‹ Encyclopédie des sciences médicales (volume 5)Chapitre 155 sur 242 · TRAITEMHNT DE LA BLENNORRHAGIE · texte numérisé non relu

TRAITEMHNT DE LA BLENNORRHAGIE

Bien que nous ayons une grande expérience du traitement de la blennorrhagie, nous ne connaissons aucun remède spécifique contre celte affection.

Cependant, quoiqu’un de ses caractères

qu’on attribuerait celte puissance à un écoulement blennorrhagique apporté d’Amérique? Les autres preuves invoquéesen faveur de l’identité reposent sur ce que chez quelques individus la blennorrhagie est suivie de symptômes consécutifs guérissables par le mercure, et sur le résultat d’inoculations avec le pus blennorrhagique qui, dans quelques cas, ont développé des chancres , des bubons, des syphilides guéris ensuite par un traitement mercuriel. Ceci, au lieu de prouver l’identité de la syphilis et de la blennorrhagie, prouve seulement qu’il y a des blennorrhagies vénériennes , soit qu’alors la blennorrhagie existe comme symptôme pur et simple de la vérole , soit, comme le pense M. Ricord, qu’il existe en même temps que celte blennorrhagie un ou plusieurs chancres dans l’urètre chez l’homme et dans le vagin chez la femme. Dans la grande majorité des cas la blennorrhagie est tout à fait exempte de syphilis, et la preuve en est que les symptômes consécutifs ne se manifestent après elle ou après l’inoculation faite avec le pus blennorrhagique que dans un petit nombre de cas- Une remarque curieuse et pratique sur ce point, c'ist que, quand la blennorrhagie doit avoir ce malheureux caractère de spécificité, il se passe un assez long temps d’incubation , c’est-à-dire entre le coït impur et l’apparition de la blennorrhagie. Il faut avouer que quand il n'existe pas de symptômes particuliers pour éclairer le diagnostic on peut être fort embarrassé pour déclarer la spécificité ou la non-spécificité de la blennorrhagie et qu’on ne se décide que d’après des probabilités. — 11 me reste quelques mots à dire des caractères anatomiques, de la blennorrhagie ; ils consistent dans ■ une simple rougeur foncée avec injection vasculaire du canal, surtout vers la foss*i naviculairc: ainsi que l’a décrit M. Cul— lericr, et que j’ai pu le voir une fois chczt un homme qui étant infecté de blennorrhagie avait été écrasé par une voituresous laquelle il était tombé dans un état d’ivresse. — L’ophthalraie et l’orchite blennorrhagiques ayant déjà été traitées ; dans un article spécial, on n’y reviendra point ici. (Note du trad.)

DE PATHOLOGIE CHIRURGICALE

particuliers soit de poursuivre sa marche pendant trois ou quatre semaines (quoi qu’on y fisse), on peut la rendre beaucoup plus bénigne en employant un traitement convenable, et l’on peut aussi l’empêcher de se prolonger pendant des semaines et même des mois sous forme de blennorrhée. Il est donc imporlant de recourir à la médecine dans le traitement de cette affection.

Il est positif que la blennorrhagie est accompagnée de l’inflammation de la membrane muqueuse de l’urètre comme le dénotent la sensation brûlante et les souffrances qu'éprouve le malade, le gonflement dont la partie affectée est le siège , et souvent aussi l’épanchement de la fibrine dans le corps spongieux, ainsi que plusieurs antres symptômes.

On doit traiter celte maladie au début par les antiphlogistiques , et couvrir le pénis avec un linge trempé dans l’eau froide ou la lotion de plomb ; ou, comme le préfère M. Ricord, on peut faire des fomentations sur la verge, le scrotum et le périnée, avec une décoction de têtes de pavots à laquelle on ajoute du laudanum lorsque les douleurs sont très-intenses. On pourra encore fomenter ces mêmes parties avec une décoction de feuilles de belladone. Le malade devra s’abstenir de tout exercice violent, ne pas boire de vin, manger modérément et éviter les mets épicés, puis il prendra une purgation tous les deux ou trois jours. Quand l’écoulement est tout à fait au début, M. Ricord pense que le mode de traitement le plus propre à arrêter la maladie est l’application de vingt ou quarante sangsues au périnée suivant la force du malade; et il conseille en outre d’administrer le copaliu ou le cubèbe.

Mais il considère ces derniers médicaments comme inefficaces lorsqu’il s’agit d’une blennorrhagie complètement développée ; et il les croit meme de nature à rendre les organes digestifs incapables de les supporter à une époque plus avancée de la maladie, alors qu’il pourrait devenir nécessaire d’y recourir(i). On doit s’efforcer de rendre l’urine moins irritante en donnant des boissons mucilagineuses et adoucissantes, telles que l’eau d’orge, de graine de lin, ou une solution de gomme arabique avec une certaine proportion de nitrate de potasse

(1) Pli. Ricord, Maladies vénériennes, p. 107 - 712.

et un peu de sirop de pavot. On peut administrer la liqueur de carbonate de potasse à la dose de dix gouttes, que l’on répète huit ou dix fois dans le cours de la journée; car elle a pour effet de diminuer l’àcreté de l’urine. Au début de la maladie on approuve communément l’emploi des médicaments propres à exciter les sécrétions en général, à maintenir la liberté du ventre et à entretenir de la moiteur à la peau: telles sont les mixtures contenant la liqueur d’acétate d’aminoniaque et le nitrate de potasse, et les poudres de nitrate de potasse avec une petite proportion de poudre d’ipécacuanha compo-ée. On prescrit très souvent la décoction d’orge composée avec addition de nitrate de potasse et la teinture de jusquiamc.

Quand la violence des douleurs que ressent le malade dans la vessie et le périnée donne de fortes raisons de croire que l’inflammation s’étend plus loin que de coutume, ou lorsque l’urine ne peut être évacuée sans la plus grande difficulté ou qu’il y a même rétention complète, le traitement doit être encore plus actif : il faut alors invariablement faire des applications de sangsues au périnée, pratiquer la saignée par la lancette, recourir aux demi-bains, maintenir la liberté du ventre au moyen de purgations répétées, et soumettre le malade à l’influence modérée de l’opium ou delà jusquiame, afin de diminuer le spasme du col de la vessie- S’il survenait une rétention complète, on devrait faire suivre la saignée et le bain chaud de l’administration d’un lavement fait avec deux ou trois onces de mucilage d’amidon et quarante à soixante gouttes de laudanum (l).

(I) Cette dose de laudanum parait bien considérable. On sait que celte substance injectée dans le recium agit avec une rapidité et une énegie doubles de celles qu’elle a quand on l’administre par la voie de l’estomac; peut-être le faudonum dont il est question ici est-il plus laible que celui que nous employons en France, car sept gouttes de laudanum ao Rousseau ou quinze gouttes de laudanum de Sydenham représentant environ un grain d’opium produisent déjà chez certains individus des effets plus marqués que ceux que se propose quelque ois le praticien. Ainsi qu’il est facile de le concevoir, tout doit dépendre de la concentration de la préparation oui-il cée; mais généralement il faut meure

Lorsque la période inflammatoire est passée, et que les symptômes saillants

ne consistent plus que dans la persista n ce de l’écoulement et d’une sensation de pêne dans l’urètre, l’indication est d’employer des moyens propres à ramener la sécrétion de la membrane muqueuse à son état normal. Dans ce but nous devrons faire prendre au malade certains médicaments qui agissent sur la membrane de l’urètre en changeant la qualité de l’urine : telle est la propriété du baume de copahu ou du cubèbe ; on peut donner trois fois par jour vingt gouttes de baume de copahu dans un verre de lait ou d’eau de menthe, ou on peut le prendre en potion en le mêlant avec du mucilage de gomme arabique et un peu d’eaude piment. On administre le poivre de cubèbe ou de Java par doses d’un ou deux gros, deux ou trois fois par jour; 1 on peut encore employer les injections astringentes ou stimulantes. Les premières consistent généralement en une solution de sulfate de zinc ou d’acétate de plomb dans de l’eau ou de l’eau de rose, à la dose de dix à douze grains pour sixonces de liquide. Les injections stimulantes contiennent ordinairement du deutochlorure de mercure ou du nitrate d’argent. La solution est forte lorsqu’on mêle dans six onces d’eau distillée deux grains de deuto-chlorure de mercure ou environ cinq grains de nitrate d argent ; quoique récemment on ait quelquefois employé ce dernier à la dose de dix grains par once d’eau, dans le but d arrêter l’écoulement, la maladie étant arrivée à l’état chronique. Quand, au début, la blennorrhagie est accompagnée de souffrance, je pense avec M. Ricord que, bien que les injections astringentes, stimulantes ou autres, puissent quelquefois arrêter l’écoulement, il arrive presque toujours qu’elles échouent et sont alors plus nuisibles qu’utiles. Mais si 1 ecoulement commençait sans cire accompagné de douleur ou de quelque autre signe d'inflammation, on pourrait essayer du baume de copahu ou de la poudre de

dans les lavements des doses de laudanum très-modérées. J'ai vu deux accidents mortels résulter d’erreurs commises en pareil cas , et , pour le dire en passant, les erreurs à propos des doses vont en se multipliant depuis qu on a adopté un nouveau système de poids et mesures si incommode. {Note du irnd.)

cubèbe dans le but d’arrêter soudainement la maladie et toute émission sanguine serait inutile. M. Ricord croit k l’efticacité des purgatifs drastiques employée à cet effet, et il s’accorde avec beaucoup d’autres chirurgiens pour recommander l’usage des injections de nitrate d’argent ; au lieu d’employer d’abord une solution composée de dix grains par once d’eau, comme le conseillent quelques praticiens modernes, il préfère commencer par un quart de grain seulement pour cette même quantité d’eau en augmentant graduellement la force de la solution (l).

Les érections qui ont lieu dans la période aiguë de la blennorrhagie deviennent la source de grandes souffrances.

Les meilleurs moyens à employer pour les prévenir, ou du moins apporter du soulagement au malade, consistent à ne pas laisser celui-ci se trop couvrir dans son lit ou demeurer dans une pièce trop chaude, à appliquer sur les parties de l’eau froide ou des lotions légèrement volatiles, et administrer la teinture de j usquiume, le vin de colchique, ou, comme le conseille M. Ricord, le camphre combiné avec l’opium et employé sous forme de pilules ou en lavement.

Lorsqu’il s’agit d’arrêter une hémorrhagie abondante fournie par l’urètre et occasionnée par le déchirement de ce canal pendant une érection, on recommande le traitement suivant : les applications d’eau glacée sur le pénis, la partie interne des cuisses, le périnée et la région hypogastrique ; les boissons acidulées, quoique cependant on ne doive pas les donner en trop grande abondance: puis on maintient le bassin dans une position élevée, on évite que le malade soit trop couvert dans son lit, ce qui provoquerait un excès de chaleur. On peut rouler une serviette que l’on maintient fortement serrée contre le périnée à l’aide d’un bandage en T , ou l’on recourt k la compression circulaire du corps spongieux. Si ces mesures sont insuffisantes , M. Ricord introduit um sonde, afin de comprimer l’urètre de dedans en dehors, pendant un jour ou deux: et il adjoint quelquefois à ce moyen un< pression ex terne très— modérée (2; . Q n.u.< la blennorrhagie occasionne la dysunc on doit appliquer des sangsues au peu-.

(1 ) Ouvrage cité , p- ~ 1 ■ • (2) Ouvrage cité, p- 7*6.

DE PATHOLOGIE CHIRURGICALE

née, pratiquer la saignée du bras, employer les bains chauds, et, comme le conseille M. Ricord, faire des frictions sur le périnée avec l’extrait de belladone, biais lorsqu’il s’agit d’un cas de rétention d’urine pressant on doit introduire une algalic n° 8 ou 10, qui passera plus aisément que si elle était d’une moindre dimension. En France on graisse quelquefois l’instrument avec un onguent contenant une proportion d’extrait de belladone (1), méthode qui peut-être mérite plus d’attention qu’on ne lui en a encore accordé dans notre pays (2).

(t) Ricord, Maladies vénériennes, I p. 718.

(2) La période d’acuité de la blennori rbagie réclame, ainsi qu’on a pu le voir dans cet article, le traitement antiphlogistique,et je crois que c’est à tort que quelques praticiens ont préconisé l’administration du copahu à toutes les époques de l’affection. Je dois encore signaler une erreur que l’on commet quelquefois ; il y a des médecins qui appliquent les sangsues au pénis , celte pratique est vicieuse, elle expose au gonflement œdémateux de l'organe; c’est au périnée et aux aines qu’il convient de mettre les sangsues.

Plus tard, lorsqu’on emploie le baume de copahu, il vaut mieux le donner dans ! des capsules gélatineuses qui épargnent aux malades un horrible déboire ; elles isont bien préférables à la potion de Chopart. On prend deux capsules gélatineuses ; d’abord deux fois, puis trois fois par jour. Lorsque cette préparation ne peut être supportée par l’estomac , on lui associe un peu d’opium ; mais quand elle l’enflamme, ou y détermine seulement une souffrance marquée, on doit administrer le baume de copahu dans un lavement ainsi composé : baume de copahu, un gros et demi; un jaune d’œuf; laudanum, quatre gouttes; eau, quatre onces. Si cette manière d’administrer le médicament ne fatigue pas l’estomac, elle a l’inconvénient d’être beaucoup moins sûre. On ne saurait trop recommander les grands bains à 27 degrés Réaumur, et jamais plus chauds, surtout lorsque la blennorrhagie est aigue.

Il y a des praticiens qui conseillent les ' bains de siège , d’autres les blâment ! parce qu’ils pensent qu’ils fluxionnent la partie; je crois qu’en général il vaut i- mieux recourir aux grands bains. Dans quelques cas un accident très-fâcheux ' complique la blennorrhagie , je veux parler de la rétention d’urine ; ou en obtient souvent la cessation en plaçant le

S . C oo per.

TRAITEMENT DK LA BLENNORRIlÉE.

On peut essayer des injections de deuto-chlorure de mercure ou de nitrate d’argent, ou employer à l’intérieur le baume de copahu, le cubèbe, la teinture de sesquichiorure de fer ou celle de cantharides à la dose de dix ou quinze gouttes trois fois par jour; et dans les cas réfractaires on peut recouriraux bains froids, aux bains de mer, au violent exercice du cheval, appliquer un vésicatoire sous l’urètre et administrer le quinquina, le sulfate de quinine et les ferrugineux.

Il y a beaucoup de blennorrhées que l’on ne réussit à guérir à l’aide d’aucun de ces traitements, parce que l’affection peut n’être pas simplement due à une perversion de la fonction des vaisseaux sécréteurs de l’urètre , mais dépendre d’autres maladies de ce canal ou des parties qui lui sont adjacentes, ainsi que cela a lieu dans les cas de rétrécissement et dans les maladies de la prostate. C’est pourquoi, lorsqu'un individu me consulte pour une blennorrbée et me dit qu’il est depuis long-temps atteint de cette affection, je me fais généralement une règle d’introduire une bougie dans l’urètre, afin de reconnaître s’il n’existe pas quelque autre maladie de ce canal (l).

malade dans un bain tiède, en pratiquant la saignée du bras et en administrant quelques opiacés. Si pourtant la rétention d’urine résistait à ces moyens il faudrait bien sonder le malade, ce qui a le grand inconvénient de refouler en arrière le pus blennorrhagique dans des points du canal qui n’en sécrètent peutêtre pas, et d’exposer à léser la membrane muqueuse, que l’inflammation doit avoir un peu ramollie ; on devrait donc alors sonder fort doucement et n’employer qu’une sonde de gomme élastique suffisamment volumineuse.

{Noie du trad.)

(1) Dans une de mes notes précédentes sur les rétrécissements de l’urètre, j’ai déjà dit que les injections astringentes avaient été accusées de donner lieu aux îétrécissernents, et que cette assertion paraissait peu vraisemblable; je ne reproduirai donc pas ici cette discussion, bi 1 on emploie les injections dans le\ traitement de la blennorrhagie, c’est surtout lorsqu elle est arrivée au point de constituer ce que l’on nomme blcn-

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