difficultés pour le manuel opératoire que l’excision, on en est suffisamment récompensé par les résultats.

§ Des durillons et des oignons.

Durillon. Simple épaississement de l’épiderme dû à la pression inégale de la chaussure et au frottement de celte dernière , le durillon réclame comme traitement l’excision ; seulement l’opérateur , quand il l’attaque , doit avoir soin de porter l’instrument en dédolant, de manière à enlever l’épiderme couche par couche.

B. Oignon. — Adhérant en plusieurs points à la peau et ayant une base beaucoup plus large, V oignon offre en outre des feuillets épidermiques analogues à une pelure d’oignon..

Le même traitement est le plus souvent appliqué , c’est-à dire V excision.

Quelques praticiens cependant préfèrent les limer avec la pierre ponce ou la peau de chagrin : seulement on conçoit que, dans ce cas, leur destruction n’est jamais aussi complète.

§ III. Des verrues.

On appelle ainsi de petites tumeurs étroites ou saillantes, ou aplaties, et d’une certaine largeur, et ayant leur siège à la surface du derme et le plus souvent sur le dos de la main.

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