‹ Encyclopédie des sciences médicales (volume 3)Chapitre 339 sur 656 · ART. 1". — TUMEURS DES OS · texte numérisé non relu

ART. 1". — TUMEURS DES OS

Notre intention est de ne nous occuper ici que des exostoses , c’est-à-dire des tumeurs osseuses plus ou moins circonscrites , tantôt limitées à une partie de l'os, à base mince, pédiculée ou large , tantôt s’élevant d’une manière insensible sans limites bien tranchées et envahissant parfois enfin toute l’épaisseur de l'os. — Ast. Cooper (1) , auquel on doit un mémoire sur ce sujet , divise les exostoses 1° en exostoses médullaires (2) cartilagineuses , ou celles dans lesquelles il se développe dans l’os même une masse cartilagineuse recouverte en dehors par une lame osseuse , soit que cette lame ne soit autre que la lame ex-

' térieure qui ail pris de l’extension et de l’étendue , soit que cette lame soit un produit de nouvelle formation ; 2° en exostose périostale cartilagineuse (i) , dans laquelle la tumeur se trouve formée par une masse carlilagineuse développée entre l’os et le périoste, et dans laquelle l’ossification commence du côté de l’os et à l’intérieur de la tumeur; 3° en exostose médullaire fongueuse, qui se décèle par une tuméfaction générale du membre, des douleurs plus ou moins vives , puis par une tumeur qui ne tarde pas à offrir des bosselures , des ulcérations cutanées, toutes circonstances qui dénotent que la maladie a son point de dé part dans la membrane médullaire , au sein du tissu spongieux ; la tumeur parait d’ailleurs , à l’examen , composée de masses lobuleuses de couleur et de consistance variables , offrant à l’observateur tantôt une substance jaune , comme de la graisse , tantôt une substance cérébril'orme , tantôt , au contraire, une substance ressemblant par sa dureté et sa blancheur au cartilage, avec divers points osseux , et enfin des granulations plus ou moins vasculeuses (2); 4° en exostoses périostales fongueuses (3), différant peu, quant aux symptômes, de la précédente, c’est-à-dire se présentant sous la forme d’une tumeur bosselée , et, comme la dernière, donnant lieu , par suite de ses progrès , à l’ulcération de la peau , aux hémorrhagies , à la gangrène et à une suppuration abondante , suivie de mort dans le cas où l’art n’inlervient pas activement.

ART. U. — TRAITEMENT

Un assez grand nombre d’opérations ont été proposées pour la guérison des exostoses; mais il est évident que, avant de songer à y recourir, il s’agit , avant tout, de s’informer de la cause qui leur a donné naissance. Quelques-unes , en effet , paraissent dépendre d’une affection générale , et on conçoit que , pour celles de cette nature , on ne saurait songer à aucune espèce d’opération avant d’avoir détruit , au préalable , la maladie, dont la tumeur osseuse n’est que l’expression. Songer, en effet, à agir sur une exostose syphilitique avant

(1) œuvres compl. trad. de Chassaiignae, p.594. 1835.

(2) Ibid., p. 000.

(1) Ibid., p. 598.

(2) Ibid.„p. 599.

(5) Ibid., p. 602.

TRAITÉ

d’avoir mis en usages les remèdes propres à guérir la syphilis constitutionnelle , serait une faute dont on ne peut supposer capable aucun homme de l'art.

Nous en disons autant pour toute autre affection générale ; nous ajoutons en outre qu’il s’en faut beaucoup qu’il faille opérer toutes les exostoses. Il serait de la dernière imprudence, en effet, de toucher à celles qui ne nuisent en rien aux fonctions de la partie sur laquelle elles siègent. Celles-là seules réclament les secours de la médecine opératoire qui mettent obstacle à l’exercice des fonctions d’une partie ou compromettent l’existence de l’individu.

De tous temps , du reste, les tumeurs osseuses ont fixé l’attention des hommes de l’art. Déjà Héliodore (1) s’en était occupé. J.-L. Petit (2), Duverney (3), Allan (4) , B. Bell (5) , Maune (G) , ont recommandé d’employer le trépan cxfoliatif, le ciseau et le maillet. Quelques autres ont recommandé, au contraire, le 1er rouge et les caustiques. De ce nombre se trouve Lecat (T). — Nicolas

(8) préférait scier la base de la tumeur, et Ast. Cooper (9) a conseillé d’en agir ainsi pour quelques exostoses. Il en est qui , comme Voigt (10) ou Petit-Radel (41), ont conseillé l'extirpation ou la résection. Quant à Klein, qui a préconisé la ligature , nous n’en parlons que pour mémoire (12).

De nos jours les chirurgiens ont cherché à établir, relativement au traitement des exostoses , des principes un peu moins vagues. Ainsi , on est généralement d’accord pour reconnaître aujourd’hui (comine l’étaient autrefois les praticiens sages) de respecter les tumeurs osseuses qui n’apportent aucune gêne dans les fonctions du membre sur le-

(1) llist. de la chir. par Peyrilhe, p. 591-392.

(2) Œuvres posthumes, t. n, p. 27.

(5) Maladies des os, t. il, p. 500.

(4) Des exostoses, p. 12. 1770.

(5) Cours de chir., t. v, p. 514.

(6) Maladies des os, p. 19-53-53.

(7) M6m. de l’Acad. de chir., t. vii, p. 157, in -12.

(8) Dict. de chir. et de méd. prat., t. j, p. 521 , 522.

(9) Œuvres compl., trad. de Ciiassaignac.

(10) Flouquel, suppl., p. 53, col. 3.

(11 ) Bncyclopéd. métliod.

(12) llist. de la chir., t. vin, p. 341.

quel elles reposent. — Lorsque, au contraire , ces fonctions se trouvent plus ou moins compromises et l’exercice du membre plus ou moins gêné , alor3 on a recours , suivant l’espèce d’exostose à laquelle ou a affaire, aux opérations suivantes :

A. S'agit-il à' exostoses cartilagineuses médullaires , une incision est faite sur les téguments dans le dessein de mettre à nu la tumeur, dont on détruit la coque osseuse avec la scie , le trépan perforatif ou le ciseau; puis , cela fait, on enlève , à l’aidé d’un élévaloire , le noyau cartilagineux de la cavité où il avait pris racine ou qu’il s’était creusée.

B. S’agit-il à' exostoses épiphysaires (et rappelons ici que les exostoses pé— riostales de ce genre, c’est-à-dire les exostoses qui ne sont d’abord que juxla-posées sur la surface de l’os , ont été appelées par M. Rognetta exostoses cimentées alors qu’elles ont contracté des adhérences osseuses), l’opération ne diffère guère de celles auxquelles on a recours pour les autres tumeurs ; seulement on conçoit qu’ici , au lieu d’inslrument tranchant, on doit faire usage de scie, ou de ciseau , ou de maillet. — Offrent-elles un pédicule étroit, un trait de scie horizontal suffit pour s’en rendre maître.

Leur base , au contraire , a-t-elie une certaine largeur, peut-être alors y a-t-ili quelque avantage à l’attaquer en plu-, sieurs points en pratiquant des excavations en plus ou moins grand nombr" , et qu’on rapproche à l’aide du perforatif, soit en la dix'isnnt perpendiculai-. renient à l’aide de plusieurs traits de scie croisés en divers sens. Cela fait . rien n’est facile ensuite au moins commed’agir avec la scie à la hase ou d 'enlever avec la gouge et le maillet chaque portion de la tumeur. — Au crâne, il vaut mieux se servir de la scie que de faire usage du maillet , qui pourrait donner lieu à des ébranlements plus ou moins funestes.

C. S’agit-il d’e.mrfosev fongueuses l’opérateur peut choisir entre les procédés suivants :

I. Procéder à leur destruction , paie appliquer le feu sur tous les points où la fongosité a jeté quelques racines, une fois la destruction osseuse achevée.

II. Laisser la tumeur intacte et coupc élans les parties saines des tissus osseux à quelque distance -de sa hase.

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