TIQUES
Bien qu’il serait ou ne peut plus dangereux dans la pratique d’espérer trop légèrement de voir guérir spontanément les diverses lésions dont nous venons de parler, nous ne nous en faisons pas moins un devoir d’appeler l'attention du lecteur sur ce point important.
1° Ainsi il peut arriver que des caillots fibrineux accumulés dans la tumeur y interceptent le cours du sang et y déterminent un resserrement insensible, capable de le convertir ensuite eu un noyau dur, arrondi ou oblong, qui peut lui-même finir par disparaître et donner lieu enfin plus lard à l’oblitération du vaisseau, qui se transforme alors en un cordon ligamenteux. 2° Dans d’autres circonstances, il peut se faire que, le sac s’étant contracté et les caillots s’étant condensés, la coagulation du sang ne se soit pas étendue jusqu’à l’intérieur de l’artère et que celle-ci, restée perméable, porte sur le côté le noyau fibrineux qui résulte de l’oblitération du sac. 3° Quelquefois , ainsi que l’a observé Astlev Cooper dans un cas d’anévrisme fusiforme de la partie supérieure de l’artère fémorale, on voit les caillots se condenser et se disposer en un canal très-résistant qui continue à donner passage a la colonne de sang projetée par le ventricule gauche, 4® Le caillot, si l’on en croit Ricliter, peut, une fois détaché du sac par une contusion ou une secousse violente, se porter du côté de l’ouverture de communication de l’anévrisme avec l’artère et intercepter la circulation dans l’une et dans l’aulre. i° La partie supérieure du kyste anévrismal venant appuyer sur l'artère au-dessus de la crevasse, peut la comprimer assez fortement pour intercepter le cours du sang et le forcer à parvenir dans la partie inférieure du membre par les artères collatérales. Gu L’inflammation, en s’ern-
DE MÉDECINE
parant des parties voisines d’un anévrisme volumineux ou d’un kyste anévrisnial lui-même, peut y faire naître un vaste abcès, et le pus qui en résulte s’en échappe mêlé de caillots sanguins et de lambeaux du tissu cellulaire; si la poche anévrismale s'exfolie ou se couvre de bourgeons charnus, la pluie îreut finir uar se cicatriser et le malade guérir, ainsi que MM. Marjolin et Bé- ,ard l’ont observé sur un forgeron âgé de soixante ans, atteint d’un anévrisme volumineux à la partie moyenne de la cuisse. 7 0 La gangrène enfin, en s’emparant d’un anévrisme prêt à s’ouvrir et des parties avoisinantes, peut guérir le malade en détergeant la plaie et en déterminant l'oblitération du vaisseau 'par des caillots fibrineux , ou en le transformant en un cordon ligamenteux au-dessus ou au-dessous de la tumeur dans une étendue plus ou moins considérable, ainsi que l’ont observé Hodgson etGulhrie, le premier sur un homme âgé de trente-cinq ans, atteint d’un anévrisme qui s’étendait au-dessus et audessous du ligament de Poupart; le second sur une maladie analogue qui occupait l’aine. Dans un cas où 1» gangrène n’avait pas sauvé le malade atteint d’anévrisme inguinal, Gualtani, en disséquant le membre avec soin, a trouvé l’iliaque externe rempli à son origine de coagulation, et converti à sa partie inférieure en un cordon imperméable où paraissaient suspendus les débris du sac.
Les anévrismes traumatiques peuvent aussi guérir eux-mêmes spontanément :
ainsi, à la suite des simples piqûres, il se forme ordinairement , après un peu d’épanchement de sang dans les parties voisines, une tumeur sanguine dont la portion solide se coagule, et dont le eoagulum se prolonge dans la plaie artérielle il contracte avec ses bords des adhérences qui deviennent de plus en plus solides, puis enfin finit par s’organiser et constituer la base ou l’origine d'un tissu jaunâtre, élastique et résistant, et qui plus tard devient la cicatrice du vaisseau. C’est à la suite de phénomènes analogues qu’on voit survenir aussi la guérison des plaies transversales qui ne comprennent que le quart ou le tiers de la circonférence du vaisseau. 11 n’est pas rare non plus dans ce cas de voir survenir, après la cicatrisation, l’oblitération complète du vaisseau. Ce dernier inode de guérison,
Malle.
l’oblitération, est aussi celui que l’on voit succéder, alors que la blessure
n’est pas mortelle, à la suite des plaies transversales, des plaies obliques et longitudinales d’une certaine étendue.
Lorsque la section du vaisseau est complète, au contraire, la rétraction dans la gaine cellulaire qui l’enveloppe vient concourir singulièrement à la formation du caillot et rend souvent ces blessures moins graves que celles dans lesquelles l’artère n’a été lésée que partiellement. Le sang qui s’échappe en effet de l’extrémité supérieure forme des jets ou des arcades moins considérables, à mesure que l’héinorrh igie se prolonge, et s’infiltre graduellement dans l’enveloppe celluleuse de l’artère plus ou moins rétractée, de manière à ralentir l’écoulement de ce liquide et à déterminer la formation d’un caillot. Celuici une fois formé devient un nouvel obstacle à l’écoulement ultérieur du sang, et présente alors deux pariies distinctes : 1° une extérieure proprement dite , étrangère à l’artère et correspondant par son sommet à l’orifice de celle-ci, et par sa base aux tissus environnants; 2° une autre intérieure, appuyant par sa base contre le sommet du premier ou plutôt lui faisant suite et s’étendant plus ou moins loin par son sommet dans lu cavité intérieure du vaisseau ; caillot qui reste mou, rouge et mobile pendant plusieurs jours, mais qui, une fois ia partie mobile la plus liquide absorbée, prend de la consistance et finit par adhérer extérieurement aux parties ; et comme les phénomènes dont nous venons de parler se passent à la fois dans les deux portions du caillot, il en résulte que, une fois l’absorption faite et 1 1 consistance ducaillot continue, l'artère finit par s’oblitérer et ne se trouve plus, au bout de plusieurs mois, représentée que par un cordon celluleux qui se prolonge depuis la blessure jusqu’à la naissance de la branche collatérale la plus voisine du côté du cœur. Il n’est pas jusqu’aux plaies d’armes à feu qui ne puissent guérir spontanément, ainsi que nous venons de l’établir, mais les mieux disposées pour cela sont sans contredit les plaies par arrachement.
Toutefois, il ne faut ajouter souvent qu’une confiance médiocre à ces guérisons spontanées : les ressources qu’offre la nature sont en effet loin d’être toujours aussi efficaces. Que de fois en effet les chirurgiens n’ont-ils pas eu à re-
TRAITE
gretter de s’être confiés à elle pour amener la guérison U! Sans doute le cœur lui-même a été plus d’une fois lésé gravement sans qu’on ait vu la mort s’ansuivre immédiatement, et les faits consignés dans la thèse de M. A. S.mson le prouvent surabondamment. Ceux recueillis par MM. Velpeau, Algine, Montègre, et auparavant par Senac, Cbastenet père et fils , le démontrent également, et nous pourrions y joindre, relativement à l’aorte, ceux que l'on doit ii Clïastenet, à Lerouge, à Pelletait, à Neil de Bamberg, à Gualtani, àSyme,lous faits et observations dans lesquels, citez quelques-uns, la vie s’est maintenue pendant un ceitain temps, et chez d’autres la guérison a été complète, quelle que soit d’ailleurs la manière dont cette dernière soit survenue, cette question étant encore controversée de nos jours et n’ayant point à nous en occuper ici. Ainsi, et nous le répétons à dessein , tout en reconnaissant combien dans certains cas la nature se montre.conservatrice, il serait souvent dangereux de trop compter sur son efficacité. Qu’on se garde donc de s’en rapporter à l’affaiblissement graduel de la circulation par suite d’une compression naturelle. Trop souvent en effet celte dernière s’affaiblit d’abord ; mais, pour peu que la circulation reprenne de l’énergie, elle déplace le caillot encore mobile, et l’on voit reparaître alors des hémorrhagies qui se succèdent et ne tardent pas à s’accompagner d’extravasations qui menacent les parties de gangrène et rendent, par conséquent, souvent les ligalures inutiles, à raison de l’étendue de la lésion.