AFFECTIONS SYPHILITIQUES DES OS ET DES ARTICULATIONS
Si le gonflement est survenu subitement, s'il paraît avoir le périoste pour siège principal , et que la douleur ne s’aggrave pas notablement la nuit , nous pouvons généralement en conclure que le cas que nous avons sous les yeux n’est pas vénérien. Les véritables exostoses syphilitiques sont plus indolentes dans leurs progrès que le gonflement dont je viens de parler, et les douleurs qu’elles occasionnent sont toujours plus intenses la nuit que le jour. Elles sont spécialement disposées à se développer sur les parties centrales des os longs cylindriques et sur les points osseux qui ne sont pas couverts par une certaine épaisseur de parties molles. Ainsi la surface antérieure du tibia, la partie ou le cubitus est le plus superficiel, Je sternum, la clavicule et le crâne , sont souvent le siège d’exostoses. Les tumeurs que l’on peut prendre pour des exostoses vénériennes sont produites par des inflammalians du périoste et non pas de l’os luimême , et sont dès leur début accompagnées de douleur et même de rougeur à la peau ; elles se développent subitement et souvent disparaissent dans un court espace de temps sans qu’on ait fait usage du mercure. Elles ont cependant un caractère plus inflammatoire quecelui quç présentent ordinairement les exostoses syphilitiques. Ce qu’il y a de mieux à faire dans, tous les cas douteux, est de rechercher les particularités de leur histoire ; nous devons considérer les autres symptômes qui ont existé antérieurement, l’ordre dans lequel ils se sont montrés , et l’effet de chaque traitement qui a été essayé. Nous devons établir nos conclusions en réunissant les symptômes actuels à toutes les autres informations que nous aurons pu recueillir.
Je crois que les exostoses véritables se rencontrent rarement dans la maladie vénérienne à moins que le malade n’ait fait usage de l’hydrargyre. J’excepte de celte remarque la périostite simple qui certainement s’est développée chez des malades syphilitiques traités par moi sans mercure, dans l’hôpital du collège de l’Université. Feu M. le docteur Ilennen , homme d’une observation profonde et d’uue grande expérience, as-
CE PATHOLOGIE CHIRDRGldALE.
sure qu’il n’a jamais vu que deux cas d’exosloses chez des malades qui n’avaient pas été soumis à l'influence de 1 hydrnrgyre. Je sais que quelques chirurgiens soutiennent qu’il en est autrement ; mais je crois qu’il y a beaucoup de vérité dans l’observation du docteur Hennen , et que l'on rencontre rarement des malades affectés d’exostoses à moins qu’ils n’aient fait usage du mercure.
Mais ici s’élève la question de savoir jusqu’à quel point l’hydrargyre contribue à la production de ces exostoses. En considérant cette question nous devons nous rappeler que , bien que nous ne rencontrions pas souvent des exostoses chez les vénériens traités sans mercure, cependant nous voyons que jamais les exostoses ne se produisent dans les maladies du foie pour lesquelles on administre souvent ce minéral en grande quantité et pendant un laps de temps considérable.
D un autre coté si l’on ne donne pas de l’hydrargyre dans le traitement de la syphilis, on verra rarement se développer des exostoses. Il semblerait que l’action du mercure et l’influence de la vérole réunies, participeraient à la formation de ces tumeurs osseuses. Quoi qu'il en soit, je crois que la maladie vénérienne doit agir comme cause principale dans la production des exostoses. Neanmoins, il y a sans aucun doute un fondement à l’opinion d’après laquelle on admet qu’à moins que l’hydrargyre n’ait été employé en quantité quelconque, considérable ou minime , comme moyen curatif dans cette affection , on verra rarement se développer des exostoses ou d autres maladies du système osseux (1).
Une exostose une fois formée restera souvent stationnaire pendant long-temps sans qu’on puisse découvrir d’augmentation dans son volume, d’altération dans sa couleur, ou de fluctuation. Dans d autres cas , cependant , il arrive qu’une exostose suppure lentement, ce qu’on remarque avoir lieu plus fréquemment sur le crâne et sur le tibia que sur d’autres os. Si 1 os est exposé à l’air par l’ulcération ou par une incision, on verra pai fois une couche assez épaisse passer à l’état de nécrose , et l’ulcère ne se cicatrisera qu’après que le travail d’exfoliation aura été accompli. Dans d'autres cas , il se forme des bourgeons charnus sur la surface de l’os , et l’ulcère se cicatrise sans qu’aucune exfoliation perceptible ait eu lieu (1). Je ne doute pas non plus qu’il n'y ait quelque vérité dans 1 opinion d après laquelle la carie et la îieci ose ne seraient pas tant la conséquence de la maladie vénérienne ellemême que de l’influence délétère dn mercure quand on l’a fait pénétrer dans l’économie d’une manière rapide et imprudente à une époque où le malade s’exposait à l’air extérieur au lieu de garder la chambre, et commettait les plus dangereux écarts de régime. Je crois que, sous l’influence de circonstances analogues, le système osseux d’un individu se trouvera affecté beaucoup plus probablement que cela n’aura lieu chez celui qui observera un régime plus strict durant un traitement mercuriel ; et ma conviction bien arrêtée, fondée sur des remarques faites dans ma pratique personnelle , est que la carie et la nécrose des os du nez se produiraient très-rarement si l’on n’administrait pas l’hydrar-
(t) J a. déjà parlé a propos des ulcérations de la gorge, de la similitude que présentent les symptômes de vérole constitutionnelle cl ceux produils par l’abus du mercure. Nous retrouvons ici' les memes phénomènes dans le tissu osseux, mais, parce que dans des cas où 1 on a abusé du mercure et où son administration n'a pas été faite avec les précautions convenables, il en est résulté
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mercure ou même qu’il ne l’a point employé du tout, il paraît rationnel de recourirà un traitement mercuriel. Quand les exostoses sont récentes et douloureuses, il iaut employer lesanliphlogistiques locaux et les émollients, puis les résol uiis, parce que le tissu morbide ne s’étant pas encore ossifié complètement, on peut obtenir la résolution à celle époque; mais plus tard, ces moyens ne sauraient jouir de la même efficacité. L’on enlève avec la gouge et le maillet certaines exostoses très-gênantes par leur volume et la place quelles occupent, mais les exostoses stationnaires et très-anciennes peuvent être conservées sans entraîner d inconvénients (Note du ,md.)
(lj Voyez Colles, ouvr. cité, p. ig4.
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gyre d'une manière immodérée et si les malades observaient toutes les précautions requises pendant le temps qu’ils font usage de ce minéral. La syphilis affecte beaucoup plus souvent le système osseux dans les climats froids que dans les climats chauds.
Les observations de M. Ricord sont complètement à l’appui de la doctrine huulérienne d’après laquelle aucun des symptômes consécutifs ne serait apte à transmettre la maladie vénérienne par inoculation. Il admet aussi qu’aucune des sécrétions soit normales, soit anormales d’individus affectés de syphilis constitutionnelle, ne peut servir à communiquer une maladie vénérienne , quelle qu’elle soit, par inoculation (1).