CORPS ÉTRANGERS SITUES DANS LES AUTRES PARTIES DU CORPS
Il se développe parfois au sein de nos organes des corps étrangers qui nuisent plus ou moins à l’exercice de leurs fonctions, et vont même quelquefois jusqu’à y mettre un obstacle plus ou moins absolu. Dans d’autres circonstances, ces corps, au lieu de se former de toutes pièces pour ainsi dire dans l’économie s y introduisent et y séjournent, ainsi qu il arrive souvent pour les organes qui communiquent avec l’extérieur tels que l’oreille, la bouche, etc., ainsi que nous le dirons en traitant des affections propres a chacune de ces parties. Ici eu effet, nous ne traiterons que des corps étrangers introduits le plus souvent d une maniéré violente dans les autres
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§ Ier. Tête.
on
loiie.DiCl‘ dG C'lir' prat” p- 206’ leco-
184? DiC,‘ ^ m6d- C" 30 vol‘> »• iv, p.
(5) Cases of surgery, p. 55-82.
(4) Ouvr. cité, t. i, p. 280.
(5) Med. comment., t. iv, part. i.
(6) Ouvr. cité, t. iv
gj J^^- dechir.;,. p. 331.
« K1 * * 4 5' t m6<l. ch., t. ii, p. 421.
ioiMihV 7’' lrans-’ (-v’P- G7rîii Ibl 1(1 ’’ '• v> P- 70- 2 tl,e joints, p. 221.
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Des corps etrangers de toute espèce >.t e^é rencontrés à la tête, mais ce sont principalement des balles, ou des portions de balle, des éclats de bombe ou d omis , des fragments de métal ou de bois des portions de vêlement ou de caillou qu’on y a trouvés , ainsi que l’attestent les faits rapportés par Parrisb (t) MarebelU (2), Percy (3), de La iitVé ( ), Donnadieu (6), Cotirgeolles (G):
185G. EnC}cl°S'-' ** sc- m(d..
(2) Ronet, Corps de méd t m r>
obs. 25, p. 230. '* ln> P* u>
109? ManUel d“ ^drurgien d’armée, p.
COmpL dG Chir” .*• C P- 8,
5495) AnCien J°urn* de méd., t. vin, p.
(6) Ibid., p. 55i,
TRAITÉ
ainsi c’est un dé qui avait pénétré du pharynx dans la fosse ptérygoïdienne ; c’est un morceau d’éventail qui, entré par l’orbite, en sortit parle palais; c’est une épée entrée entre la gencive et le nez I et qui sortit près de l’oreille ; c’est une pointe de fuseau en cuivre qui est restée pendant treize mois dans la joue et l’une des mâchoires ; c'est un fragment de bois retenu dans l’arcade sourcilière et qui y séjourne quatorze ans sans donner lieu à aucun accident ; faits qui, bien que remarquables, le sont moins encore que ceux publiés par F. de Hilden (1), Morand (2), Zedleg (3), Thomassin (1), Majault père (5) et noire bon Ambroise Paré (6), etc., et dans lesquels on a vu des balles séjourner des mois et des années entre le crâne et la dure- mère, ou dans l’épaisseur dé l’os frontal au-dessus de l’orbite ; des flèches traverser de part en part le .sommet du crâne sans causer la mort; une culasse de fusil enfin rester deux mois dans le cerveau sans donner lieu à aucun accident, et son extraction être suivie de mort.
§ II. Thorax.
Ici encore, des faits non moins extraordinaires ont été observés : ainsi on a vu des balles séjourner pendant plusieurs lustres dans les poumons sans faire périr le blessé, bien qu’elles eussent traversé l’organe respiratoire, et brisé en éclats plusieurs côtes (7); une lame de couteau fixée dans une côte, et proéminarit plus à l’intérieur du thorax qu’au dehors de la côte; un fleuret traversant de part en part la poitrine et y séjournant pendant trois lustres, fixé d’une part dans l’épaisseur de la côte et de l’autre dans le corps d’une vertèbre, et cela sans que pendant long-temps personne s’en soit douté.
(1) Bonet, ouvr. cité, p. 160.
(2) Opusc. de chir., p. 159. 1838.
(3) Gaz. méd., p. 579.
(4) Extract, des corps étrangers, p. 16. 15) Mémoires de l’Acad. de chir. , p.
316, in -4°.
(6) Werther, Journ. gén. de méd., t. i.xix, p. 425. — Brio!, II ist. delà chir. milit->p. 97. — Larrey, Mém. et camp., t. iv, p. 259. — Broussais, Plilegm. chroniq-, t. n, P- 512. — Thomassin, ouv. c., p. 96.
(7) Presse méd., t. J, p. 151.
§ III. Abdomen.
Des balles, du plomb, des chevrotines, etc., introduits dans l'abdomen, s’y sont quelquefois enkystés et y ont séjourné pendant un temps plus ou moins long sans occasionner la mort(l); des épis d’orge se sont fait jour par l’hypochondrc gauche (2); des fourchettes, des pièces d’or ont été rendues par l’anus (3); des couteaux même ont trouvé plus tard une issue dans l’aine (4) ou la fosse iliaque (5), ou ont été extraits par l’épigastre.
§ IY. Voies urinaires.
Il peuL se faire que des corpfe étrangers introduits dans l’économie par les voies digestives ou toute autre cavité finissent, on le conçoit, par arriver jusque dans le réservoir de l'urine et y deviennent le noyau d’un calcul ou d’une phlegmasie purulente; cependant, il faut le reconnaître, les cas de cette nature sont assez rares, et la plupart du temps c’est ailleurs que par les voies urinaires que ces corps sortent de l’économie , quand la nature tend à s’en débarrasser (G).
§ V. Des membres.
Des épingles, des aiguilles, peuvent non -seulement s’introduire dans les membres, mais encore des corps étrangers d’un volume beaucoup plus considérable: tels que des fragments de verre, des tiges de bois et des projectiles de diverse nature. Lorsque l’épingle couserve encore sji tète, cette dernière, faisant jusqu’à un certain point obstacle, s’arrête plus aisément, et il est dès lors plus facile d’en constater la présence et plus aisé aussi de l'extraire; mais lorsqu’elle a été décapitée, alors la difli-
(1) Larrey, Clin, chir., t, ii, p. 269- 569-521. — Velpeau, Méd. opérât., t. ni, p. 232.
(2) Planque, Biblioth. de méd., t. i, p. 46. — Journal des savants, octobre
(3) Legendre, Biblioth. de Planque, t.
in, p. 560.
(4) A. Dubois, Bull, de la Faculté de méd., t. vi, p. 451.
(5) Otto, Bull, tbér., t. xv, p. 320.
(6) Biblioth. de Planque, 1. 1, p. 48.
DE MÉDECINE OPÉRATOIRE
culte augmente, il peut arriver que le corps étranger échappe, ainsi qu'il est arrivé aux chirurgiens les plus habiles. Dire qu’il en a été de même dans certains cas pour des fragments de verre d’un certain volume, paraîtra un paradoxe ; et cependant le fait n’en est pas moins exact : des morceaux de verre sont en effet restés pendant dix-huit mois, deux ans et plus sans que rien ait fait soupçonner leur présence et cela nonseulement à la cuisse, à la main, mais même au front ( 1 ); nous-même avons eu occasion d’en extraire un ces jours-ci qui depuis plus de trois ans élait resté sous la peau des tempes , enveloppé pour ainsi dire par les libres du muscle temporal. On s’est demandé, il est vrai, depuis long-temps comment des morceaux de verre, qui d’habitude sont tranchants et irréguliers, peuvent ainsi .séjourner au milieu de nos tissus sans y faire naître une réaction plus ou moins douloureuse, et nous avouons que les raisons qu’on a données nous paraissent assez pauvres ; se borner en effet à dire que ces corps n’étant susceptibles d’éprouver aucune réaction chimique, se bornent alors à déranger mécaniquement ou physiquement les parties, ce n’est à coup sûr pas expliquer comment des parties plus ou moins irritables peuvent sitôt s'habituer au contact permanent de corps anguleux et irréguliers. Du reste le verre nejouit pas seul de cette propriété , car il y a trois jours (l G juillet 1 844) j’ai retiré de la cuisse d'un condamné au boulet une tige de bois assez volumineuse qui y séjournait depuis près de deux ans , et qui pendant long-temps n’avait donné lieu à aucune douleur.
Aujourd’hui même j’ai retiré de la main d’un Espagnol un morceau de bois qui ressemblait assez à une carotte , et qui y élait entré il y avait quatorze mois, entre le pouce et l’indicateur droits. En présence de ces faits, rien ne nous paraît plus naturel que de concevoir comment des balles ont pu se fixer soit le long du tibia comme chez le prince de Rohan, soit le long de la cuisse comme chez de Saint-Marc (2), dans le ventre (3), non
^JA) Velpeau, Médec. opérât., t. ni, p.
(2) Dionis, Opérât., p. 81t.
(3) Blégny , Journal de méd., t. iv, p.
loin de la fesse (1) et au centre du sternum (2).
§ VI. Traitement.
A. Le traitement des divers états morbides dont nous venons de parler, doit nécessairement varier suivant la nature des corps étrangers introduits dans l’économie. Aussi , ceux qui sont lancés avec une force extrême et qui pénètrent assez profondément dans nos tissus pour ne donner aucune prise à l’extérieur, tels que les balles , le menu plomb , les grains de poudre, les bourres d’une arme à feu, les portions de vêtement, etc., exigent un traitement différent de ceux dont la forme est allongée et qui peuvent être saisis par une de leurs extrémités, ainsi qu’il arrive pour une lame de couteau ou d’épée, une écharde, etc., puisque toujours alors la plaie qui a servi à l’introduction de ces corps existe encore et sert à faciliter leur recherche. Quoi qu’il en soit, nous posons ici d’une manière succincte les principes auxquels nous engageons nos lecteurs à se conformer, soit qu’il s’agisse de plaies d’armes à feu, d’extraction de balles ou de celle de corps étrangers laissant quelque prise à l’extérieur.
Ainsi, relativement aux plaies d’armes à feu, on sait que deux doctrines sont en présence : celle des chirurgiens français, qui croient qu’il convient de débrider dans tous les cas ; celle des chirurgiens anglais, qui , k l’imitation de John Hunier, n’out recours au contraire au débridement que dans certaines circonstances. Cette dernière méthode est, du reste, celle que nous avons suivie dans ces derniers temps et la seule que nous recommandions à nos confrères.
Dans notre pensée, en effet, ne doivent être débridées : 1° que les plaies à tissus aponévrotiques, aussitôt que l’étranglement apparaît ; 2° les plaies renfermant des corps étrangers ou celles sur lesquelles on est obligé de lier des vaisseaux, et alors il ne faut pas hésiter à inciser toute la plaie jusqu’à l’artère ou jusqu au corps étranger. Dans le cas contraire, c’est-à-dire lorsqu’il ne s’a- <|ue de supposer à l’étranglement, 1 incision des tissus fibreux est suffisante,
(1) Dionis, ouv. cité, p. 812.
(2) Lasserre, Cas de chir., etc., p. 25.
TRAITÉ
tendons entre lesquels elle se trouve
pourvu qu’on se conforme aux préceptes généraux suivants, savoir : 1° pratiquer toujours le débridement parallèlement à l’axe du membre, en s’écartant autant que possible des vaisseaux et des nerfs; 2° se servir du doigt ou de la sonde cannelée pour diriger le bistouri et faire agir l'instrument de dedans en dehors, ou bien faire usage du bistouri droit k lame étroite et boulonnée ; 3° avoir soin, autant que faire se peut, de débrider du côté le plus déclive, afin de favoriser l’écoulement du pus; 4° fendre les aponévroses d’abord en long, puis eu travers et au besoin inciser, s’il est nécessaire, et ne pas hésiter à les fendre en étoile; 5° ne jamais omettre d’inciser dans toute l’étendue de l’étranglement; 6° panser la plaie le plus simplement possible et se bien garder de réunir la plaie par première intention.
B. Relativement à l’extraction des balles, on la pratique, on le sait, ou avec les doigts quand elles sont peu engagées, ou avec des instruments divers, les pinces, le bec de cuiller et le tire-fond,' quand la balle est incrustée dans un os. Pour notre part, nous préférons nous servir de pinces k polype dont l’extrémité offre une petite cuiller fenêlrée , ou de pinces que l’on doit k M. Charrière, et dont les manches croisés l’un sur l’autre permettent aux branches de s’écarter presque parallèlement. Ajoutons du reste que personne ne se sert plus de tire-fond. Seulement, lorsque l’on a k extraire une balle, il convient 1° de reconnaître sa position, et, à cet effet, l’ examen du trajet de la plaie, son exploration avec la sonde, celle de tous les points de la surface du membre peuvent aussi bien que la position qu’avait le malade au moment de la blessure concourir singulièrement k faciliter les recherches; 2° de ne jamais reculer devant la multitude des débridements pour arriver jusqu’à elle et lui donner issue ; 3° de pratiquer une incision dans le point le plus rapproché du membre où elle se trouve, plutôt que de chercher k l’extraire par l’ouverture extérieure; 4° de pratiquer le trépan dans le cas où on ne pourrait là tirer de l’os où elle est incrustée, à moins qu’on ne préfère l’y laisser dans le cas où elle ne’ donne lieu k aucune douleur ; 5° d’abandonner son expulsion à la nature dans le cas où on serait obligé d’avoir recours à des incisions très-profondes pour arriver jusqu’au projectile ; G0 de couper un des
enclavée ; 7° de tâcher de l'extraire avec ,1’exlrémité d’une spatule après au préalable l avoir ébranlée dans le cas où elle serait placée entre le tibia et le péroné, le 'cubitus et le radius ; 8° enfin de comprimer le tronc artériel principal de la partie dans le cas où on a lieu de craindre une hémorrhagie.
C. Relativement à l’extraction des autres corps étrangers et non saillants à l'extérieur, il convient l° de procéder k l’extraction des grains de poudre arrêtés sous la peau avec la pointe d’une aiguille ; mais il ne faut pas se dissimuler qu'on arrive rarement k un résultat complet, même en y mettant la patience la plus grande; 2° de sortir les esquilles d’os, les éclats de bois, de verre, les portions de vêtement , en faisant toutes les incisions jugées nécessaire et en se servant de pinces convenables; 3° d’attendre, pour les corps étrangers perdus dans les tissus, qu’ils se fassent jour à l’extérieur ou donnent naissance à des symptômes qui en indiquent la présence, et alors on incise ou sur le corps luimême ou dans le voisinage du lieu où il se trouve, afin d’arriver jusqu’à lui.
D. Enfin relativement k l’extraction des corps étrangers laissant prise à l’extérieur, il convient : 1° dans le cas où un instrument à poignée a pénétré dans les chairs par la lame, il convient, disje, de se servir de celle poignée pour retirer l’arme ; 2° dans le cas où la lame serait brisée et ne pourrait être saisie avec les doigts, de faire usage alors de pinces très-forles dont les mors seront garnis de linge afin de les empêcher de glisser sur la lame ; 3° dans le cas enfin où la lame offre de la résistance de la saisir k l’intérieur avec des tenailles de maréchal. Dans le cas où la lame laisse encore quelque prise à l'extérieur, on met le pied sur la région où l’instrument est enfoncé, afin de l’assujettir durant les violents efforts d’extraction.
E. 11 faut armer son doigt d’un dé métallique et le porter, dans le cas où la lame, brisée au niveau de l’os, ferait saillie dans une cavité, la bouche, la poitrine, etc., .le porter, dis-je, dans cette cavité, de manière à repousser l’instrument de dedans en dehors. Il est bien entendu que pour en agir de la sorte k la poitrine, il faudrait qu’il y eût au préalable plaie pénétrante.
F. Il faut enfin trépaner, dans le casou l’instrument n’offre aucune saillie au de-
DE MÉDECINE OPERATOIRE. 551
hors ni dans une cavité et où il survient que l’inflammation et la suppuration
des accidents graves, trépaner, dis-je, aient ramolli les tissus et permis au corps
dans le cas où on espère obtenir quel- étranger de se déplacer ou au moins
que chance de réussite pour extraire le l’aient mis dans des conditions plus fa-
corps; attendre au contraire, s’il n’existe vorables à son extraction,
pas d’accidents ou s'ils sont peu graves,
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