G. DESTRUCTION DE LA MATRICE DE I.’ONGLE
Différents moyens ont été préconisés pour cette opération , et ces moyens ne sont autres que ceux dont nous avons déjà parlé : la cautérisation , ['arrachement, la compression prolongée et ['extirpation. On n’attend pas de nous que nous reproduisions , à l’occasion de la destruction de la matrice de l’ongle, chacun des procédés qui se rapportent à chacune des méthodes dont nous venons de parler : aussi nous borneronsnous à indiquer ceux de MM. Dupuytren, Baudens et Nerel qui se rapportent à lextirpation.
A.. Procédé üupuytren. — Le pied une lois saisi avec la main gauche, l’opérateur , à l’aide d’un bislouri droit ,
pratique une incision profonde et demicirculaire à sept millimètres au delà de l’origine apparente de l’ongle , de manière à cerner l’organe et sa matrice en totalité : cela une fois fait , l’opérateur donne l’orteil malade à tenir à un aide; puis , relevant le lambeau d’avant en arrière avec des pinces à disséquer, on détache toute la peau qui recouvre la racine de l’ongle et l’ongle lui-même.
L’opération est d’habitude assez vite faite pour ne pas durer plus de trente secondes.
B. Procédé de M. J\eret. — Un chirurgien auquel je m’estime heureux de pouvoir rendre justice, M. Neret, a proposé, une lois l’orteil convenablement placé, de tenir à pleine main, et par le manche, une spatule ordinaire, puis d’en glisser la plaque , la partie concave, en bas, sous le bord libre de l’ongle, et de la pousser brusquement d’avant en arrière jusqu’au delà de la racine à détacher; défaire tourner ensuite l’instrument sur son axe , de renverser l’ongle par un de ses bords et par la partie moyenne , de manière à le faire sauter en quelque sorte d’un seul coup, ou à le saisir enfin avec une pince convenable dans le cas où on ne réussirait pas.
C. Procédé de M. Baudens. ■ — L’opérateur commence par entamer la peau au point convenable, c’est-à-dire à sept millimètres au delà de l’origine apparente de l’ongle; puis, avec un bistouri tenu à pleine main, il enlève d'un seul coup, et comme s’il s’agissait d’un copeau de bois , l’ongle et sa matrice.
Bien entendu qu’après ce procédé, comme après l’emploi de celui de Dupuytren ou de M. Neret , il ne faut pas omettre d’enlever avec un soin extrême toutes les parties blanches ou fibreuses qui pourraient exister au fond ou dans les angles de lu plaie , car souvent il n’en faut pas davantage pour reproduire la maladie.
D. Appréciation . — Il ne faut attacher sans doute qu’une médiocre importance au choix a faire entre les trois procédés que nous venons de décrire; cependant nous ne pouvons nous empêcher de l'aire remarquer que celui de M. Baudens, bien que plus expéditif, ne nous paraît pourtant pus olliir autant de garanties de succès que les deux autres. Nous ne croyons pas non plus , nous en faisons l’aveu , qu'il soit bien utile de se servir de la spatule ainsi que
le recommande M. Neret (l); d’où il suit que , pour notre part , nous nous servons le plus souvent , quand le sujet désire obtenir une guérison absolue du procédé de M. Dupuytren.
§ IV. Exostose de la phalangette du
gros orted et des autres phalangettes des orteils , avec coincidence de
fongosités sous-onguéales.
Une saillie osseuse de la phalangette du gros orteil avec soulèvement et décollement de l’ongle, et production, une fois la partie à découvert , de suppuration et de fongosités , parait avoir été prise quelquefois pour un ongle incarné. Il est facile cependant d’éviter l’erreur à la forme pyramidale de la tumeur , au caractère mou et spongieux qu’elle présente à l’intérieur et à la couche compacte qui la revêt intérieurement. Non - seulement cette maladie atteint la dernière phalange du gros orteil, mais encore celle des aulresdoigts du pied ou même de la main. Du reste, Dupuytren , qui s’est occupé un des premiers de la guérison de cette affection, a eu recours pour l’obtenir ; 1° à l’arrachement de l’ongle ; 2° à l’excision de toute la portion de l’exostose recouverte de fongosités. M. Velpeau (2) avoue avoir été obligé d’ajouter à ces deux moyens la cautérisation chez un jeune étudiant en médecine; et nousmême nous sommes vil dans la nécessité d’y recourir récemment chez un jeune israélite d’Alger ( mai 1844 ) :
c’est-à-dire qu’après avoir enlevé l'ongle et sa matrice avec un bistouri droit, et avoir fait sauter l’exostose en nous servant du même instrument, nous avons immédiatement appliqué un cautère actuel sur la plaie; le succès a d’ailleurs couronné en moins d’un mois notre tentative.
Suivant M. Velpeau (3) il serait préférable, dans le cas où la maladie , au lieu de s'attacher au gros orteil, atteindrait Jes quatre derniers, d’ amputer la phalangette dans son articulation avec la phalangine. Nous ne saurions partager ce sentiment, surtout en nous fon-
(1) Archiv. génér. de méd., 5e série, t. n , p. 202.
(2) Méd. opérât., t. i, p. 466.
(3) Ibid. , p. 467.
[ant sur les motifs que fait valoir le birurgien en chef de la Charité : il ’en faut, en effet, que quatre ou cinq aurs suffisent toujours pour guérir cornletement les surfaces amputées. La hirurgie conservatrice , d’ailleurs, n'a
pas pour caractère de procéder de la sorte ou de se laisser guider par le plus ou moins de facilité dans 1 exécution du manuel opératoire ou le plus ou moins de douleur qu’il peut occasionner au malade.
BIBLIOGRAPHIE