‹ Encyclopédie des sciences médicales (volume 3)Chapitre 574 sur 656 · CANCER DES AMYGDALES · texte numérisé non relu

CANCER DES AMYGDALES

Celle maladie est si rare, que Boyer n en a pas parlé et qu'aucun des traités classiques publiés dans ces dernières années n en avait fait mention si ce n’est la dernière édition du Traité de médecine opératoire de M. Velpeau (2). Cependant M. Warren avait déjà, en 1 836 publié le fait suivant. « Une femme, Agée

(1) Dicl. Iiistor. et cosrnog r. de toutes es opérations et des instruments de chi- ’urgie.

(2) Méd. opérât., I. m, p. 508.

de 65 ans, dit-il, bien constituée, habituellement bien portante, fut prise, il y a six mois, d’un léger gonflement à l’amygdale gauche qui gênait un peu la déglutition. — Ayant fait appeler le docteur Skalteck, celui-ci lui conseilla d’abord les antiphlogistiques; puis, le mal continuant, il fit sur la tumeur une ponction avec une lancette qui ne donna issue qu’à une petite quantité de sang, ce qui n’empêcha pus la tumeur de faire des progrès, d’apporter de la difficulté dans les mouvements de la mâchoire inférieure et enfin d’acquérir bientôt tous les caractères des affections cancéreuses.

» L’ablation de la tumeur fut alors jugée nécessaire ; et comme les forces de la malade, ses digestions étaient dans un état satisfaisant, le jour en fut promptement fixé. — A l'examen, du reste, la maladie se présente sous la forme d’une tumeur dure au côté gauche du gosier, s’étendant posterieurement, sur toute l’arrière-bouche, supérieurement dans les narines postérieures, inferieurement jusqu’au maxillaire inférieur, auquel elle adhère. — Le voile du pa lais lui-même est compris dans la maladie. — L’opération fut faite de la manière suivante : la bouche ayant été maintenue à l’aide d’un spéculum, la tumeur a été saisie avec une forte érigne double; puis, disséquée et enlevée à l’aide d’un bistouri boutonné. — L'achèvement de l’opération a été assez difficile à cause de l’agitation de la malade et de l’écoulement sanguin qui la suffoquait. — Le cautère actuel a du être applique pour arrêter le sang. Le tissu de la tumeur était un véritable squirrhe ulcéré. Les suites de 1 opération ont été heureuses , les gargarismes d’eau créosotée et les applications externes de glace ont surtout été fort utiles. — La malade a guéri. — Six mois après cependant, s’étant evposée au froid et à I humidité, elle a été attaquée -d’uue violente péritonite, à laquelle elle a succombé. — A l’autopsie on a trouvé une transposition complète des viscères abdominaux et thoraciques toutes les parties du côté droit se trouvaient à gauche et vice versa (l). «

Quoi qu’ü en soit, M Velpeau a eu occasion de rencontrer cinq cancers enceplialoides, et il s’est décidé à en opé-

(1) The American Journal of ihe me-

méd SiC897CCf' déccmbrc 183(i- Ga*ette meu., 1827, t. n , p. 8<J7-

TRAITE

rer un sur un cultivateur de 68 ans qui, depuis deux ans, se plaignait beaucoup de la gorge et chez lequel l’amygdale gauche, envahie par la dégénérescence, était non-seulement ulcérée mais encore éîait saignante, putri/agineuse et remplissait presque en entier le pharynx, occupait une partie des fosses nasales et refoulait en avant le voile du palais. — Or M. Velpeau, l’opération une fois décidée, commença par découvrir l'artère carotide primitive et par passer au-dessous de ce vaisseau une ligature d’attente ; puis il accrocha la tumeur profondément avec une érigne double et l’attira fortement en avant vers la ligne médiane. Armant ensuite sa main d'un petit couteau courte sur le plat, à manche fixe, il fendit avec cet instrument le côté gauche du voile du palais et déracina toute la tumeur de bas en haut et de dedans en dehors. L’hémorrhagie étant peu abondante, M. Velpeau procéda immédiatement, à l'aide d’une plaie extérieure nouvelle, à l’enlèvement d'un ganglion lymphatique dégénéré et qui reposait contre le pharynx dans le bas de la région parotidienne. — La ligature, devenue inutile, fut ôtée le lendemain. — Il ne survint d’abord rien d inquiétant; la plaie était même détergée, lorsque de la diarrhée, de l’adynamie et des symptômes d’empoisonnement purulent se montrèrent le dixième jour et amenèrent la mort le dix-huitième.— A l’autopsie il fut constaté qu’il ne restait rien de cancéreux ni en dedans ni en dehors du pharynx et que les gros vaisseaux avaient été respectés.

Plus heureux que M. Velpeau, nous avons eu occasion d’enlever une amygdile cancéreuse qui remplissait aussi en grande partie la partie supérieure du pharynx chez un Maure qui en souffrait depuis long-temps et chez lequel cette glande était non seulement réduite en certains points à un état de putrilage mais encore occupait une partie des fosses nasales et soulevait en avant le voile du palais : ce malheureux, traité par un soi disant médecin maure, avait été martyrisé de toutes les façons, lorsqu’il vint réclamer nos conseils. Nous étant transporté, avec le médecin indigène, à la maison de campagne occupée par le malade et située du côté d’El-Biar, nous déclarâmes, après a voir pris connaissance de l’état dans lequel se trouvaient les parties, que l’opération était la seule chance de salut qui lui restât, et, le ma-

lade y ayant consenti, il fut décidé qu’il y serait procédé le lendemain malin.— Nous fûmes assisté dans celle œuvre par le médecin maure dont nous avons parlé, et après avoir placé une ligature d’aù tente sous la carotide primitive nous fûmes assez heureux pour accrocher la tumeur dans sa partie profonde, et pour 1 attirer en avant vers la ligne médiane : ayant fendu ensuite le voile du palais, nous enlevâmes complètement la glande de bas en haut et de dedans en dehors. — Rien de particulier n’étant survenu, la ligature d’attente fut enlevée dès le lendemain; et depuis, les parties avoisinant le mal se sont successivement détergées. Et le malade est aujourd'hui, six mois après l’opération, dans l’état le plus satisfaisant, tontes les surfaces ayant cessé de suppurer et ayant repris un aspect normal. — Il est vrai de dire aussi qu’il est impossible de montrer plus de courage, plus de patience, plus de résignation et surtout plus de confiance que n’en a eu l’opéré, dont la reconnaissance est extrême.

corps Étrangers.

Concrétions calcaires. — Des concrétions de nature diverse ont été rencontrées dans les amygdales, et les Mémoires de l’Académie de chirurgie en donnent une idée très-précise. Ces Mémoires renferment en effet trois observations qui s’y rapportent. Dans l’une il s’agit d’une jeune demoiselle, âgée de 2i ans, sujette à de fréquents maux de gorge pour lesquels la plupart des médicaments employés avaient été d’abord efficaces, mais qui n’avaient pas empêché pourtant la maladie de se reproduire. — Enfin, au mois de juillet 1740, après avoir eu recours aux saignées générales on aperçut au milieu de l’amygdale droite un point blanchâtre de la grandeur d’une lentille, et le chirurgien, après avoir reconnu avec le pouce et l’indicateur la présence d’un corps dur et inégal, pratiqua sur la glande une incision de six à huit millimètres d’épaisseur et avec des pinces à pçlypes fénêtrées s'empara d’une pierre du volume d’un gros noyau d’olive un peu irrégulière et blanchâtre.

• — Un gargarisme émollient suffit pour obtenir en quelques joui s une guérison qui depuis ne s’est pas démentie. — Chez un second malade, les amygdales présentaient un point blanchâtre de la grandeur d’un denier. — Une incision fut

DE MÉDECINE

pratiquée sur ces organes, il en sortit d’aboril du pus; puis, au bout de quelques instants, le malade cracha une pierre du volume d’une fève de haricot très-unie et très-friable. — La guérison ne s’est depuis jamais démentie. — Chez le troisième malade il s’agit d’un homme qui, depuis trois mois, éprouvait des douleurs dans l’amygdale gauche lors de la déglutition, pour lesquelles il fut saigne' sept fois , purgé et émétisé. — Une incision pratiquée sur l’amygdale donna issue «à une matière lymphatique au milieu de laquelle on trouva des concrétions pierreuses dont les plus volumineuses ressemblaient aux lentilles, et dont les unes étaient friables et les autres résistantes : des pierres sortirent encore pendant quelques jours; puis la guérison survint presque aussitôt (l).

Du reste, la composition de ces calculs a été indiquée exactement par les auteurs : ceux dont on a fait récemment l’analyse étaient de couleur blanche, opaque à l'intérieur, avec une teinte jaunâtre au centre, et légèrement grise à leur circonférence; leur section laissait apercevoir quelques couches concentriques d’un blanc plus brillant que le reste, mais sans noyau central. Examinés à la loupe, ils semblaient formés par l’agglomération d’un grand nombre de petits grains; leur analyse a donné une matière blanche surnageant sur IVau et ayant les qualités de l’albumine coagulable, du phosphate et du carbonate de chaux (2). — Ainsi il paraît positif que, parmi les concrétions amygdaliennes, les unes se forment dans les lacunes muqueuses et proéminent à la surface de la glande, les autres dans le parenchyme même de cet organe ; mais ces dernières ne sont visibles qu’après l’incision. Tandis que les premiè res , ordinairement très-fragiles, peuvent être expulsées par les seules forces de la nature, pour les secondes au contraire il est nécessaire de recourir à une incision pratiquée dans l’épaisseur de la glande, pour en extraire les corps étrangers, et, au besoin, même à l’excision d’une partie de la glande, ainsi que l’a fait dans un cassemblable M. Blandin (3).

(1) Mém. de l’Acad. de cliir., t. ni, p. Ô50, édit, citée.

(2) Archives gén. de médec., juin 1851 . (5) Dictionn. de ntéd. et de cliir. pratique.

Kystes. — Nous avons vu naguère M. Dupuytren enlever une amygdale qu’il croyait hypertrophiée à raison du volume considérable qu’elle avait pris, et notre étonnement, ainsi que celui de cet illustre maître, fut grand, et partagé par tous les assistants, lorsque nous vîmes, après l’incision, s’écouler un fluide limpide assez abondant et surtout lorsque, sur le morceau de glande extirpée, nous aperçûmes la moitié d’un kyste dont le peu d’adhérence, la teinie opaline et l’élasticité mirent hors de doute la nature hydalique de la tumeur; aussi le reste en fut-il extrait immédiatement et le succès le plus complet couronna-t-il son extraction. — Dans une autre circonstance, M. Roux a eu également occasion d’ouvrir, à la base de la langue et presque en contact avec l’amygdale gauche, un petit kyste hydatique du volume d'une noix (1).

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