‹ Encyclopédie des sciences médicales (volume 5)Chapitre 24 sur 242 · BLESSURES · texte numérisé non relu

BLESSURES

Par blessure les chirurgiens entendent une solution de continuité des parties molles, récente et faite instantanément, accompagnée dès le début d’hémorrhagie et ordinairement produite par une cause externe et mécanique.

Dans quelques cas cependant , les solutions de continuité des parties molles et des parties dures sont causées tout-àcoup, par l’action violente des muscles, qui tantôt s’écartent en se déchirant , et tantôt fracturent les os ou rompent les tendons quis’y attachent. Quelquefois aussi , l’extrémité aiguë d’un os fracturé intéresse les tissus, en agissant de dedans en dehors, et donne lieu , dans ces cas, à une fracture compliquée. Ici , nous voyons que la cause est mécanique ; mais elle n’est pas externe , comme dans les cas ordinaires.

Les blessures se divisent en plusieurs classes , distinctions qui sont fondées soit sur l’espèce d’instrument qui a produit la lésion , soit sur le dépôt d’une matière venimeuse dans les tissus , soit enfin sur le siège particulier de la blessure et sur la nature des parlies blessées elles-mêmes. Ainsi la première classe

(1) La teinture de benjoin doit être rangée parmi les meilleurs topiques aromatiques que l’on applique sur les engelures; du reste, quelle que soit la substance que l'on choisira, on devra se rappeler qu’elle ne peut réussir qu’à la condition de préserver la partie du contact do l’air, avec un gant ou étui de Peau* {Note du trad.)

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comprend toutes les blessures produites par des instruments tranchants, et ne s'accompagne ordinairement ni de contusions ni de déchirures. Les fibres et les tissus des parties blessées n’ont éprouvé d’autre lésion que celle qui consiste dans leur division, et il y a par conséquent moins de tendance à l’inflammation, à la suppuration , à la gangrène et autres terminaisons pareilles , que dans la plupart des autres blessures. Les blessures par incision se cicatrisent ordinairement en moins de temps et plus facilement que celles qui sont plus ou moins contuses ou déchirées; le chirurgien doit seulement empêcher la solution de continuité de rester béante , je veux dire qu'il doit mettre en contact les lèvres de la plaie, et il suffit de les tenir ainsi réunies pendant quelques heures , pour en obtenir l’adhésion.

Une autre classe est celle des blessures faites par tout instrument piquant, une baïonnette, une lance, une épée, un poignard, et par l’introduction accidentelle et forcée d’une grosse épine ou d’un clou dans la chair. Ces blessures pénètrent souvent à une grande profondeur, de manière à intéresser les vaisseaux sanguins, les nerls, les viscères et autres organes importants ; et , comme l’instrument vulnérant est généralement mu par une force considérable, la lésion des tissus est infiniment pins grave que s’ils avaient été seulement divisés. L’on doit aussi remarquer que la plupart des instruments qui produisent les piqûres augmentent de diamètre , de la pointe vers l'autre extrémité ; et , par conséquent , lorsqu'ils pénètrent profondément, ils donnent lieu à un écartement forcé des fibres , en agissant comme un coin , d’où résultent une distension et une contusion considérable des tissus.

Ainsi les blessuresdes parlies molles ordinaires par une baïonnette sont fort souvent suivies d’une violente inflammation, d’un gonflement d’une grande étendue , de vastes abcès , de fièvre , de délire et d’autres symptômes aussi graves.

L’ouverture faite par l’extrémité d’une telle arme n’étant plus en rapport avec le diamètre plus considérable du reste de l’instrument, il en résulte une distension et une dilatation forcée , ou , autrement dit, une lésion des libres.

Un troisième genre est celui des blessures contuses et dilacérées , qui comprend, outre celles que produit le choc des corps durs et mousses sur les parties

molles, toutes ces lésions si intéressantes et si communes, nommées plaies d’armes a feu. Beaucoup de morsures sont aussi rangées parmi les blessures contuses et dilacérées; en un mot, toute solution de continuité produite instantanément dans les paities molles, par une arme ou par un instrument mousse qui n'Hgit ni par son tranchant ni par sa pointe, est nécessairement une blessure contuse ou dilacérée.

Les blessures envenimées se compliquent par le dépôt d’un venin ou virus liquide dans les tissus. Ainsi les piqûres et les morsures de beaucoup d’insectes nous fournissent des exemples de blessures enveminées. Mais un cas plus grave et plus funesle qui se rencontre dans ce pays-ci, eù celui des blessures faites accidentellement en disséquant des cadavres ou en maniant des instruments en contact avec une matière irritante ou venimeuse, comme il arrive quelquefois aux chirurgiens en opérant sur des membres gangrenés et en pansant des ulcères vénériens et autres plaies de celte nature. Les plus dangereuses cependant de toutes les blessures envenimées que l’on observe dans nos contrées, sont celles occasionnées par la morsure de la vipère et de plusieurs animaux enragés, surtout du chien et du chat.

Les blessures sont aussi classées par les chirurgiens selon les différentes régions ou parties du corps : ainsi nous avons les blessures de la tête, de la face, de la gorge , de la poitrine , de l’abdomen, des membres, des artères, des veines, des nerfs, du poumon et du foie, etc.

Les blessures peuvent se rapporter aussi à deux grandes divisions, celles des blessures simples et celles des blessures compliquées. On appelle blessure simple celle qui se rencontre chez un sujet sain, qui est produite par un instrumentpropre et bien affilé, qui n’est accompagnée d’aucun symptôme grave et dont la seule indication est de réunir les bords récemment divisés. Une blessure est au contraire dite compliquée , toutes les fois que l’état de l’économie, ou de la partie blessée, ou de la blessure elle-même exige de la part du chirurgien un traitement qui diffère de celui mis en usage pour la guérison des plaies simples. Les différences entre ces plaies sont nécessairement nombreuses comme dépendant d’une variété de complications dont les principales sont l’hémorrhagie, les symptômes nerveux, une douleur exces-

DK PATHOLOGIE CHIRURGICALE.

sive, le tétanos, une contusion considérable, l’effusion ou extravasation de certains fluides, indiquant la lésion de certains viscères ou de quelques vaisseaux , la présence de corps étrangers , ou d’un venin, ou matière irritante dans les tissus, une perle de substance, la pourriture d’hôpital ou l’érysipèle phlegmoneux.

Toute blessure large et profonde est accompagnée d’une fièvre symptomatique plus ou moins intense, qui survient ordinairement à une époque qui varie entre seize et trente-six heures après la lésion, mais celle époque est quelquefois beaucoup plus rapprochée. Elle s’annonce par une plus grande chaleur de la peau , par une augmentation dans la fréquence, et en général aussi dans l’énergie de l’action du cœur et des artères; par l’anxiété, la soif et la suppression des forces digestives. La fièvre symptomatique des blessures est ordinaire ment de caractère inflammatoire ; et il arrive même quelquefois qu’elle est portée à un trèshautdegré chez les personnes dont la constitution est débilitée, comme aussi chez ceux qui ont perdu une quantité considérable de sang. Dans ces derniers cas, cependant, le pouls est plus remarquable par sa fréquence que par sa force, et la fièvre revêt plutôt la forme asthénique que le type franchement inflammatoire. Il est très-important d’observer le caractère de celte fièvre, car la perle de sang qui serait jugée nécessaire et qui serait supportée impunément dans le type inflammatoire, serait extrêmement nuisible, si non fatale dans la forme asthénique (1).

Le danger des blessures est en rapport avec leur grandeur, le degré de violence dont s accompagne la division des fibres,

1 impuissance des tissus h réparer les lésions produites , l’importance qu’ont pour l’économie les organes lésés , la grosseur des vaisseaux et des nerfs intéressés, 1 age du malade et l'état de sa constitution.

1° L’ablution d’une tumeur adipeuse volumineuse s'accomplit souvent sans qu’aucune partie importante soit lésée, et cependant la mort peut être le résultat de la vaste élendue de la plaie.

2° On ne supporte pas également bien une blessure par incision et une blessure par dilacération, parce que dans ce der-

(1) Voy. riiomson’s Loct. on inflammation, p. 292.

nier cas les tissus ne sont pas seulement divisés ils ont encore subi un tiraillement et une lésion d’une nature différente. J’ai vu les téguments qui recouvrent la surface antérieure du tibia déchirés longitudinalement de la tête de cet os presque jusqu’au pied , une gangrène rapide du membre s’ensuivit et le sujet succomba. Si celte plaie avait été le résultat d’une simple incision , une conséquence aussi fatale n’en aurait probablement pas été la suite , puisque la plaie produite par l’amputation d’une cuisse même volumineuse n’est pas une cause fréquente de mort (1). Les plaies conluses et les plaies d’armes à feu sont pour cette raison plus dangereuses que si elles étaient de simples solutions de continuité.

3° Les articulations semblent ne jouir que d’une faible puissance pour réparer les lésions accidentelles dont elles sont affectées , ce qui souvent entraîne une maladie irrémédiable de la partie ou une perturbation générale de tout le système si violente que le malade succombe. Ici je fais plus particulièrement allusion aux blessures des grandes articulations , car les petites articulations supportent presqu’aussi bien les lésions graves que

(1) Sans conlester la différence nolable qui existe entre le danger d’une plaie par dilacération et d’une autre par incision, je ne sais si l’on est en droit de dire, absolument parlant, que les amputations de cuisse ne sont pas une cause fréquente de mort. En France, nous perdons un grand nombre de nos amputés, et surtout si 1 amputation a été faite sur la cuisse. Les chirurgiens anglais pensent cire beaucoup plus heureux que nous : les uns attribuent cette différence à notre climat, qu’ils regardent comme tout-à-fait défavorable aux amputations; d’autres pensent, avec plus de raison peut-être, que nous soumettons nos amputés à une diète trop sévère, et que nous leur retirons toutes les forces dont ils ont besoin pour supporter la suppuration et l’épuisement qu'entraîne à sa suite une opération aussi grave. En admettant que les chirurgiens anglais sauvent un plus grand nombre d amputés que nous, je ne pense pas, je le répète, que celle différence soit telle, que 1 on puisse dire que les amputations de cuisse ne soient pas une cause fréquente de mort. Du reste, ce n’est point ici le lieu d’agiter cette question, qui devra se reproduire ailleurs.

(Noie du trad.)

TBAITÛ ÉLÉMENTAIRE

la plupart des autres parties. Quelques organes ne peuvent se cicatriser promptement en raison du passage continuel ou fréquent des fluides qui les traversent. Ceci a lieu dans les plaies de tous les canaux ou conduits des organes sécréteurs, dans celles du canal intestinal, des artères, etc.

4° La blessure la plus légère d’une partie dont les fonctions sont importantes à la vie, comme le cerveau, le cervelet, la moelle épinière, l’estomac, les intestins, etc., est souvent funeste.

5° Quand des artères volumineuses sont blessées, l’hémorrhagie fera périr le sujet en quelques secondes si on ne parvient à l’arrêter, et si l'artère et le nerf principaux d’une partie sont tous deux divisés , il y a généralement danger imminent de gangrène, indépendamment du danger immédiat résultant de l’hémorrhagie.

C° Les blessures se cicatrisent plus promptement et plus heureusement en général chez les sujets jeunes , forts et sains , que chez les individus âgés ou d’une mauvaise constitution.

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