A. ANATOMIE
Quand on cherche à connaître la structure intime de ces tumeurs, on se convainc, en les divisant verticalement, qu’elles sont formées : l° par l’épaississement de L’épiderme ; 2° par celui du derme, qui envoie en même temps dans l’épaisseur de l’épiderme des prolongements qui peuvent être considérés comme les racines de la production. On a vu quelquefois ces prolongements se faire jour à l' eytérieu-r et s’y présenter sous un aspect fendillé, et je me souviens entre antres que M. Lauth , l’an des professeurs les plus distingués de la Faculté de Strasbourg, enlevé, hélas! trop lût à la science et à celte école si remarquable sous tant de rapports ; je me souviens, dis-je, que M i. Lauth nv’a.
montré naguère un sujet chez lequel des vaisseaux sanguins très - distincts suivaient sous forme de stries, les prolongements du derme. Une autre fois , le même collègue (c’était en 1831) m’a fait voir des points noirâtres développés: au milieu des productions dont nous j>arlons.
DE MÉDECINE OPERATOIRE.
B. TRAITEMENT
Cinq méthodes existent pour la curation de l’état morbide dont nous parlons, indépendamment des mille et un remèdes accrédités par l’ignorance ou le charlatanisme , et dont nous faisons grâce à nos lecteurs; ce sont: 1° la ligature ; 2° la cautérisation; 3° l’arrachement; 4° l’excision ; et 5° l’extirpation.
a. Ligature. — On conçoit que quand la verrue présente un pédicule étroit, rien ne doit être facile comme d’y placer un crin de cheval , un fil de soie, lin. fil ciré, puis de serrer étroitement et d’opérer de la sorte la séparation de la production morbide.
b. Cautérisation. — Nous avous employé avec succès de petits cautères analogues à ceux dont on se sert pour plomber les dents; d’autres fois nous avons eu recours avec non moins d’avantages à un peu d’acide nitrique, dont nous avons imbibé le bout d’une plume et dont nous laissions tomber une goutte sur la verrue plusieurs fois par jour ; plus récemment nous nous sommes servi de nitrate d’argent. M. Dudon conseille l’application de la potasse , à l’imitation de ce qui a lieu pour les cautères, pour les verrues larges qu’on rencontre à la plante du pied , et qui fatiguent le sujet pendant la marche.
t Ç. Arrachement. — Il se pratique à laide de la succion avec les lèvres, de façon à ramollir d’abord la production ; puis , une fois que cette dernière a été rendue souple et est devenue saillante, ^opérateur 1 arrache avec les dents , à limitation de ce que faisait Galien, ou avec tout autre corps s’il le iup-e convenable.
d. Excision. — L'opérateur, quand il veut recourir à ce procédé, enlève , couche par couche et avec un bistouri ou un grattoir , tout ce qui est exubérant; et s’il survient quelque écoulement de sang , on l’arrêtera avec les moyens hemostaliques ordinaires, mais le plus souvent la toile d’araignée suffit.
e. Extirpation. — La production morbide, quand on choisit le mode opératoire dont nous parlons, doit être d’abord circonscrite à l’aide de deux petites incisions semi-elliptiques; puis, cela lait, 1 opérateur , la main armée de ciseaux courbes sur le plat ou d’un bis-
ouri , enlève, extirpe en un mot, toute ta verrue. }
■Appréciation. — Les divers procédés
dont nous venons de parler n’ont pas tous la même valeur : ainsi, toutes les fois que la verrue est pédiculée , le chirurgien ne doit pas hésiter à préférer la ligature; quand il n’existe pas de pédicule, nous avouons ici encore, bien que la cautérisation nous ait réussi, que c’est un moyen dont nous n’osons conseiller l’emploi : car il occasionne des douleurs très-vives, indépendamment des autres accidents auxquels il peut donner lieu.
L’extirpation est plus douloureuse encore; et comme l’arrachement exige une certaine durée et n’offre que peu de garanties , nous donnons en définitive la préférence à l’excision, à laquelle nous joignons la cautérisation avec le nitrate d’argent. En combinant en effet ces deux moyens , c’est-à-dire en enlevant ou, si l’on aime mieux, en excisant successivement ces couches deux ou trois jours après leur cautérisation, nous sommes parvenu presque toujours à obtenir des guérisons sans douleur et sans écoulement de sang.
§ IV. Des ampoules.
L’épiderme est-il fin , une lancette suffit pour les ouvrir; est-il au contraire dur et épais, c'est avec le bistouri qu’il faut alors procéder , en ayant soin d’en enlever une portion suffisante avec des ciseaux.
ART. II. — MALADIES DE L’oNGLE.
§ Ier. Épanchement de pus soms les ongles.
Pour réussir dans les cas dont nous parlons , il convient d’abord d’amincir 1 ongle en le raclant, a l’aide d’un éclat de verre de vitre ou du tranchant d’un grattoir, jusqu’au moment où, étant arrivé sur l’endroit correspondant au foyer , l’opérateur puisse ouvrir ce dernier avec la pointe d’un instrument. Si au lieu de pus, il s’agissait de corps etrangers développés spontanément sous 1 ongle ou venus du dehors, il faudrait se comporter de la même manière. Dans le cas, au contraire, où, au lieu de pus ou de corps étrangers, ce serait du sang qui se trouverait placé sous l’ongle il faudrait alors s’en rapporter à la nature pour 1 absorption.
§ II. Accroissement anormal de l'ongle.
Les ongles du premier ou du second orteil acquièrent dans certaines circon-
TRAITÉ
stances un développement extrême, et nous en avons vu récemment en Afrique qui avaient un volume énorme et plus grands, en effet, que celui dont parle Rouhault , qui avait pourtant , on le sait, douze centimètres de longueur et une épaisseur proportionnée : aussi avons-nous cru convenable d’en débarrasser le sujet en l’excisant avec des tenailles incisives, ainsi qu’avait l’habitude de le faire Dupuylren. Lorsque l’accroissemeut a moins de volume , on pourrait se contenter de la lime ou de la scie d’horloger pour enlever Ja portion exubérante.
§ III. De l'ongle incarne ou de l'o/igle entre ’ dans les chairs.
Confondu pour ainsi dire par sa face concave avec Ja couche bourgeonnée duderme, et entouré ou au moins recouvert sur les côtés, dans une étendue de trois millimètres, vers sa racine, par un repli de téguments , l’ongle offre dans sa partie postérieure une petite tache blanche appelée lunule et qui correspond à un point de la face concave qui adhère à peine au réseau muqueux sousjacent. Un filet le contourne à l’état de simple repli épidermique, et c’est presque toujours aux dépens de ce repli que sont formées les éraillures connues sous le nom d 'envies. Quant à la portion de téguments qui recouvre la racine de l’ongle, elle ne lui adhère que dans l’étendue d'une ligne (deux millimètres) en avant ; plus profondément au contraire, l’ongle se termine par une racine mince, libre et un peu inégale : d’où il suit que c’est surtout par la face concave, et très-peu par conséquent par la face convexe , qué l’organe se nourrit.
Quoi qu’il en soit, quand la maladie dont nous parlons s’empare de l’ongle, ce dernier alors ou se dévie et plonge lui-même dans les chairs au point d’ulcérer quelquefois l’orteil voisin , ou bien ces mêmes chairs se trouvent refoulées contre l’ongle par des chaussures trop étroites ; mais, dans l’un comme dans l’autre cas, on le voit, au bout de quelque temps, se recourber davantage d’un côté à l’autre , et la portion qui plonge dans les chairs finit par se décoller des tissus sous-jacents : aussi un grand nombre de procédés et de inétho- ’des diverses ont-ils été proposés pour remédier à l’état morbide dont nous parlons. Nous nous garderons bien de les
mentionner tous; nous nous bornerons en effet à indiquer les principaux.
A. rétrécissement de l’ongle.
a. Procédé de Dionis. — Pour l’exécuter , le chirurgien ratisse avec un rasoir le milieu de l’organe, puis le divise en deux moitiés : alors, mettant de la charpie entre la portion incarnée et les chairs , il pousse les deux moitiés l’une contre l’autre. L’opérateur recommence ensuite l’opération tous les mois.
b. — Fayc , qui s’est occupé de ce procédé , l’a perfectionné en conseillant ;i l’opérateur de percer le bord libre de chacune des deux moitiés de l’ongle, et en passant par les petites ouvertures qu’il y a faites un fil métallique qu’il serre en le tordant à l’instar d’une ligature.
c. Procédé de Al. Guillemot. — Suivant l’écrivain dont nous parlons en ce moment, le bord externe de. l'ongle étant toujours celui qui rentre , c’est toujours par conséquent l'empeigne qui, en pressant contre le bord interne de l’ongle et surtout contre l’angle interne, repousse l’organe complètement en dehors, fait pénétrer son bord externe dans les chairs : aussi suffit- il de diviser entièrement l’angle interne de l’ongle suivant une ligne diagonale tirée du milieu du bord antérieur au milieu du bord interne , ou même le plus loin qu’il est possible en arrière sur ce bord interne, pour obtenir un bon résultat; en ayant soin cependant de tenir l’ongle trèscourt dans le reste de son étendue et en portant une chaussure un peu longue et assez serrée sur le métatarse pour que le gros orteil ne puisse pas s’enfoncer jusqu’au bout.
B. REDRESSEMENT DE l’oNGLE.
Procédé de Dcsault. — Croyant que dans la maladie qui nous occupe la courbure vicieuse de l’ongle était l’affection essentielle , Desault se servait d’une lame de fer-blanc de quatre centimètres de longueur et d’un centimètre de largeur , et en introduisait l’extrémité légèrement recourbée entre l’ongle et les chairs , soulevant ainsi l’un et déprimant les autres, garnie au préalable d’une petite compresse enduite de cérat. Recourbant ensuite la lame de dedans en dehors, de manière à embras-
de médecine
ser exactement le bourrelet formé par les chairs , il la maintenait clans cette position à l’aide d’une bande roulée autour du gros orteil.
Parlerons-nous maintenant des procédés deRicherand, qui se sert d’une lame de plomb ; de ceux de Dudon , Vésigné , Grabowsky et Labarraque , qui aiment mieux se servir d’agrafes d’argent qui agissent sur les bords de l’ongle sans porter nécessairement contre les chairs? Contentons-nous seulement de les mentionner et de prévenir le lecteur qui serait curieux d'en prendre connaissance qu’il trouvera l’indication de leurs œuvres dans la bibliographie.