DES TUMEURS CANCÉREUSES
Le nom seul indique assez la gravité des tumeurs dont nous allons nous entretenir pour que nous soyons dispensé d’insister sur ce point. Quel est en effet le praticien que n’effraie pas , pour peu qu’il s’agisse d’un parent ou d’un ami , le mot lui-même , le cancer ? Et pourtant, il faut bien le reconnaître, il importe d’établir une différence entre les divers élats morbides qu’on a revêtus de ce nom et ceux qui n’en ont que l’apparence. Ainsi , nul doute qu’il n'existe, sous ce rapport, une différence extrême entre les tumeurs colloïdes, qui envahissent parfois les os et bornent souvent leurs effets aux parties qu’elles envahissent, et les tumeurs mélaniques , qui se généralisent si promptement. — Aussi , autant il est permis d’espérer quelque succès des opérations entreprises sur les premières, autant il importe de ne pas loucher aux secondes ; les organes internes , malgré l’apparence de libre exercice de leurs fonctions, étant presque toujours envahis parla maladie,
ainsi que l’attestent les faits nombreux observés par tous les hommes de l’art.
Nous établirons donc les divisions suivantes sous le rapport de la eravilé des tumeurs cancéreuses : ainsi, les premières ou les plus bénignes, ou, pour parler plus exactement , les moins dangereuses , sont les tumeurs colloïdes ; puis viennent les tumeurs squirrheuses , les tumeurs cérebroïdes, et enfin les tumeurs mélaniques . Les premières, presque toujours bornées aux parties qui en sont le siège, peuvent être l’objet de diverses opérations que le succès peut couronner. Les secondes peuvent parfois aussi guérir ; mais déjà les cas de guérison sont plus rares, moins peut-être à cause de la tendance de la maladie à se généraliser qu’à cause de celle qu’elle a à se reproduire dans le voisinage des lieux où elle existait, et cela à raison même des prolongements qu’elle envoie dans les tissus sains : aussi est-il convenable , quand on enlève des tumeurs de celle nature, de ne pas hésiler à emporter toutes les parties saines au milieu desquelles quelques racines morbides se sont développées, sans quoi il faut s’attendre à voir se reproduire plus tard la maladie principale. Quant aux dernières espèces , il faut se garder d’y toucher ; on peut leà considérer à bon droit comme de véritables noli me tanqere. Quelques praticiens , entre autres M. Velpeau , croient que , dans le cas où les tumeurs cérébroïdes surviennent chez des individus jeunes encore, et chez lesquels il n’existe aucun engorgement des ganglions lymphatiques situés au-dessous ou dans le voisinage de la tumeur, on peut en tenter l’extirpation avec succès. Nous ne saurions , nous l’avouoDs volontiers, partager celte confiance ; et, sans rejeter entièrement l'opération pour des cas analogues , du moins conseillons-nous de n’y avoir recours qu’après avoir surexaminé le malade, si nous pouvons nous servir de celle expression, et s’être assuré que tout donne lieu de penser que la maladie n’a en aucune façon commencé à se généraliser.
traitement.
On n’attend pas de nous que nous décrivions ici tous les moyens qui ont été préconisés contrôles affections cancéreuses ; c’est dans des traités d’une autre nature qu’il faut chercher de semblables détails. Disons seulement que ,
DE MEDECINE OPERATOIRE.
contrairement à l’opinion généralement adoptée, nous croyons qu'on obtiendrait plus sûrement de meilleurs résultats du traitement interne si on y donnait plus de soin et si, en un mot, le chirurgien y avait plus de confiance. Sous ce rapport, nous pourrions ajouter quelques faits heureux à ceux que AI. Tanchou a rapportés dans le traité qu’il vient de publier (l). Quoi qu’il en soit, bornonsnous à rappeler qu’un certain nombre de moyens chirurgicaux ont été em ployés contre ces tumeurs : 1° la compression, 2° la cautérisation, 3° l'instrument tranchant.
, A. compression.
Préconisée par quelques praticiens, la compression ne nous paraît pas un moyen très-efficace , car nous ne sachons pas qu’il y ait eu des fails qui constatent d une manière non douteuse qu’avec elle on soit parvenu à guérir quelque tumeur de nature cancéreuse. Sans doute, et nous en convenons volontiers, on voit souvent sous son influence diminuer l’engorgement qui survient dans les parties atteintes d’affections analogues à eelles dont nous parlons. Mais à quoi sert en définitive cette amélioration, si on est egalement obligé d’avoir recours à l’opération , puisqu’il est de précepte, pour ainsi dire, d’enlever une partie des tissus sains , afin d’ëtre plus sûr de ne laisser dans les parties aucune portion suspecte. Nous le répétons à dessein :
nous ne comprenons pas l’utilité delà compression, ce moyen, à notre avis, ne devant être employé qu’aulant qu’il pourrait être suivi de guérison ; mais pour ceux qui n’espèrent pas un pareil résultat, son emploi nous paraît irrationnel.
B. CAUTERISATION.
Considérée par un certain nombre de praticiens comme le remède le plus pro pre a détruire les tumeurs cancéreuses.
, cautérisation se pratique à l’aide de topiques divers. Qui n’a ouï célébrer lc< ver^s des pâtes de Rousselol ou du trère Cosme , et qui n’a ouï parler de celle du docteur Canquoin? Les composés; arsemcaux et le nitrate acide de mer- Ure ont aussi été employés; mais leur
(1) Traité des affections cancéreuses.
usage est susceptible de donner lieu à des sym p tomes d’empoisonnement. Quant à la potasse, au beurre d’antimoine, etc., on ne saurait y avoir recours, à cause de leur tendance à fuser. Du reste, la pâle de zinc du docteur Canquoin offre le grand avantage d’agir sur les parties à la manière d’un emporte-pièce , et sous ce rapport elle mérite souvent la préférence ; il est à regretter seulement que, ne se moulant pas sur les anfractuosités et ne s’accommodant pas toujours aux bosselures des tumeurs squirrheuses, on ne puisse y avoir constamment recours ; peu t-etre alors pourrait-on le remplacer avec avantage parle caustique de Vienne , qui , réduit en bouillie, s’introduit plus facilement dans les points les plus sinueux. — Quoiqu’il en soit, la question réellement importante à connaître est de savoir s’il est préférable de recourir aux caustiques plutôt qu’à l’instrument tranchant. Or, à cet égard, il importe d’établir une distinction • ainsi , la peau qui revêt la tumeur est-elle saine, mobile, et y a-t-il lieu de penser qu’une fois enlevée par le bistouri il sera possible de recourir avec chance de succès à la réunion par première intention, les caustiques doivent être repoussés. Les téguments, au contraire, sont-ils ulcérés, et celle ulcération se prolonge-t-elle vers les parties centrales de la tumeur; alors il peut y avoir de l’avantage à recourir à la. pâte de zinc ou au caustique de Vienne, cet avantage même pour nous n’est pas douteux , en général au moins , toutes les lois qu’en se servant de l’instrument tranchant on se trouve dans la nécessité, en enlevant le cancer, de causer une’ déperdition de substance égale aux téguments.