MEMBRES SUPÉRIEURS
Telle es! en général l’utilité des membres supérieurs , qu'il est d’usage d’en conserver le plus possible ; aussi tous les praticiens sages se conforment-ils à celte règle, dont personne d’ailleurs ne conteste les avantages.
ART. lor. — AMPUTATION PARTIELLE DES DOIGTS.
La facililé de la désarticulation, et le peu de dangers qu’elle offre en général , donnent le droit de supposer que les anciens devaient y recourir : cependant il ne paraît pas qu’ils la pratiquassent souvent. Cette opération , de nos jours au contraire, se fait fréquemment, et on compte un grand nombre de procédés.
Ce n’est pas que tous aient également la même valeur, quoique tous, pourtant, aient été suivis de succès.
§ Ier. Anatomie chirurgicale.
Le grand nombre de parties tendineuses et fibreuses qui entrent dans la composition de la main , le riche appareil vasculaire et nerveux dont ces parties sont pourvues, rendent les opérations qui se pratiquent sur celle partie délicate beaucoup plus chanceuses qu’elles ne le seraient sans cela; et l’on a vu la mort succéder plus d’une fois à ces amputations si simples en apparence. Toutes choses égales d’ailleurs, le pouce et l’auriculaire doivent être plus souvent que les autres doigts le siège d’accidents graves , à cause de la non - terminaison en cul-de-sac de leurs gaines synoviales. On sait , en effet, que les tendons fléchisseurs, après
s’être réunis dans le creux de la main, s’y trouvent maintenus dans des coulisses fibreuses où les synoviales présentent pour l’indicateur, le médius et l’annulaire un défaut de continuité avec les parties voisines, bien propre à s’opposer jusqu’à un certain point aux progrès de l’inflammation le long de la paume de la main et de l’avant-bras. Quant au manuel opératoire, la facilité de l’exécution est la même pour tous; les parties à divis r ne variant pour aucun des doigts. Partout, en effet, on rencontre une portion osseuse articulée en ginglyme pour les deux phalanges antérieures , et par énarlhrose pour celle qui s’unit au métacarpe.Une particularité anatomique qu’il importe de se rappeler, pour diriger sùl’ement l’instrument , est que l’oxlrémité antérieure de la phalange se trouve terminée par une poulie, tandis que la portion postérieure présente deux petites cavités séparées par une petite crête; deux ligaments latéraux très forts maintiennent unies les surfaces sur lesquelles glissent antérieurement et postérieurement les tendons fléchisseurs et extenseurs. Des deux tendons fléchisseurs, l’un se fixe à la phalange unguéale: et à l’aide d’une bride qui n’est pas toujours trèssensible , à la phalange métacarpienne :
le second, au contraire, s’attache par ses deux lames aux côtés de la phalange médiane. Un tissu cellulaire d’une nature particulière sépare ces tendons et leur gaine de la peau , qui ici présente des données importantes à connaître pour arriver plus sûrement dans l’article. Il existe en effet presque toujours à l’endroit correspondant aux surfaces articulaires des plis que l’état pathologique ne fait pas disparaître, et qui indiquent d’une manière presque certaine le lieu précis où l’instrument doit pénétrer. Ainsi, à la phalange unguéale, et quand on at-
DE MÉDECINE
laque l’articulation par la face dorsale , c’est à un millimètre ( une demi-ligne ) du pli cutané qu’il faut porter l’instrument ; ou , si la ride n’existe pas , à un millimètre au- devant de la terminaison du pli de la face palmaire. A la phalange moyenne , au contraire , c’est sur le pli cutané palmaire que le bistouri doit aboutir, et sur le pli transversal médian dorsal qu’il doit agir d’abord. Lorsque c’est par la face palmaire qu’on opère, c’est également à un millimètre au-devant du pli cutané correspondant que l’instrument doit pénétrer; et à la base meme de ce pli si c est la seconde phalange qu’on ampute.
L’articulation métacarpo-phalangienne présente aussi à la face palmaire un pli cutané, auquel on a donné le nom de commissure digitale ; mais ici c’est ordinairement à deux centimètres et cinq ou huit millimètres (dix ou douze lignes ] au-dessus que se trouve l’articulation, qui, du reste, offre comme les précédentes des ligaments latéraux, et sur les faces antérieure et postérieure des tendons fléchisseurs et extenseurs, et de plus des tendons lombricaux et des interosseux.
C'est aussi au métacarpe qu’appartient la tête articulaire; et lorsque les doigts sont fléchis, cette tête fait une saillie assez considérable qui ne permet pas de la méconnaître. Maintenant, si l’on cherche avec ces données à déterminer sur . quel côté doivent être prises les parties
1 molles destinées à former les lambeaux , on est conduit nécessairement à rceonnailre que la surface palmaire est celle qui offre les conditions les plus avantageuses. En effet, le tissu cellulaire y est abondant, et y forme une espèce de coussin, tandis qu'à la face dorsale les 1 parties molles y sont très rares et le tis—
: su cellulaire en quelque sorte nul. Aus- ' si n’exisle-t-il point de dissidences réelles à ce sujet. Une circonstance favora- ’ blc naît pour ces désarticulations de la ' situation des vaisseaux artériels , qui , t{ côtoyant l’un et l’autre les surfaces os- >[ seuses, permettent presque toujours à [<> l’opérateur de se contenter de la compression pour arrêter l’hémorrhagie.
ii'l ÿ If- Ueç differentes méthodes flJ'l d’ amputation des doigts.
(l'ü'l A. AMPUTATION DANS LA CONTINUITE.
ii$l Autrefois il était d’usage d’amputer jjl'J >t-‘S phalanges immédiatement au-dessus
Malle,
OPÉRATOIRE. cil
du siège du mal, et de conserver de la sorte toute la portion non altérée. Plus tard, une habitude contraire s’établit; et, quelle que fût alors la portion de la phalange atteinte, on attaquait 1 articulation voisine, persuadé que ce qui pouvait rester n’était d’aucune utilité au malade. Une doctrine plus rationnelle tend à s’établir de nos jours. On ne voit pas pourquoi, en effet, on amputerait les phalanges dans leur continuité, puisqu’il est de précepte de conserver le plus de longueur possible aux membres supérieurs. Aux doigts surtout, rien n’est perdu sous ce rapport , et la portion la plus exiguë a son importance. Du reste , deux méthodes peuvent être employées pour pratiquer les ampulalions dans la continuité : la méthode circulaire et la méthode à lambeaux.