INFLAMMATION AIGUE ET ABCES LAITEUX
ISoiis pouvons suivre la classification des inflammations et abcès de la mamelle adoptée par M. Velpeau, qui les divise en inflammations et abcès souscutanés, en inflammations et abcès profonds ou sous-mammaires, et en inflammations et abcès de la glande mammaire elle-même.
Les femmes durant l’allaitement sont particulièrement sujettes à l’inflammation et à la suppuration du sein : c’est pourquoi on donne à cette affection le
(1) J’ai consulté à cet égard M. Velpeau, qui m’a dit que la nature homogène de cette substance, qui élail bulyreuse et ne présentait pas les caractères de celle dite encéphaloïde, lui aurait suffi pour la reconnaître sans hésitation, si l’examen microscopique n’y avait fait encore découvrir les globules du lait.
(Note du tmd.)
nom d'abcès laiteux. L’inflammation est de nature phlegmoneuse, et elle en offre tous les caractères ordinaires ; mais en raison de la sen-ibilité naturelle de cette partie, et en raison aussi de ce qu’elle est recouverte d’uuc enveloppe dense, cellulaire ou aponévrotique cédant difficilement au gonflement inflammatoire, les souffrances sont extraordinairement intenses. Il se développe une tumeur solide, à laquelle succède de la rougeur inflammatoire qui se manifeste à lu 'surface de cette môme tumeur, et enfin on remarque une proéminence lisse dans un point particulier où l’on peut sentir la fluctuation de la matière purulente.
La cause la plus fréquente des abcès laiteux est la congestion de sang considérable qui se fait au sein chaque fois que l’enfant va teter, c’est ce que les nourrices appellent la montée du lait, et à celle cause se joint l’irrilation mécanique à laquelle la partie est continuellement soumise, ün donne quelquefois lieu à la formation de ces abcès en ne mettant pas l’enfant au sein assez tôt après la naissance; car, lorsqu’on ne le fait pas, le sein s’engorge, et cet état, excité par le régime stimulant que les gardes font souvent suivre aux femmes en couches, se termine souvent par une inflammation aiguë.
Au début de la maladie nous pouvons quelquefois amener sa résolution en employant les lotions froides légèrement volatiles, les sangsues et les purgatifs. On devra empêcher toute action du muscle grand pectoral en maintenant le bras en écharpe ; et la malade, quand elle sera dans son lit, devra se coucher sur le côté opposé Lorsque le sein est très-volumineux, quelques praticiens le soutiennent au moyen d’un bandage; je ne suis pas habituellement cette méthode. Parmi les causes de celle maladie j’ai signalé l’irritation mécanique et l’excilation que produit la succion. C’est pourquoi je conseille toujours a la mère de ne pas laisser teter le sein malade à l’enfant, et, lorsqu’il est nécessaire de faire sortir le lait de la mamelle, je recommande l’emploi d’un tube de verre fait exprès.
Quand on ne peut prévenir la formation d’un abcès, on doit discontinuer les applications froides et y substituer les calaplasmes émollients et les fomentations de têles de pavots.
Quant à la question de l’ouverture de l’abcès, je ferai observer que si la col-
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lcction de pus est superficielle, si elle n’est p.is accompagnée de vives souffrances, et si elle marche rapidement à la surface, il importe peu que l’on ouvre l’abcès ou qu’on le laisse s’ouvrir luimême; mais lorsque l’abcès est profond, que son travail est lent, et que les souffrances sont aiguës et accompagnées de fièvre, on doit donner issue à la matière purulente. Quelques chirurgiens profèrent ouvrir de suite les abcès, même les plus superficiels, afin d’empêcher qu’ils ne produisent le décollement de la peau. Je ne vois pas d’objection à émettre contre cette méthode, car, si on ne la suit pas, des sinus peuvent se former, et la guérison en devient plus difficile et plus lente. « L’on doit ouvrir, dit M. Velpeau, les abcès du tissu cellulaire et adipeux du sein, et celte ouverture doit être faite largement aussitôt que l’on peut sentir facilement la fluctuation.
J’ajouterai qu’il me semble qu’en pratiquant une ponction dans le centre de ces abcès, avant même qu’ils soient complètement mûrs, ou arrêtera leurs progrès et l’on facilitera leur résolution. » On devra faire la ponction dans un point déclive, et si la peau est amincie dans une grande étendue, ou s’il existe des sinus, il faudra pratiquer des incisions dans différents points (1).
Dans quelques cas la guérison est fort long-temps à se faire attendre, parce que plusieurs abcès se produisent successivement. On emploiera alors avec avantage l’opium et le sulfate de quinine. Lorsqu'un abcès profondément situé, n’ayant pas été ouvert assez largement ou assez tôt, a amené la formation de sinus ou clapiers dans diverses directions, et que ces lusées purulentes continuent pendant long-temps à fournir de la suppuration : si on ne réussit pas à les guérir à l’aide de la compression; on peut imiter la conduite de sir Aslley Cooper, qui y faitdes injections avec une lotion d’eau de rose à laquelle on ajoute deux ou trois gouttes d’acide sulfurique
concentré par once. Il fait des applications
de cette même lotion à la surface en y joignant quelquefois un bandage. M. Hey de Leeds était d’avis d’ouvrir largement Ions les sinus de celte espèce; et M. Velpeau insiste fortement sur les avantages de celte manière de faire, avec la condition qu on doit toutefois la réserver pour
les cas où des fistules existent depuis plusieurs semaines ou plusieurs mois et où les incisions ordinaires et les autres moyens ont échoué. M. Velpeau recommande d’ouvrir de bonne heure les abcès du sein superficiels, sous-culane's, sous-mmnmaires, mais de n’ouvrir ceux de la glande mammaire elle-même que quand une fluctuation bien distincte s’y lait sentir. Dans ces derniers cas aussi, il trouve, ainsi que M. Donné, que le lait sécrété contient de nombreux globules de pus, et par conséquent il pense que l’on ne doit pas donner le sein à l’enfant en pareille circonstance (l).
Les abcès chroniques du sein se développent chez les femmes d’une constitution scrofuleuse, et sont beaucoup moins fréquents que ceux aigus ou laiteux. Un doit donner issue à la matière purulente et chercher à améliorer la santé générale par les moyens indiqués à propos du traitement des scrofules. On devra loujours porter une attention particulière aux fonctions de l’utérus, car elles sont souvent altérées, et alors les aloétiques et les ferrugineux sont indiqués.
Quant aux maladies du seiu qui dépendent d’une action particulière ou spéciale, mais ne sont point de mauvaise nature, je parlerai d’abord de l’hypertrophie de cet organe.
IirPERTROPIIIE DU SE1X.
L’hypertrophie du sein, et en particulier celle que M. Velpeau nomme glandulaire, est plus commune dans les Indes, l’Amérique, l’Angleterre et l’Allemagne qu en France. La principale cause de l’hypertrophie de la mamelle est attribuée par sir Astley Cooper au célibat, et, suivant son observation, se rencontre particulièrement entre Page de trente ans et celui de trente-cinq. II parle d’une fille de quinze ans seulement dont la mamelle pyriforme, et s’étendant jusque sur l’abdomen, avait vingttrois pouces et demi de circonférence.
On rapporte aussi un cas dans lequel la mamelle descendait jusqu’aux genoux ( t pesait trente livres. Selon d’autres observateurs, l’Age de la puberté serait celui où l’on remarque particulièrement celte hypertrophie. Comme la tumeur n est d abord le siège d’aucune douleur ni d’aucun désordre fonctionnel sérieux,
0) Ouvr. cité, p. 20.
(!) Ouvr. cité, p. 59,
elle n’attire pas beaucoup l’attention au début. Cependant les menstrues diminuent de quantité, ou sont irrégulières, ou môme supprimées. La voix est aussi altérée, et la malade paraît affectée d’enrouement.
L’état des mamelles étant intimement lié à celui de l’utérus, M. Velpeau considère le mariage et l’état de gestation comme étant les moyens les plus propres à arrêter l’hypertrophie du sein. On conseille aussi l’administration de l’iode à l’intérieur jointe aux bains d’iode, et l’on recommande ensuite les frictions sur le sein avec un onguent contenant de l’iodure de plomb, de l’iodure de potassium ou du mercure. L’alimentation végétale est préférable à la nourriture animale ; on ne doit négliger ni l’appareil suspensif ni la compression.
TUMEURS IIVDATIQUKS.
Elles ont été ainsi nommées par sir Aslley Cooper, qui en décrit plusieurs variétés. Comme le mot hydalide ferait supposer que la maladie consiste toujours en des kysles, non pas adhérents, mais détachés et globuleux, doués d’une vitalité individuelle et indépendants du tissu dans lequel ils sont formés, beaucoup de chirurgiens préfèrent les nom mer kystes du sein.
La tumeur est caractérisée par sa tendance à atteindre une dimension considérable; mais elle n’est pas disposée à dégénérer, et elle n’occasionne d’autre gêne que celle qui provient de sa grosseur. D’abord elle est complètement ferme au toucher, mais au bout de quelque temps on peut distinguer de la fluctuation dans certains points. La tumeur est très-mobile et pendante. Quelquefois les kystes s’ulcèrent, un fluide séreux s’en écoule, et ils se cicatrisent alors ou même s’oblitèrent. Les applications locales sont inutiles. Lorsqu’il n’y a qu’un kyste de dimension considérable et qu’on y pratique une ponction, il arrive quelquefois qu’il ne se remplit pas. Le seul motif que l’on ait pour exciser cette tumeur lorsqu’elle atteint une dimension notable est le désir de délivrer la malade de la gêne produite par son volume. On doit enlever toutes les parties gonflées et indurées, car s’il restait quelques petits kysles la maladie récidiverait. Les glandes de l’aisselle sont ou complètement saines ou seulement augmentées de volume par suite de l’irritation. M. Velpeau
doute que l’extirpation d’un kyste séreux de la mamelle soit jamais indispensablement nécessaire. Il préférerait pratiquer la ponction au moyen d’un petit tiocart, vider le kyste, et ensuite injecter une lotion consistant en deux gros de teinture d’iode par once d’eau!" 11 n’a cependant essayé de cette méthode que dans un cas, mais ce fut avec un succès complet (t).
Quant aux tumeurs du sein consistant en des hyclalides globuleuses , on doit y pratiquer une incision et en extraire le sac. Après celte opération la partie se cicatrisera. La maladie est caractérisée par de la fluctuation au centre, de la fermeté à la circonférence, et par l’absence de sensibilité à la pression. Celle affection est de nature bénigne.
Le docteur Warren décrit un cas dans lequel la tumeur pesait douze à treize livres (2).