LA DOUE? MÈRE
Nous ne parlerons pas des tumeurs enkystées qui se développent sur le crâne., et qui d’habitude ne sont que.
des follicules sébacés oblitérés et distendus par la rétention des matières que sécrète leur surface externe : car ces tumeurs, que le chirurgien extirpé ou Auxquelles il applique, quand elles . sont pédicuîées , une ligature , rentrent jusqu’à un certain point clans l’étude que nous avons faite des tumeurs en général. Il n’en est pas de même des, tumeurs fongueuses de la même région et des opérations quelles réclament :
celles-ci demandent en effet une description à part, et nous allons nous en occuper.
§ I,r. Tumeurs fongueuses du crâne.
Cçs tumeurs consistent dans une production anormale qui se développe à la surface de la dure-mère, et qui , après avoir altéré les os du crâne-, finit par les détruire entièrement et par former sous les parties molles des tumeurs dont i la nature peut bien ne pas être toujours i la mêrfie, mais que , depuis Louis , on a confondues sous le nom de tumeurs fongueuses. Ces tumeurs peuvent être : de nature diverse; il suffit , en effet, de i parcourir avec un peu d'attention les observations qui ont été publiées sur ce siy'et pour s’en convaincre. A Dieu »ne plaise que nous voulions les reproduire ici ; seulement le lecteur nous .saura gré sans cloule de lui rappeler que, pour les fongus proprement dits de la itdare-mère, 1° cette dernière peut être primitivement et seule affectée à sa face
opératoire. * G43
interne oit externe', ou dans ces deux feuillets en même temps; 2° la duremère et le péri crâne peuvent être simultanément aussi entrepris, de manière à ce qu’une masse longucuse se développe entre Ces deux membranes et les os et adhère intimement à ces derniers; 3° ces tume’ur-; peuvent se manifester entre le crâne et le péricrâne : alors , il est vrai, elles prennent le nom de tumeur fongueuse ou fongus du péricrâue ; -4° le; fongus peut commencer par altérer le dip'oé et se porter ensuite.au dehors et au dedans; 5° la maladie , enfin , peut altérer à la fois les divers éléments dont nous venons de parler, ee qui, on le conçoit , doit donner licii à des phénomènes extrêmement variés. Du reste, ‘empressons-nous de le déclarer ,. la question relative au siège des fongns de la dure-mère est loin d’ûlre épuisée , nonobstant le mémoire que M. Eberm.ayer a publié dans le temps (!) et celui que l’ou doit à M. Chëlius (2). Suivant M. Yelpeau , ces tumeurs finissent presque toujours par devenir cancéreuses (3) ; elles se développent du reste , d'habitude , avec boamco-irp de lent'-ur : ainsi , ce sont d’abord des pulsations analogues à celles dès anévrismes , mais à un degré plus faible; puis, en examinant avec soin les os du crâne , le chirurgien reconnaît autour de la base de la tumeur l’ouverture pratiquée aux os du crâne , dont les bords sont plus ou moins irréguliers et plus ou moins anguleux , ce qui donne lieu à plus ou moins de douleurs et cause aussi parfois des symptômes plus ou moins inquiétants, des vomissements , des hoquets, le froid des extrémités , voire même de fréquentes syncopes ou des sueurs abondantes ; symptômes qui s’observent , il est vrai , beaucoup plus souvent lors de la sortie de ha tumeur.
Dans un article du Dictionnaire de médecine (4) consac’ré à Pétnde des tumeurs dont nous parlons, et qu’il reproduit presque en entier dans sa Médecine opératoire, TW. Yelpeau dit avoir trouvé, relativement à leur siège , que.
(1) Journal complémentaire, ♦. xxxir-
(2) Archiv. gén. de méd., u xxvm.
(5j Méd. opérât., t. m, p. 256. 1839- (4) Dict. de méd, en 30 vol., t v n
TRAITE
sur 51 exemples, la tumeur occupait J 3 fois les régions pariétales, 8 fois les régions temporales , 7 fois la région frontale, 7 fois la région orbito-nasale, 7 fois la région occipitale , 5 fois le vertex , 3 fois le ro.eher et, 1 fois l’épaisseur de la faux du’eerveau (1). Relativement à l’àge , 'il a trouvé , sur 40 individus , que , de la naissance à dix ans, il y en avait G ; de vingt à trente, 7; de trente à quarante, 10 de quarante à cinquante, 9 \ de cinquante à soixante, 5 ; de soixante à quatre-vingts, 3 : ce qui justifie ce qu’en avait dit Boyer, savoir, quelles s’observaient à tous les âges de la vie , mais qu’elles •étaient néanmoins plus fréquentes entre trente et cinquante ans. Relativement au sexe, sur 4 4 cas. il a été trouvé 23 hommes et 21 femmes.
On a confondu, avons-nous dit déjà, sous le nom de tumeurs fongueuses de la durCrmère des tumeurs de nature, différente , et l’on trouvera dans la bibliographie l’indication des principaux ouvrages où elles se trouvent décrites ; mais comme cela importe assez peu pour le traitement, nous allons nous occuper immédiatement de’ ce deriîier, car c’est la seule partie vraiment importante au point de vue de la médecine opératoire.
§ II. Traitement.
Parlerons-nous, au sujet dè la thérapeutique des tumeurs fongueuses de la dure-mère, des emplâtres , des pommades où de tous les autres topiques qui ont été préconisés? Eh! pourquoi, s'il est démontré qu’aucune de ces substances n’a jamais produit d’amélioration réelle? Nous en dirons autant de la compression , du moins envisagée sous le point de vue curatif; et s’il est vrai que l’emploi des caustiques ait presque toujours occasionné la mort des sujets qui y ont été soumis (2) , on voit qu’il ne reste guère que Ma ligature et l’instrument tranchant, et encore est - il douteux que la première ait réussi à M. Ficker (3). L’instrument tranchant paraît lui-même n’avoir produit que de
(1) Velpeau, Ibid., t. v, p. 525, pi. 3, fig. 3, 4, 5. — Dupuytren, Cruveilhier, Anatomie palliol., 8* livraison, p. 9, pl. 3, fig. 1 ; p- 10, pl. 1, fig. 1, 2, 3, 4.
(2j Journ. compl., t. xxxjv, p. 323.
(3) Ibid.» ibid., p. 320.
mauvais résultats, ainsi . que l’attestent le fait rapporté par Wallber (l) oit ceux qu’ou trouve dans les Mémoires de l’Académie de chirurgie (2) , ceux publiés par Salzmann (3) ,* Orioli (4), etc., etc. Toutefois , disons-le , si ,’ dans un certain nombre de cas, les opérations pratiquées avec l’instrument tranchant ont mal réussi, cela est dû en grande partie à ce que les opérations ont été incomplètes , inachevées (5) , si nous en jugeons au moins par le petit nombre de celles qui ont été pratiquées largement et où les résultats ont été plus avantageux (G). Ltexlirpation de ces tumeurs peut donc être tentée dans certains cas, alors surtout que la tumeur est unique, c’est-à-dire quand la maladie est limitée et circonscrite^ jç ne- dirai pas avec M. Velpeau comme dans le cancer du sein, mais au moins comme dans certaines tumeurs de ce dernier organe. — Qu’on se garde de penser 'néanmoins que nous conseillions d’opérer, nous voulons dire, d’extirper toutes les tumeurs fongueuses de la dure-mère. A nos yeux , au contraire, le praticien ne saurait prendre trop de précautions , examiner avec trop île soin tout ce qui se rattache au développement , aux symptômes et aux complications diverses dont ces tumeurs peuvent être le siège, avant de se décider à l’opération : car , si nous devons en effet dire notre pensée tout entière à- cet égard , nous ajouterons que les seules tumeurs opérables sont celles qui n’obligent l’opérateur qu’à enlever simplement les os ou au moins une des portions de la duremère.
§ III. Manuel opératoire. ’
Est-il besoin de rappeler aux praticiens que, s’ils doivent ne rien négliger
(t) Ibid., ibid., p. 314.
(2) Chopart, t. v, p. 28. — Philippe , ibid., p. 56.
(3) Mém. de Saint-Pétersbourg, t. ni, p. 275.'
(4) Gaz. niéd., p. 410, 1834.
(5) Rey, Louis, Mém. de l'Acad. de cli i r. , t. v, p. 22. — Walther, Journ. lïir chir., vol. i, p! 55. — Ebermayer, Arch. génér. de méd., t. xxii, p. 229. — Græfc, ibid., t. xvm, p. 421.
(6) Journ. compl., t. xxxiv, p. 300 — Thèses de Haller, 1708. — Pccchioli , Gaz. méd., p. 414. 1838. -Syme, Edinb.
med. and. surg., vol. cxxxvn, p. 584.
DE MÉDECINE
pour mettre à nu les surfaces osseuses sur lesquelles ils doivent opérer , il ne leur importe pas moins de conserver le plus de téguments qu’il leur est possible? Ou reste, une fois les incisions cutanées faites, l’opérateur, suivant la nature de la tumeur et les caractères qu’elle présente, applique des couronnes de trépan autour d'elle , en détruisant , s’il y a lieu , les angles des os; avec la gouge et le maillet de plomb, à moins qu’il ne préfère une scie appropriée, il enlève immédiatement la portion osseuse sans toucher la dure-mère, si celte dernière n’est pas atteinte et si les os seuls sont malades. Si , au contraire , la membrane fibreuse de 1 intérieur de la boîte crânienne est altérée, ainsi que cela a lieu presque toujours, l’opérateur circonscrit la tumeur en portant 'l’instrument jusque sur la portion saine de l’organe et n’hésite pas , s’il y a lieu, à pénétrer jusque sur la pie-mère et même le cerveau, afin d’enlever toutes les portions suspectes. En pareille circonstance , le chirurgien ne doit aucunement se préoccuper du nombre des couronnes de trépan auxquelles il est obligé d’avoir recours. Les exemples, d’ailleurs, de trépanation multiple ne sont pas si rares dans la science : les cinquante-deux que Metrie de La Touche a appliquées n’ont pas , en effet, empêché le malade de vivre; M. A.
Bérard n’a pas craint d’en appliquer seize, et nous-même douze, dans un cas analogue.
§ IV. Pansement.
Réunir la plaie par première intention est , on le conçoit, chose impossible après l’opération dont nous parlons ; aussi le chirurgien doit-il se borner à appliquer quelques boulettes et quelques gâteaux de charpie , de manière à les maintenir en place et à comprimer légèrement le cerveau. Et qu’on ne s'y trompe pas , cette dernière recommandation est d’une importance extrême, ainsi qu’on peut en juger parce qui est arrivé à l’opérée de M. A. Bérard : à peine , en effet , l’extirpation de la tumeur fut-elle achevée que tout aussitôt i survint une syncope qui ne céda qu’à la compression de l’encéphale ; et ceux qui se sont familiarisés avec l'étude des i fonctions de la vie, et notamment avec il celles du cerveau , le comprendront ai- -j sèment.
OPERATOIRE. 040
ART. 1V. ENCÉPHALOCÈLE.
Formée par une tumeur qui passe à travers la voûte crânienne , l’encéphalocèle , ou hernie du cerveau , est congénitale ou acquise. Dans le premier cas seulement, elle sort par une ouverture qui correspond à une suture; dans le second , au contraire, la portion de cerveau qui la forme s’échappe par une ouverture faite aux parois du crâne avec perle de substance. Elle se distingue d’ailleurs des tumeurs dont nous avons parlé dans l’article précédent en ce qu’elle se montre souvent au moment de la naissance , sortant par les sutures, et en ce que si sortie n’est presque jamais accompagnée de douleur, ni de stupeur , etc. On trouvera d’ailleurs dans la bibliographie l’indication des ouvrages propres à éclairer son diagnostic , si jamais il devait présenter quelque difficulté au lecteur.
§ II, Traitement.
Quant à son traitement , soit que la hernie du cerveau soit congénitale ou consécutive , il doit être palliatif dans la plupart des cas , c’est-à-dire que le chirurgien doit se borner à la maintenir à l’aide de bandes trempées dans un liquide étranger , ou mieux encore à l’aide de certains appareils en cuir ou en métal. Ajoutons que si le praticien peut espérer, dans certains cas, de guérir radicalement certaines hernies congénitales peu volumineuses , il n’en est pas de même pour les hernies acquises.
Disons encore que, dans le cas où l’encéplialocèle serait assez volumineux pour que sa réduction fût rendue impossible, il conviendrait alors de soutenir la tumeur et de la protéger contre les influences extérieures. — Quelques praticiens, au lieu d’en agir ainsi, ont préféré, ou ponctionner la tumeur afin de faire disparaître le liquide qu’elle contenait (l), ou en pratiquer l'excision (2) ; mais, nonobstant les quelques
(1) Gaz. méd. de Paris, t. iv, p. 299.
(2) F. de Ililden, voyez Bonet, t. n, p. 574. — Corps de méd, ibid., t. iv, p. 49, pbs. 73. — Ravaton, Prat. méd. de la chir., t. i, p. 222-223. — Têtu, Môm.
TU A LTE
succès obtenus , nous n’oserions pas donner le conseil aux praticiens d'en agir ainsi, à raison des accidents graves et souvent mortels qui, doivent suivre une pareille opération. Suivant nous, le mieux, en semblable occurrence, est de s’en Lenir aux moyens -palliatifs que nous avons indiqués.