FRACTURES DES OS DE LA .JAMBE
On pourrait supposer, en examinant!
ces os et en voyant combien l’un est fort el l’aulre mince, que le péroné doit être: le plus sujet aux fractures ; tel n’est pat le cas. Le tibia, quelque fort qu’il soit, se brise plus souvent que le péroné, et une des raisons de celte particularité estqu’il se trouve situé superficiellement du côté antérieur de la jambe. En effet, sa surface antérieure est recouverte uni-: quement par les téguments. Une autre raii son est que le tibia supporte tout le poidi du corps lorsqu’un individu saule ou descenddechcval en appuyant fortement soi:
le sol. Le péroné est recouvert dans 1er’ deux tiers supérieurs de son étendue pa*f
(I) Journal médical et chirurgical d’Ê ditnbourg , janvier 1837.
DE PATHOLOGIE CHIRURGICALE. 719
crépitation très-distincte qu’on pourrait sentir sans la moindre difficulté.
des muscles épais, et l’on peut dire que le ■este de cet os est très-protégé parle tibia ui-même. Les seuls muscles péroniers mffisent à le garantir des effets d’une /iolence ordinaire dirigée contre la parie extérieure de la jambe.
Quand le tibia est fracturé seul , l’ac- :ident est généralement causé par une violence extérieure directe : surtout si la raclure occupe un point des deux tiers Supérieurs de l’os; ordinairement alors [a fracture est produite par un coup de lied de cheval ou par le passage d une •oue de quelque lourde voiture sur le nembre. Le tiers inférieur du tibia peut :tre fracturé par une violence directe iu indirecte, ou par suite de ce que les chirurgiens français appellent un contreoufj. Une fracture du tiers supérieur du jbia est souvent transversale ; mais si tette lésion occupe un point des deux sers inférieurs de l’os, elle est généraement oblique. Lorsque le tibia seul est iassé et que la fracture existe dans le tiers supérieur de l'os, il faut apporter ;ne certaine attention pour reconnaître a nature de l’accident; parce qu’il n’y pas de changement dans la forme du liembre,car, le péroné étant demeuré inact, il agit comme une attelle : de sorte u’il ne peut y avoir aucun raccourcisseaentdu membre, l’étendue de la surface e lafractureen ce lieu tendant d’ailleurs empêcher également la rétraction et le iéplacement. Cependant, la plus légère négalilé du tibia peut toujours être déouverte en passant le doigt le long du ord antérieur ou crête de cet os; et s’il a une fracture, on sentira quelque aillie ou irrégularité au point qu’elle ccupe. En imprimant des mouvements ssez élendusau cou-de-pied et au genou n apercevra aussi que dans le lieu prêts de la solution de continuité l’os, au ieu d’offrir une résistance solide et incxible , présente un certain degré de iobilité,ou cède lorsqu’on presse sur ai. Si les deux os sont fracturés siniulinément , lu nature de l’accident est uffisamment évidente ; on remarque un hangement dans la forme du membre, ne déformation anguleuse, le talon est Uiré plus ou moins eu arrière et en iaut par les muscles du mollet. On voit incore que le membre est raccourci et jue le pied est tourné soit en dedans, °it en dehors. S’il était nécessaire de hercher quelqu’autre circonstance qui onvainquît de la nature* de la lésion , in trouverait un sigue irrécusable dans la
Quand la fracture occupe un point appartenant aux deux tiers inférieurs du tibia , elle s’étend souvent obliquement de haut en bas et d’arrière en avant. Il en résulte que l’extrémité du fragment supérieur sera très-aiguë et pourra sortir à travers la peau , ce qui constitue la complication à laquelle les Anglais donnent le nom de compound fracture.
Quand le péroné est cassé comme le tibia, ce dernier os est également fracturé le premier; et ensuite le poids du corps étant transmis au péroné, cet os se brise aussi. Telle est l’explication offerte par Dupuytren comme s’appliquant à la majorité des cas , mais quelquefois les deux os sont fracturés simultanément par une violence directe ainsi que cela a lieu lorsque la roue d’une lourde voiture passe sur le membre.
Bien qu’en définitive le péroné soit moins souvent cassé que le tibia, cet accident est encore assez commun; tellement commun que Dupuytren a calculé que les fractures du tiers inférieur du péroné constituent le tiers de toutes les fractures de jambe. Les fractures des deux tiers supérieurs du péroné sont généralement causées par une violence directe , tandis que celles du tiers inférieur de cet os arrivent le plus ordinairement parce que le pied a été contourné ou tordu fortement. Cette torsion a le plus souvent lieu en dehors, et quand il en est ainsi le péroné se brise ordinairement de deux à quatre pouces au-dessus de la malléole externe. Quand le péroné est brisé par suite de la torsion du pied en dehors , le bord interne de la plante du pied se trouve en contact avec le sol, et l’extrémité supérieure du fragment inférieur s’incline en dedans vers le tibia. Le péroné peut aussi se trouver fracturé , parce que le pied a été contourné en dedans ; et dans celte hypothèse la déformation des parties sera différente , car le bord externe de la plante du pied touchera le sol, la plante du pied sera tournée en dedans , et l’extrémité supérieure du fragment inférieur sera dirigée en dehors en s’éloignant du tibia.
On peut traiter convenablement la généralité des fractures delà jambe en employant la flexion légère , le membre étant maintenu sur l’appareil de M. Intyrc; ou bien on peut placer la jambe sur le double plan incliné d’Ainesbury,
ou sur tout autre du même genre , et appliquer le long de celle-ci des attelles latérales. La position fléchie est de beaucoup la plus commode pour le malade, et elle a l’avantage de relâcher les muscles puissants du mollet. Cependant , quand la fracture est située en haut de la jambe près du genou, on peut maintenir le membre dans l'extension , ce qui, ainsi que l’a justement fait observer sir Astlev Cooper , convertit les condyles du fermur en une surface contre laquelle on peut fixer le fragment supérieur dans l’ immobilité.
Les fractures de la partie supérieure du péroné se réunissent généralement sans qu'il en résulte aucunes conséquences fâcheuses permanentes , lors même qu’on les négligerait ou qu’on en prendrait peu de soin. Sans aucun doute , il y a beaucoup de ces fractures que 1 on ne découvre jamais , parce qu aucun déplacement ne les accompagne, mais celles de la partie inférieure du péroné nécessitent plus de précautions : car , si on ne les traite pas d’une manière rationnelle , le malade restera quelquefois infirme pour la vie, son pied demeurant contourné en dehors, et lui-meme étant contraint de marcher sur la malléole interne au lieu de marcher sur la plante du pied.
Dupuytren adopte une méthode simple et effective pour le traitement des fractures du péroné qui résultent de la torsion violente du pied en dehois.
Tout cet appareil consiste en deux oandes roulées , une attelle longue de c eux pieds environ , et un coussin rempli i e balle d’avoine beaucoup plus épais a une extrémité qu’a 1 autre. On app ique ce coussin sur le côté interne de la juin be, son extrémité la plus épaisse étant en bas , et l’on place ensuite attelle par-dessus; celle-ci s’étend au-dela du bord interne de la plante du pied, et conséquemment offre à une distance convenable de celle-ci un point nxe contre lequel on maintient le pieu incliné en dedans au moyen d’une bande roulée. On fixe d’abord l’attelle sur la partie en roulant quelques tours ce bande autour de la portion suJTCrieure de la jambe (1). Lorsque le péroné est
(1) Quant à la bande roulée avec laquelle on fixe le pied incliné vers 1 attelle, voici comment on procède : on
fixe d’abord le chef de la bande a 1 at-
fracturé par la torsion du pied en dedans, Dupuytren applique l’attelle et le coussin sur le côté externe de la jambe.
On a traité avec succès quelques fractures de la jambe à l’aide d’attelles faites d’après lesj mêmes principes que la boîte à fractures, et dont les parties latérales peuvent être abaissées ou relevées au moyen de charnières : c’est ainsi que sont construites les attelles d’Assalini. Lorsqu’on en fait usage, on doit maintenir le membre dans la position étendue. On panse très -convenablement certaines fractures avec sortie de l’extrémité des fragments, en employant une attelle de ce genre ou une boîte à fractures ordinaire. A l’hôpital du collège de l'Université on préfère généra- lement l’appareil de M. Intyre aux autres , parce qu’il est plus simple, qu’il! ne nécessite aucune attelle additionnelle, qu’il maintient le membre parfaitement immobile, et, ce qui est d’une haute importance , parce qu’il permett de découvrir une grande partie de la; surface du membre et de panser la blessure, s'il en existe quelqu’une , sans occasionner le moindre dérangement dans; la fracture. L’appareil de Greenhow me; paraît aussi remplir parfaitement lesdivers buts qu’on se propose , mais il est moins simple et plus coûteux : avec celui-ci, on peut découvrir la jambe entière et panser une blessure sans déranger en aucune façon la fracture.