‹ Encyclopédie des sciences médicales (volume 3)Chapitre 490 sur 656 · I. traitement · texte numérisé non relu

I. traitement

A. PONCTION

Il est toujours convenable, ce nous semble, à moins qu’il ne s’agisse de tumeurs solides dont l’existence n’est pas douteuse ou de tumeurs sanguines, de commencer par ur.e ponction exploralive. On sait .que Ware guérit un de

ses malades après lui avoir pratiqué soixante-trois pondions ( I J ; et il va sans dire que les tumeurs dont ont fait mention Saint -Yves (2) , Pellier (3) , Grœfe (4) , Lawrence (5) , Travers, (G) , Gulhrie (7) , devraient être trailées de la même façon.

B. EXTIIifAlIOS.

Quand la tumeur est solide, comme dans Jcs cas rapportés par Crampfon, Travers , Muckensie, Baiflie , Aslley Cooper; ou osseuse, comme dans ceux de J.-L. Petit, de Brossant, on a recours à l'extirpation, qui compte d'ailleurs plusieurs procédés.

a. Procède ordinaire. — Dans le cas où la tumeur aurait peu de volume et soulèverait la portion de conjonctive qui de ta paupière se réfléchit sur l’œil, l’opérateur pourrait se borner à inciser la muqueuse qui recouvre la fumeur; puis, une fois cette dernière mise à nu' à l’extirper aussitôt.

b. Procédé d’Acrel. — Quand la lumeut a un certain volume ou qu’elle est de nature osseuse, ou bien encore quand elle est en rapport avec la paroi supérieure, inférieure ou externe de l’ornite, on a recours au procédé suivant.

L opérateur commence par diviser les paupières dans toute leur épaisseur parallèlement à leur courbure, en commençant près de leur racine et sur le point correspondant à la partie la plus saillante de la tumeur; puis, les lèvres écartées par un aide, il isole avec un instrument convenable la tumeur, s’en empare avec une érigne et dissèque sa iace interne afin de la séparer de l’œil en se servant à cet effet du doigt ou dé l instrument, suivant qu’il juge convenable, en s’efforçant d’ailleurs, à Limitation de Guérin et de Darcet, de la ramener du sommèt vers la base vi % froce'dü' de M- Pelpeau. — i, ' eiP?au Propose d'inciser d’abord ■a commissure externe vers la tempe et 1 mamère a obtenir le renversement

DE MEDECINE. OPÉRATOIRE. JQJ

des paupières et de mettre à nu le* deux tiers externes de la circonférence de l’orbite, puis.de diviser ensuite le tissu cellulaire de la face externe de la tumeur , afin de l’isoler aisément des muscles, des nerfs optiques et du globe oculaire ; reste ensuite à la saisir avec une érigne et à l’extirper entièrement. M. Velpeau ajoute que peut-être on la circonscrirait mieux encore à l’aide d’une incision en demi-lune ; et il s’étonne à bon droit surtout qu’on ait reproché (I) à ce procédé d’exposer à la blessure des conduits de la glande laciymale , ces conduits se trouvant au contraire beaucoup mieux garantis par la manière de faire qu’il indique.

M. Vidal (de Cassis} a proposé, dans les cas où la tumeur est très-volumineuse , d’inciser perpendiculairement sur une lèvre de la plaie, sur la supérieure, par exemple , dans le cas où la tumeur se dirige dans ce sens, et vice versa.

i d-.^nseme.nt- — Pour qui connaît tes differents tissus qui composent l’orbile, il ne paraîtra pas étonnant de voir survenir , après l’opération dont nous venons de parler, un gonflement énorme, ainsi que l’attestent les faits observes : aussi serait-il dangereux de recourir à la réunion immédiate le vide qui survient après l’opération ne pouvant etre comblé aussitôt. Bien ni us Guérin a vu des svmnfômp*

(1) Mal. des yeux, p. 188. 1805.

(2) Ibid.

13) Obs. sur l’œil, p. 40.

(4) Arcli. de méd., t. vin. 2' série.

> 220DiC! Cli r' ('00Pei’> L

® ^psis, p. 229-255. 1821.

\l) Mal, des yeux, p. 147-148.

Guérin a vu des symptômes effrayants suivre une cicatrisation trop prompte et a été obligé de rompre cetté der’ niere pour soulager le malade. Il suf.

lira doue d’introduire dans la plaie une moche ou une tente enduite de cérat et de rapprocher la plaie de ]’a„g|e palpébral, en maintenant la première avec quelques compresses et un bandage monocle. Reste ensuite à se servir

, y.‘Vlcu> d injections , et à attendre la guérison.

e. Appréciation. - Le procédé de >1. Velpeau nous parait convenir dans la majorité des cas ; pourtant on ne peut se dissimuler que, pour les affections dont nous parlons, on eU presque toujours oblige de se laisser guider d l cas particulier. - Une chose qu^l è pcralcur ne doit jamais perdre de vue c es. que, plus d une fois, le globe ocu ”

a été extirpé en même 8te,nps ^

^(jArcb. gén, dcméVf,,!. Viu,.p.354„

TRAITÉ

la tumeur. Pour noire part , nous avons vu Dupuytren commettre cette erreur , c’est-à-dire, comprendre dans une extirpation d’un kyste séreux développé dans l’orbite , l’œil , qui était parfaitement sain. Nous avons vu également un oculiste distingué de province tomber dans une semblable faute , ce qui prouve que les plus grands hommes n’en sont pas toujours exempts; seulement il se trouve rarement des gens assez honnêtes pour le déclarer.

ART. IV. — GLOBE DE l’oEIL.]

§ Ier. Corps étrangers.

Exposés comme ils le sont à l’air extérieur, les paupières et le globe de l’œil peuvent recevoir chacun des corps étrangers qui s’y fixent de manière à y établir droit de domicile. C’est ordinairement entre les paupières qu’on les trouve, ou sur le devant de l’œil; et l’on doit à Andrieu (l) d’avoir donné comme un des signes propres à faire reconnaître leur présence dans la cornée, l’existence d’une douleur pongilive et fixe correspondant au milieu de la paupière supérieure; tandis que c’est ordinairement au bord supérieur du cartilage tarse que répond celle causée par la présence de ceux cachés dans le repli oculo-palpcbral de la conjonctive.

Ces corps , du reste , peuvent être de nature diverse : ce sont tantôt des insectes qui envahissent le bord ciliaire des paupières , ainsi que l’a remarqué feu M. Champion sur une jeune paysanne dont le bord ciliaire était transformé en bourrelet brunâtre, et rempli d’une telle quantité de pecliculi pubis qu’on aurait peine à croire qu’il pût s’en développer autant. Un peu d’onguent mercuriel ou de pommade de Desault lui suffit d’ailleurs pour s’en rendre maître. Quelques vers ont aussi été rencontrés dans le bord ulcéré de la paupière et dans le fond de la rainure oculopalpébrale par MM. J. Cloquet et Velpeau ; et le moyen propre à les détruire n’est autre que celui dont nous venons de parler. Un pourrait y joindre au besoin le camphre, dans lequel, on le sait, M. Raspail (2j a une si

(1) Avis aux citoyens, etc., p. 19. 1780.

(2) Gazette des hôpitaux, nov. et déc.

grande confiance. — Une tige de graminée s’était enfoncée dans l’œil d’un jeune homme pendant qu’il dormait sur une charrette chargée de paille, et avait donné lieu à une ophthalmie subaiguë; M. Velpeau ayant aperçu dans la rainure oculo palpébrale supérieure l’extrémité du corps que nous venons d’indiquer, le saisit avec des pinces , et le malade guérit. Cette tige avait, du reste , une longueur de 2 centimètres et 2 millimètres de diamètre (i). Si l’on en croit Borichius (2) , une épine serait ainsi restée pendant trente ans dans l’angle interne de l’organe avant de causer la moindre douleur; et un individu chez lequel il survint du délire, des convulsions et des accidents graves, avait dans l’orbite une tige d’une étendue de plus de 2 centimètres qui fut méconnue pendant long -temps (3;.

Saint-Yves (4) parle de fragments de baleine perdus au-dessous de la conjonctive; Percy (5) , d’éclats de bois, de verre , de tuyau de pipe; Maunoir, d’épines, de coques de châtaignes ; Demours , d’une barbe d’épi d’orge ; Dupuytren, d’un cil qui, s’étant recourbé, s’était engagé ensuite dans un point lacrymal ; Velpeau (6) , d’une coque de millet introduite sur la sclérotique , à l’angle externe de l’œil ; de petites écailles de fonte ou de cuivre, de fer r introduites sur la cornée , et disposées de telle façon que la concavité de la cupule se reposait sur l’organe de la vue et semblait être enchâssée dans la membrane.

traitement.

On a vanté beaucoup l'emploi d’an* neaux d’or et d’argent comme propres à enlever les corps étrangers dont il vient d’être question. On a parlé avec non moins d'avantages d’un petit rouleau de papier, d’un cure-oreille, de la tête d’une longue épingle-, mais, dans notre opinion, ces instruments ne conviennent guère que pour, les corps restés entre les paupières et qui y jouissent

(1) Méd. opérât., t. ni, p. 377.

(2) Coll. acad. part, étrang., t. Vif.

(3) Ibid., p. 248.

(4) Mal. des yeux, art. 12, p. 210-

(5) Le chirurg. d’armée, p. 112-113. (G) Méd. opérât., t. in, p. 378.

DE MEDECINE OPERATOIRE. 709

(Tune certaine mobilité. Il s’en faut en effet de beaucoup qu'on ait à se louer de leur emploi pour l’extraction de corps placés plus profondément; alors, sans contredit, mieux est d’avoir recours à un bec de plume taillé en curedent qu’on lâche de glisser sous la cornée, ou à la pointe d’une lancette, ou même à de petites pinces, ainsi que nous l’avons fait récemment pour une parcelle de fer introduite dans l’œil d’un zouave. Après, en effet, avoir fait écarter les paupières par un aide, nous nous sommes servi d’abord de la pointe d’un bistouri pour isoler le corps étranger; puis, après y être parvenu, nous avons, avec une pince très-fine, saisi le corps étranger, qui a cédé très-promptement ; elle corps une fois enlevé, le malade a été soumis aux adoucissanls et a été guéri au bout de quelques jours. En juillet 1843, ayant eu occasion de donner des soins à un individu qui portait dans l’œil plusieurs grains de plomb, nous avons eu recours à l’incision pour en opérer l’extraction , et le succès a également couronné notre entreprise.

§ II. V tige talions, excroissances de la conjonctive.

commodité qu’une démangeaison plus ou moins vive.

TRAITEMENT

Un collyre astringent, ou mieux encore une ou deux cautérisations légères, suffisent pour en obtenir la guérison ; mais quand on n’est pas assez heureux pour réussir et qu’elles tendent à prendre plus de développement , on a recours alors à l’excision , qui en débarrasse complètement le malade.

§ IV. Pinguecula.

Il se développe parfois en différents points de la conjonctive et du bulbe un petit amas de graisse, et le nom latin pinguecula sert à désigner la tumeur qui en résulte. Cette tumeur, du reste, est d’un rouge -jaunâtre et varie , sous le rapport de la grosseur , entre celle d’une tête d’épingle et celle d’un pois chiche; et on conçoit que, quand elle a acquis ce dernier développement , le frottement des paupières suffit pour lui donner une surface légèrement cornéenne. U s’y développe même parfois des poils, ainsi que Wardrop l’a établi dans son Anatomie pathologique.

On voit quelquefois se développe sur la conjonctive une végétation qu succède presque toujours à une ulcération de Ja conjonctive dont le traite ment a été négligé, ou dont la guérison a été abandonnée aux seules forces de la nature. Cette végétation, que M. Furnari désigne sous le nom de luxunation , se présente sous la forme d’un petit mamelon simple ou multilobé el quelquefois même semblable à une fra’mboise. Elle est d'ailleurs de nature sanguine , ainsi qu’on peut s’en convaincre €n 1 examinant avec quelque attention.

Elle est en effet pénétrée par une masse de petits vaisseaux ; aussi saigne-t-elle au moindre contact.

§ III. Papules.

On appelle ainsi de petites lumen arrondies, dures , rougeâtres , situé entre la paupière inférieure et le rei semi-lufiaire de la conjonctive. Eli existent presque toujours isolément, i «na vu cependant quelquefois plusieu c , le même individu ; mais , en g neral , elles ne produisent d’autre ii

TRAITEMENT

Tout le temps que les tumeurs dont nous parlons n’incommodent pas les malades, on ne s’en occupe que pour y apporter quelque palliatif, et on ne songe à en pratiquer l’extirpation que quand elles ont acquis un développement extrême.

§ V . Sarco?ne de la paupière inférieure.

On voit assez souvent survenir à la suite d’ophlhalmies chroniques, et principalement alors qu’elles ont été purulentes, des granulations qui ne lardent pas à acquérir une dureté et un volume extrêmes , et qui leur a fait improprement donner le nom de sarcome de la paupière inférieure et celui d ’exophthalmie fongueuse par Beer : car ce n est en réalité qu’une hypertrophie granuleuse de la conjonctive portée à un haut degré de développement.

TRAITEMENT

La maladie dont nous parlons en ce moment, c’est-à-dire l’hypertrophie gra-

nuleuse, se guérit assez souvent par la cautérisation. Il est rare toutefois qu’on ne soit pas obligé de recourir à plusieurs applications de caustiques ; quelquefois même on est obligé d'y joindre l’excision , et par conséquent d’avoir recours à un traitement mixte.

§ Y'I. Ptcrygion.

C’est ainsi qu’on appelle un développement des vaisseaux de la conjonctive partant du* grand ou du petit angle de l’œil et se portant vers la cornée au point d’y donner lieu à une tumeur aplatie, triangulaire ou en éventail. Le ptus souvent , du reste, la pointe du triangle s’arrête presque toujours à la cornée, mais on l’a vue parfois s’avancer jusque sur celte membrane et arriver jusqu’à la région pupillaire. Cette maladie est rarement double , c’est-àdire que d’habitude on ne la rencontre qu’à l’angle externe ou à l’angle interne. Toutefois Cunier, Carron du "Vil— lards, Pétrequin et Furnari ont eu occasion d’en observer de quadruples sur lé même œil ; mais alors le développement de la membrane était tel qu’il formait pour ainsi dire une croix de Malte. On distingue, du reste, trois espèces de ptérygions : l’un variqueux, uniquement composé de vaisseaux ; l’autre graisseux , formé par une réunion de pinguecula unis aux vaisseaux; et le troisième charnu, qui participe du caractère des deux premiers et a de plus un tissu qui rappelle celui de la libre musculaire.

traitement.

13e tous les procédés naguère préconisés pour le traitement du ptérygion , un seul est pour ainsi dire resté dans la pratique : il consiste à exciser la tumeur à l’aide de pinces à dents de rat et de ciseaux courbes. A cet effet, on commence par saisir la tumeur à l’uide d’instruments convenables; puis, une fois qu’elle est enlevée, on panse la plaie avec- de l’eau tiède pour faire dégorger les parties ; et dans le cas où quelques fragments auraient échappé à l’attention de l'opérateur, il aurait soin de les toucher le lendemain avec un pinceau à miniature préalablement enduit de solution de nitrate d’argent.

§ VII. Pannus, Pannicule ( syn .).

On appelle ainsi un développement extraordinaire de vaisseaux sanguins , mais à des degrés différents et qui ont reçu chacun un nom particulier : pannus membraneux , pannus charnu , pannus sarcomateux.

traitement.

On a vu des pannus résister à toutes les modifications et disparaître à la suite de l’avulsion de quelques cils déviés : on en a vu se dissiper à la suite de la destruction des granulations développées sur la paupière supérieure, nouvelle preuve de la multiplicité des causes qui peuvent provoquer son apparition.

Toutefois qu’on se garde de croire qu’il, soit toujours possible de s’en rendre maître, à l’aide des moyens dont nous venons de parler, et qui peuvent être considérés comme exceptionnels. Pour peu en effet que la maladie continue, il convient, surtout s’il se forme des végétations, de recourir au précepte de Scarpa qui recommande d’exciser tout autour de la cornée un lambeau d’un millimètre d’étendue de la conjonctive qui recouvre la sclérotique, sauf ensuite, une fois les végétations détruites, à faire usage de collyres et de pommades appropriés. On pourrait aussi , si on le jugeait convenable, recourir à l’excision, des vaisseaux variqueux, à l’aide d’une lancette ou d’une aiguille à cataracte portée en dédohint, après quoi on eau- j tériserait immédiatement les surfaces j morbides.

S VIH- Cataracte.

On sait que l’on désigne sous ce nom l’opacité du cristallin ou celle de ses annexes.

notions historiques.

Les écrivains assez heureux pour lire et commenter les textes originaux du père de la médecine ont pu sc convaincre qu’llippocrate avait une idée bien nette de la nature et du siège de cette affection; et nul doute que si Galien n’cùt écrit que le cristallin était indispensable à la vision, nul doute, dis-je, que la doctrine du vieillard de Cos ne fût parvenue jusqu’à nous et ne nous eût ainsi épargné les erreurs qui se pro-

DE MÉDECINE

pagèrent jusqu’au dix-septième siècle.

11 'a fallu en effet que le hasard vînt remettre Rémy, Lasnicr et Carré sur la bonne voie, et la science leur est reconnaissante des efforts qu’ils ont faits pour faire prévaloir leur opinion, à laquelle d’ailleurs les expériences physiques de Gassendi, de Kepler et de Mariette vinrent imprimer un cachet de vérité absolue : et pourtant encore fallut-il que Brisseau de To asseau vînt, le scalpel à la main, démontrer à l’Académie des sciences que la cataracte était réellement formée par le cristallin, que ce dernier n’était en aucune façon indispensable à la vision, et qu’un médecin de Paris s’offrit en quelque sorte en holocauste pour qu’enfin la vérité se fit j our. Depuis lors, grâce aux efforts de Murait, de Didier, de Heisler, de Chapuzcau, personne ne s’est plus avisé de contester que la cataracte ne fût produite par l’opacité du cristallin. N’ayant eu à nous occuper ni des causes propres à provoquer son apparition, ni des symptômes propres à la faire distinguer des-autres affections avec lesquelles elle peut être confondue , nous nous bornerons simplement à quelques mots sur les différentes espèces de cataractes qui ont été admises.

Page 1