‹ Encyclopédie des sciences médicales (volume 3)Chapitre 31 sur 656 · ART. 111. PASSEMENT · texte numérisé non relu

ART. 111. PASSEMENT

Opérer n’est pas guérir, et nous pouvons ajouter, sans crainte d’être contredit, qu 'amputer ne L’est pat davantage.

Une fois la partie malade retranchée du corps, en effet, la besogne de l’opérateur n’est pas terminée , et une tâche non moins importante lui reste à remplir. Il faut en effet qu’il dispose les parties de telle façon que la nature aidée par l'art fasse promptement les frais de la cicatrisation de la plaie qu’il vient de former. .j

§ Ier. Arrêter l'hémorrliagie..

Un des premiers soins de 1 homme de l’art, une fois le membre séparé, est d’arrêter l’écoulement du sang , et pour cela il commande d’habitude à l’aide chargé de la compression de laisser circuler librement le liquide pendant quelques instants, afin de découvrir les vais>eaux.

Ceux-ci une fois reconnus, l’opérateur s’en empare soit avec une pince à ligature , soit avec un tenaeuhun , et y applique immédiatement un fil ciré , ainsi que nous l’avons indiqué dans les prolégomènes. Il vaut mieux se servir de l’un ou de l’autre de ces instrumenta que de faire usage de la pince portenœud de J. Cloquet ou de Colomba.

Une fois les troncs principaux liés, s’il s’écoule encore un peu de sang par les petites artérioles , on s’en rend maître à l'aide de la torsion. Dupuytren avait l’habitude d’aftendre ensuite quelques heures avant d’appliquer le premier appareil , afin de s’assurer qu’il n’y avait plus d’écoulement de sang à craindre ; tant était grande l’appréhension qu’il

DE MÉDECINE

avait de l'hémorrhagie même capillaire.

Il est d’usage dans les hôpitaux de ne pas différer pendant autant de temps :

cependant il n’est aucun praticien qui ne redoute les suites de l’hémorrhagie.

Il importe, du reste, de se rappeler que quelquefois on n'a vu survenir aucun écoulement de sang à la suite de quelques amputations.

M. Velpeau a fait insérer dans les tomes i et n du Journal hebd. med. un assez grand nombre de faits de ce genre. M. Zinck a eu occasion de l’observer à l’avant-bras, Chalmeil au bras, et enfin, avant ces observateurs , Léveillé , Briot et un assez grand nombre de chirurgiens militaires avaient eu occasion de faire la même remarque. ( Journ . gcn.

de me’d., t. xlvii, p. 228). iNous-même avons eu occasion de pratiquer deux amputations qui nous ont présenté le même phénomène.

Quelquefois le sang , au lieu de venir des artères, s’écoule des veines, et quelquefois même le jet en est saccadé : M. Champion de Bar-le-Duc dit avoir été obligé de jeter une ligature sur la veine crurale pour remédier à une hémorrhagie survenue à la suite d’une amputation de cuisse chez un homme très-nerveux, et auquel l’idée d’une mutilation avait causé une frayeur extrême. Cet individu fut pris , aussitôt après la séparation du membre, de menaces prolongées de suffocation. M. Velpeau dit aussi s’être servi trois fois de ce moyen sans qu’il survînt aucun accident. 11 ajoute même qu’il est disposé à penser qu’on exagère les dangers de celte ligature. Nonobstant ce qui a été écrit à ce sujet par le chirurgien en chef de la Charité, nous doutons à notre tour qu’un pareil exemple trouve beaucoup d’imitateurs , et nous aimerions mieux la compression directe ou immédiate.

En cas d’hémorrhagie capillaire , les réfrigérants et l’exposition à l’air froid suffisent presque toujours : quant à celle fournie par l’artère nourricière de l’os, on y remédie ou par la section du vaisseau en dehors de l’os ou par un peu d’agaric ou de charpie appliqués directement sur le vaisseau lui-même.

§ II. Application de /’ appareil.

Une fois le sang arrêté , le chirurgien

°>ts occuper de l’application du premier 2|,arcill mais, au préalable, il a soin de

°y®r exactement les environs de la

plaie et la surface du moignon, de manière à ne laisser entre les fibres et les faisceaux musculaires aucun corps étranger ni aucun caillot de sang capable de s’opposer à la réunion immédiate ou de devenir une cause d’irritation. Une fois ces soins de propreté terminés et les parties essuyées à l’aide d’une serviette ou d’un linge fin et doux, il est d’usage de couper près du nœud l’un des fils de chaque ligature; reste ensuite à les réunir tous dans un petit morceau de linge roulé pour les placer ainsi réunis sur l’un des côtés du membre , ou bien à prendre chacun d’eux isolément et à les appliquer dans l’endroit le plus voisin sur la surface cutanée correspondante.

Il importe assez peu de suivre l’une ou l’autre de ces deux manières de faire ; on conçoit cependant que, si l'on est jaloux d’obtenir une réunion immédiate , mieux vaut recourir au placement isolé des ligatures, car on a moins à craindre de les voir envahies par la suppuration. Dans le cas contraire, les ligatures peuvent , jusqu’à un certain point , servir de fil conducteur au pus : reste enfin à panser l’opéré.

Deux méthodes de réunion ont partagé pendant long-temps les chirurgiens, les uns voulant qu’on laissât suppurer les surfaces sanglantes et qu’on les couvrît à celte intention de corps capables de provoquer la suppuration , les autres recommandant au contraire de ne rien négliger pour obtenir promptement la réunion la plus complète et la plus exempte de suppuration possible. Une troisième méthode, préconisée par d’IIalloran, est née de ces deux méthodes exclusives , et compte aussi un certain nombre de partisans. Elle porte le nom de réunion immédiate secondaire , et participe à la fois du caractère des deux autres , la suppuration faisant la base de la première période , et le rapprochement celle de la seconde. De nos jours , il faut le dire , la réunion immédiate réunit les suffrages de la plupart des opérateurs , et la réunion médiale , celle qu’on pratiquait autrefois , ne compte plus aucun partisan. Quant à la réunion immédiate secondaire, qui constitue , pour ainsi dire, une nouvelle méthode , elle n’est en quelque sorte employée qu’exceptionnellement.

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