‹ Encyclopédie des sciences médicales (volume 5)Chapitre 94 sur 242 · POLYPES DU NEZ · texte numérisé non relu

POLYPES DU NEZ

Ce sont des tumeurs qui se forment dans la membrane muqueuse du nez et consistent généralement en une substance molle, facile à déchirer, sillonnée de quelques vaisseaux, et d’une couleur légèrement jaunâtre ou grise, et douée de peu de sensibilité. Cetle maladie est surtout commune chez les individus de quarante à cinquante ans , cependant on la rencontre quelquefois chez des sujets plus jeunes. Les polypes qui ont les caractères de ceux dont je parle actuellement, ne sont pas de mauvaise nature et les inconvénients dont ils sont la cause résultent de ce qu ils bouchent la narine et exercent une pression sur les parties adjacentes. Ils sont ordinairement pyriformes, quoique, lorsqu’ils sont d’une dimension considérable, leur forme soit presque entièrementdéterminée par celle de la cavité où ils se développent; mais quelle que soit celle forme, ils sont invariablement joints à la membrane muqueuse par une tige ou un pédicule «droit nommé quelquefois racine . Ils

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croissent rarement ou plutôt ne croissent jamais sur la cloison du nez, mais ils se produisent ordinairement sur un point des cornels ou près d’eux.

Les polypes que l'on rencontre le plus souvent sont analogues par leur tissu à ceux que je viens de décrire, on les nomme souvent polypes moux ou gélatineux , et parfois polypes muqueux , parce que leur lissu présente une ressemblance notable avec la membrane muqueuse qui les produit; ou polypes bénins parce qu’ils ne sont pas disposés à prendre un caractère dangereux et de mauvaise nature. Quelquefois leur consistance est plus ferme et leur tissu fibreux, on les appelle alors polypes charnus ; mais on remarque plus souvent ce genre de polypes dans l’utérus que dans la cavité du nez : ils ne se développent pas dans la membrane qui tapisse l’utérus, mais au-dessous d’elle; et ils se forment dans la substance de la matrice elle-même, ou sont jouis à celle-ci par des connexions. Il existe une autre espèce de maladie appelée polype de mauvaise nature , celte dénomination est impropre ; car ce n’est nullement une excroissance polypeuse, mais bien une tumeur participant à tous égards de la nature du cancer encéphaloïde (1).

En bien des cas plusieurs polypes de différents volumes se développent daus une narine ou dans les deux à la fois. Quelquefois nous n’en rencontrons qu’un, et dans des cas d'un autre genre les narines sont remplies d’une espèce particulière de polypes consistant en des kystes ou vésicules remplis d'un fluide incolore. On les appelle polypes vésiculaires ou hydatiques; ils ne sont pas rares chez les enfants et les très-jeunes sujets.

On dit que les polypes vraiment cancéreux se développent chez des personnes âgées, mais les polypes de mauvaise nature que j’ai rencontrés étaient évidemment des sarcomes médullaires ou autrement dit encéphaloïdcs.

(!) L<3 savant professeur de Londres réunit ici les polypes fibreux aux polypes charnus, les pathologistes français font de ces deux espèces de polypes deux variétés tout à fait différentes; comme je les ai décrites dans ma note de la page 545, où se trouvent les considérations Générales sur les polypes, je renvoie le lecteur à cctto note, et ne reviendrai point ici sur ce sujet. (ISote du trcid ) '

Le polype ordinaire pédiculé , mou et bénin, se développe généralement au Coté externe de la eavite du nez et dans bien des cas naît de la membrane muqueuse qui recouvre les cornets. Les polypes prennent si rarement naissance sur la cloison des narines, à supposer la possibilité de ce fait, que quelques chirurgiens de la plus grande expérience n’en ont jamais rencontré d'exemple. Au commencement de la maladie, le sujet éprouve un sentiment d’obstruction dans le nez analogue à celui que l’on ressent habituellement dans le coryza ordinaire; l’obstruction étant plus considérable dans le temps humide que dms le temps sec. Lorsque ces polypes ont acquis un certain volume, ils peuvent éprouver un mouvement qui les attire vers l’extérieur ou les repousse en dedans par la force de l’expiration et de l’inspiration. Le son de la voix est nasal, et généralement le malade éprouve de la gène du côté des sinus frontaux.

Quand un polype devient volumineux, il passe quelquefois sur le voile mobile du palais et vient pendre au-dessus de lui, de manière que son extrémité tombe dans le pharynx, ou bien, s’il a pris naissance à la parlie postérieure des fosses nasales, il peut s’accroître dans cette direction au lieu de s’étendre vers la narine. Quelquefois les polypes se développent dans les deux directions.

Les polyrpes ordinaires ne peuvent être p uéris par des applications locales ; les caustiques seulement agissent sur leur surface et 11e peuvent arriver à leur racine. Leur accroissement est en proportion plus rapide que la destruction que leur font éprouver les caustiques.

L’arrachement, l'excision et la ligature sont les trois moyens de guérir les polypes du nez. L’arrachemeut est la méthode ordinairement préférée en Angleterre ; on l’effectue à l’aide de pinces construites dans ce but, et de dillerentes formes et différentes grandeurs. Quelques-unes sont légèrement courbes et présentent des excavations ovales à l’intérieur des bouts des branches ; elles ont aussi une ouverture dans chacune d’elles. D’autres sont droites et la surface intérieure de leurs branches otlre des saillies ou dents. D’autres encore ont des branches disposées en forme de scie, de sorte que, quand ces branches se rejoignent, elles s’affrontent en présentant l’aspect des sutures du crâne.

Le malade étant assis vis-à-vis une lu-

mière vive, le chirurgien examine d’abord l’étendue et la situation du polype avec un stylet, cherchant surtout le point par lequel il est attaché et le lieu où se trouve son pédicule. On ne peut pas toujours y arriver, mais nous savons que le cornet et le côté externe et supérieur de la narine sont les points où s’attachent ordinairement les polypes. Nous dirigeons donc les pinces de ce côté et cherchons à saisir le pédicule. Si nous réussissons de la sorte, il ne faut pas tirer directement au dehors à l’aide d’un mouvement brusque, mais détacher la tumeur de ses attaches en exécutant une torsion. L’hémorrhagie qui survient à la suile de l’arrachement de ces polypes bénins mous, n’est jamais dangereuse, bien qu’elle puisse être abondante. Quelquefois une lame osseuse vient avec le polype, circonstance souvent regardée comme favorable en ce qu’elle prouve que la racine de la tumeur a certainement alors été en levée. Après l’opération, la narine et la fosse nasale devront être lavées avec une solution astringente contenant de l’alun ou de l’hydrochlorate d’ammoniaque.

Lorsqu’un polype se projette en arrière vers la gorge, on le saisit quelquefois avec une paire de pinces courbes introduites par la bouche et on 1 arrache. Souvent cependant une autre parlie s étend en avant et nous pouvons commencer nos tentatives de ce côté. De celle manière le pédicule se trouve quelquefois rompu et les deux portions peuvent alors être aisément extraites. On fait nécessairement une grande partie de 1 opération sans y voir, car, une fois que l’hémorrhagie commence , on ne peut plus rien distinguer. En supposant qu un fragment du polype seulement ait pu d’abord être retiré , nous 11e devrions point en rester là, mais chercher à extraire le reste soit par morceaux, soit en une seule masse suivant qu on pourra le pratiquer.

O11 fait quelquefois usage de 1 excision pour des polypes de grande dimensiou qui s’étendent en arrière vers la gorge et ont un pédicule; on peut reconnaître leur situation et les atteindre au moyen d’une paire de ciseaux longs à, pointes arrondies. L’hémorrhagie n'est!

pas à craindre , mais je sais par expérience que l’on connaît rarement la situation précise du pédicule, et que rarement aussi on peut l’atteindre avec «es* ciseaux assez parfaitement pour que 1 on

doive conseiller l’emploi de cette méthode.

On a aussi appliqué la ligature à des polypes semblables , s’étendant vers la gorge. On introduit l’anse d’une ligature ou fil de métal, par la narine, jusqu’à la partie postérieure de la gorge, où l’on fait passer cette anse sur la tumeur pour la cerner, à l’aide d’une paire de pinces. Les bouts de la ligature ou fil de métal pendent au dehors de la narine, on les passe alors à travers une canule double et on les tord. Cette méthode est rarement adoptée en Angleterre. Les meilleurs instruments pour cette opération sont ceux de Weiss , imaginés par Graefe.

Les polypes vésiculaires ou hydatiques sont généralement sujets à la récidive. On peut en débarrasser la narine, mais ils se reproduisent. 11 y a une méthode au moyen de laquelle ils cèdent quelquefois, c’est celle d’appliquer sur eux des lotions fortement astringentes.

On doit d’abord les extraire et ensuite appliquer la lotion au moyen de charpie.

Quant aux polypes de mauvaise nature, ils sont au-dessus des ressources de l’art; tout ce que l’on peut obtenir c'est de rendre moins vives les souffrances du malade par des remèdes narcotiques, l’opium, la jusquiame ou la ciguë , et de diminuer la quantité de l’écoulement au moyen de lotions contenant du chlorure de soude ou de chaux ou une certaine proportion de créosote (1).

fistule salivaire.

On appelle fistule salivaire une ouverture située à la joue, ouverture par laquelle s’échappe la salive, et qui provient ou d’une plaie , ou d’une ulcération, ou d’une maladie phagédériique , comprenant la glande parotide ou le canal de Slénon. On a vu aussi le canal rompu par des coups violents. Nous rencontrons quelquefois des cas dans lesquels le canal de Slénon se trouve ob-

(1) J’ai déjà dit dans la note de la page 3îo que je ne pensais pas qu’on dût abandonner à eux-mêmes les polypes dégénérés; car la perle du malade serait inévitable. Bien que le pronostic soit très-grave, il y a des chances de sauver •e sujet tout le temps que le pédicule n a point encore subi de dégénérescence.

(Note du trad.)

strué par une formation calculeuse contenue dans son intérieur, absolument de la même manière que les canaux salivaires, situés sous la langue, sont parfois oblitérés par de la matière calculeuse.

On comprend que ces calculs existant dans le canal de Sténon, peuvent, si on ne les enlève pas, augmenter de volume et exciter de l’inflammation , et Un abcès dans la joue. Celui-ci s’ouvre et l'abondance de la salive, qui s’échappe de cette ouverture, attire immédiatement l’attention du chirurgien sur l’état du canal; on introduit un stylet, et l’on sent le calcul. Ici la première indication est d’extraire la substance étrangère et ensuite on doit s’efforcer de cicatriser 1 ouverture ulcérée de la joue.

Si la plaie du canal de Sténon est récente, on devra rapprocher les lèvres de celte plaie et employer la compression. Ainsi l’on peut souvent prévenir complètement

la formation d’une fistule salivaire, soit que les bouts du canal divisé se réunissent et que la salive reprenne son cours naturel, soit, ce qui est plus probable, que la plaie de la lace se guérisse dans tous ses points à l’exception d’un petit trajet fistuleux qui sert comme continuation du canal dans la cavité de la bouche. Ce que je viens de dire porte sur la supposition que la plaie aurait intéressé toute l’épaisseur de la joue.

Quand une fislule salivaire est déjà formée, on peut la guérir en passant un séton depuis l’ouverture fistuleuse jusque dans la bouche, on l’y maintient pendant un certain temps, et après avoir retiré ce séton on applique le nitrate d’argent pour cicatriser l’ouverture extérieure.

Le caustique employé seul, réussit fréquemment. Un autre procédé ingénieux est celui de Béclard, qui passait un stylet de plomb dans l’orifice du bout supérieur ou autrement dit parotidien du canal de Sténon, et ensuite il réunissait la plaie extérieure au moyen d’une suture entortillée. Ce mode de traitement est plus prompt que le séton et plus sur que celui qui consiste simplement à fermer une plaie récente et à employer la compression.

maladies du sinus maxillaire.

Le sinus maxillaire ou plutôt la membrane muqueuse qui le tapisse, est sujette à V inflammation et à la suppuration. Le malade ressent dans un côté de la face une douleur aiguë que l’on croit

•S , Coopcr.

ordinairement être due au mal de dents et qui véritablement, dans la plupart des cas, dépend de la carie des dents voisines. S’il arrive qu’un abcès se forme et que le passage du pus dans le nez soit empêché par une obstruction accidentelle, il peut produire une expansion et un amincissement des parois du sinus maxillaire, et h la fin s’écouler ou b travers la joue ou, ce qui est plus commun, par la bouche.

Les indications sont de diminuer l'inflammation çi la douleur au moyen des antiphlogistiques et des adoucissants, de donner immédiatement une issue au pus lorsque l’abcès se forme ; d’arrêter l’écoulement et de maintenir la propreté par l’usage d’injections lièdes légèrement astringentes, et s’il se trouve quelque os mort ou quelques dénis cariées de les extraire aussitôt que les circonstances le permettront: on doit arracher les dénis dès que l’inflammation est un peu diminuée et enlever l’os mort quand l’exfoliation est suffisamment avancée.

Lorsqu’il se trouve une dent cariée au-dessous du sinus maxillaire, on considère quelquefois son extraction et la perforation de l’alvéole comme le meilleur mode à employer pour donner issue au pus. Dans d’autres cas, on peut extraire la troisième ou quatrième molaire et perforer l’alvéole. Il existe une autre méthode, c’est celle de détacher la joue de la surface antérieure du sinus maxillaire et d’appliquer à l’os un petit trépan ou un autre instrument perforant. On doit relever la joue de manière à mettre à découvert la membrane qui recouvre la gencive du côté malade de la face, et pratiquer une incision transversale jusqu’à l’os. L’instrument que préfère sir Benjamin Brodie pour la perforation de ’os, est une paire de ciseaux forts à pointes aiguës On doit employer ce procédé dans les cas où l’alvéole est remplie par de la matière osseuse.

Dans un cas d’inflammation du sinus maxillaire rapporté par sir Benjamin Brodie, cas où la gravité des symptômes lui fit soupçonner la présence du pus dans celte cavité, il pratiqua une perforation , mais il ne rencontra pas de matière purulente. Il administra alors deux grains de calomel et un demi-grain d’opium trois fois par jour; et dès que les gencives furent affectées la guérison suivit rapidement.

COLLECTION de mucus dans le sinus maxillaire.

Les collections de mucus dans le sinus maxillaire sont plus rares que les collections de pus. La cause de celte accumulation est probablement une obstruction accidentelle de la communication naturelle qui existe enlre le sinus maxillaire et la fosse nasale dans l’intervalle des deux cornets. L’indication manifeste est de livrer une issue au liquide accumulé qui donne lieu au gonflement et à la douleur de cette partie de la face. Dans un cas intéressant rapporté par sir B. Brodie, il fit avec le bistouri une ouverture dans la tumeur au-dessus de la gencive, cetle ouverture persista ensuite pendant dix ans et le malade la bouchait avec une petite tige obturatrice.

AFFECTION ENCÉpiIALOlDE DU SINUS MAXILLAIRE.

Elle produit une expansion graduelle de celte cavité et alors une pression telle sur d’autres parlies, qu’il en résulte une extrême douleur et souvent des conséquences fatales. Ainsi la pression peut rendre l’œil amaurotique ou même le faire sortir de l’orbite. La tumeur peut encore pousser au dehors toutes les dents voisines, se faire un chemin dans la bouche b travers le palais el les alvéoles, remplir la narine, saillir au dehors à travers les téguments de la face, sous la forme la plus effrayante, ou b travers la lame criblée de l'elhmoïde ou l’apophyse orbitaire de l’os frontal dans le crâne lui-même, et alors le malade meurt bientôt dans un état comateux. J’ai cependant vu un cas dans lequel le malade ne mourut pas ou même ne perdit pas l’usage de ses sens avant que la masse de la tumeur contenue dans le crâne n’eùt atteint le volume d’une orange.

Quand le caractère de la maladie est connu d’avance et surtout quand les parties molles sont impliquées dans la maladie, une opération ne peut guère être utile b quelque chose; l’affection récidivant presque toujours. Cependant si la nouvelle production morbide était entièrement bornée au sinus maxillaire et si, après avoir expliqué sincèrement au malade la nature de la maladie et le peu de chance que présente l’opération, celui-ci élait désireux de la tenter , le chirurgien serait autorisé à réséquer la mâchoire supérieure. Celte méthode est

DE PATHOLOGIE

préférable à celle qui consiste à ouvrir le sinus maxillaire et à attaquer la maladie en ce point comme Desnuit paraît l’avoir fait quelquefois. Je ne me rappelle pas maintenant si les cas publiés par üesault offrent des preuves que la guérison ait été durable ; mais dans un cas rapporté par le docteur Anderson de Glasgow aucune récidive de la maladie dans le sinus n’avait eu lieu cinq ans et demi après l’opération, ainsi qu’on put s’en assurer par l’autopsie. Le cautère actuel avait été employé immédiatement après l’instrument tranchant, mesure tout à fait essentielle pour empêcher la récidive. Cependant je me garderai bien de conseiller l'enlèvement des tumeurs cncéphaloïdes du sinus maxillaire. Il n’est pas douteux que la maladie en ce lieu ne présente peu de chance de succès, soit que l’on emploie cette méthode de traitement ou qu’on en suive une autre. Mais l’enlèvement des tumeurs fibreuses du sinus offre bien plus de chances de succès durable.

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