DES TUMEURS FIBREUSES
Il est une classe de tumeurs qui paraissent se développer sous l’inlluence d’une concrétion de lymplie ou de sang épanché dans le tissu cellulaire, ou naître à la suite d’une hypertrophie des divers tissus d’un point plus ou moins circonscrit, mais qui , quelle qu’en soit la cause, acquièrent une dureté analogue à celle des tissus fibreux : de ià le nom qui leur a été donné de tumeurs fibreuses.
Ces tumeurs jouissent du reste , malgré leur dureté, d’une certaine élasticité, et elles sont en outre plus ou moins globuleuses, bosselées, mamelonnées , et surtout exemptes de toute douleur. Quelques-unes se creusent une cspècede kyste au milieu même des tissus dont elles étalent et compriment les divers feuillets, tandis que d’autres, au contraire, ont leurs tissus confondus si intimement avec les parties voisines, qu’il est impossible de les en séparer. Leur volume est variable : d’habitude, cependant, il ne dépasse guère celui d’une noisette , d’un œuf de poule on du poing ; mais , dans quelques cas rares , on les voit ac-
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quérir celui d’une lete d enfant ou d adulte : celle que nous avons récemment enlevée avait ce volume.
Presque toujours indolentes , ces tumeurs doivent en général être respectées ; et le chirurgien ne doit pas hésiter à résister au malade qui désire s’en débarrasser, si elles ne lui causent aucune douleur et si elles n’incommodent eu rien les fonctions des parties sur lesquelles elles se sont développées. Lorsque, au contraire , elles occasionnent quelque trouble réel dans la partie, alors on peut en tenter l’extirpation ; mais encore convient-il d’établir une différence à cet égard. - L’opération réussit en effet, appliquée aux tumeurs dont nous avons déjà parlé , c’est-à-dire au centre desquelles il s’est établi pour ainsi dire un kyste, ou bien encore toutes les fois que l’affection est exclusivement locale : car alors l’opérateur n’a pas à craindre de voir récidiver la maladie ; mais, pour peu que la peau qui les recouvre soit adhérente aux tissus sous jacents ou qu’il soit impossible de la séparer nettement des parties avec lesquelles elle est en rapport ; pour peu surtout que les tissus, alors même que la peau serait parfaitement saine aient une tendance à dégénérer , il faut se garder d’opérer , sans quoi on s’expose, comme M. Roux, à voir récidiver la maladie et à perdre son malade. Mieux vaut alors sans contredit itniler la réserve de M. Velpeau, qui, ayant opéré une fois dans des conditions analogues à celles dont nous venons de parler, refusa plus tard d'opérer les sujets qui se présentèrent à lui (l). — La plus grande prudence doit être tenue, même à l'égard des tumeurs qui, bien qu’indépendantes delà peau, peuvent néanmoins se développer non loin des téguments : les exemptes malheureux observés par M. M. Farlane (2) et M. Velpeau (3) , etc., sont de nature a justifier les craintes de l’opérateur, malgré les succès obtenus par quelques praticiens.
Manuel opératoire. — Le manuel opératoire propre à l’extirpation des tumeurs fibreuses ne diffère pas de celui recommandé pour les tumeurs adipeuses, c’est-à-dire qu’après a voir pratiqué
(R Méd. opérât., t. m, p. iS8.
(2) Kncyclograph.des sc. mêd., n. 50 15(3. 1 ’
(5) Méd. opérai., t. nV, p. fSS-tSO.
TRAITÉ
sur les téguments une incision proportionnée au volume de la tumeur , on cherche à enclaver cette dernière , à la séparer complètement des parties auxquelles elle adhère; puis, une fois la tumeur enlevée, on réunit par première intention ; c'est, du reste, ainsi que nous avons procédé chez le sujet qui s’est présenté à nous récemment. La tumeur était située sur la clavicule et avait un volume considérable ; découverte par une incision cruciale et disséquée avec soin , nous l’extirpâmes avec beaucoup de peine. A part quelque écoulement de sang, il ne survint aucun accident, et le malade guérit promptement.
Ligature. — Jaloux de ne rien omettre , nous ne parlons ici que pour mémoire de la ligature , dont on pourrait avec succès faire usage dans le cas où les tumeurs fibreuses présenteraient un pédicule ou auraient un collet assez resserré dans leur point d’union avec la peau. Le manuel opératoire ne différerait en aucune façon , du reste, de celui suivi pour les autres tumeurs tégumeritaires qui se présentent avec le même caractère, et dont nous avons déjà parlé.