‹ Encyclopédie des sciences médicales (volume 5)Chapitre 4 sur 242 · INFLAMMATION · texte numérisé non relu

INFLAMMATION

Dès que l’élève a retiré un profit convenable de ses études d’anatomie, de chimie, des éléments d’histoire naturelle, de physiologie, et des autres branches qui constituent une partie essentielle des bases de la science, il devient capable d’étudier la pathologie avec fruit. Il fera cette étude à l’aide des descriptions puisées dans les ouvrages classiques, mais surtout par scs remarques personnelles, sur les formes infiniment variées des maladies, telles qu’elles se présentent au vaste champ de l’observation.

Il n’est point de tissu nourri par des vaisseaux, animé par des nerfs, qui soit à l’abri des atteintes de l’inflammation, conséquemment nous pouvons dire que presque toutes les parties du corps y sont sujettes. Le docteur Macartney pense que les animaux qui ne présentent pas de système nerveux visible, ne peuvent offrir les phénomènes de l'inflammation (l). Les nerfs sont regardés par lui, et

(I) Il semble que l’état de vio nécessite la présence de nerfs et de vaisseaux, et il répugne à l’esprit d'admettre des parties tout-à-fait inertes au milieu do la

S, Cooper.

je pense avec raison , comme essentiellement aelifs, lorsqu’elle se produit.

Beaucoup de maladies commencent par elle ; toutes les atteintes extérieures la produisent , et de nombreux étals pathologiques , qui à leur début ne lui semblent point associés, se compliquent d’inflammation, et sont puissamment influencés par elle à une époque plus avancée de leur développement. Elle est si intimement liée à la maladie , soit comme cause, soit comme effet, soit comme complication accidentelle, ou même comme moyen de guérison, qu’il est vrai de dire que l’élève, qui sait déjà ce que sont l’inflammation et ses conséquences , et joint à cette notion quelques idées exactes sur la nature d’un petit nombre de maladies organiques , a déjà une vue générale du vaste tableau de la pathologie.

matière vivante. Quoi qu’il en puisse être des observations microscopiques tendant à infirmer la présence des nerfs dans certaines parties et dans ceriaines espèces animales, n’esl-il pas plus philosophique d’admettre que nos yeux sont impuissants à les découvrir, que de conclure qu’ils n’existent pasî

(Note du traducteur.)

L’inflammation ne doit pas être regardée dans tous les cas comme une maladie, mais souvent elle doit être à nos yeux un procédé salutaire absolument essentiel à la réparation ou à la guérison d'une foule d’états morbides et d’altérations qui affectent l’économie animale. Ainsi , la maladie nommée hydrocèle est radicalement guérie par l’excitation d’une inflammation dans la tunique vaginale, et, dans les blessures des intestins, l’effusion funeste des matières qu’ils renferment ne peut être prévenue que par l’étal d’occlusion complète de toutes les parties enveloppées par le péritoine dont s’empare alors en cet endroit une inflammation adhésive (I).

iLes abcès du foie s’ouvrent quelquefois à l’extérieur, dans d'autres cas dans le colon , quelquefois ils se lont jour dans les bronches. Dans le premier cas, l’inflammation agglutine ensemble les deux portions contiguës du péritoine, et, par un travail ulcératif, livre sans danger passage au pus à travers les parties adhérentes de la membrane , et ensuite les tissus extérieurs ; par ce moyen , la cavité de l’abdomen est préservée d’une effusion de pus qui exciterait immédiatement une péritonite funeste. Dans le second cas, un pareil travail d’adhésion et d’ulcération conduit sans accident la matière purulente dans l’intestin. Dans

(1) En opposition avec la doctrine communément reçue, qui fait de l’inflammation un procédé souvent salutaire, essentiel à la réparation de lésions morbides et accidentelles (« condition nécessaire, ou moyen par lequel, dit le docteur Carswell , la plupart des blessures et des solutions de continuité sont réparées » ), le docteur Macartney a été conduit par ses investigations à conclure que toutes les forces réparatrices et de reproduction sont en raison inverse de la disposition et de l’aptitude à l’inflammation, et que l’inflammation est si loin d’être nécessaire à la réparation des parties, que cette dernière est retardée ou même totalement nulle, en raison directe de l’inflammation concomitante.

(Ort inflammation, t. vin, p. 6. Lond., 1858.) La plupart des arguments invoqués par le docteur Macartney pour défendre cette opinion, sont tirés de ce qui arrive chez quelques animaux inférieurs qui n’ont pas de nerfs visibles ou dont le système nerveux est excessivement simple.

le troisième , les deux surfaces contiguës du péritoine d’abord, puis les deux surfaces adjacentes de la plèvre , deviennent adhérentes, par 1 inflammation ; et 1 ulcération se formant enfin ouvre une voie à la suppuration à travers les membranes adhérentes, le diaphragme, le tissu cellulaire et les parois des bronches d’où elle est évacuée par un effort de toux (î). Quand une partie du corps devient rouge, tuméfiée et douloureuse, qu’en même temps sa température s’élève , que scs sécrétions naturelles s’altèrent ou se suspendent, que ses fonctions se troublent, un pareil état reçoit toujours le nom d’inflammation. Toutes les termes d’inflammation ne sont pourtant pas caractérisées par une combinaison de rougeur, de douleur, d’élévation de température et de gonflement. Dans quelques cas il y a peu ou point de rougeur; dans quelques autres à peine du gonflement; dans d’autres encore, seulement un sentiment de malaise, du fourmillement ou de l’engourdissement, allant à peine jusqu’à produire une sensation pénible.

L’inflammation est dite aigue, quand elle est accompagnée de rougeur, de chaleur, d'enflure et de douleur, et quand la rapidité de sa marche est telle, qu’ou bien elle cède en peu de jours, ou qu’elle amène dans le même espace de temps, du pus, une ulcération ou la mortification , ou même la perte du sujet quand elle atteint des organes importants.

L’inflammation chronique est d’une nature plus lente et moins douloureuse , commençant d’ordinaire d'une manière presque imperceptible et durant un espace de temps indéfini. Elle peut être accompagnée de peu de chaleur et de douleur. Graduels et insidieux , ses progrès conduisent fréquemment enfin à des changements de structure et à des troubles fonctionnels d’une nature grave et irrémédiable. Elle peut servir de terminaison à l’inflammation aiguë, et un grand nombre de gonflements et d’indurations , lentement développés dans les divers tissus, sont évidemment ses effets; mais nous ne croyons pas soutenable la doctrine qui lui attribue l’origine de ces tumeurs diverses qui se rencontrent à la surface du corps à l’état de

(1) Voyez Dr M. llall’s Principles of medicine, p. 28.

DE PATHOLOGIE

productions accidentelles, et viennent se surajouter à la texture primitive des organes qu'elles vont quelquefois jusqu'à détruire (I).

On dit de l’inflammation qu'elle est de bon caractère lorsqu’elle n’est point liée à l’existence d’une affection déterminée , soit locale , soit générale, capable d’exercer sur elle une fâcheuse influence, et surtout lorsqu’elle s'est établie dans un but favorable à l’économie. Une semblable inflammation est aussi appelée quelquefois simple ou ordinaire, et si elle est située près la surface du corps formant une tumeur circonscrite , accompagnée de chaleur, de douleur, de battements et d’une coloration rouge, on la nomme d’ordinaire phlegmon ou inflammation phlegmoneuse. On dit généralement que cette dernière est l’inflammation du tissu cellulaire, mais, pour adopter celte définition , nous devons ajouter, qu’elle est l’inflammation de bonne nature de ce tissu; car il est encore sujet à d’autres genres d’inflammation, comme par exemple dans le charbon, la pustule maligne, le furoncle, l’érysipèle phlegmoneux , etc. Le docteur Macartney dit que le phlegmon est généralement la conséquence de quelque cause morbide ou d’irritation évidente, dans quelque partie du corps qui auparavant remplissait ses fonctions normales. Un de ses traits distinctifs est la déposition de fibrine au dedans et autour des parties enflammées.

L’inflammation de mauvaise nature comprend les cas dans lesquels ses apparences extérieures , ses progrès , sa terminaison, sont sous l’influence de quel-

(1) Celte opinion de S. Cooper ne saurait se justifier par un exemple plus frappant que par celui de la production des nævi materni. Rien de plus rare que le développement des signes caractéristiques de l’inflammation, dans ces tumeurs que tant d’individus portent toute la vie, sans qu’elles offrent la moindre altération, et dont un petit nombre seulement subit la dégénérescence fongueuse; d’ailleurs la nature inflammatoire chronique du fongus est plus que contestable. 11 vaut mieux avouer qu’une disposition particulière et qu’une cause qui nous échappe, président au développement du nævus, que d’en faire malgré la nature et l’observation, un résultat de l'inflammation chronique d’une portion de la Pcau. [Note dq traducteur.)

que maladie déterminée ou indéterminée dans une partie quelconque ou dans tout le système ; et ses variétés sont conséquemment aussi nombreuses que les maladies elles-mêmes.

Les inflammations spécifiques , qui appartiennent toujours à la classe de celles dites de mauvaise nature, sont ainsi appelées quand leurs caractères extérieurs, leurs effets, leur marche, leur terminaison , sont marqués par des différences frappantes qui les distinguent des cas ordinaires, comme le rapport et la dépendance d’une diathèse particulière, l’action d’un poison animal, la faculté de produire un principe contagieux et infectant , et de se transmettre d’un individu à un autre. Quelques inflammations spécifiques et leurs effets sur toute l’économie produisent sur la constitution une impression permanente, par laquelle le sujet devient inhabile à présenter de nouveau la même maladie.

Des genres particuliers d’inflammation semblent devoir être considérés comme spécifiques , à cause de leur nature particulière , et aussi parce qu’ils exigent un traitement fort différent de celui généralement appliqué aux formes ordinaires de l’inflammation. Pour l'une ou l’autre de ces raisons, l’inflammation qui accompagne la syphilis , les scrofules , la petite -vérole , la vaccine, la fièvre scarlatine et une multitude d’affections cutanées est spécifique; peutêtre le nombre des inflammations qui devraient recevoir celte dénomination est-il plus grand qu’on ne le pense généralement; et M. Rayer a probablement raison d’attribuer les particularités des maladies cutanées aux qualités spécifiques de l’inflammation excitée pardès causes diverses à la surface du corps.

L’inflammation est dite primitive ou idiopathique , quand elle est l’affection première; secondaire ou symptomatique, quand elle est la conséquence d’un autre désordre. Les sympathies exislant entre différentes parties du corps , et celles qui lient la peau aux membranes muqueuses sont souvent invoquées pour expliquer l’origine de certaines inflammations qui conséquemment reçoivent le nom de sympathiques. Ainsi quelques maladies de la peau sont fréquemment liées à l’existence d’une inflammation chronique de la membrane muqueuse digestive ou respiratoire, comme aussi celte dernière affection ou même l'ulcération de la membrane muqueuse intes-

tinalc, est quelquefois la suite de l’inflammation, des blessures, et en un mot, des affections de la peau. L’érysipèle , les dartres étendues et les brûlures , présentent de fréquents exemples de ce fuit. Les efl'ets de la phlébite qui porte l’inflammation et la suppuration dans des tissus et des organes divers éloignés du point primitif du mal , ne doivent pas être confondus avec les inflammations sympathiques.

Parmi les plus remarquables effets de l’inflammation , nous pouvons citer l’adhésion des parties entre elles ; l’accumulation de la fibrine pour remplir les intervalles du tissu cellulaire ; la déposition de la même fibrine sur des surfaces libres sous forme d’une ou de plusieurs couches, ayant quelque chose de l’aspect des membranes, et pour cela même nommées souvent pseudo-membranes , déposition de fibrine qui a encore lieu autour de collections purulentes, et autour de corps étrangers logés dans la substance même des parties , circonstance dans laquelle cette couche fibrineuse est transformée en un kyste destiné à prévenir l’action irritante de ce corps étranger sur les tissus voisins ; on la rencontre encore déposée entre les deux surfaces d’une blessure que l’on a réunie, et constituant là leur premier moyen d’union. Maintenant tous cEs curieux effets , tous ces changements résultant de l'exsudation de la fibrine ou de la lymphe Coagulable (1), sa faculté de devenir occasionnellement vasculaire et organisée, ainsi que les membranes séreuses enflammées et les blessures nous en fournissent des exemples, ont conduit Jean Iiunter à nommer àdhëiive l’inflammation qui produit ces phénomènes.

Quand la tendance de l’inflammation est de causer la production de ce fluide particulier que l’on nomme pus, l’épilhète de suppurative lui est assignée pour indiquer ce caractère. Les expressions ulcèral'we et gangreneuse indiquent la disposition à causer l’ulcération et la gangrène.

La nature adhésivc, suppurative , ulcéralive ou gangréneuse de l’inflammation est principalement déterminée par

(1) Le mot fibrine est maintenant généralement substitué à celui de lymphe coagulable; mais comme cette dernière contient dé l’albumine, il y a à proprement parler une différence entre eux.

le genre du tissu qu’elle atteint , la qualité primitive de l’inflammation elle— meme, la nature de sa cause productrice, ou 1 état antérieur des parties malades ou de la constitution. Dans les membranes séreuses , la nature tend bien plus à produire une inflammation adhésive qu’une inflammation suppurative. C’est ainsi que les choses se passent encore en général dans le tissu cellulaire toutes les fois qu’il s’agit d’une inflammation simple (1). D’autre part , une membrane muqueuse est plus disposée à l’inflammation suppurative qu’à l’inflammationadhésive, et la dernière ne l’affecte que si la cause productrice agit avec violence, si elle est de longue durée ou d’une nature spéciale. Dans l’inflammation des membranes séreuses et à une époque très-peu avancée , ainsi que l’a expliqué le docteur Carswell, le fluide sécrété contient de l’albumine -, ensuite , à mesure que l’inflammation augmente , de la fibrine s’y surajoute , et généralement de la matière colorante du sang, et enfin du pus est sécrété. On voit aussi le même ordre de production dans les fluides fournis par les membranes muqueuses enflammées. La sécrétion muqueuse cependant est presque dès le commencement remplacée par un fluide séreux, souvent fort abondant ; celui-ci l’est à son tour par la production de l’albumine et de la fibrine, et enfin par celle du pus. Ces différents degrés de fluidité , de viscosité et de coagulabilité des sécrétions des tissus enflammés , sont en général le résultat de la présence du sérum , de l’albumine , de la fibrine, dans des proportions variées. Comme une nouvelle preuve de l’influence qu’a la nature première de l'inflammation sur la marche de celle-ci , je ferai observer que celle qui accompagne les clous et le panaris est remarquable par sa tendance à suppurer, tandis que celle qui se montre sous la forme de charbon , de pustule

(t) Sans la distinction que nous posons ici , cette doctrine telle qu elle est exposée par John Iiunter , n’est pas exacte, «car le tissu cellulaire est plus fréquemment le siège de la mortification, et surtout plus rapidement détruit dans une grande étendue , qu’aucun autre de nos tissus. » Voyez Carswell’s Illustrations of the elementary forms of disease fasciculus 7, l’un des ouvrages les plus intéressants qui aient jamais été publiés sur la pathologie.

I)K PATHOLOGIE

maligne, d’érysipèle phlegmoneux, ou qui se développe après la morsure de reptiles venimeux , est remarquable par sa disposition à produire une gangrène étendue dans le tissu cellulaire. Quelques autres genres d’inflammation, quoique violentes , n’amènent que rarement ou jamais un abcès des ulcérations ou la gangrène , ainsi que nous le voyons dans la goutte, le rhumatisme et l’affection désignée sous le nom d 'oreillons. L ellet de la violence et de la nature particulière de l’inflammation qui donnent à cette dernière la forme adhésive dans des parties ou des tissus qui naturellement n’y étaient point disposés, s’offre à nos yeux sur la membrane muqueuse de la trachée et du larynx dans le croup ; car alors l’intérieur de ces organes devient le siège d'une effusion copieuse et suffocante de lymphe coagulable. La différence qu’établit dans les effets de l’inflammation l’existence d’un état sain ou morbide antérieur à son développement, nous est clairement démontrée par ses résultats dangereux , lorsqu’elle atteint des membres frappés déjà d’infdtration et d’anasarque ; on en peut dire autant de l’influence généralement funeste qu’exerce une constitution ruinée.

Les parties éloignées du centre de la circulation, ou chez lesquelles elle*est fortement sujette à des interruptions, à des retards ou à des troubles provenant de l’inflammation , sont plus disposées à l’ulcération et à la gangrène qu’aucune autre partie ou tissu qui n’oft’rent pas ces dispositions désavantageuses. De là vient la fréquence des ulcères aux extrémités inférieures et de la mortification des tendons entourés par des abcès ; de là vient l’ulcération ou la mortification presque inévitable des cicatrices, des verrues, des loupes et de beaucoup d'autres productions accidentelles, quand l’inflammation vient à s’en emparer. Les membranes muqueuses et la peau dont la texture est éminemment vasculaire, s’ulcèrent souvent à cause de leur aptitude à s’enflammer.

Généralement parlant, les tissus fibreux , et nous entendons par là les tendons, les ligaments , les fascia.les aponévroses et le périoste, rarement suppurent ou s’ulcèrent à la suite de l'inflammation (l). Il est peut-être plus exact

(1) Il n’est pas rigoureusement exact de dire que l'inflammation du périoste ne soit pas suivie de suppuration, cette

chirurgicale. £>

de dire que ces tissus fibreux ne présentent pas cette disposition à s’ulcérer ou à suppurer dans la goutte et le rhumatisme aigu; car, dans les affections scrofuleuses des os et des articulations, les ligaments et les membranes synoviales sont généralement plus ou moins détruits par des ulcérations. La gangrène, comme effet immédiat de l’inflammation, se rencontre plus fréquemment à la peau, au tissu cellulaire, aux membranes muqueuses, dans les, poumons , que dans aucun autre tissu ou organe. Les tissus fibreux et séreux, ne se gangrènent jamais, à moins que le tissu cellulaire dont les vaisseaux servaient à leur nutrition , ne se soit avant trouvé frappé. Nous devons présumer que cela a lieu souvent, quand on trouve des abcès autour des tendons. C'est encore de cette manière que la maladie primitive du périchondre du périoste et de la membrane médullaire amène la mort du cartilage et de l’os.

La rougeur des parties enflammées semble principalement due à la dilatation des capillaires artériels , et peut-être aussi des capillaires veineux , ordres de vaisseaux qui tous deux deviennent suffisamment larges pour admettre les globules rouges; et ils ne sont pas seulement augmentés de diamètre, mais ils sont encore fortement injectés par le sang et dans cet état que M. Andral nomme hyperémie. Dire que les radicules veineuses d’une partie enflammée contiennent du sang d’une couleur écarlate et tel que celui arlériel, est une doctrine en faveur de laquelle il est difficile

terminaison dépend de circonstances particulières. Le périoste est sujet à deux sorlesd’inflammation; la première, beaucoup moins aiguë que l’autre, donne lieu à la sécrétion d’une matière plastique qui s’infiltre dans les mailles de cetto membrane, et constitue, après s’èlre graduellement solidifiée, la tumeur nommée pèriostose; elle a encore lieu dans le périoste qui entoure les fragments des os fracturés et les enveloppe de cette même matière plastique, destinéo à former la virole ou cal provisoire; dans ce cas elle est un véritable moyen réparateur. Mais il est une autre inflammation du périosto bien plus aiguë, bien plus rapide, sans aucun but de réparation, et qui sc termine quelquefois par une suppuration dont la présence amène souvent à son tour la nécrose ou la carie.

{Nota du traducteur,)

Traité élémentaire

de fournir des preuves, parce (|ue la ligne cxacle île démarcation entre les capillaires artériels et les capillaires veineux 11e saurait admettre de démonstration. La rougeur a été assignée en partie à la génération de nouveaux vaisseaux, mais celte doctrine ne sc peut soutenir comme règle générale; car la friction, la chaleur et les autres causes d’irritation, pendant quelques secondes, suffisent pour la produire, et ce court espace de temps ne peut sc concilier avec une opinion pareille. Beaucoup de tissus naturellement incolores peuvent aussi être rougis par une injection délicate, fuite après la mort ; preuve que la distension des vaisseaux qui déjà existe est pour beaucoup dans la production de la rougeur. Incontestablement, l’inflammation rend aisés à voir dans certains tissus des vaisseaux que l’on ne pourrait rendre sensibles à la vue par aucune injection ; mais ce fait prouve seulement qu’il est dans l’essence de l’inflammation de dilater les vaisseaux du plus petit calibre, et de les rendre capable d’admettre l’entrée des globules rouges du sang. Bien qu’elle soit un effet ordinaire de l’inflammation, la rougeur est loin d’être un de ses caractères essentiels, car, malgré l’altération de capacité qu’elle fait éprouver aux capillaires , leur dilatation n’est pas nécesiairement telle qu’elle les rende capables de recevoir les globules rouges. Nous en voyons la preuve dans l’inflammation de l'arachnoïde, et dans celle peu intense de ce prolongement délicat que la conjonctive envoie sur la cornée.

L’intensité de la rougeur varie suivant les cas: ainsi, quelques tissus fibreux denses comme les tendons et les ligaments, ne monlrenl, quand ils sont enflammés, qu’un faible degré de rougeur, tandis que d’autres d'une vascularité plus marquée présentent une rougeur bien plus brillante et bien plus vive, comme cela se remarque dans l’esquinancie maligne, où le pharynx et les amygdales offrent une rougeur ardente. L’espèce d’inflammation modifie aussi la couleur de la partie enflammée : la rougeur du phlegmon n’est pas celle de l’érysipèle, et la couleur du charbon est plus foncée que celle des autres inflammations susdésignées.

Dans l’érysipèle pur et simple, il y a si peu d’obstacles au passage du sang artériel dans les veines , qu'il donne à la peau une couleur brillante et écarlate.

Plusieursautresinflammationsdc la peau, comme la scarlatine, la roséole, les dartres, etc., se font distinguer par leur couleur rouge, cl beaucoup d'inflammations du système cutané, qui n’atteignentpas le tissu cellulaire sous-jacent, prennent plus ou moins la couleur du sang artériel. Dans d’autres cas, où l'inflammation est accompagnée de beaucoup de tuméfaction et d’augmentation de consistance, la partie devient plus ou moins pourprée, ou delà couleur du sang veineux, parce que, dans ces cas, la circulation est gênée; conséquemment, le sang est plus long-temps retenu dans les parties , et par cela même devenu veineux , quoique coulant encore dans les artères. La couleur pourprée est trèsremarquable dans beaucoup d’inflammations et de tumeurs scrofuleuses où la circulation languit (l).

Le docleur Macariney a signale encore une circonstance frappante; c’est que les inflammations d’une couleur brune sont généralement suivies du détachement de l'épiderme et du corps muqueux. Un autre effet de l’inflammation est de priver certains tissus de leur transparence naturelle ; changement qui s’observe fréquemment dans les maladies de l’œil. Si l’on examine une portion d’arachnoïde enflammée, lorsque cette membrane n’est point séparée de la surface du cerveau, ta perte de transparence se remarque surtout avec évidence parlout où la membrane recouvre les intervalles des ci rcon vol niions. Un changement fréquent résultant de l’inflammation est l’épaississement des parties affectées; ainsi, une portion de plèvre ou de péritoine enflammés offre toujours cette altération. Sans aucun doute, l’augmentation de volume, l’épaississement, l’enflure, la tuméfaction , accompagnent toujours l’inflammation très-aiguë.

(I) Voyez Macariney, O11 inflammation, p. 17. « Afin qu’il 11’y ait point d’erreur à l’égard du degré cl de la nature de la couleur rouge, et de la vascularité des parties après la mort, il est fort important de les examiner aussi promptement que possible, car, sous l’inllucncede l’air, celles qui sont presque pâles deviennent rouges, ou celles qui sont déjà rouges le deviennent plus encore dans l’espace de peu d’heures; c’est ainsi que des congestions veineuses ou simples peuvent revêtir les apparences d’une inflammation. » Voyez Carswcll’s Elcmcntary forais of discase.

DE PATHOLOGIE CHIRURGICALE

Plu ieurs des faits mentionnés ci-dessus sont mis hors de doute , et fort bien représentés dans tu.e préparation conservée au muséum du collège des chirurgiens. Jean Hunier fit geler l'oreille d’un lapin, il l’a fit dégeler ensuite; une inflammation considérable s’ensuivit. L’animal fut alors tué, les vaisseaux de la tète furent injectés, et les deux oreilles enlevées et desséchées. L’oreille gui a clé enflammée conserve sa transparence, et scs artères ont conservé leur largeur naturelle; mais l'oreille qui a subi l’inflammation est opaque , considérablement épaissie, et ses artères augmentées de volume. Le docteur Macarlney produisit une inflammation à l’oreille d’un lapin, en la brûlant avec de l’eau chaude, et la seule différence dans le résultat, c’est qu’il y avait plus de dilatation dans les branches, et moins d’épaississemen t du tronede l’artère auriculaire, que dans l’expérience de Hunter. Le gonflement et la tension des parties enfl, mimées viennent de la dilatation et de la turgescence des vaisseaux sanguins, de l’extravasation de fibrine, de sérum, et quelquefois même du sang, venant de la rupture de vaisseaux distendus au delà de leur élasticité. Ils résultent encore de l’épaississement des tissus et enfin de l’interruption de l’absorption. Le degré dégonflement dépend, en grande partie, de la violence de l’inflammation et de la nature du tissu affecté. Dans quelques inflammations de l’œil et dans toutes les inflammations superficielles des tissus muqueux et séreux, il y a peu ou point de gonflement; mais dans celle du testicule, dans celle dite phlegmoneuse en général, dans celle de l’érysipèle phlegmoneux, et dans cet étal de l’œil nommé cliemosis , le gonflement peut être extrême.

L’effusion interstitielle d’un fluide albumineux limpide ou de sérosilé constitue l'oedème et l'un des effets premiers de l'inflammation. 11 reste souvent sous la forme d’une tuméfaction pâle et incolore , après que la réplétion vasculaire et la rougeur qui en est la conséquence ont disparu. Dans l’inflammation du larynx, il est fréquemment une cause de mort , par l’obstruction de l’orifice supérieur de cet organe et par la suspension de la respiration (ij.

(1) Voyez Dr llall’s Principlcs of medicine.

Un caractère physique important de l’in" flammation, fort bien exposé par le professeur Carswell, est la diminution de consistance ou plutôt de cohésion des éléments organiques des parties enflammées. Ce changement commence dans la première période de l’inflammation , et peut aller dans la seconde jusqu’à un degré tel qu’il rende les os eux-mêmes nions et fragiles, et convertisse tous les tissus en une pulpe molle. Il affecte particulièrement le tissu cellulaire d’union, plus que tout autre organe ou texture, et semble arriver à un degré d’autant plus intense que l’inflammation anlécédenle a été plus violente. — Une condition opposée, celle de l’induration, suit ou accompagne souvent l’inflammation chronique; elle diffère de la consistance solide que peuvent présenter les parties enflammées à l’état aigu, en ce que la cohésion des éléments anatomiques de ces mêmes parties éprouve un accroissement simultané (I). — Selon les expériences de Ilunter, la température des points enflammés observée au thermomètre donne un degré bien inférieur à celui qu’on pourrait s’attendre à trouver eu égard aux sensations et aux plaintes du malade. Par des moyens artificiels il excita une inflammation dans la poitrine d’un chien, dans l’abdomen, le rectum et le vagin d’une ânesse, sans pouvoir découvrir, à l’aide du thermomètre, aucun changement dans la température de ces parties. Cependant un malade opéré d’hydrocèle en offrit un remarquable; la température qui n’était que de 92° (2), immédiatement après l’opération, s’éleva le jour suivant à 9S Des recherches postérieures prouvent que la chaleur des parties enflammées est quelquefois de 1 07°.

Il n’est pas aisé de décider jusqu’à quel point la chaleur des endroits en-

fl J Voyez Carswcll’sElemenlary forais of diseases. Fasc. î.

(2) Les résultats lherniométriques indiqués ici paraîtraient impossibles à croire, si l’on ne se rappelait que les Anglais ne se servent pas comme nous du thermomètre centigrade, mais qu’ils font généralement leurs observations avec celui de Farenlieit. 11 est divisé en 212 degrés, dont le trente-deuxième correspond à notre zéro, ou point de congélation do l’eau. 9 degrés Farenlieit valent 4 degrés Réaumur, ou 5 degrés centigrades, ( Note du traducteur.)

flammés dépend du plus haut degré de sensibilité, ou bien de l’état de la circulation et de l’obstacle à la sécrétion. Nous voyons la température la plus élevée se rencontrer dans l’inflammation de tissus dont la circulation et la sécrétion sont très-actives. Ainsi l’inflammation des os , des tendons , des ligaments qui tous reçoivent peu de vaisseaux dans l'état naturel, et ne fournissent pas de sécrétion , est accompagnée de peu d’élévation dans la température; tandis que la chaleur est notablement augmentée dans la peau et les membranes muqueuses frappées de phlogose. Il faut néanmoins remarquer que, si ces surfaces sont riches en vaisseaux, elles le sont aussi en nerfs. Mon ami le docteur Macartney , aux ouvrages de qui j’emprunte le passage qu’on vient déliré, est disposé à attribuer plutôt l'augmentation de chaleur des parties enflammées à leur état de sensibilité locale ou organique, qu'aux conditions dans lesquelles les artères se trouvent pour leur circulation , ou leur sécrétion. D’autre part, le docteur Hall est disposé à croire que cette augmentation de chaleur est plutôt due à la quantité plus considérable de sang dans le point affecté. Les différences dans la douleur qui résulte île l’inflammation dépendent et. du caractère qu’elle revêt et des tissus qu’elle affecte.

La douleur est pulsative dans le phlegmon; elle est brûlante et picote dans l’érysipèle ; elle est aiguë dans les points abondamment pourvus de nerfs, et le nombre de ceux-ci importe plus que leur volume pour produire cette acuité ; dans les parties d’une texture dense et de nature à ne pas céder à la force d’ampliation, la douleur est fort intense , nous le voyons dans les tissus fibreux en général; les douleurs des os et des ligaments ont un caractère de permanence et de continuité.

L’inflammation des aponévroses denses et résistantes amène toujours une douleur considérable. On sait combien celle des membranes séreuses euflammées est plus vive que celle des membranes muqueuses dans les mômes circonstances.

Les effets de l’inflammation sc font sentir sur les sécrétions des parties qu’elle atteint : quand elle frappe légèrement des surfaces muqueuses ou séreuses, les sécrétions peuvent être augmentées; mais si elle arrive à un degré plus prononcé, les sécrétions ne sont pas seulement plus copieuses, elles sont encore altérées dans leur qualité, elles de-

viennent d’une consistance plus épaisse et d un aspect purulent. Ainsi l’on voit se coaguler le sérum des vésicatoires quand la peau est fort irritée, et les sécrétions des paupières, des oreilles et des autres parties de la peau se changer en un fluide glutineux et adhésif. Dans les parties très-fortement enflammées, qu’elles soient situées à l’intérieur ou à l’extérieur, toute espèce de sécrétion est suspendue. La sécrétion du pus luimême cesse lorsqu’un abcès, un ulcère ou une plaie sont frappés du plus haut degré de l’inflammation (I).

D’après Jean Hunter, l’inflammation n’est point seulement une action des petits vaisseaux du point malade , mais aussi de ceux de plus grand calibre qui y aboutissent. Dans le panaris , la douleur et le gonflement peuvent être bornés à l’extrémité du doigt, et pourtant l’on peut aisément sentir dans tout leur cours les artères collatérales battant avec une force inaccoutumée, et dans des cas graves la radiale et la cubitale ellesmêmes offrent un pareil phénomène. Ces faits sont quelquefois regardés comme preuve de l’augmentation de la force de contraction des artères dans l’inflammation ; pourtant Jean liunter, qui lésa remarqués le premier avec soin , n’a jamais été jusqu’à en tirer cette conclusion; il a seulement dit qu’alors le système artériel se dilatait et permettait le passage d’une plus grande quantité de sang.

Dans tous les exemples d’inflammation ordinaire, elle semble se diriger avec plus de force en dehors, vers la surface du corps; il semblerait qu’elle a une tendance à s’étendre à l’extérieur et à éviter les parties profondément situées. Ainsi, quand une dent cariée excite une inflammation des gencives, elles présentent généralement peu de douleur et de gonflement du côté de la langue, mais beaucoup plus du côté des joues et des lèvres. Hunier a regardé cette disposition de l’inflammation à s’étendre en dehors vers la surface et non vers l’intérieur du corps , comme une règle ou un principe établi dans l’économie animale ; et l’utilité de ce principe, suffisamment démontrée par la guérison de beaucoup d’affections.

Toute inflammation étendue et violente ou qui affecte des parties importantes est accompagnée d’un trouble gé-

(l) Maçarlney, op. cit., p. 21.

DE PATHOLOGIE

néral île l'économie appelé fièvre inflammatoire symptomatique, dont les symptômes sc montrent ainsi qu’il suit : pouls fréquent, fort et plein; beaucoup de sécrétions changées , diminuées ou supprimées ; de là sécheresse et chaleur de la peau, langue et gorge desséchées, soif vive , urines rares et fortement colorées, constipation (1). Système nerveux troublé dans ses fonctions , perte d’appétit, anxiété, agitation, insomnie, céphalalgie ; quelquefois tiraillements des muscles, égarement et confusion de l’inlelligence ou délire momentané.

Cette fièvre nous fournit un exemple de ce que Hunier a appelé sympathie universelle du corps avec l’état de perturbation d’une de ses parties. Les symptômes sont toujours modifiés par l’extension et la violence de l’inflammation , et par sa situation soit dans les tissus ordinaires et de seconde importance, soit dans les organes essentiels à l’accomplissement de la vie. Quand ces organes sont affectés , le pouls est bien plus prompt , bien plus faible que quand l’inflammation siège seulement à la peau ou dans le tissu cellulaire et musculaire.

Les symptômes sont encore modifiés par la nature de la constitution ellemême ; ainsi chez les sujets naturellement très-irritables ils s’élèvent à un plus haut degré et prennent des caractères plus alarmants que chez les individus dont les conditions générales sont meilleures. Les femmes étant ordinairement plus irritables et plus nerveuses que les hommes sentent un ébranlement plus considérable à l'occasion des maladies locales, que n’en éprouvent ceuxci , à moins qu’ils n’aient des habitudes d’intempérance. Les personnes chargées d’un grand embonpoint et qui ne prennent point un exercice convenable sup-

(I) Dans la première période de l’inflammalion , la température est variablement, mais notablement augmentée; la fonction sécrétoire est aussi momentanément augmentée, dans les organes glandulaires, seulement au début; dans les tissus séreux, pendant un temps beaucoup plus considérable et à un degré plus intense; dans la seconde période, le sang cesse de circuler, se coagule et prend une couleur plus foncée; en mémo temps la température descend , et enfin la sécrétion, l’absorption et la nutrition sont interrompues. Voy. Carswcll’s Elcmentary forms of disease, p. 1.

portent fort mal les atteintes de l’inflammation, comme au reste tout autre genre de maladie. Chez elles la fièvre sympathique de celle inflammation retentit avec une violence extrême. Il est une forme spéciale de tempérament éminemment irritable qui accompagne une rougeur particulière des joues , se terminant subitement à une circonférence , et présentant des ramifications ou lignes constituées par de petits vaisseaux, d’une manière bien plus tranchée que dans le teint des sujets jeunes, sains et vigoureux. Ceux qui présentent une semblable coloration des joues , supportent plus péniblement la maladie ; l’inflammation est disposée à sévir chez eux avec une intensité particulière.

Dans certaines inflammations différentes de celle simple et de nature phlegmoneuse, la cause productrice a une puissante influence sur les caractères des symptômes généraux; nous en voyons des exemples dans les blessures où des virus se trouvent déposés, soit qu’elles proviennent de la dissection , soit qu’elles résultent delà morsure d’animaux venimeux. Dans ce cas nous rencontrons les troubles constitutionnels les plus graves, quoique ne correspondant pas entièrement à l’étendue de l’inflammation locale, parce que le poison lui-même venant de la morsure du serpent est de nature à faire sentir son influence sur toutes les parties constituantes de l’économie.

Indépendamment des symptômes communs locaux et constitutionnels de l’inflammation , il en est de spéciaux résultant du trouble fonctionnel des organes affectés. Ainsi l’inflammation du cerveau s’accompagne de délire, d’étourdissements, de coma, de convulsions ou de paralysie; celle de l’œil, d’interruption ou de désordre dans la vision ; celle de l’urètre et de la vessie présente de la douleur et de la difficulté dans l'émission des urines; celle de la gorge, du pharynx ou de l’œsophage rend la déglutition pénible. Un grand nombre de maladies ne se bornent pas à des productions ou changements de tissu, et à des troubles fonctionnels, il en est qui semblent avoir pour caractère spécial un changement dans les fluides aussi bien que dans les solides. Wous savons que les effets de l’inflammation s’étendent jusqu’au sang lui-même, car celui qui provient de la veine d’un sujet en proie à une inflammation assez violente pour troubler toute l’économie , se coa-

S'iile dans le bassin avec plus de consistance, et, selon Jean Hunier, avec plus de lenteur que de coutume. Une couche de fibrine jaunâtre , ou légèrement verdâlre, ou analogue à l’aspect de la glu ou de la colle , se développe à la surface du caillot, qui souvent nage dans une quantité extraordinaire de sérum. Celte substance jaune s’appelle couenne inflammatoire; la surface du caillot est concave au centre , mais fréquemment rétractée cl retroussée à ses bords. La couenne inflammatoire varie d’épaisseur depuis une ligne jusqu’à un pouce et même deux, et consiste dans de la fibrine pure privée de matière colorante du sang, et mêlée d’une proportion de sérum , dans lequel on trouve environ deux fois plus d’albumine que dans le sérum d'un individu sain. Il y a une grande analogie, tant dans l’aspect que dans la composition chimique, enlre la couenne inflammatoire du sang, et la lymphe coagulable ou fibrine, qui constitue les fausses membranes. Lorsque la couenne inflammatoire est épaisse et compacte, il y a une diminution proportionnelle dans la consistance du caillot. Cependant la forme en cupule et la consistance, tant delà couenne que de tout le coagula m, sont ordinairementen raison directe de la force du malade , de l’acuité du mal, et plus considérables dans l’inflammation de certains tissus, tels que les membranes séreuses et les parties fibreuses, que dans celle d'aucune autre partie , et que dans l’inflammation même des organes essentiels à la vie. La couenne ne se forme pas seulement sur le sang veineux, elle se forme aussi sur le sang artériel. Ainsi lorsque, dans des cas de pblogose intense, on considère comme urgent de tirer du sang par la temporale, en raison de la jeunesse du sujet et du peu de développement de ses veines, une couenne se forme aussi sur le caillol (I).

(I) Le docteur Davy est conduit par ses expériences à penser que la coagulation du sang commence plus tôt et s’achève plus promptement dans l'inflammation que dans l'étal de santé. De plus, toute circonstance occasionnant une coagulation plus rapide que de coutume empêchera la formation de la couenne:

circonstance telle qu’une ouverture fort petite de la veine, cl l’issue très-lento du sang parcelle ouverture; il peut résulter de là que la première partie ne soit point couenneuse, quoique le reste de la

présence de la couenne mérite une attention particulière, parce qu’elle est, jusqu’à un certain point, la pierre de touche à l’aide de laquelle on reconnaît l’existence de l'inflammation et la nécessité de continuer ou de suspendre les moyens de la réprimer.

il arrive souvent que l’inflammation se rencontre dans des parties situées profondément et toul-à-fait hors portée de l’investigation de l’œi I et de l’examen par le toucher; alors le cas peut être obscure et douteux , tandis que la vie du malade peut dépendre entièrement de la décision pour ou contre l’usage de la lancette. 1 ,a doctrine qui fait de la couenne le critérium de l’exislence de l'inflammation est recevable, mais avec des restrictions; car, bien que ce signe se présente sur le sang des malades actuellement atteints de pblogose, quelquefois aussi on le rencontre sur des sujets qui n’ont aucune inflammation. Le sang soustrait à des hommes pléthoriques, ou accoutumés à se faire saigner par mesure de précaution à des époques bxes , est fort coucnneux, et en forme de cupule. Certains désordres nerveux tout àfait étrangers à l'inflammation coexistent avec un sang capable de fournir une semblable production. Tel est encore l'aspect du sang pendant la grossesse , et chez ceux qui pendant la nuit font le guet, exposés à la rigueur du froid. D'autre part, il u’y a point de obtienne dans des cas où la présence de l’inflammation n’est pas équivoque (l).

saignée le soit. Le sang tombé dans un vase plat, large el froid, ou bien de haut dans un bassin ordinaire, présentera bien plus rarement une couenne. Dans la première période des inflammations, les propriétés vitales du sang subissent un accroissement manifeste. Une plus grande quantité de fibrine se forme, sa vertu plastique augmente; car, outre sa rapide organisation sous I influence de circonstances favorables, cl le garde,q uan d elle est séparée des autres parties constituantes du sang, une fluidité bien plus durable, et se con’racle enfin, par la coagulation, bien plus solidement que dans F'état naturel. Voyez Carswell's, Elemcntnrv forms of diseasc. Fasc. 1.

(1) Dans quelques inflammations des membranes muqueuses . telles que la bronchite , le sang n’oflYe souvent ni couenne ni forme en cupule. Quand le sang est encore fort appauvri , la consli-

TRA1TK ÉLÉMENTAIRE La

CE PATHOLOGIE CHIRURGICALE

Quelquefois la première saignée n’est pas couenneuse, etlessuivantes peuvent l'être. A mesure que les vaisseaux se désemj lissent le sang acquiert plus de disposition à se coaguler. Ainsi le sangretiré, dans des cas d’inflammation aiguë des organes internes, peut ne pas ollrir un caillot aussi dense et aussi consistant que celui extrait dans les saignées suivantes, bien que l’inflammation soit diminuée (1). Certains praticiens attachent plus d'importance à la forme excavée et cupu/ifbrme de la surface qu’à la couenne du caillot, pour prouver l’évidence de l’inflammation.

Nous voyons donc que, dans l’établissement du diagnostic , nous ne devons pas considérer la couenne inflammatoire comme de nature à éloigner tout dsute et toute obscurité sur la présence de l'inflammation , et nous devons tenir compte des symptômes concomitants , tels que le degré acluel de la fièvre, l’étal du pouls, le lieu occupé par la douleur, le caractère qu’elle affecte , et particulièrement la nature des troubles fonctionnels.

Dans quelques cas nous pouvons retirer quelques onces de sang d’abord , à titre d’examen et comme moyen d’expérimenlalion. Quelquefois certains symptômes généraux d'inflammation venant se joindre b d’autres particuliers, ou autrement dit spéciaux, essentiels, ou pathognomoniques, jettent sur la maladie de grandes lumières. Ainsi une douleur profonde dans les lombes peut venir d’un rhumatisme, comme elle peut être le résultatde l’inflammation du rein : mais si desvomissementsetla rétraction du testicule se rencontrent parmi les symptômes, qu’il y ail de la lièvre, etc., on devra se décider pour la présence d’une néphrite.

l.es causes de l’inflammation se divisent en prédisposantes, déterminantes et prochaines. Le corps humain est naturellement susceptible d’inflammation , et, s’il n’en était pas ainsi, la cure de beau-

tuiion puissamment at teinte , le sang dans les inflammations qui surviennent lors de telles circonstances, au lieu d’être couenneux , présente souvent une couleur rouge brun et paraît une gelée décomposée. C'est ce qui arrive dans les inflammations qui marchent rapidement vers la gangrène, ou qui accompagnent la lièvre typhoïde.

(1) Voyez Macartncy, On inflammation, p. 145.

coup de maladies ne serait pas possible. Sons ce point de vue l’inflammation doit être regardée comme une opération salutaire, les changements qu’elle apporte étant absolument nécessaires pour ramener les parties à la santé et à un état parfait. Mais bien qu’il y ait dans l’économie animale une faculté ou une aptitude à l’inflammation qui paraît créée dans un but utile , il est des constitutions plus disposées que d’autres à l’inflammation , qui peuvent arriver au point de mériter la dénomination technique de diathèse pltlogislique ou inflammatoire. Cette malheureuse constitution peut être innée (c’est-à-dire née avec l’individu), ou plus fréquemment être le produit de circonstances que l’on peut mettre au rang des causes prédisposantes. L’une des plus puissantes et des plus communes d’entre elles est la pléthore, autrement dit plénitude générale-, elle vient de l’usage d’une nourriture immodérée, ou, en d’autres termes, de l’habitude de manger et de boire plus que la nature ne demande , et qu’elle ne peut mettre à profit réel. Ce genre de vie trop substantiel, fréquemment joint à des habitudes d’indolence, conduit à une prodigieuse réplétion dès vaisseaux, et à un état fibrineux du sang, qui non-seulement crée une prédisposition à l’inflammation, mais rend encore plus difficiles ou nécessairement plus violents les moyens qui la doivent coercer lorsqu’elle se développe.

Les quantités prodigieuses de porter et d’autres boissons fermentées que consomment dans celte métropole certaines classes d’ouvriers, tels que les porteurs de charbon de terre , les charretiers et autres, rend ces hommes, d’une apparence si vigoureuse , fort inhabiles à supporter la maladie. J’ai donné des soins à un grand nombre d’entre eux, et l'expérience me porle à affirmer qu’ils succombent fréquemment à des blessures légères ou àdesmaladiessimples, qui chez d’autres hommes moins robustes , mais plus lempéranls, se seraient terminées ■ par la guérison. Quand on sait que des individus ont suivi de pareilles habitudes, on peut juger d’avance qu’ils sont dans des conditions défavorables pour supporter les opérations , et avant de les y soumettre il convient de les préparer par une saignée ou une purgation, une diète modérée et un régime convenable. Malheureusement pour oux, les circonstances ne donnent pas toujours

le temps tic recourir à ces préparations; ainsi, s’ils présentent une fracture compliquée d’accidents graves , les membres doivent être amputés sans délai.

Une vie sédentaire et studieuse jointe à des excès de table habituels donne inévitablement naissance à une prédisposition marquée à l’inflammation , et quelquefois à une diathèse goutteuse , ou, si l’hérédité y disposait déjà, la met en action et devient ainsi cause déterminante. Parmi les causes prédisposantes il faut toujours nous rappeler certaines particularités de la constitution , parce qu’elles expliquent comment quelques individus souffrent de l'inflammation goutteuse, d’autres de celle scrofuleuse, d’autres de celle rhumatismale, quoiqu’ils aient peut-être tous vécu à peu près de la même manière et dans les mêmes conditions.

Je pense avec le docteur Macartney que l'afflux local du sang vers une partie est plutôt une cause prédisposante qu’une cause directe d’inflammation. Quand trop de sang est envoyé à une partie du corps, une autre en reçoit trop peu ; la balance peut donc être rompue par l’application du froid extérieur qui repousserait le sang d’une partie quelconque , et le ferait affluer autre part en trop grande quantité. Ainsi le froid appliqué à la peau de l’abdomen produit un afflux de sang vers le péritoine et le canal digestif. Une congestion de sang vers la tête peut résulter de circonstances qui 11e produiraient pas un pareil effet sur d’autres parties , exemple : une colère, la contention de l’esprit, l’exercice trop prolongé de la vue, et l’ivresse. Un état forcé de la circulation dans la tête prédispose à l’inflammation des membranes du cerveau, des parties extérieures du nez et des yeux (t).

Les causes excitantes de l’inflammation sont souvent des al teintes extérieures, des fractures, des contusions, des blessures, etc., des applications stimulantes, le contact du feu ou de substances chaudes, la friction, la pression des parties; l’irritation de corps étrangers logés dans les tissus, ou dans les cavités naturelles, tels que les épines, les éclats de bois , les balles, les fragments d’os, les calculs, etc... Le froid est une des causes déterminantes les plus communes. Dans quelques cas il semble agir directement sur la partie, comme dans l’inflammation

qu’il produit vers la membrane muqueuse du nez, le larynx, la trachée et les poumons ; dans quelques autres le froid agit indirectement et de manière à ne pas déterminer l’inflammation de la partie qu'il a atteinte, mais à produire celle d’un organe distant. Ainsi l’exposition des pieds à l’humidité et au froid amènera chez une personne une inflammation de la gorgc.chcz une autre celle de la poitrine , chez une autre encore celle des intestins. L’exposition à l’humidité et au froid, la rougeole, elc... excitent une inflammation interne par l’intermédiaire des systèmes nerveux et vasculaire (l).

Si une partie exposée à un froid intense l’est ensuite subitement à la chaleur, la réaction amènera une inflammation forte et rapide; c’est ainsi que se développent les engelures, et que de larges portions du corps sont détruites par une marche prompte de l’inflammation vers la gangrène. Dans cette circonstance , on peut regarder le froid comme cause prédisposante et l’exposition soudaine à une température chaude comme cause déterminante.

Quelquefois les fièvres agissent comme des causes excitantes de l’inflammation(2) qui les accompagne jusqu’à leur terminaison , et produit souvent des ahcès qu’autrefois on nommait critiques , parce qu’on les croyait capables de conduire la maladie à une crise. C’est encore

(1) Dr M. Hall’s Principles of medicine, p. G, t. vm. I.ond., 1857.

(2) 11 n’est pas facile de distinguer les cas dans lesquels les fièvres peuvent avoir agi comme causes excitantes de l’inflammation, et il ne doit pas arriver souvent que la fièvre se développe primitivement et soit suivie plus tard d’una lésion locale qu’elle détermine. Certes 011 rencontre un grand nombre de cas dans lesquels l’appareil fébrile constitue les seuls symptômes saisissables , bien que plus tard une inflammation locale doivo sc manifester; mais qui pourrait assurer que dans tous ces cas le travail inflammatoire n’était pas déjà commencé dans la partie où un degré d’inflammation un peu plus intense va tout à l’heure le rendre perceptible. Loin de moi cependant la pensée de localiser toutes les affections; il est raisonnable de supposer que des maladies générales et certains états pathologiques desliquideset du sang en particulierpcuvcnt déterminer la lièvre indépendamment de toute inflammation locale, et que cette lièvre peut à son tour

(1) Macartney, On inflammation, p. 79.

ainsi qu’agisscnl des causes constitutionnelles générales en produisant des clous, des panaris, en développant dans l’érysipèle une tendance à la gangrène, lors de certaines épidémies; en donnant naissance aux bubons de la peste , aux pustules malignes, aux inflammations gangréneuses des joues (t) et des parties génitales des enfants (2).

Par causeprochnine de l’inflammation, on doit entendre cet état de la partie sur lequel repose immédiatement le phénomène particulier à l'inflammation , ce procédé caché , celte action première, essentielle dans la partie et qui constitue le commencement même de l’inflammation, la suit dans tout son cours, et est inséparablement liée à son existence. Les causes prochaines de Galien et de Boerhaave , c’est-à-dire les états particuliers des fluides , la viscosité et la lenteur du sang; le passage des globules rouges dans des vaisseaux qui ne sont pas destinés à les recevoir ou à les transmettre, fussent-ils des faits constatés, ainsi que l’est le dernier d’entre eux , ne seraient pas cependant des causes prochaines, mais seulement disposant à les faire naître. Quelques changements que le sang puisse subir dans l’inflammation , on les regarde aujourd’hui avec plus de raison comme des effets, ou tout au plus comme une cause prédisposante, que comme une cause prochaine de cette inflammation. Si l'état de toute la masse du sang était la cause de l’inflammation, pourquoi serait-elle confinée à une seule partie du corps? On doit encore se rappeler un fait tout-à-fait digne d’attention, c’est que dans la pléthore on trouve le sang couenneux, ce qui montre incontestablement de la prédisposition à l’inflammation, mais rien de plus.

Une partie enflammée reçoit plus de sang qu’elle n’en contient dans l’clat normal, et si l’on vient à y faire une incision , le sang en sortira avec bien plus d’abondance que d’une solution de continuité pareille pratiquée dans un lieu sain. Qu’on ouvre la veine au pli du coude , quand la main correspondante est le siège d’une grave inflammation , le sang jaillira avec bien plus de rapi-

amencr une inflammation. (Note dulrad.)

(t) Pcarson’s Principles of surgery and f>r RI. Hall , in Edin, mcd. and surg.

journ., t. xv, p. 547.

(2) M. Kinder Wood, lu Med, clur.

trans., t. vi, p. 84.

dité qu’il ne le ferait d’une veine appartenant à l’autre bras. Ceci prouve une grande célérité dans la circulation , un courant de sang bien plus fort vers la partie enflammée, et une course également rapide pour la quitter. Des laits de cette nature ne peuvent s’expliquer en les rapportant à l’action du cœur, organe qui lance également le sang dans tout le système artériel. Us doivent dépendre soit d’une augmentation dans le diamètre des artères de la partie , ou de quelque force inhérente aux vaisseaux eux-mêmes pour transmettre le sang au siège du désordre avec une impétuosité insolite et une plus grande abondance.

Les vaisseaux capillaires sont ceux qui produisent les phénomènes principaux de l’inflammation tels que l’augmentation de rougeur, l’élévàtion de la température de la partie, l’effusion de fibrine et de sérum , la formation du pus, quand elle a lieu, le gonflement , la déposition de matière nouvelle ou additionnelle dans cette partie, l’irruption des fluides à sa surface ou dans l’intérieur de son tissu.

Les recherches de Hunter prouvent que les branches artérielles acquièrent une force de contraclilité d’autant plus grandes qu’elles sont plus petites et que les troncs artériels sont moins contractiles et plus élastiques. Les dernières ramifications artérielles sont douées d’un haut degré de contractilité, cela est prouvé par une grande variété de circonstances. Elles gardent comme le tissu musculaire le pouvoir de se contracter quand la respiration a déjà cessé de s’exécuter ; de là vient la vacuité des artères après la mort. Quand la mort est le prompt résultat d’un coup de foudre , ou d’un poison narcotique très-violent , l'action du système artériel et musculaire étant subitement détruite , on trouve les artères remplies de sang aussi bien que les veines. C’est par les vaisseaux capillaires que s’exécutent les fonctions de nutrition et de sécrétion ; et pour que ces fonctions variées et de si haute importance s’accomplissent d’une manière uniforme et non interrompue , il est absolument nécessaire que les vaisseaux possèdent la faculté de gouverner les mouvements des fluides destinés à circuler dans leur intérieur (Q.

(i) Bicbat, qui n’a pas reconnu aux artères de force analogue à celle musculaire, leur a assigné uno autre propriété

Quelques pathologistes ont épousé une doctrine, d’après laquelle les changements que subit le fluide vital dans son passage au travers des capillaires ont une importante influence sur les mouvements de ce liquide dans ccs mêmes vaisseaux, soit que ces changements résultent de la nutrition ou de la sécrétion. Quoi qu’il en soit, j'aimerais mieux penser que les capillaires ont sur le sang une puissance distributive, pour régler au moins la circulation locale indépendamment du cœur et selon les besoins de chaque partie.

Le cours du sang dans les différentes parties du corps, ou la quantité qu’elles en reçoivent dans un temps donné, varie perpétuellement par l'influence des stimulus extérieurs ou des causes internes; les faits prouvant définitivement la contractilité vitale des différentes portions du système artériel. Lorsqu’on rougit , les vaisseaux de petit calibre des joues prennent une activité inaccoutumée , et admettent plus de sang dans leur intérieur, tandis que, sous l’influence de passions d’une autre nature , telles que la peur, ils se vident subitement, et on présente l’aspect de la pâleur.

Dans l'inflammation , le diamètre des petits vaisseaux augmente après un certain temps, de sorte que le fluide rouge se fait jour dans un grand nombre d’entre eux qui naturellement n’admettent qu’un fluide incolore, et conséquemment sont invisibles dans l’état ordinaire; c’est un fait hors de doute. Mais ce surcroÎL cl’ ac lion dans l’inflammation signifie-l-ilaulre chose que l’acte par lequel le diamètre des vaisseaux s’altère; une plus grande quantité de sang est transmise au

qu’il a nommée contractilité insensible.

Le docteur Macarlney, qui croit à l’extension et à. la dilatation réelle et active des artères et d’autres tissus doués de la même faculté, reconnaît qu’aujourd’hui nous n’avons pas de terme applicable aux mouvements ou changements spontanés de forme dans les parties d’une structure non musculaire. * Cela, dit-il, a été appelé par quelques auteurs ton ou tonicité, terme qui, appliqué à la fois a la dilatation ou état d’excitation et à la contraction comme mouvement conduisant naturellement à la fixité et au^ repos, sera tout aussi convenable qu aucune autre dénomination. » C’est^dans ce sens qu’il parle du ton, ou action tonique des artères.

lieu de l’inflammation, de la fibrine est déposée , la rougeur , la chaleur et le gonflement prennent naissance, des fluides de nature variée s'épanchent, et des pro Juctions nouvelles se forment. Implique-t-il la contraction et l’expansion alternative des vaisseaux à un haut deoré dans le but de maintenir un afflux rapïde de sang vers la partie affectée? Certainement non. — Nous voyons à l’œil nu des vaisseaux dilatés , mais ne subissant pas des mouvemcnls alternatifs de dilatation et de contraction. Si, comme le docteur Macarlney l’observe avec raison, cette contraction accrue était incessante, ce serait précisément l’état que tant de remèdes employés ont pour objet de produire ; et si elle devait momentanément alterner avec la dilatation des vaisseaux, son effet serait bien plutôt de repousser le sang en arrière , vers les gros troncs, qu’en avant, à travers la terminaison infiniment pelile des artères , à moins que celle colonne de sang ne fût soutenue derrière par des valvules (l). Si d’une autre part on peut avoir confiance dans les observations microscopiques, le sang n’éprouve pas une accélération constante dans sa course, en traversant alors les petits vaisseaux. Au contraire les expériences (2) des docteur John Thompson , docteur Wilson Philip , docteur Ilaslings , et de M. Gendrin tendent toutes à prouver qu’une accélération de la circulation dans la partie enflammée est si loin d’être un caractère essentiel du travail qui se produit, que quand l’inflammation est établie , quand elle est arrivée à une certaine période, le mouvement des globules dans les petits vaisseaux est retardé ou même arrêté. C’est ce qui a conduit le docteur Wilson Philip h adopter une hypothèse, dans laquelle l’inflammation consisterait dans un état d’affaiblissc-

(1) Macarlney, On inflammation, p.

(2) Pour ce qui regarde les expériences faites sur des animaux à sang froid, le docteur Macarlney pense qu'il n’est pas possible de produire les effets d’une réelle inflammation sur les animaux des deux classes des vertébrés à sang froid. Celte doctrine, cependant, se trouve controversée, et l’on prétend même que les végétaux sont susceptibles d’un état correspondant à l’inflammation. Voyez British and Forcign. Med. review, vol. vu, p. 429, and vol. vm, p. 188.

DK PATHOLOGIE

nient des vaisseaux capillaires , suivi d'une augmentation d’action des artères de plus gros calibre.

Il est vraiment curieux de voir comment les conclusions les plus opj osces ont été tirées des mêmes faits, tandis que la généralité des auteurs , en médecine, tant anciens que modernes, admettent la doctrine de l’obstruction des petits vaisseaux dans l’inflammation (l); quelques-uns, avec Boerhaave , l’attribuent à la viscosité du sang et à Y erreur cle lieu (error loci) des globules ; quelques autres, avec Cullen, au spasme des vaisseaux; et d’autres, avec le docteur Wilson Philip, à leur débilité.

A l'égard de l’augmentation des contractions et des dilatations alternatives des artères lors de l’inflammation , M.

Hunier n’a jamais entendu qu’une semblable hypothèse entrât dans ses doctrines, car il dit positivement que «dans l injlamrnation la tunique musculeuse des artères ne se contracte pas. «

Le docteur Ilastings partage l’opinion du docteur W. Philip sur l'inflammation ; et la considère comme consistant « dans i affaiblissement des capillaires , d' ou résulte la rupture de V équilibre entre les vaisseaux de grand et de petit calibre et la distension de ces derniers. »

Un simple élargissement de vaisseaux, et une pure irrégularité dans la distribution du sang , ne constitueront point une inflammation; nous trouvons des changements de celte nature dans les artères spermatiques d’animaux qui ne se livrent à la copulation qu’à certaines époques de l’année. Nous les rencontrons encore dans les carotides du cerf lors de la crue de son bois. Dans tous ces cas il n’y a ni inflammation, ni douleur, ni rougeur. Un simple afflux de sangplus considérable qu’à l'ordinaire vers Jes parties peut rendre leurs vaisseaux gorgés et gonflés outre mesure , et produire ce que l’on appelle congestion. Elle peut être une cause prédisposante d’inflammation, mais non une inflammation même.

(1) C’est probablement par l'obstruction partielle à la circulation dans les capillaires, que les petites artères deviennent élargies, d’après la loi bien connue en vertu de laquelle les organes musculeux augmentent de volume en proportion des obstacles à leurs fonctions. Voyez D*- M. ilall’s, Principles of medicine, p. 17.

CHIRDUGICALE. 15

Les principaux changements qui se rencontrent lorsque l’inflammation s’établit sont les suivants :

Première période, quelquefois appelée congestion active (l): 1° Sensibilité de la partie augmentée. Les nerfs jouent, je crois, un rôle important dans l’action premièrede l’inflammation; mais il y a beaucoup d’arguments en faveur de la doctrine en vertu de laquelle trois éléments constituants de l’économie ont une part constante dans ce travail, à savoir, les nerfs, les vaisseaux et le sang lui-même. Les animaux qui ne présentent pas de nerfs visibles, et ceux qui ont un système nerveux très-simple, n’offrent, selon le professeur Macarlney, aucun des phénomènes de l’inflammation. Toutes les causes locales de l’inflammation lui paraissent agir en produisant sur la sensibilité des parties des impressions telles qu’elles disposent les artères à l'état auquel on a donné ce nom (2) ; 2° Surcroît d’action dans les vaisseaux — circulation active — afflux plus grand du sang — dilatation des vaisseaux de petit calibre et des capillaires — admission de fluide sanguin rouge dans des vaisseaux précédemment incolores— turgescence — gonflement — et par conséquent embarras de la circulation dans la partie qui est le siège immédiat de l’inflammation.

Si l'inflammation continue, la seconde période commence. — Ce ne va plus être une simple congestion active. La contractilité des vaisseaux est paralysée par leur distension outrée — et le sang qui stagne subit des changements dans sa composition — les parois de ces vaisseaux souffrent une altération' — plusieurs

(1 ) Le docteur Macarlney' ne trouve pas quccc terme, congestion, soit la meilleure dénomination, parce que ses opinions l’ont conduit à regarder la congestion comme appartenant au système veineux, et accompagnée par une diminution momentanée de la dimension des artères.

Ouv. ci t . , p. 139.

(2) Ouvrage cité, P. m et p. 133, dans lequel le docteur Macarlney cherche à réfuter l'objection à cette opinion ; objection fondée sur la possibilité de voir s’enflammer des parties paralysées. « La paralysie, dit-il, consiste dans l’interruption de la communication entre les parties centrales du système nerveux et celles situées à une certaine distance, et non pas dans la destruction de la sensibilité organique. •

d’entre eux se rompent — l’action des autres est changée ; et de là , formation de nouveaux produits — extravasation et effusion de sang — de fibrine et de fluide séreux — épaississement et autres altérations des tissus.

Les phénomènes de l’inflammation , comme le docteur Carswell en fait la juste observation, ne peuvent donc pas s’expliquer en les rapportant aux doctrines exclusives de V augmentation ou de la diminution d'action des vaisseaux.

« C’est évidemment un composé de ces deux actions, qui n’a pas uniquement sa source dans les vaisseaux de la partie enflammée , mais primitivement et essentiellement aussi dans la fonction de l'innervation, dans les propriétés vitales du sang, et conséquemment dans toute la composition organique (1). »

On peut ajouter que le premier effet d’un stimulus destiné à produire une inflammation se manifeste dans les propriétés organiques générales de la partie et spécialement dans sa faculté de séparer du sang les matériaux d’assimilation ou de sécrétion, et que l’influence qu’il exerce sur le calibre des vaisseaux , et sur le mouvement du sang dans leur intérieur, n’est que consécutive. On pense que l’effet d’un stimulus qui augmente momentanément l’action physiologique et normale d’une partie, est d’accélérer la circulation capillaire, tandis que le calibre des vaisseaux est diminué. Celle dernière altération, pense-t-on , peut à peine être attribuée à l’application directe du stimulus, mais plutôt à l’influence des ganglions nerveux qui indubitablement sont fortement intéressés dans les opérations subséquentes. On rapporte encore à la même influence la dilatation simultanée des troncs artériels qui conduisent à la partie (2).

L’intervention essentielle des nerfs a été combattue parles considérations suivantes : « Est-il vrai que les impressions qui produisent une inflammation agissent nécessairement au moyen du système nerveux? Nous ne le pensons pas.

Pour le prouver, il faudrait montrer d’abord comment les changements normaux constituant celles des fonctions organiques qui sont dues à l’influence d’a-

(1) Voy. Elemenfary forms of discase, fasc. i, par lo professeur Carswell.

(2) Voyez British and Foreign, Med.

review, t. vm, p. 19t.

gents extérieurs sur l'économie, sont sous la dépendance du système nerveux. »

11 est évident que si un stimulus normal peut produire un acte physiologique sans l’intervention de l’agent nerveux , un stimulus anormal peut produire un changement morbide, indépendamment de lui. Nous trouvons la remarque de M. Palmer, à ce sujet, fort judicieuse.* « Le rôle des nerfs dans l'inflammation paraît tout-à-fait analogue à celui qu’ils jouent dans les autres fonctions organiques. Ils la gouvernent, mais ne lui sont pas essentiels. » Voyez British and Forcing Med. Review, n° 15, p. 188. J’expose brièvement cette manière de raisonner, mais je ne l’adopte pas.

Dans l’inflammation chronique, les vaisseaux ne présentent pas toujours la rougeur et la turgescence signalées dans la forme aiguë. Cependant une rougeur manifeste accompagne quelquefois l’inflammation chronique de certains tissus, mais plus ordinairement elle est remplacée par des nuances de violet, de brun ou de noir, tandis que la douleur, la chaleur, les battements, le trouble fébrile , compagnons habituels de l'inflammation aiguë, ne se remarquent plus dans ce cas. Indépendamment de la tuméfaction résultante de la déposition de produits morbides, lorsque l’inflammation est longtemps prolongée ou souvent répétée, elle cause une ampliation des parties en y excitant une exubérance d’action des vaisseaux nutritifs , et un excès de nutrition subséquent , nommé hypertrophie.

D’autre part l’inflammation, en troublant et interrompant les fonctions de nutrition et de circulation dans les parties, les met quelquefois dans une condition opposée , celle de Valrophic ou dépérissement. Ces résultats opposés de l’inflammation s’observent souvent dans des parties composées de différentes structures , la nutrition exubérante d’un tissu élant généralement suivie de la diminution dans la nutrition des autres tissus du même organe. L’inflammation peut aussi pervertir la fonction de nutrition des parties , de manière à produire des transformations de texture, dans des os, des cartilages, des membranes fibreuses, des ligaments, etc... L’inflammation aiguë diminue aussi quelquefois la cohésion des tissus, et les réduit à un état pulpeux, par un travail particulier de ramollissement. L’inflammation chronique a une plus grande tendance à pro-

Î)E PATUOLOGlfe

il u ire l’induration des parties. L)e nombreuses exceptions à cette règle peuvent cependant se rencontrer, et les deux extrêmes se présentent quelquefois réunis.

Les terminaisons de l’inflammation sont variées et pour s’exprimer en d’autres termes, après que le travail a duré un certain temps, ou bien elle cède entièrement, ou bien de nouveaux produits se forment, ou d’autres désordres se produisent, tels que le ramollissement, la suppuration , l’ulcération et la gangrène. Ce travail inflammatoire peut se terminer par l’adhésion d’une surface ou d’un tissu enflammé avec un autre; disposer les vaisseaux à former du pus ; amener une ulcération; ou complètement détruire les propriétés vitales dans la partie.

Lorsqu’une inflammation tend à se terminer de la première manière , nommée résolution, la douleur devient moindre, le gonflement, la tension, les battements pulsatifs diminuent, la rougeur s’efface, la fièvre et les autres symptômes disparaissent graduellement, et la partie est enfin rendue à ses dimensions et à sa couleur naturelles. Dans ce cas il n'y a point formation de pus, point d’altération permanente de structure. Selon Kallenbruenner , il se fait, à travers les parois des vaisseaux, des exsudations critiques, consistant dans un fluide séreux clair ou sanguin s’épanchant sur la surface ou dans la texture cellulaire de la partie. Une exhalation considérable de fluides sur les surfaces de sécrétion peut avoir lieu. Les petites portions de sang coagulé, contenues dans les vaisseaux on déposées dans les parenchymes, sont ramollies, et emportées soit par l'impétuosité du courant du sang dans les vaisseaux , soit par une absorption interstitielle.

Celle terminaison qui mérite bien le nom de résolution est non-seulement la plus favorable , mais encore heureusement la plus commune.

Une de ses modifications, caractérisée par une cessation soudaine de tous les symptômes locaux ou par une diminution et un affaissement rapides de la tumeur, est décrite par les pathologistes français sous le nom de délitescence.

La résolution est souvent précédée ou accompagnée par la métastase ou transport de la maladie d'un point à un autre. Ainsi l’inflammation peut abandonner ! subitement une amygdale et attaquer l’autre. Souvent dans les oreillons , l’in-

S. Coopcr.

ÈiltRüttGiCAtfi. •'

flammalion glandulaire disparait soudain ci le testicule ou la poitrine se prend. Dans la goutte l’inflammation abandonne le pied et attaque la main , ou le genou, ou l’estomac, ou le cerveau. Le rhumatisme en quittant une articulation se jette sur une autre, Quelquefois abandonnant les articulations elle va se fixer sur les membranes du cerveau ou sur la séreuse qui couvre le cœur.

La suppuration est une conséquence fréquente de l’inflammation , les vaisseaux acquièrent alors la faculté de former delà matière purulente qui se réunit en collection dans la substance des parties, de manière à former des abcès, ou s’échappe de leur surface pour être éliminée ainsi que nous le voyons sur les plaies, les ulcères, et les inflammations des membranes muqueuses. La suppuration ne peut pas, à proprement parler, être qualifiée de terminaison de l’inflammation , mais seulement être regardée comme un de ses effets, ou une de ses conséquences. C’est plutôt une modification de l’acte inflammatoire que sa cessation. Quand la suppuration a lieu, les parties environnantes sont fréquemment dans un étal d’inflammation adhésive ordinaire, et ce désordre est si loin d’avoir cessé que la suppuration est quelquefois accompagnée d’une phlogose intense.

Une autre terminaison, ou plutôt conséquence de l’inflammation, est l'ulcération.

La gangrène des parties malades est le résultat le plus redoutable et le plus terrible; mais elle n’a lieu que dans les inflammations d’une extrême violence, et chez des sujets affaiblis par l’âge ou par une constitution usée , ou enfin par quelqu’une de ces particularités spéciales qui conduisent à une telle débilité ; 110113 en voyons des exemples dans le charbon, et sur une plus petite échelle dans le furoncle ordinaire, qui présente toujours à son centre un bourbillon et une solution de continuité dans le tissu cellulaire. Quand l’inflammation aiguë a duré un certain temps, surtout sur une membrane muqueuse, elle devient souvent chronique; la douleur s’affaiblit, les vaisseaux sont moins rouges et présentent réellement un aspect relâché qui peut vraiment porter à dire , avec le docteur Wilson Philip, qu’ils sont affaiblis.

Le docteur Macartney pense que les seules conséquences directes et essentielles de l’inflammation sont ; l’effusion de

18 î-iUITÉ ÉLÉMENTAIRE

quelques-uns des élémcntii fluides du sang non susceptibles d'organisation ; la destruction de quelques tissus solides de l’économie; la formation d’un fluide nouveau nommépw; et la désorganisation ou ïnort absolue des parties enflammées (ouv, cit., p. 36). Ce savant n’admet point l'effusion de lymphe coagulable, et l’ulcération, au nombre des conséquences de l’action inflammatoire (p. 37, etc.). Jepensc avec lui que la lymphe coagulable peut être versée quelque part au moyen d’une action naturelle et physiologique, comme dans la formation de la membrane caduque utérine, mais il me semble impossible d’admetlre que l’effusion de cetle substance ne peut être rangée au nombre des effets de l’inflammation. Relativement à l’ulcération le docteur Macartney ne partage -t-il pas l’opinion généralement reçue, quand il dit: «Il y a tout lieu de croire que l’ulcération se forme parce que la vitalité ou l’organisation des parties a été affaiblie par l'inflammation, la débilité, la compression, ou d’autres causes morbides extérieures (p. 4 2)? » Je pense que c’est à propos d’une autre partie de la question qu’il appartientde décider si les résullatsde celle effusion sont salutaires ou pernicieux, et si elle n’a pas lieu dans l’accomplissement de certains actes physiologiques.

traitement de l’inflammation.

Bien que dans certains cas l’inflammation soit évidemment un travail destiné à un but favorable , et doive être regardée comme salutaire et essentielle, cependant il arrive plus fréquemment que son étendue, sa situation, sa violencela devront faire considérer sous un autre aspect, et comme elle est alors pour le sujet une cause de maladie ou de mort , bien plus que de salut, elle réclame le prompt emploi des moyens destinas à la réprimer et à la vaincre. Lorsqu’elle est violente , étendue ou située dans des organes imporants à la vie et d’une texture délicate, les conséquences les plus sérieuses et les plus graves peuvent résulter de ses atteintes , à moins qu’on n’y oppose des moyens actifs. Quelquefois d’énormes abcès se forment, les fonctions des organes importants sont altérées et compromises, et ce qui est pis encore, le malade succombe souvent par l’excès du mal local ou du trouble général de l’économie. Si on tenait un compte plus exact des registres de mortalité, on ver-

rait que le plus grand nombre des décès sont causés par l’inflammation sous telle ou telle forme. Rien n’est plus vrai, et ces mots que Milton a appliqués au fruit défendu pourraient se dire de l'inflammation qui :

Brouglit dtath Into 1ht world and ail our woe.

Dana le monda a porté la mort et tout noi maux.

Lors même que l’inflammation ne tuerait point par sa violence , son étendue ou sa situation dans des organes de première importance, elle donne souvent lieu à des désordres qui plus tard sont irrémédiables. Ainsi , elle rend opaques des tissus naturellement transparents ; elle épaissit, endurcit , ramollit ou élargit en général les parties qu’elle atteint; elle cause l’effusion d’un fluide séreux , qui ne se coagule pas spontanément; elle donne lieu à une déposition de fibrine, qui a pour caractère essentiel de se coaguler d’elle-même, et ce tissu de nouvelle formation venant à se vasculariser et a s’organiser, produit l’adhérence solide de surfaces qui devraient se mouvoir librement l’une sur l'autre, ou du moins ne pas être unies. Elle amène l’ulcération et la gangrène. En produisant tous ces changements , elle détruit complètement les fonctions des organes, ou les compromet de telle sorte qu’elles ne peuvent plus s’accomplir que d’une manière imparfaite , désordonnée et insuffisante. Ces faits ne peuvent s’offrir plus clairement démontrés que dans l’inflammation de l’œil ; si l’on ne s’y oppose avec succès , les tissus de cet organe, doués de transparence, deviennent opaques; la pupille est masquée par des taches de lymphe coagulée; l’iris s’épaissit et devient immobile, ou bien encore la cornée ulcérée laisse l’œil se vider complètement des humeurs qu’il contient , et l’organe s’affaisse et se détruit. Dans d’autres inflammations de l’œil , des adhérences s’établissent souvent entre l’iris et la surface interne de la cornée, ou entre l’iris et la capsule du cristallin. En un mot, dans l’œil l’inflammation se.dessine en traits ineffaçables : des parties transparentes sont rendues opaques, celles naturellement mobiles sont fixées par des adhérences, les tissus deviennent gonfléset épaissisd’une manière surprenante ; la conjonctive oculaire présente une surface d’un rouge vif uniforme par la dilatation des vaisseaux , la rétine se paralyse et ses fonc-

DE PATHOLOGllf

lions sont détruites à jamais. « Les fonctions de l’iris ne s’exécutent plus quand il est adhérent aux parties voisines; l’action du cœur est embarrassée par son adhérence dans une grande étendue au péricarde , et (dit encore le docteur Macartney) j’ai vu l’union de toute la surface du péritoine avec les intestins être une cause d’étranglement pour le canal alimentaire , et enfin de mort. C’est encore l’agglutination , au moyen d’une lymphe plastique, qui rend si fréquemment les hernies irréductibles, et par suite amène l’étranglement. Cette effusion de lymphe dans la trachée pendant le croup, est aussi redoutable que l’inflammation elle-même. On peut en dire autant quand elle encombre la vessie et l’urètre (p. 37). «Eu égard aux désavantages et aux avantages provenant des adhésions dans lès différents cas d’inflammation , le docteur Macartney partage les opinions des autres pathologistes. Si des parties non-seulement importantes par leurs fonctions, comme l’œiî, mais encore essentielles à la vie, sont atteintes de phlogose, il devient ici plus urgent d’y opposer un traitement actif. Ainsi, quand les poumons, le larynx , le cerveau, l’estomac ou les intestins , sont enflammés , si un traitement anti-phlogistique énergique n’est pas promptement mis en usage, et qu’on laisse la maladie faire des progrès, le malade est fort exposé à périr.

Ce fait étant donc bien établi , que l’inflammation , loin d’être toujours un procédé salutaire, est quelquefois une source fatale de désordre, il devient un devoir impérieux pour le chirurgien de recourir, lorsqu’elle est violente, aux moyens les plus prompts et les pl us actifs, pour la combattre et la réduire.

Le système nerveux , chez l’homme , est si compliqué qu’il n’est guère d’affection locale qui ne retentisse sympathiquement sur toute la constitution, et peu de troubles généraux qui ne soient la cause d’une affection locale. Celte même susceptibilité sympathique donne aux moyens que nous employons pour combattre l’action inflammatoire une puissance qui ne se retrouve plus dans les

I animaux d’une organisation inférieure;

et quand , par ccs moyens, nous parve- I nons à éloigner la sensation du mal , ou i à produire un état d’insensibilité incom- H patible avec l’inflammation , la force méi dicatricc ( selon le docteur Macartney)

affecte dansles animaux doués de facultés sensitives inférieures.

La résolution est la terminaison la plus favorable de l’inflammation ; on doit donc toujours chercher à l’obtenir , à moins que l’état particulier et les circonstances de la maladie ne laissent plus de chances pour une pareille fin. Selon la théorie du docteur Wilson Philip, l’inflammation est accompagnée de débilité des vaisseaux capillaires , et la résolution serait le résultat du surcroît d’action des artères de gros calibre, condition qui disparaîtrait dans les petites. D’un autre côté, on pourrait soutenir qu’un pareil surcroît d’action des artères conduisant au siège de l’inflammation devrait avoir pour effet de gorger de sang les vaisseaux de petit calibre , et que, si l’opinion précitée était juste , le but principal du traitement devrait être d’exciter ce surcroît d’action, pratique tout- à -fait opposée aux conseils donnés par l’expérience générale.

Au début , deux indications principales se présentent : 1° éloigner la cause d’excitation , si elle est encore présente ; 2° diminuer l’afflux du sang.

A l’égard de la cause d’excitation, elle peut être de nature à ne pas admettre la possibilité d’un éloignement immédiat , ou bien son action peut avoir déjà entièrement cessé. Ainsi, quand l’inflammation est causée par une blessure produite en un instant par un agent extérieur , la cause d’excitation ne continue pas au-delà du moment de son application ou instant de la réception de la blessure ; mais il reste un désordre à réparer, et celuici peut être regardé comme la cause excitante de la réaction qui se manifeste et constitue l’inflammation. Il est évident que de semblables lésions mécaniques des tissus ne peuvent pas êtreimniédiateinent guéries, et que c’est de l’inflammation elle-même qu’on doit attendre graduellement cet effet. Mais dans bien des cas, la cause d’excitation continue à opérer , comme quand du sable ou d’autres corps étrangers sont logés entre les paupières et le globe de l’œil , qu’un éclat de bois, une balle ou un fragment de pierre ont pénétré dans les tissus et s’y sont fixés. En pareils cas , il est absolument nécessaire de les enlever le plus tôt possible ; car , jusqu’à ce qu’on ait procédé à cet enlèvement, peu ou point d’amélioration et une guérison toujours incomplète seront les seuls résultats que l’on pourra espérer de quelque traitement que ce soit.

TRAiîé ÉLÉMENTAIRE

D’après ces principes , quand on voit que la compression , le frottement ou la présence de fluides irritants tels que l’urine , allume une inflammation suivie de ses conséquences , les premiers soins devront être de soustraire le malade à ces causes de compression, etc., et de donner à l’urine une issue facile.

La seconde indication est de diminuer l’afflux du sang vers le point enflammé ; c’est ainsi que le praticien écarle en grande partie ce qui sert à entretenir la maladie. Lorsqu'on a établi comme fait, que l’inflammation subsiste par l’augmentation de l’afflux du sang vers le lieu affecté, cette indication se présente d’ellemême tout naturellement , et ne saurait être combattue par aucune considération de l’état exact des vaisseaux capillaires et du cours du sang dans leur intérieur; et fût-il même vrai qu’elle reçut une influence d’un état présumé de débilitation de ces vaisseaux, je soutiendrais encore que l’indication la plus conforme à la raison et à l’expérience serait de diminuer l’afflux du sang vers eux. On peut la remplir par des moyens dont les uns agissent directement sur le point allécté, et les autres indirectement sur lui , c’està-dire par l’intermédiaire de toute l’économie. Il en est encore qui exercent leur action d’après un autre principe, celui de la sympathie existant entre des organes diftérents. La contre-irritation (1) est une médication de ce genre , on en tire un puissant parti lorsqu’on sait la manier

(1) 11 ne faut pas entendre ce mot dans le sens qu’on donne à celui de controstiniulus ; ce dernier représente l’idée abstraite et générale de puissance agissant d’une manière inverse à celle de l’inflammation, tandis que la contre-irritation n’est autre chose qu’une irritation développée en un point, pour la détourner d’un autre où elle est déjà. Ainsi l'émétique à haute dose est un contrestimulant, parce qu’il combat l’inflammation des poumons sans la développer en même temps ailleurs, et que son action est du nombre de celles dites spécifiques, tandis qu’un vésicatoire est un contre-irritant, parce qu’il ne s’oppose à l’irritation d’une partie qu’en en créant une nouvelle ailleurs. La contre-irritation des Anglais est donc synonyme de dérivation ou de révulsion, termes aussi en usage chez eux, mais qu’ils emploient aujourd’hui moins souvent que le premier. (iYote du traducteur.)

avec prudence. Les premiers moyens , ceux qui opèrent directement sur la partie afleclée , sont nommés locaux ou topiques, et les seconds, qui agissent indirectement , sont appelés généraux. Ceux locaux sont la saignée au moyen des ventouses ou des sangsues, l’application de lotions froides, les cataplasmes émollients, les fomentations, et surtout, après cette déplétion dûment pratiquée, l’application des vésicatoires.

Dans toute inflammation aiguë d’une étendue ou d’une violence un peu notable, la saignée d’une large veine ou de l’artère temporale doit être pratiquée en quantité suffisante pour produire un effet sur tout le système. La soustraction d’une certaine quantité de sang à l’économie est de tous les remèdes celui que l’expérience de bien des générations juge être Y antiphlogistique par excellence , celui dans lequel la confiance doit être la plus grande. Ce fait est tellement vrai , que la conservation de l’existence dépend souvent d’une saignée faite promptement et sans hésitation, et de la répétition même de cette saignée autant de fois que les circonstances peuvent l’exiger.

Dans l’inflammation du cerveau , des poumons, du larynx, de la plèvre, du péritoine, de l’estomac ou des intestins, le malade doit être saigné promptement, abondamment et quelquefois à plusieurs reprises, autrement il perdrait la vie en quelques heures. Omettre une saignée, en cas pareil , ce serait abandonner le malade aux chances bien incertaines d’une guérison spontanée et accidentelle. Si les parties, ne recevaient pas des vaisseaux sanguins, ou s’il n’y avait pas de sang dans les vaisseaux, il n’y aurait point d’inflammation possible ; et si à ces vérités incontestables on joint l’opinion bien formelle que la persistance de l’inflammation dépend de l’arrivée perpétuelle du sang dans la parlie affectée , il y a indication manifeste de diminuer la masse du sang en circulation. En adoptant celle marche, on voit l’action du cœur et des artères se modérer, et, à mesure que ta force et la rapidité de la circulation générale se calme , l’afflux impétueux du sang vers la partie affectée diminue lui-même. Si nous n’avions, par milliers, d’autres exemples pour attester l’utilité des évacuations sanguines dans l’inflammation , il en est un qui ne peut laisser aucun doute sur ce point important. Si, dans une inflammation intense de l’œil accompagnée d’uuc grande rou*

DE PATHOLOGIE CHIROnôlCALE. 21

geurdc la conjonctive, on pratique ces évacuations sanguines, la rougeur diminue, à mesure que le sang est soustrait ; la couleur, qui d’abord était écarlate et d’une rougeur vive et uniforme , devient plus pâle ; les vaisseaux reviennent sur eux-mêmes , et cette rougeur et celte turgescence disparaissent presque complètement, dans l’espace de temps nécessaire à la souslcaction de trente ou quarante onces de sang.

Nous avons donc une démonstration presque palpable du bienfait obtenu par les saignées , lorsque nous les pratiquons dans l’opbt'halmie. Dans les blessures de la tête , de la poitrine ou de l’abdomen , le danger principal, lorsque le sujet n’a pas succombé instantanément à l’hémorrhagie interne, consiste dans l’inflammation des organes ; et si le malade n’était pas convenablement saigné aux premiers symptômes de l’apparition de ces désordres , il succomberait bientôt. Eu pareil cas , on doit saigner promptement, largement et d’une manière répétée, ne se contentant pas de soustraire de petites quantités de sang, et ne s’en laissant point imposer par la petitesse du pouls et par d’autres signes extérieurs de faiblesse.

La saignée n’est pas toujours nécessaire, dans l’inflammation légère des parties d’une importance secondaire; — je dis d’une importance secondaire, parce que dans celles essentielles à la vie , l'inflammation même légère doit être poursuivie par la saignée. Un doit aussi nécessairement avoir égard à l’âge , à la force et à la constitution de l’individu; il est évident qu’un sujet âgé et faible ne supportera pas une déplétion sanguine aussi considérable qu’un homme jeune et robuste. Bien que cette proposition soit généralement vraie , lorsque nous sommes appelés pour réprimer l'inflammation de quelqu’organe important, c’est dans la saignée que nous devons chercher nos principales ressources, que le sujet soit vieux ou jeune, faible ou vigoureux ; mais une petite quantité de sang retirée à un être faible et âgé équivaut à une plus considérable perdue par un individu plus fort. L’utilité des saignées dans les inflammations est si clairement établie que , dans tous les cas graves , nous devons joindre à la saignée, generale celle topique ou locale , au moyen des sangsues ou des ventouses.

11 y a cependant des constitutions qui ne sont esseytiellewent jointes nj q la

faiblesse ni à l’âge avancé, et qui, caractérisées par une excessive irritabilité nerveuse, sont bien reconnues ne pouvoir supporter des évacuations sanguines un peu notables. Ce fait a été particulièrement signalé par le professeur Andral ; il a observé que le système nerveux était susceptible de violentes perturbations , par l’effet de la plus légère soustraction de sang chez ceux qui , pendant le cours d’une inflammation aiguë, ont déjà perdu une quantité considérable de ce fluide, ou qui, durant une longue convalescence, ont été long-temps tenus à une diète sévère , et chez ceux encore qui, après une inflammation aiguë, continuent à languir sous l’influence d’une inflammation chronique. Ainsi donc , le genre de constitution , l’histoire des antécédents , doivent être pris en considération , et les mesures seront dirigées en conséquence.

Pour ces hommes doués d’un tempérament nerveux et irritable , si la saignée peut leur êlre utile à quelque chose, ce ne sera , en général , qu’au début de l’inflammation , et passé cette époque, le praticien ne pourra plus y avoir recours.

La remarque suivante me paraît fort judicieuse : « On a l’habitude , dans la pratique ordinaire, de tirer du sang à l’instant de la réception d’une blessure , bien avant que l’inflammation ail le temps de se développer ; cette manière de faire ( dit le docteur Macartney ) me paraît plus qu’inutile , car elle prive le praticien d’agir avec l’énergie convenable, lorsque le temps en viendra (1). » Ainsi

(1) Bien que cette remarque puisse êlre juste dans certaines circonstances, il en est d’autres qui me paraissent lui pouvoir être objectées. Dans les blessures graves, dans les contusions violentes de la lêle, et même des autres parties, il est certainement prudent, surtout chez les sujets sanguins, de pratiquer une saignée préventive de l'inflammation, sauf le cas de stupéfaction et d’anéantissement momentanés, alors qu’aucun symptôme de réaction n’a encore eu le temps de se manifester. Ne voit-on pas en général les blessures qui ont abondamment saigné lors de leur réception, êlre, toutes choses égales d’ailleurs, moins souvent suivies d’accidents, que celles qui n’ont point laissé s’écouler de sang? Dans le cas où, après celte saignée prophylactique, on no voit pas se développer d’inflammation, on peut être en droit de lui all/vbuer çe résultat heureux, et lors même

quelquefois les sujets affectas de fracture de côtes pourront ne pas bien supporter les pertes de sang comme ceux atteints d’inflammation. Selon le docteur M. Hall, différentes maladies mettent la constitution dans des conditions différentes ellesmêmes , pour supporter les pertes de sang. Dans les cas où l’on est dans le doute sur la question de savoir si la douleur ou une affection locale quelconque est l’effet de l’inflammation ou de l’irritation , cette question peut être tranchée immédiatement, en plaçant le sujet debout, la tête dirigée en haut, et le saignant jusqu’à commencement de syncope ; s’il y a inflammation , beaucoup de sang s’écoulera avant que la syncope arrive ; s’il y a irritation, il n’en tombera que peu. C’est ainsi qu’en même temps la violence de la maladie , les forces de la constitution et la mesure voulue du remède à appliquer , se trouveront déterminées par une même épreuve. Dans l’inflammation , il faut saigner largement; dans l’irritation, il faut saigner avec réserve. Si beaucoup de sang s’écoule avant que la syncope arrive, on doit craindre une inflammation ; s’il ne s'en écoule qu’une petite quantité , bien que les symptômes soient les mêmes, le docteur Hall pense que la cause est d'une autre nature , peut-être l’irritation ou même l’épuisement. ( Principles oj rnedicinc, p. 79.) Cette manière de voir admet des exceptions qu’aura déjà rencontrées tout praticien expérimenté.

J’ai déjà parlé des lumières qu’on peut tirer des caractères extérieurs du sang soustrait par la lancette , c’est-à-dire de sa surface couenneuse et en forme de cupule ; mais puisque ces circonstances ne sont point des guides sûrs pour juger de la présence de l’inflammation et de la nécessité de la saignée, le chirurgien doit avoir recours à l’examen de l 'état du

qu’elle se déclare malgré la saignée, no peut-on pas penser qu’elle eût été plus violente, si du sang n’avait pas élé soustrait par avance, car, en agissant ainsi , on a diminué et les chances et la force de réaction. Ainsi donc, il n’y a rien à perdre en faisant cette saignée lors des cas graves, bien que 1 on doive metlro une prudente réserve dans les évacuations sanguines. D’ailleurs si l’inflammation se déclare, on pourra revenir à la saignée, que ne contre-indique pas celle pratiquée antérieurement. ( Note (lu traducteur.)

pouls , au degré et au type de la fièvre, à lu nature de la douleur éprouvée et au genre de fonction lésée. Il devra tenir compte du caractère des symptômes sympathiques , comme on les appelle; ainsi, dans l’hépatite, il remarquera la douleur à l’épaule et vers le larynx ; dans la néphrite, il rencontrera des vomissements et la rétraction du testicule. Toutes ces considérations réunies le rendront capable de juger l'existence , l'étendue, Ict violence et le siège de l' inflammation , comme aussi l’opportunité de tirer, ou non , du sang.

Dans les cas très-urgents , il peut être utile de saigner le malade jusqu’à la perte de connaissance , ad deliquium , c’est le terme. Lorsqu’une personne tombe eu syncope , toutes les fonctions de l’économie sont immédiatement compromises ou suspendues, et nécessairement, eu même temps , l’action ou le travail inflammatoire. Lorsqu’on veut obtenir ce résultat, il convient de faire à la veine une ouverture large, ou même de piquer une veine à chaque bras, afin que le sang puisse s’écouler plus rapidement ; car c’est souvent de la promptitude de l'évacualion que dépend le succès de la tentative. Si le sujet n'est pas trop malade , il sera aussi quelquefois avantageux de le saigner pendant qu’il est debout ou qu’il est à son séant, d’après les principes énoncés plus haut , car , dans celte situation, la moitié du sang qu’il faudrait lui extraire pour le faire tomber en syncope , s’il était couché , suffira pour obtenir ce résultat. Par ces moyens, l’inflammation pourra être réprimée de prime abord , au moyen d’une perte de sang bien inférieure à celle que produirait une soustraction graduelle de ce fluide.

On ne doit adopter la méthode de saigner par une large ouverture ou par le$ deux veines que dans des cas pressants, et quand le malade peut supporter sans danger la syncope. Aussitôt que celle-ci commence , le chirurgien arrêtera la saignée , de peur que la prostration des forces vitales ne soit portée à un dangereux extrême. Quand, par la connaissance de la constitution du sujet, nous savons que la perte d’une ou de deux onces de sang amène la syncope, nous devrons toujours le saigner couché, en faisant à la veine une ouverture modérée. Sans ces précautions, nous ne pourrions pas lui tirer une quantité de sang suflisantc pour agir sur quelques inflammations d’une forme grave.

DE PATHOLOGIE

Les saignées topiques ou locales sont employées dans les cas légers et dans ceux d’inflammation chronique où l’ouverture d’une large veine n’est point jugée nécessaire. Elles sont encore utiles dans les inflammations dangereuses et par leur force et par leur siège , ou comme auxiliaires de la saignée ou de l’artériotomie ; mais , dans ces derniers cas , elles ne doivent nullement faire négliger l’usage de la lancette. Tout le temps que la pléthore n’aura pas été combattue par la saignée générale, les saignées locales ne répondront point à l’attente du praticien, et, seules, elles seront presque toujours impuissantes à arrêter les progrès de toute inflammation grave.

La saignée locale sera employée seule, quand les symptômes ne seront pas assez menaçants pour réclamer celle générale, ou quand, en raison de circonstances particulières, la constitution ne supporterait pas l’ouverture delà veine, ou encore, quand il existe du doute sur l’opportunité de la phlébotomie , autant que la nature et l’état de la lésion permettent ces tâtonnements. La saignée locale , au moyen des sangsues ou des ventouses, est aussi d’une grande utilité dans les inflammations qui affectent plutôt la forme chronique que celle aiguë. Après la chute des sangsues , on peut appliquer sur certaines parties un verre à ventouse , et , par ce moyen, on obtient l’écoulement de six ou huit onces de sang de plus. En général, quand on a remédié à la pléthore, l’effet des saignées locales se trouvera être beaucoup plus marqué qu'on ne devrait s’y attendre , eu égard à la petite quantité de sang que l’on retire ainsi. Quelques pathologistes expliquent ce fait en disant que l’exiguilé de l’évacuation est compensée par le voisinage de la saignée et du lieu affecté , l’effet étant pour ainsi dire concentré sur la partie ellemême.

Un grand nombre de ventouses ou de sangsues peuvent cependant retirer assez de sang pour produire sur l’économie un effet notable. Ce genre d’évacuations sanguines peut être regardé comme une saignée générale.

il est des constitutions avec lesquelles on doit toujours éviter les sangsues , qui amèneraient invariablement des érysipèles.

La fièvre symptomatique qui accomgne toute inflammation grave produit toujours la constipation. Éloigner cet état d obstruction intestinale , est encore une

autre indication. Dans ce but , on a souvent recours aux purgatifs salins doux , qui agissent sans causer une irritation marquée, comme le sulfate de soude et de magnésie, et le lartrate de potasse et de soude. Dans d’autres cas , on doit recourir à des purgatifs plus actifs , comme la coloquinte joinle au calomel ou le calomel associé au jalap ou à la poudre de James, etc. Il peut être encore convenable d’aider l’action de ces dernières médecines, par une infusion de séné ou une mixture saline , dans laquelle on aura fait dissoudre une certaine proportion de quelque sel neutre ( 1 ). Dans bien des cas , on pourra se servir aussi des clystères avec avantage. Les purgatifs ont une action marquée , en diminuant la force et la fréquence du pouls , en réduisant la force de la circulation , et , d’après ce principe , ils servent à se rendre maître de l’inflammation ; ils causent une sécrétion extraordinaire à la surface entière de la membrane muqueuse des intestins, et si l’on se rappelle la vaste étendue de cette surface et la quantité de fluide qui se sépare ainsi de la circulation, on reconnaîtra aussitôt comment les purgatifs sont des moyens coercitifs de l’inflammation.

Parmi les médicaments qui agissent par l’intermédiaire de toute l’économie , se rencontre le mercure , dont la puissante faculté d’arrêter l’effusion de lymphe coagulable dans l'inflammation est une découverte importante, qui remonte à trente ou quarante ans. L’usage du calomel associé à l’opium , dans le traitc-

(1) Je ne pense pas qu’on puisse appliquer cette méthode dans toutes les inflammations. Quand le tube digestif présente des signes réels d’inflammation, bien différents de ceux du simple embarras (jastrique , 1 administration des purgatifs pourrait être suivie d’accidents graves.

Le simple bon sens indique que l’on no peut chercher à calmer l’irritation d’un organe en stimulant son action, scs sécrétions, sa vitalité; proscrivons donc en général les purgatifs dans les inflammations franches des organes de la digestion. La médecine anglaise fait un grand usage des purgatifs; les praticiens français les emploient avec beaucoup plus de réserve. Cependant depuis quelques années on en a étendu l'usage, et sans aller aussi loin que les Anglais, on pourrait peut-être l’étcndrc encore. (Note du traducteur.)

ment île certaines inflammations des viscères , fut jadis signalé à l’observation des médecins, vers 1783 , par le docteur Robert Hamilton de Lyme Regis. La propriété qu'aie mercure d’arrêter l'effusion de fibrine ou de lymphe coagulable, et d’amener l’absorption de celle déjà déposée , fut livrée à une grande publicité, par M. Saundcrs et le docteur Farre, qui furent conduits à ces résultats par l’observation de l’action du mercure dans l’iritis. On trouve encore un autre exemple de la puissance du mercure à coercer l’inflammation , et surtout à empêcher cette action des vaisseaux qui produit l’effusion de fibrine , dans l’inflammation du larynx nommée croup. Dans ce cas , la saignée et l’administration du mercure sont du plus grand secours ( 1 ) ; si l’inflammation n’est pas promptement arrêtée, et par cela même l’effusion de lymphe qui en est la conséquence , la mort du malade sera inévitable : il mourra, et de l’obstruction des conduits aériens parla fibrine, et de l’œdème survenu à la glotte.

Le mercure exerce en général la même influence sur l’inflammation des viscères et des organes intérieurs , et il a une action telle qu’il empêche la survenance de ces phénomènes destructifs de l’organisation des tissus enflammés. La quantité qu’il convient d’administrer dépend de la violence de l’inflammation et de la nature des parties affectées. Quelquefois il importe de soumettre promptement l’économie à son influence , comme dans l’inflammation de l’iris, de la rétine , du larynx ou de la trachée. En cas pareils , après avoir pratiqué des saignées générales et locales, nous donnerons deux ou trois grains de calomel , ou cinq grains d’hydrargyre associé à la craie , toutes les deux heures, jusqu’à ce qu’il y ait une afl’eclion prononcéedu côté de la bouche, et de l'amendement dans les symptômes. Quelquefois on porte la dose plus loin.

(1) F,n France, nous joignons aux émissions sanguines et à l’emploi do moyens mécaniques pour détacher les fausses membranes du larynx, l’administration de l’émétique â (loue vomitive. Les efforts d’expuilion et de vomissement détachent quelquefois les pseudo- membranes, et forcent le petit malade à fairo des inspirations et des expirations puissantes; mais cetlo médication, comme, toutes les autres en pareil cas, doit être employée sans attendre. (Note du traducteur.)

Dans les maladies inflammatoires des climats chauds, maladies d’une rapidité effrayante, la prompte administration du mercure après la saignée semble être la seule ressource pour conserver la vie du malade.

Bien que l’effet du mercure soit puissant à arrêter les progrès de l’inflammation , lorsqu’on l’administre seul , immédiatement après la saignée, il a souvent plus de succès quand on l’associe à l'opium, surtout si la douleur est forte et les intestins disposés à se prendre. Souvent alors , le mercure joint à la craie et à !a poudre composée d’ipécacuanha est la formule la plus convenable. Dans toute inflammation aiguë, le mercure ni toute autre substance ne pourront, en aucune manière , empêcher de recourir aux évacuations sanguines ; elles sont le plus puissant moyen pour arrêter l’inflammation , tandis que le mercure mérite d’occuper le second rang, ou, comme le disait le docteur Armstrong , la saignée est le bras droit de la thérapeutique de l’inflammation , et le mercure est son bras gauche.

Malgré l’utilité du mercure dans le traitement de l’inflammation des organes et des tissus importants, il n’est nullement nécessaire d'en faire prendre dans tous les cas d’inflammation ordinaire. Le remède serait pis que le mal. Il est aussi certains états de santé générale , qui reconnaissent pour cause l’abus du mercure, et autres circonstances, dans lesquelles une inflammation actuelle ne pourra prendre une marche favorable, avant que la constitution ait été placée dans des conditions d’amélioration. Dans ces cas, on suspendra le mercure, loin de le continuer; ce sera agir dans l’intérêt du malade.

Le tartre stibié remplit deux indications: d’abord il diminue la sécheresse de la peau et porte à la transpiration ; puis , à doses plus élevées, il amène des nausées qui rendent la transpiration plus abondante, en même temps quelles font tomber la force du pouls. On tire saus doute un parti avantageux de son emploi , tant en obtenant les résultats que nous venons de signaler, qu’en déterminant des évacuations nlvines: mais si l’on voulait se borner à son usage et sacrifier la lancette à l’émétique , je dirais que c’est mal entendre l’intérêt du malade ; car la médication ne serait pas moins pénible , et peut-être serait-elle inférieure en efficacité. Depuis quelques années ,

DE PATHOLOGIE CHIRURGICALE

on a fait en Italie un très-fréquent usage du tartre si ibié , dans le traitement de l'inflammation. Rasori , un de ses plus zélés défenseurs , en donnait après la saignée huit ou dix grains, dans les vingtquatre heures , contre la pneumonie ; et si cette maladie était déjà portée à un haut degré , il commençait par vingt ou trente grains, augmentant chaque jour la dose jusqu’à un ou plusieurs gros dans les vingt-quatre heures (l). Sur 832 cas de pneumonie traités de celte manière il n’y eut que 173 décès. Laennec encouragé par ces résultats employait cette médication après la saignée , mais à la dose plus modérée d’un grain toutes les quatre heures. Il l’incorporait à environ un grain et demi de sirop de pavots. Le docteur Tweedie a remarqué que l’irritation qu’il pouvait produire sur l’estomac se trouvait prévenue par son administration dans l’extrait salin effervescent avec quelques gouttes de laudanum.

Pendant très-long-temps , les chirurgiens ont été dans l’usage de traiter les inflammations violentes de l’œil et du testicule au moyen du tartrale anlimonié de potasse, à dose nauséabonde; mais, d'une part, l’éloignement des malades pour une médication aussi pénible, et, de l’autre , la plus grande faveur dont a joui

(1) Lo célèbre inventeur de l’auscultalion ne dépassait guère la dose de treille grains, et il n’y avait recours que dans les cas extrêmes. Nous voyons en effet, d’après les prescriptions de Laennec, qu’il ordonnait généralement de six à quatorze grains d’émétique. La pratique do Tommasini se rapproche de celle de Laennec. Indépendamment do l’action salutaire à attendre du tartre stibiô à haute dose lorsqu’il amène des vomissements et des selles copieuses , il en est une autre bien préférable, et que l’on doit se trouver heureux d’obtenir; elle résulte de l’absorption du médicament, sans ou avec peu "d’évacuations, c’est-à-dire do la tolérance. Il agit réellement alors comme contre-stimulant, et a une bien autre puissance, ainsi que tous les médecins qui ont l’habitude de manier ce médicament peuvent s’en convaincre. Une nouvelle prouve de la spécificité de l’émétique à haute doso, c’est qu’administré dans l'inflammation , s’il produit des effets salutaires, dans l'état do santé les mêmes doses amèneraient les plus graves accidents. ( l\ote du Irai/.)

le mercure, ont diminué l’emploi de cette substance. Le colchique, comme diurétique , purgatif et vomitif , est un médicament fort utile, mais surtout dans quelques inflammations d’une nature spéciale, comme la goutte, le rhumatisme et quelques affections inflammatoires de l’œil liées à ccs deux maladies générales.

L’opium étant un médicament stimulant et constipant aussi bien que narcotique , on l’a quelquefois regardé comme contraire à l’inflammation ; cependant il a ses partisans à toutes les périodes. Certains praticiens donnent, dans les cas où des douleurs vives sont le symptôme le plus alarmant, une forte dose d’opium, après une large saignée , et ils obtiennent quelquefois ainsi les plus heureux effets , surtout chez les sujets irritables. La réaction qui suit souvent les larges saignées peut généralement être prévenue , en donnant deux grains d’opiuin solide, ou un extrait contenant un grain d’acétate ou de muriate purs de morphine administré après la syncope. Dans la plupart des cas , on se rend maître de l’inflammation à l’aide d’une copieuse saignée, d’une large dose d’opium et d’un cathartique doux. Après la saignée , l’opium calme le système nerveux et donne au malade un sommeil réparateur, à la suite duquel il se réveille souvent toutà-fait exempt de douleurs et la peau moite. Si pourtant, après un intervalle de trois ou quatre heures , la peau devient de nouveau chaude et sèche et le pouls tendu, on reviendra à la saignée et à l’opium joint à trois ou quatre grains de calomel.

Dans le traitement de l’inflammation, le chirurgien est souvent obligé de prescrire l'opium, par la violence de la douleur. Lorsque la suppuration survient dans des parties entourées par des tissus résistants et tendus, qui s’opposent en même temps à l’expansion de la matière, la douleur peut être intolérable. Après les opérations chirurgicales , lorsque les parlies intéressées continuent «à présenter de l’inflammation , et qu’il n’est plus possible de revenir à des évacuations sanguines, le chirurgien pourra quelquefois donner un grain d’opium et deux de calomel , toutes les six ou huit heures , avec beaucoup de succès.

Il existe une grande divergence d’opinions sur l’utilité générale de l’administralion de l’opium, immédiatement avant et immédiatement après les opérations chirurgicales. Quand , après une opération , la douleur est très-vive, le malade

agité et d’ailleurs nerveux , ayant une disposition aux spasmes et aux soubresauts de tendons , l’acctale ou l’hydrocblorate de morphine lui conviendra ; mais la dose en sera forte , c’est-à-dire d’un grain , car tous les chirurgiens expérimentas savent qu’une faible dose d’une préparation opiacée quelconque, après une opération , ne fait qu’augmenter le malaise et la fièvre. Si on donne du laudanum, ce sera à la dose de cinquante à soixante gouttes.

La saignée, les purgatifs , les antimoniaux et quelquefois le mercure et l’opium, seront aidés d’une diète assez sévère , quiproscrira toutesubstancc animale, les spiritueux , le vin , toute liqueur fermentée. ün devra d’ordinaire permettre l’eau d'orge, la limonade ouïe thé avec une bouchée de pain grillé. Le repos du corps et de l’esprit sera recommandé , et l’on éloignera avec soin toutee qui serait capable de stimuler l’économie , d’accélérer la circulation et de troubler le système nerveux ou la partie enflammée elle même.

Le cours du sang en retour de la partie malade sera favorisé par une position convenable. Pour emprunter le langage du docteur Macartney, tout le monde reconnaîtra , dit-il en parlant de l’immersion des parties blessées dans l’eau chaude ou dans l’eau froide , que l’absence de tout agent de constriction , de compression , de friction , qu’une position commode et élevée , un calme parfait, sont les conditions les plus avantageuses. Le malade sera placé dans un appartement tranquille , d’où seront bannis les conversations superflues et les visiteurs inutiles. La chambre sera d'une fraîcheur modérée, et le malade ne sera point accablé s oais les couvertures. Les mesures et méthodes exposées ici constituent ce qu’on appelle Craitcmenl anli-phlogisti- (jue , applicable non-seulement dans les inflammations ordinaires , mais encore dans celles spéciales , bien que dans ces dernières d’autres remèdes doivent être aussi mis en usage.

Remèdes locaux ou topiques contre l' inflammation. — Dans tousles cas aigus, un des effets de l’inflammation est de produire une élévation de température de la partie affectée, non pa3 seulement qu’elle s’y révèle au malade par une pénible sensation de chaleur, mais elle se fait aussi sentir au thermomètre qui s'élève de plusieurs degrés au-dessus du point qu’il marque, lorsqu’on le met en contact avec elles dans l'étal de calme et

de santé. Nous penserons alors à adopter des mesures répressives de ce symptôme, quand ce ne serait que pour délivrer le malade de la position pénible où il le place ; mais il est un autre motif plus important d’agir ainsi. La chaleur exalte toute espèce de travail dans l’économie, et entre autres celui de l’inflammation; ainsi, en abaissant la lempérature des parties enflammées par l’application de linges trempés dans l’eau froide, ou d’une lotion volatile froide, nous employons un moyen propre à la réprimer.

Un gros d’acétate de plomb liquide (c’està-dire de la dissolution d'acétate de plomb), une pinte d’eau, et de plus deux onces d’eau-de-vie camphrée, constitueront une excellente lotion pour les cas ordinaires. Dans quelques cas, l’acétate d’ammoniaque liquide, étendu d'eau avec addition d'une petite quantité d’eaude-vie camphrée conviendra; mais toutes les fois que la peau sera excoriée ou ulcérée , les lotions les plus simples seront les meilleures (1).

Le but que l’on se propose est d’établir sur la surface de la peau une évaporation aux dépens du calorique des parties affectées , et par conséquent de les refroidir. Pour remplir cette indication , on mouillera fréquemment les compresses et on ne les laissera jamais devenir sèches , dures et comme empesées ; dans cet état , elles seraient impropres à soustraire la chaleur, et seraient plus nuisibles qu’utiles.

Afin d’obtenir un froid et une humidité permanents, les Français recourent à ce qu’on nomme irrigation. Un sceau contenant de' l’eau froide est attaché au haut du lit; un robinet en laisse tomber l’eau par gouttes , sur la partie enflammée qui reste découverte.

L’eau est reçue sur un morceau de toile cirée, et de là tombe dans un autre sceau , placé près du lit du malade. Un procédé plus avantageux consiste à placer le membre dans un baquet, et, après

(1) Tous ces réfrigérants extérieurs peuvent être fort utiles dans les inflammations traumatiques et dans celles externes, dont encore je crois qu’il faudrait excepter celles qui seraient sympathiques, comme l’érysipèle symptomatique de l’embarras gastrique; mais je crois qu’on doit en général les proscrire dans les inflammations des organes internes, et surtout dans celles des viscères thoraciques. (Rots du traducteur.)

DE PATHOLOGIE

avoir entouré de charpie la partie enflammée, on y fait tomber l’eau d’un bassin au moyeu d’un morceau d’étoffe laineuse, dont un bout est placé dans l'eau, et l’autre taillé en pointe, est dirigée sur la charpie; tel est le conseil du docteur Macartney. L’irrigation convient plus dans les chaleurs de l’été que pendant l’hiver. Il est bien des cas où les applications froides ne procurent point de soulagement, et sont avantageusement remplacées par celles humides et chaudes. Les applications froides ont pour effet d’obtenir une évaporation qui diminue la chaleur des parties enflammées , tandis que la chaleur et l’humidité amollissent les tissus eL diminuent leur tension. Il me semble que cette explication est juste, et qu’elle a pour elle toutes les apparences de la probabilité, surtout quand les points affectés sont près de la surface. Que celte théorie soit juste ou non, le fait est que les applications humides et chaudes sont souvent plus convenables que les applications froides. Les inflammations de poitrine et celles du testicule se trouvent souvent bien mieux des cataplasmes émollients tièdes, que des lotions froides. Je ferai aussi remarquer que les inflammations qui se montrent dans les fièvres , et généralement les panaris , les clous, les charbons et les inflummalions des environs de l’anus, se trouvent beaucoup mieux des applications humides, chaudes, que des lotions froides. Les applications chaudes , généralement en usage , sont : les cataplasmes et les fomentations. Le cataplasme émollient le plus convenable est celui de farine de- graine de lin. On le fait en plaçant dans un bassin la quantité d’eau chaude voulue, et ajoutant la graine de lin graduellement en même temps que l’on mêle le tout avec une cuillère. On continue de cette manière jusqu’à ce que la quantité de graine de lin versée donne au cataplasme la consistance désirable.

Le cataplasme une fois étendu sur un linge ou de l’étoupe, on y ajoute quelquefois de l’huile d’olives; mais si le cataplasme est changé au moins deux fois par jour, ainsi qu’on doit toujours le faire, on peut se dispenser d’y mettre de l’huile.

Les dimensions du cataplasme dépendront de l’étendue de l’inflammation, il est pourtant des cas oii le poids d’un cataplasme, large et épais , est fort pénible. Alors de la charpie ou du linge mouillés d’eau tiède seront appliqués

sur la partie ; et couverts de taffetas gommé pour les empêcher de devenir secs.

Lorsqu’on applique un cataplasme sur une partie enflammée , il faut s assurer qu’il est placé de manière à ne pas glisser sur les points environnants, car alors il ne produirait plus l’effet désiré.

Dans les inflammations où une extrême sensibilité se trouve mise en jeu, on préférera au cataplasme de farine de graine de lin, celui fait avec du pain et de l’eau, avec du pain et du lait, ou bien de pain d’abord trempédans l’eaucbaude, puis avec addition d’acétate de plomb liquide ou de solution aqueuse de l’extrait d’opium ou de jusquiame. On recourt souvent à ces cataplasmes, lorsque les parties sont non-seulement fort enflammées et abondamment fournies en nerfs , mais aussi dans un état d’irritation et présentant, soit des ulcérations, soit des excoriations.

Les fomentations s’emploient dans les mêmes cas que les cataplasmes émollients , elles conviennent pour remplacer les cataplasmes lorsque ceux-ci ne sont plus de mise ; la fomentation suivante est fort utile : on fait bouillir une demilivre de fleurs de camomille ou de têtes de pavots , pendant vingt minutes , dans une marmite contenant une demi-livre d’eau ; puis on passe la liqueur, et on en imprègne les flanelles et morceaux de laine, et on les applique aussi chaudes que possible , sans pourtant déterminer la moindre sensation de brûlure.

Lorsque l’on peut aisément plonger les parties enflammées dans la liqueur de fomentation ou l’eau chaude , c’est souvent le meilleur procédé , celui qui s’accomplit avec le moins de dérangement. Quand l’inflammation siège aux environs de l'anus ou du périnée, le malade peut s’asseoir sur le vase de propreté connu sous le nomdebidet, quel’on a préalablement rempli d’eau chaude , dont la vapeur devra lui procurer un grand soidagement.

On emploie communément les bains de siège et les demi-bains, pour les inflammations de l’abdomen , du col de la vessie et de la glande prostate.

A l’égard du choix à faire entre les applications froides et les applications chaudes , il est une règle générale que nous pouvons toujours suivre lorsqu’il existe du doute sur la préférence à accorder aux unes ou aux autres , c’est de laisser les sensations du malade décider celte question; car si l’application des

unes lui procure plus de bien-être que celle des autres , on aura toujours raison de donner la préférence aux premières.

Une arme puissante pour réprimer l'inflammation est la contre-irritation dont l’utilité paraît consister dans l’inflammation de la peau, excitée, soit dans le voisinage de la partie enflammée, soit sur quelqu’aulre portion de la surface du corps, lorsque la sympathie de celleci avec le point enflammé est bien connue. On fait naître une inflammation pour remédier à une autre, et à mesure que celle de nouvelle formation marche, la première et la plus dangereuse diminue. Les vieux praticiens ont l’habitude d’appeler cela dérivation ou révulsion; c’est-à-dire , détour des fluides et du sang de la partie affectée, vers une autre voisine ou distante. Nous devons veiller toujours à ne pas faire naître une conlreirrilation trop près de la partie enflammée, surtout quand l’inflammation est dans la période d’acuité; car si une distance convenable n’est point observée, les deux inflammations peuvent se confondre et rendre la maladie plus fâcheuse , loin de l’amender. Ainsi dans les inflammations de l’œil , il vaut mieux mettre un vésicatoire à la nuque qu’à la tempe, quand la partie antérieure du vésicatoire approcherait trop près des paupières, et pourrait les enflammer.

On préfère aussi la nuque, parce qu’il est reconnu que cette surface du corps jouit d’une grande sympathie avec l’œil.

Les moyens employés pour exciter une contre - irritation opèrent souvent en môme temps d’après un autre principe. Us ne produisent pas seulement une irritation des parties dans le voisinage de celles enflammées, ou à .une certaine distance d'elles; et dans ce dernier cas, au moyen des sympathies, ils ne servent pas seulement à détourner le sang de la partie affectée, mais quelques-uns d’entre eux, comme les vésicatoires, ont aussi un effet salutaire en faisant évacuer une grande quantité de sérum par les vaisseaux de la surface à laquelle on les applique.

Après que l’épiderme a été enlevé , on peut obtenir une évacuation purulente à la surface de la peau; s’il est nécessaire, à l’aide de pommade épispastique.

11 ne faut pas avoir trop tôt recours à la contre-irritation , car une telle manière de faire, dans les inflammations

aiguës , serait rarement utile au malade, s’il n’avait été antérieurement saigné, et soumis aux autres moyens de déplétion.

Le but que l’on se propose avec les vésicatoires peut être rempli à l’aide d’autres moyens; ce but est de produire une contre-irritation et de maintenir une évacuation à la surface de la peau, afin de remédier à une inflammation située ailleurs. C’est dans cette vue que l’on établit des cautères et des sétons, que l’on prescrit la pommade slibie'e en friction et enfin des moxas, surtout lorsque l’inflammation est chronique, ou que sa période aiguë a été réprimée par les saignées et les autres moyens. La pommade stibiée se compose d’un gros de tartre antimonié, uni à une once d’axonge; lorsqu’on en enduit la peau par des frictions , elle a pour effet d’y développer des pustules , et cela nonseulement au point frictionné, mais dans d’autres encore et particulièrement vers les parties génitales.

Que l’inflammation soit primitivement de forme chronique, ou qu’elle soit devenue telle après la cessation de la période aiguë , je pense que la contre-irritation, jointe aux saignées locales , constitue le meilleur plan thérapeutique.

Quand l’inflammation siège sur une membrane muqueuse et prend une forme chronique avec secrétion morbide , une contre-irritation dans le voisinage de la maladie première a souvent les meilleurs effets. L'application de lotions froides et astringentes ou de pommades stimulantes sur la surface qui produit le flux , ramèneront aussi les vaisseaux à leur fonction normale, et les rendront habiles à ne produire que leur sécrétion habituelle. Nous voyons ces faits se passer dans la gonorrhée et les ophthalinics purulentes.

On fait depuis quelque temps usage du nitrate d’argent appliqué à l’extérieur contre l'inflammation. C’est à IM. lligginboltom , de Noltingham , que nous sommes redevables de ce fait, qui n est point établi sur de simples hypothèses ni des théories. A l’aide de celte méthode ou parvient souvent à arrêter l’inflammation des doigts qui auraient suppuré et formé des panaris ; à dissiper les inflammations glandulaires, surtout celles de nature scrofuleuse, au col, à l’aisselle, à l’aine. A l’hôpital du collège de l’université, ce moyen m’a souvent réussi pour obtenir la résolution de bubons

DE PATHOLOGIE

chroniques. Il est encore souvent utile pour réprimer l’érysipèle et l'inflammation des vaisseaux lymphatiques. Convenablement appliqué sur et un peu audelà de la pustule variolique , le nitrate d’argent empêche la pelite déperdition de substance de se former, et conséquemment les marques qui la suivent et défigurent si souvent le visage.

En noircissant la peau avec du nitrate d’argent, ce n’est pas seulement la suppuration qu’on empêche, on peut encore déterminer l’absorption du pus , alors qu’il est déjà formé et que la fluctuation est manifeste. Il y a des cas où noircir ainsi la peau avec le nitrate d’argent n’est point suffisant, et où une vésication doit être produite. On lave d’abord la peau doucement avec de l’eau de savon , puis on la fait sécher, et ensuite on l’humecte avec de l’eau froide et on passe légèrement sur elle la pierre infernale, une, deux et trois fois dans les cas ordinaires , et plus encore, quand la vésication est nécessaire. Ensuite, la peau demeure exposée à l’air et est entretenue fraîche.

Quand l’inflammation est primitivement chronique, ou devenue telle après la disparition de ses périodes aiguës , l’indication principale est d e déterminer l’absorption des fluides épanchés , de la lymphe coagulable et autres matières déposées , qui entretiennent le gonflement dan1; la partie , et l'empêchent cle revenir à l' accomplissement total de ses fondions. Dans cette vue, on peut recourir aux frictions avec les onguents mercuriel, camphré ou ioduré, ou bien encore à des lotions contenant une certaine proportion d’hydrochlorate ou d’acétate d’ammoniaque avec le vinaigre et l'eau-de-vie camphrée.

Pour remplir la même indication , un vésicatoire est aussi quelquefois le meilleur topique, surtout sur les points voisins des membranes synoviales affectées d’inflammation chronique , conséquence de la forme aiguë. Quand la maladie est opiniâtre, on doit entretenir la suppuration avec une pommade épispasïique, ou bien renouveler le vésicatoire de temps à autre.

En général, nous verrons toujours la contre - irritation , l’usage de sangsues de temps en temps, les applications froides astringentes , les frictions avec les linimenls iodurés, l’emploi du nitrate d’argent à l’extérieur, et quelquefois même du mercure ou de l’iode à l’intérieur, avec

les purgatifs , constituer les ressources thérapeutiques les plus efficaces; les circonstances individuelles et particulières décideront du choix à faire entre elles.

Ces moyens suffiront généralement pour faire tomber la fièvre inflammatoire symptomatique , en guérissant l’inflammation elle-même. Ce sont surtout les tempéraments nerveux et irritables chez lesquels la violence de celte lièvre est disproportionnée à l’étendue, au degré et à l’importance de l’inflammation; alors la médication qui offre le plus de chances pour calmer le système nerveux sera jointe à celle anti-phlogislique ; dans ce cas aussi on devra mettre une certaine réserve dans les émissions sanguines.

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