ART. VI. APPRÉCIATION
11 est difficile, on le conçoit aisément, de faire une appréciation générale de tant et de si divers moyens appliqués à tant de maladies d’elles-mèmes différentes, nonobstant la désignation commune qui sert à les distinguer des autres états morbides. Comment, en effet, ne voir qu’une seule et même maladie dans des tumeurs dont les unes sont , pour ainsi dire , exclusivement formées par le système veineux , les autres par le système capillaire? Comment appliquer un même remède à des affections dont les unes sont situées superficiellement
et dont les autres , au contraire , occu— ■ pent les parties les plus profondes ? Evidemment cela ne saurait être, et cela, n est pas en effet. — Ainsi la compression , qui pourrait réussir, et qui a réussi dans certaines tumeurs très-petites et qu’on peut aisément aplatir , serait , à notre avis , un moyen fort dangereux dans toute autre circonstance.
La ligature, qui semblait elle-même promettre de si beaux résultats, a échoué plus d’une fois dans des mains fort habiles, notamment dans celles de Rl. Villa urne , ancien chirurgien en chef de l’hôpital militaire d’instruction de Metz,, auquel je m'estime heureux, comme chirurgien militaire, de trouver l’occasiom de rendre justice et de donner le juste tribut d’éloges que lui ont mérités ses bons et loyaux services. On ne saurait! d’ailleurs recourir à de pareils moyens:
que quand il s’agit d'une tumeur occupant une large surface et ayant résisté, à d’autres traitements. La ligature des gros vaisseaux artériels constitue en effet par elle-même une opération fort grave, qu’on ne saurait entreprendre légère — ment , et qui , dans notre pensée , doit être réservée pour les tumeurs qu’on ne saurait attaquer avec sécurité par la cautérisation ou l’instrument tranchant. — Que dire de l’incision circulaire à la base de la tumeur, sinon quelle ne nous paraît propre qu’aux fongus cutanés et situés dans le voisinage des os?
Maintenant croit -on sérieusement qu’on oblicndra de bien bons effets de la ponction avec broiement , du tatouage , de la vaccination? Pour notre part, nous en doutons, excepté peutêtre pour quelques tumeurs mal circonscrites. Le séton lui-même et les sétons multiples nous paraissent des moyens fort équivoques , et nous préférerions, pour notre part , les aiguilles de M. Lallemand. En tout cas, leur accorderionsnous la préférence sur l’incision , nonobstant ce qu’en ont dit plusieurs écrivains. Quant à la ligature , outre ls douleur qu'elle occasionne , elle n( convient que pour les tumeurs cutanéer bien circonscrites, légèrement saillantes à l’extérieur et d’une surface peu éten due. Nous préférferions , malgré notre peu de prédilection pour ce moyen, U cautérisation , surtout pour les tumeur inégales et d’une certaine étendue. Seu lemenl la cautérisation en nappe serai mieux appropriée aux tumeurs plates e irrégulières, et celle avec une lame d(
DE MÉDECINE OPERATOIRE.
pâte de zinc ou du fer rouge, plus propre à celles qui auraient envahi toute l’épaisseur du derme.
Nous ne parlons pas île l’inoculation de la pourriture d’hôpital; et, quanta l’extirpation et, à plus forte raison, à l’amputation, on sait que nous sommes d’avis qu’il ne faut, aussi bien que pour ce qui regarde la ligature des gros troncs artériels , n’y avoir recours qu’après avoir mis en usage les moyens les plus simples. Il est toujours temps en effet , à moins que la vie du sujet ne se trouve compromise , d’arriver à l’emploi de moyens aussi extrêmes. — L’essentiel pourtant est de ne pas trop tarder. Autant, en efl'et, nous blâmons ceux qui se hâtent de sacrifier parfois des parties qu’ils auraient pu conserver avec un peu plus de confiance dans la nature , autant nous redoutons les chirurgiens qui, après avoir reconnu l’inutilité des autres moyens chirurgicaux, hésitent ou tremblent devant le sacrifice d’un membre ou d’une partie dont rien, scientifiquement et consciencieusement parlant, ne permet plus d’espérer la conservation. Dans des circonstances semblables, ne jamais désespérer de l’art et des efforts bienfaisants de la nature est une des qualités les plus précieuses que le chirurgien puisse posséder.