‹ Encyclopédie des sciences médicales (volume 3)Chapitre 523 sur 656 · ART. II. TUMEURS CANCEREUSES · texte numérisé non relu

ART. II. TUMEURS CANCEREUSES

Presque toujours ces affections apparaissent vers la partie inférieure du nez, soit aux lobules , aux ailes ou même à la racine du nez , et elles succèdent le plus souvent à un petit boulon ou à une verrue, qui dégénère en ulcère et prend ensuite le caractère cancéreux, c’est-àdire qu’une douleur vive et lancinante s’y fait sentir et que la peau qui avoi-

sine l’ulcère ou la tumeur est légèrement inégale, dure, résistante et ne cèdei pas à la pression. Quoi qu’il en soit, la i maladie peut aller jusqu’à déformer le : nez et l’angle interne des yeux, recou-vert du prolongement de la tumeur ; le ■ canal nasal , le sac lacrymal peuvent ! être comprimés, oblitérés au point qu’il I en résulte un épiphora , une tumeur, une fistule lacrymale; et alors on conçoit que l’affection est beaucoup plus* grave et que l’opération, alors qu’on y» a recours, a moins de chances de succès que quand toutes ces parties sont’ saines , le mal ayant plus particulièrement porté vers la partie inférieure.

TRAITEMENT

Les affections dont nous parlons inspirent en général assez de crainte à • ceux qui en sont atteints; aussi convient-il de les opérer de bonne heures Presque toujours c’est à l’aide de caustiques qu’on y procède , et M. Yel-4peau (I) déclare qu’on en triomphe généralement très- bien à l'aide de ce»:

moyens. Nous en demandons pardon am chirurgien en chef de la Charité, mais: il nous semble à cet égard importaatei d’établir une distinction, afin de ne pa» induire le praticien en erreur. Sans doute on se rend parfois maître, à l'aide de caustiques appliqués sur la partie, de quelques ulcères cancéreux de l’or-r gane de l’odorat; mais, pour cela, il'} faut que le mal soit simple et borné à la peau. Pour peu en effet que l’ulcère repose sur une tumeur, les chances de t:

tumeur a un certain volume , parce j

(1) Méd. opér., t. lii, p. 288.

DE MÉDECINE OPÉRATOIRE

qu’alors le chirurgien se trouve quelquefois arrêté par le développement de la masse cancéreuse, eu égard à la quantité de caustique qu’il se trouverait dans la nécessité d’employer pour enlever complètement la maladie. Il est cependant , Hâtons-nous de le reconnaître , une circonstance heureuse sous le rapport de l’issue de la maladie dans les cancers du nez, une fois le mal local enlevé, nous voulons parler de la nonexistence de ganglions malades dans le l’oisinage de l’ulcération : car rien n’est ’réquent comme de voir ces ganglions icquérir un développement morbide plus )u moins considérable dans les affectons cancéreuses des autres parties de 'économie. — Le caustique employé de préférence dans ces cas est ordinairement Je nitrate acide de mercure. On ait , pour s’en servir , un pinceau de iharpie qu’on imbibe avec cette ligueur, et on louche les parties malades. >ix ou huit cautérisations suffisent le dus souvent. Rien n’empêcherait, d’ail— eurs, qu’on se servît de nitrate d’arent ou mieux de pâle de zinc; mais, lans ce dernier cas, il conviendrait d’a- ’iver d’abord la surface au moyen de ammoniaque ou d’un vésicatoire. L’esentiel alors est d’avoir soin de ne pas lettre trop de caustique , sans quoi on rriverait sur les os et les cartilages, qui e nécroseraient , ainsi que M. Chamion a été à même de le constater sur eux malades. — On pourrait aussi se îrvir de l’instrument tranchant , sur- >ut si la tumeur avait une certaine paisseur. Les deux succès que nous vons obtenus récemment dans des cironstances semblables nous portent à mire que ce moyen est en général trop oandonné , et nous ne saurions trop îcom mander aux praticiens de le moins rgliger à l’avenir.

RT. m. TUMEURS ÉlÊpIIANTIASIQUE

a- de chirurS'«is ne consi, li -nt-.ls pas comme des tumeurs de n, ire cancéreuse toutes celles nue l’o mconlre chez les amateurs de la bonn ble , pour peu qu’elles soient d’ur iloration vive et s’accompagnent d mips a autre de douleurs plus ou moii gués ! et pourtant,- malgré l’ulcératio |>nt elles sont atteintes , malgré l’a!

Talion non équivoque de la peau ( , lmu sous-cutané sur lesquels élit •posent, elles ne nous paraissent e

aucune façon cancéreuses et ressemblent bien plutôt, ainsi que l’a fait remarquer Dalrympe(l), à une espèce de tumeur élépliantiasique succédante une congestion habituelle de la partie inférieure du nezj Que le praticien ne se laisse donc pas prendre aux inégalités de la surface extérieure , aux petites bosselures qu’on y remarque, et qui sont quelquefois séparées par des scissures profondes. Nonobstant tous ces caractères, nonobstant la couleur rouge quiles distingue , nonobstant ce rougepourpre foncé et bleuâtre , sillonné par une multitude de vaisseaux déliés et tortueux, la maladie n’est pas de nature cancéreuse. — Ces tumeurs sont , du reste, de nature à se propager, c’est-àdire qu’on les a vues gagner la racine du nez , le front , la peau des joues , et celle-ci alors ne tarde pas elle-même à participer des caractères physiques que1 nous avons décrits comme propres à ces affections. Une odeur désagréable s’en exhale assez souvent, et elle paraît due au développement des follicules sébacés ; développement réellement extrême, et qui concourt à augmenter la sécrétion vicieuse de ces organes. Il n’est pas rare, à mesure que la maladie prend plus d’accroissement , de voir la tumeur s’allonger, devenir pendante et:

gagner les lèvres , au point que , dans certaines circonstances , si le malade veut boire ou manger, il se voit obligé de la soutenir ou de les soutenir, car quelquefois il y en a plusieurs. Que si l’opérateur, une fois la maladie parvenue à ce point, ne se bâte d’y porter secours, tout aussitôt on voit le volume de la tumeur s’accroître et la peau s’ulcérer autour des orifices sébacés ; et pourtant, encore une fois, M. Dalrympe persiste à considérer ces tumeurs comme étrangères au cancer , et il est disposée leur assimiler, sous le rapport de leur organisation , les cinq tumeurs que Civadicr a enlevées. 1

TRAITEMENT

Quoi qu’il en soit, la tuméfaction, dans les cas dont nous parlons est-elle peu considérable, il convient de la respecter. A-t-elle , au contraire, un vodü ]nat„ur'e à apporter quelque 'jCne dansles fonctions de la respiration

(1) The nied. quart. Rcview., 1836.

ou de la digestion, il convient d’en débarrasser le malade le plus tôt possible; et, à cet effet , il faut avoir recours à l’ablation, pratiquée déjà, du reste, par Civadier , Tlxeulot , Hey , John Dalrympe et son frère. — Quant au manuel opératoire, il varie nécessairement suivant que les tumeurs sont simples ou multiples. Offrent-elles ce dernier caractère , on peut , imitant Civadier et Tbeulot, les enlever en plusieurs temps et ne pas hésiter au besoin à les extraire toutes, en ayant soin d’enlever la plus grande partie du tissu cellulaire qui forme la tumeur et de ne conserver que la quantité nécessaire pour prévenir la mortification de la peau , de façon à peler le nez , pour nous servir de l’expression des hommes dont nous venons de parler; c’est-à-dire qu’après avoir enlevé la plus grande partie du tissu hypertrophié, on en réapplique les lambeaux sans se préoccuper le moins du monde des portions malades qu’on a laissées dans la plaie, tant ils sont convaincus que l’affection n’est pas de nature cancéreuse ( Dalrympe ). — Une précaution qu’il importe de prendre en disséquant la peau de l’aile du nez, c’est d’introduire le doigt indicateur gauche dans la narine : de celte façon on se met plus sûrement en garde contre la perforation de la narine , et on juge mieux de l’épaisseur de tissu qu’il convient de laisser pour le développement des bourgeons charnus. Dans le cas où on agirait sur le bout du nez, il faudrait ne pas oublier qu’au-dessous de ce point il existe uu cul-de-sac , et que de plus le lobule du nez est creux en arrière et qu’il a ses parois peu épaisses ; d’où il suit que, pour peu qu’on n’y prenne pas garde , on doit le perforer facilement : perforation qu’on a ensuite beaucoup de mal à fermer, à raison de sa tendance à dégénérer en fistule.

M. Velpeau (1) a eu occasion d’observer plusieurs cas de celte nature, et n’a pu en triompher qu’après en avoir avivé les bords avec un instrument tranchant et les avoir réunis ensuite à l’aide d'un point de suture entortillée. Il ne faudrait pas hésiter à recourir à de semblables moyens si un cas pareil se présentait.

ARr. IV. TUMEURS DE LA CLOISON.

MM Fleming (ij.d. Cloquet (2), A.

Bérard (3), Velpeau, etc., ont eu occasion d’observer sur la cloison du nez et au-devant du cartilage qui sépare en deux les narines, des tumeurs purement sanguines ou des collections purulentes • et nous-même avons reçu récemment dans nos salles de chirurgie un individu qui portait sur cette région une petite tumeur concrète, développée entre les deux couches tégumentaires qui se continuent de 1 extérieur a 1 intérieur pour tapisser les fosses nasales. Le malade désirant en être débarrassé , nous l’avons extraite par une simple incision, et le sujet , parfaitement guéri, a repris son service. Nous conseillons à nos confrères d’en faire autant si jamais un cas semblable se présente à eux. Quant aux tumeurs sanguines et aux collections purulentes, notre avis est qu’il faut essayer de résoudre les premières par les topiques résolutifs , sauf à les traiter par l’incision plus tard. On aurait recours immédiatement à cette dernière pour les collections purulentes , et il ne faudrait pas hésiter à inciser des deux côtés dans les cas où on aurait affaire à deux foyers. — Ajoutons, avant d’abandonner les maladies de la souscloison, que M. Rigul a eu occasion de

pratiquer une opération dont Bicliat avait entrevu la possibilité. Son malade, en etlèt, était atteint d’une tumeur de nature cancéreuse sous l’épine nasale antérieure et, nonobstant son développement en avant , en bas et latéralement, cette tumeur cependant avait à peine altéré la couche tégumentaire :

aussi a-t-il eu recours à deux incisions qu’il a réunies en avant, en les contournant en arrière et en dehors de manière à représenter un V renversé. Avivant ensuite ce dernier latéralement , il lui fut alors facile de détacher la tumeur de la lèvre supérieure en faisant une incision transversale , et d’arriver au cartilage delà cloison en dédoublant les deux lèvres de la première plaie. Parvenu au cartilage de la cloison , il en excisa le bord antérieur; puis, après avoir enlevé toute la masse morbide , il

(t) Dublin Journ. 1833.

(2) Journ. liebd., p. 54A. 1830.

(5) Arch. gén. de méd., 3e série, t. i),

(1) Méd. opér., t. m, p. 292.

cnTeunit les deux bords de la division et ]a guérison se fit sans accident. 11 n’y eut, en efl'et, qu’un peu d'aplatissement des ailes et du sommet du nez par suite du tiraillement de ces parties pendant le travail de la cicatrisation.

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