TUMEUR LAITEUSE
Celte tumeur esl bornée au mamelon et consiste en une collection considérable de lait en partie fluide et en partie coagulé , souvent mêlé avec du pus , et formée dans un des conduits galactophores dont l’ouverture a été oblitérée par suite d’une inflammation chronique.
Cette maladie est analogue à la grenouillette. La tumeur ofTre une fluctuation distincte , les veines cutanées sont d’une dimension considérable; mais il n’y a pas d’altération dans la couleur de la peau. Si l’on pratique une ponction étroite elle est bientôt cicatrisée, et il se fait une autre accumulation de pus; ou s’il se forme une petite ouverture ulcérée à quelque distance du mamelon, elle subsiste durant la période d’allaitement et le lait, au lieu de passer dans la bouche de l’enfant, se trouve perdu.
M. Velpeau attribue l’origine de la tumeur laiteuse à ce que le sein aura été soudainement exposé au froid; à une sécrétion de lait trop abondante et à une longue rétention de ce liq aide dans le sein. Cette affection peut être aussi déterminée par une succion trop rude exercée sur le mamelon et par l’usage répété des cordiaux.
11 sera suffisant de pratiquer une ponction de dimension médiocre si l'enfant est sevré ; s’il ne l’est pas, on devra faire l’ouverture plus grande, de manière que le lait puisse s’échapper tandis que l’enfant telle, jusqu’à ce que
DE PATHOLOGIE
la sécrétion du lait ait cessé ou que l’enfant soit sevré. Tel est le conseil donné par sir Aslley Cooper.
Si une petite fistule laiteuse persistait après la ponction, ou si elle se formait à la suile d’un abcès communiquant avec un des conduits galactophores, M. Velpeau serait fortement d’avis de la toucher de temps en temps avec le nitrate d’argent et d’y appliquer des astringents.
Il a presque toujours vu cette méthode suivie de succès. S’il n’en était pas ainsi il conseillerait de faire deux fois par jour des injections avec une faible solution de nitrate d’argent ou d’alun, ou avec des lotions contenant de la teinture d’iode ou du vin rouge. Si ces moyens ne réussissaient pas, il dilaterait l'orifice de la peau et appliquerait largement le nitrate d’argent à l’intérieur de la fistule. M. Velpeau n’a jamais rencontré une seule fistule laiteuse qui n’ait été guérie par l’une ou l’autre de ces méthodes. Si la malade n’était pas obligée de nourrir, ces moyens agiraient encore plus promptement pour la guérison de la fistule.
On pourrait aussi employer la compression et des remèdes internes (1). Dupuytren décrit des kystes remplis d’une matière semblable à du lait ou à du beurre qu’il avait tiouvës dans le sein (2) et qui contenaient une substance laiteuse, liquide, demi-liquide ou imparfaitement caillée; mais M. Velpeau dit qu’il ne sache pas que l’on ait décrit jusqu’à présent des tumeurs solides réellement formées par Je lait. Il pense que certaines irritations du tissu du sein peuvent produire l’infiltration du lait hors des lobules ou des canaux excrétoires de la glande mammaire, de manière à former des collections anormales de lait, de même que le sang se trouve extravasé de ses vaisseaux par suite de coupsreçus.En 1838, 31. Velpeau donna scs soins à une femme dont le sein s’était transformé en une masse spongieuse excessivement sensible; on y fit une ponction exploratrice et il s’en écoula une grande quantité de fluide laiteux qui sortait évidemment du tissu cellulaire. 3Iais, d’après son opinion, l'épanchement du lait hors de ses vaisseaux naturels n’est pas essentiel à la production de véritables accumulations laiteuses. Les conduits galactophores peuvent se dilater et se trans-
CHIRURG1CALE. 541
former en des kystes d’une dimension considérable. 31. Velpeau croit que le lait épanché dans le sein peut, comme du sang extravasé, y demeurer longtemps et devenir la cause de grandes souffrances, ou se décomposer et amener la formation d’un kyste rempli de sérum lorsque la partie caséeuse a été d’abord absorbée, ou rempli d’une matière demiliquide lorsque le sérum disparaît le premier par absorption. Dans d’autres cas, l’épanchement du lait peut donner lieu à de l’inflammation et a des abcès laiteux ; ou encore dans d’autres exemples ce liquide étant déjà coagulé dans les conduits galactophores ou dans le tissu interlobulaire, il peut se trouver mêlé avec l’élément fibro-cellulaire, se concréler, se durcir de plus en plus, et produire ainsi ce que 31. Velpeau appelle une tumeur butyrcuse ou caséeuse de la mamelle. Il nous est, du reste, moins nécessaire d’adopter l’explication théorique que l’on vient de lire que de nous rappeler ce fait : c’est que le sein est sujet à des tumeurs de cette nature qui, quelquefois, atteignent une dimension considérable. Il est curieux de remarquer aussi que dans le cas cité par 31. Velpeau il s’est développé consécutivement des tumeurs du même genre, telles que des masses encéphaloïdes sous l’aisselle et sous la clavicule. La tumeur du sein elle-même, après avoir été complètement enlevée, se reproduit (i). Ces dernières particularités me conduisirent à supposer que, quel qu’eût été le premier état de celle tumeur ou la cause de sa production, elle participa ensuite de la nature du cancer encéphaloïde ; et nous savons que dans quelques- unes des variétés de celte maladie la substance cérébriforme a la fluidité de la crème ou du lait, tandis que dans d’autres sa consistance est semblable à celle du cerveau ou même est beaucoup plus ferme encore, ainsi que nous en voyons un exemple dans Je sarcome mammaire d’Abernelhy (2). La dimension considérable qu’atteignit la tumeur des glandes axillaires (c’est-à-dire la grosseur d’une tête d enfant) et la forme lobulée de celte tumeur tendent encore à confirmer 1 opinion vers laquelle je penche. Cependant on dit qu’il sortait de la matière
(') Op. ci t. , p. 48.
(1 2) Poillard , Journ. liebdom., 1829.
(1) Velpeau, op. cit., p. 83.
(2) Voy. CarswcU's Elementary forms of disease.
caséeuse des parties ulcérées de la tumeur, et M. Donné, qui, dans un certain cas, examina la substance que l’on compare à du fromage ou à du beurre quelerue peu altéré , découvrit dans cette substance de nombreux globules qui, vus au microscope, ressemblaient à ceux du lait, et qui, comme ces derniers, se trouvèrent aussi être solubles dans l'éther et l’alcool, et insolubles dans l’ammoniaque. Ils étaient pareillement mêlés à des globules muqueux et aux petits corps granuleux qui caractérisent le colostrum.
A l’égard du traitement des tumeurs dures laiteuses du sein au début, lorsque le lait semble avoir été épanché dans le sein par infiltration, M. Velpeau recommande l’emploi des sangsues ou même de la saignée, et l’administration de purgatifs actifs suivie de l’usage des liniraenls de camphre et d’ammoniaque.
Mais s’il se présente des proéminences distinctes, lobulécs, tout à-fait concrètes, et si la maladie est déjà chronique, il pense que l’extirpation de la tumeur est la seule chance de sauver la malade. Je crains cependant, nonobstant quelques particularités qui sont à l’appui de son opinion, que mon honorable correspondant, M. Velpeau, ait pris à tort une variété du cancer encéphaloïde pour une tumeur contenant du lait d’abord épanché et ensuite coagulé (1 j.