‹ Encyclopédie des sciences médicales (volume 3)Chapitre 291 sur 656 · E. DESTRUCTION PAR LES CAUSTIQUES · texte numérisé non relu

E. DESTRUCTION PAR LES CAUSTIQUES

a. Procédé Vanderback. — M. Vanderback croyant, avec un certain nombre de chirurgiens , que l’ongle végète presque uniquement d’avant en avant, conseille de circonscrire tout le bord incarné dans une fenêtre de diachylon, puis d’appliquer 15 centigrammes de potasse caustique sur les tissus de manière à les détruire, et de renouveler ensuite cette application jusqu’à la destruction des chairs fongueuses et la portion d’ongle correspondante , sans ourblier la racine.

b. Procédé B remer. — C’est en étalant une traînée de potasse sur toute la portion d’ongle en rapport avec la peau, de manière à la faire tomber en entier, que le chirurgien dont nous parlons conseille de procéder, et il dit avoir réussi.

c. Procédé Troy. — Au lieu d’agir sur les chairs fongueuses, M. Troy conseille au contraire de porter la potasse sur la matrice de l’ongle.

d. Procédé Lobai. — A en croire M.

Labat, c’est avec une lame de fer rouge, et dans le sens d’un arc de cercle et à neuf millimètres en arrière du point où l’ongle paraît sortir de la peau , qu’il convient d’agir.

Nous pourrions multiplier ici les citations pour faire voir combien sont nombreuses les modifications apportées aux procédés décrits pour la destruction de l’ongle par les caustiques. Ainsi, nous pourrions rappeler que M. Poinlier (2) conseille de ne cautériser que la portion de matrice qui donne naissance au bord incarné de l’ongle ; que M. Scou-

tetten commence par faire une incision longitudinale dont il écarte les lèvres à deux lignes (quatre millimètres) en arrière de l’ongle du côté malade, et qu'il fixe ensuile au fond de cette incision une boulette de charpie , aiin d’y déposer le lendemain une couche de pâte caustique et de mortifier la racine; nous pourrions ajouter que ce procédé est vanté à la fois par M. Ganderax (l), qui remplace la potasse caustique par l’acide nitrique, et par M. Dousel (2); et que M. Gairal, enfin, ajoute à l’incision longitudinale de M. Scoutetten , à laquelle il donne un centimètre et demi d’étendue , une autre incision transversale qu’il pratique à l’extrémité postérieure de celle-ci sur la racine de l’ongle , et que c’est dans cette dernière ouverture qu’il applique la potasse caustique (3). Mais en voilà bien assez sur toutes ces modifications, en définitive peu importantes , et il est temps d’ailleurs d’arriver à l’appréciation des diverses méthodes et des nombreux procédés que nous avons décrits.

F. APPRÉCIATION ABSOLUE ET SPECIALE DES DIFFÉRENTES MÉTHODES ET DES DIVERS PROCÉDÉS RECOMMANDÉS POUR LA GUÉRI- SON DE L’ONGLE INCARNÉ.

Aucune des méthodes dont nous venons de parler ne peut être considérée comme curative , au moins d'une manière absolue : l’arrachement , en effet , qui semblerait devoir guérir complètement le malade , n’offre cependant pas toujours cet avantage : car l’opérateur n’enlevant que la moitié de l’ongle , je veux dire la portion malade, laisse aussi des chances au retour de la maladie; à plus forte raison doit-on en dire autant de la destruction par les caustiques , outre le temps plus long qu’ils exigent pour leur action ; il est vrai qu'ils effraient en général moins les malades, mais c’est là un bien faible avantage pour le patient , qui souffre alors beaucoup plus long-temps! Que dire de l'ablation des chairs, sinon que cette méthode est encore plus infidèle que la cautérisation ? Quant au redressement , il serait sans contredit préférable; malheureusement il exige beaucoup de soins et de panse-

(f) Bull. gén. de lliér., t. îv, p. 505. (1) Dousel, ibid.

(2) Dousel, Thèse de la Faculté de (2) Dousel, ibid.

Strasbourg, 2G mai 185G. (3; Gairal, Bull, clin., t. r, p. 108.

DE MÉDECINE

mcnts délicats et ne peut guère êlre employé que chez les personnes aisées.

Mais enfin quelle méthode conseiller parmi celles dont nous venons de parler , à ceux qui bornent leurs désirs aux moyens dont nous venons de parler?

pour notre part nous plaçons en première ligne l'arrachement , puis le redressement et le rétrécissement; viennent ensuite la destruction par les caustiques et l'ablation des chairs. Maintenant , quant aux divers procédés qui se rattachent à chacune de ces méthodes, nous avouerons que , sans attacher une importance extrême au choix à faire entre eux, nous préférerions cependant, si nous avions recours aux caustiques , nous servir des procédés de M. Troy , de M. Kremer ou de M. Ganderax, à cause de leur simplicité, préférablement à ceux de MM, Yanderback , Labat , Pointier et Gairal; que, pour le redressement , nous préférerions le procédé recommandé parM. Labarraque (t), qui consiste en une plaque de fer-blanc analogue à celle dont se servait Desault, et qui, terminée en crochet étroit à l'une de ses extrémités, offre, à trois lignes en dehors et sur ses bords , une petite échancrure qui permet d'y fixer , par quelques tours de fil , le bout d’une étroite et longue bandelette de diachylon, et qu’on applique en engageant le crochet et en le faisant glisser aussi profondément que possible entre l’ongle et les chairs , saut à tirer la bandelette de diachylon dans le sens opposé et en lui faisant faire le tour de l’orteil. Reste ensuite à passer sur la portion libre de la plaque de fer-blanc les circulaires de cette bandelette qui la feront basculer de haut en bas comme un levier du premier genre , et permettront de relever ainsi avec toute la force désirable le bord de l’ongle. Bien entendu que, dans le cas oh t’ongle serait incarné par les deux côtés, il serait nécessaire d’appliquer deux plaques semblables. Relativement à l’arrachement, enfin, nous dirons que, dans notre pensée, il importe assez peu qu’on ait recours à tel ou tel procédé, tons ayant été également préconisés. On se rappelle, du reste, que cette méthode est, a nos yeux, celle qu’il convient de préférer pour l’ongle incarné , à moins *lue > convaincu qu’on ne peut obtenir

(t) Thèse de Paris, n. 101. 1857.

avec ce procédé qu’une guérison incomplète en définitive, à cause du développement de l’ongle par la matrice de cet organe, on ne préfère imiter la conduite de M. Malgaigne , qui incise avec précaution , à l'aide de ciseaux ou de la pointe d’un bistouri , toute la portion incarnée de l’ongle jusqu’à l’endroit où il sort des chairs, le saisit ensuite avec des pinces et l’attire en dehors, de manière à le déchirer ; puis , cette opération se faisant d'habitude sans douleur et sans une goutte de sang, se contente ensuite de mettre un peu de charpie râpée sous les chairs , et a la satisfaction de voir son malade marcher et courir , sauf à recommencer trois mois après.

Sans doute , il faut bien l’avouer , rien n’est plus ennuyeux pour un malade que d’être obligé de venir réclamer trimestriellement les secours de la chirurgie : aussi concevons-nous que quelques-uns préfèrent s’exposer à des douleurs plus vives et réclament une opération plus complète, je veux parler de la destruction de la matrice de l’ongle , opération conseillée du reste également par quelques praticiens pour l’ongle rentré dams les chairs sans altération de la matrice de cet organe : c’est par la description de cette opération que nous allons terminer les opérations nécessitées par les maladies de l’ongle et de l’épiderme :

l’exosfose de la phalangette étant étrangère aux affections de ces deux tissus et ne se trouvant comprise dans ee chapitre qu’à cause de ses connexions avec les maladies dont il y est question.

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