EXCISION DE LA LUETTE
Nous sommes loin du temps sans doute où on attachait une importance extrême aux opérations faites dans le but d’enlever une partie ou la totalité de la luette : peut-être cependant est-il vrai de dire, avec M. Velpeau, qu’on n’y attache pas de nos jours une assez grande importance à cause des symptômes graves auxquels elle donne lieu en apparence, alors que le sommet de l’uvule occasionne par son conlact avec la base de l’organe du goût un agacement tel dans le gosier qu’il se manifeste des symptômes de phthisie ou de gastrite; ainsique nous avons été à même de le constater deux fois, notamment chez une jeune personne qui avait suivi pendant un certain temps le régime conseillé pour les affections de poitrine et qui guérit parfaitement à la suite de l’excision de cet organe. — Quelquefois la cautérisation avec le nitrate d'argent, a suffi pour faire disparaître l’engorgement de cet organe, et on sait que ce moyen a réussi entre les mains de MM. Toirac et Velpeau même dans des cas de phlegmasie aiguë. — Nous - même y avons eu recours récemment avec un plein succès, mais dans des cas d’inflammation chronique, chez un officier du bureau des affaires arabes et chez un négociant
(1) Dictionnaire des dictionn. 1810 , t. i", p. 284.
TRAITÉ
d’Alger qui avait reçu pendant six mois les soins d’un autre confrère sans aucun résultat avantageux. — Cependant il ne faut pas s’abuser sur l'efficacité de ce moyen ; ainsi que le mélange vanlé par Déinoslhène et les caustiques de Galien, il ne convient que dans quelques cas d’engorgeinent compliqué d'infiltration séreuse.
Quant au cautère d’or ou de fer, aux acides azotique ou sulfurique, il n’en est plus question depuis long-temps, et nous en disons autant des astringents tels que le sel ammoniac , la noix de galle, le brou de noix, l’alun brûlé, le poivre ou le gingembre. — 11 faut également mettre au nombre des moyens dont on ne fait plus guère usage la ligature, portée sur la base de l’organe à l’aide de l’anneau cannelé de Custellanne ou porte-ligature particulier de F. de Hilden et de Seul tel, etc., etc. — De nos jours, en effet, chacun reconnaît que l’excision est le seul moyeu qui convienne dans la grande majorité des cas, et le manuel opératoire en est du reste des plus simples, ainsi qu’on pourra s’en convaincre par la description suivante.
MAN DEL OyÉliATOlUE.
Nous ne parlons que pour mémoire des trois instruments dont Paul faisait usage , de son slaphylaire destiné à saisir l'organe, de son staphylome destiné à le couper , et de son staphylocauste destiné à le brûler. Nous en disons autant du bistouri d'or fortement chauffé de Mesué, et de la chaîne dans un anneau de laquelle se trouvait engagée la luette. Nous passons à dessein sous silence les instruments plus ou moins étranges dont se sont servis G. de Salicet, Guy de Chauliac, J. Fabrice, Job à Meckren,Thorbern paysan norwégien, Le vret, Richter, B. Bell, voire même les nouveaux slaphylotoines de MM.
Ro usseau et Bcnnalti, car tous ces instruments sont superflus ; mieux vaut en effet Tiue simple pince à anneaux grêles, mais dont les manches soient très-longs et le bec armé de trois dents de souris. — Ces instruments une fois préparés, 1 opérateur placera le malade comme s’il s agissait de l'excision des tonsilles ; puis, une fois la bouche fortement ouverte, avec la main gain lie armée d'un instrument convenable (pinces à pansement, pinces à polype , pinces à dents de souris) il s’emparera de la luette, l’incli-
nera en avant et un peu k droite, et enfin la divisera d’un seul coup k une certaine distance de sa base avec des ciseaux droits et mousses. — Rappellerons-nous que quelques anciens écrivains avaient prétendu que son ablation altérait la respiration, et que suivant S. Braun elle déterminait la surdité; mais des observations sans nombre ont prouvé le contraire , et, k supposer qu’il survînt après cette opération quelque chose d'anormal dans les fonctions respiratoires, auditives ou digestives, il ne faudrait le considérer que comme un fait exceptionnel et pour ainsi dire étranger k l’excision elle-même. Du moins devonsnous avouer que, toutes les fois que nous y avons eu recours, nous n’avons jamais vu apparaître rien d’insolite; toujours, au contraire, nous avons été assez heureux pour voir s’opérer promptement le dégorgement de la luette , de manière k faire reprendre k la base de cette partie qui se trouvait plus ou moins cachée daus le voile la position qu’elle occupait primitivement, et à lui donner une étendue beaucoup plus longue qu’on n’aurait pu l’espérer.