BEC-DE-LIÈVRE
Le bec-de-lièvre est presque toujours un vice de conformation congénial ; mais parfois il est le résultat de plaies accidentelles. On le voit presque toujours à la lèvre supérieure et très rarement à l’inférieure. Quelquefois il n’y a qu’une fissure ; dans d’autres cas on en remarque deux, la maladie prend alors le nom de bec-de-lièvre double. Parfois la fissure s’étend seulement en partie vers la narine et parfois elle se prolonge jusque dans cette ouverture, qui se trouve alors très-élargie. La fissure est située sur un côté de la ligne médiane; et scs bords, qui sont recouverts par une continuation de la lèvre supérieure, sont arrondis en bas. Outre la fissure de la lèvre, il y a souvent, dans la mâchoire supérieure et les os du palais, une fente tellement considérable qu’elle convertit le nez et la bouche pour ainsi dire en une seule cavité. Le bec-de-lièvre double surtout est souvent accompagné d'une fissure dans les os palatins. Quelquefois, mais rarement , il y a une fissure dans la partie molle du palais. Dans certains cas, l’os maxillaire ou les dents se projettent en avant à travers la fente de la lèvre.
Le bec-dc lièvre est non-seulement une grande difformité, mais encore il est accompagné d’un vice dans la parole ; et quand la fissure s’étend à travers le pa-
CIIIRDRGICALE. 515
lais, le malade éprouve plus ou moins de difficulté à sucer et à avaler.
Dans les cas ordinaires, la guérison est facile; le chirurgien avive la fissure en en excisant les bords, il met en contact les surfaces nouvellement coupées et les maintient dans celte position jusqu’à ce qu’elles se soient réunies.
Les enfants étant très sujets aux convulsions après les opérations, beaucoup de chirurgiens pensent qu’il est préférable de différer le traitement du bec-delièvre jusqu’à ce que l’enfant ait atteint l’âge de deux ans ou même jusqu’à ce qu’il soit un peu plus âgé. Le sujet le plus jeune que j’aie jamais opéré n’avait que cinq mois, mais l’opération réussit parfaitement.
On doit, en opérant, s’efforcerde rendre la plaie aussi nette et aussi régulière que faire se pourra , afin d’avoir le plus de chances possibles de la voir se réunir par première intention , et on doit lui donner une forme telle que la cicatrice ne consiste qu’en une ligne étroite. Il ne faut donc pas exciser les bords de la fissure avec des ciseaux communs , qui produisent toujours un certain degré de contusion; bien que l’on dise que les ciseaux à lames ordinaires employés par quelques opérateurs conviennent eu pareil cas.
Quelquefois on place sous la lèvre un morceau de carton, et tandis qu’elle est soutenue et fixée sur celui-ci on excise le bord de la fissure avec un bistouri bien affilé. On peut procéder d’une autre manière et maintenir la lèvre avec une paire de pinces à bec de -lièvre, de sorte que tout ce qui doit être enlevé du bord de la fissure se trouve du côté de la branche supérieure des pince? ; afin que l’on puisse l’exciser d’un si ul coup de ciseaux, ces ciseaux étant guidés par les pinces comme par une règle. On doit pratiquer l’opération de chaque coté de la fente, les deux incisions se réunissant à angle au-dessus, et formant ainsi celte figure afin que la plaie puisse être entièrement rapprochée et réunie par première intention. On doit prendre un très-grand soin d’enlever complètement les coins arrondis qui existent à la pnrlie inférieure de la fissure; car si on ne le faisait pas il resterait une marque fort laide sur la lèvre supérieure. Je préfère ordinairement, à tous les autres procédés opératoires , celui de M. Liston comme étant le plus net le plus prompt et le plus facile : il consiste
à faire passer un bistouri droit de dehors en dedans, de manière à traverser la membrane muqueuse buccale au-dessus de la fissure. Un aide étend la parlie avec les doigts tandis que l’opérateur dirige l’instrument en bas, de manière à détacher le bord et le coin arrondi de la fissure. On suit alors le même procédé pour l’autre côté. Afin d’empêcher l’hémorrhagie, l’aide exerce une pression légère tandis que le chirurgien réunit la lèvre par des points de suture.
Comme les lèvres sont excessivement mobiles, et comme il est essentiel de cicatriser la plaie par réunion, on emploie généralement la suture entortillée pour maintenir ses surfaces en contact. On introduit à travers les bords de la plaie deux aiguilles d’acier ou deux aiguilles d’argent à pointes d’acier. Un fil, dont on entoure les bouts des aiguilles en les contournant en 8 de chiffre, sera conduit d’uncôléàl’autre delà plaie, d’abord transversalement, puis obliquement, du bout droit ou gauche de l’aiguille supérieure au bout de l’aguille inférieure vers le côté opposé, etc. Le fil faisant se rapprocher par son croisement autant de points de la plaie que possible, maintient scsbordsencontact. Si on se sert d’aiguillesd’argenl on enlèvealors lespointes qui peuvent s’en détacher, ou si on emploie des aiguilles d’acier on en retranche les pointes avec de petites pinces tranchantes. 11 faut mettre un grand soin à l’introduction des aiguilles, afin que les bords de l’incision soient dans une affrontation exacte; et comme il est fort important que les parties rouges de la lèvre se correspondent parfaitement, on assure leur réunion en introduisant l’aiguille inférieure la première. Les aiguilles ne doivent jamais être placées a une profondeur qui dépasse les deux tiers de l’épaisseur des lèvres ; et on doit les ôter au bout de trois ou quatre jours, car alors les parties molles sont suffisamment soutenues par le diachyluu (l).
(1) C’est de la manière dont le pansement est fait que dépend presque entièrement le succès de l’opération. Ce pansement doit être parfaitement solide, sans cependant déterminer une constriclion ni une pression qui enflammeraient et feraient gonfler la lèvre. Deux aiguilles peuvenl suffire; cependant les chirurgiens français en niellent le plus souvent trois. Je crois que l’on ne doit guère ren-
Lorsqu’il existe un bec-de-lièvre doubre et que la partie de la peau qui se trouve entre les deux fissures est suffisamment large et longue, on doit la conserver dans 1 opération ; niais si elle est étroite et courte on doit 1 exciser. Dans le dernier cas, le reste de l’opération s’accomplit de même que pour le bec-de-lièvre simple. Mais quand on veut conserver le morceau de peau qui sc trouve au milieu, on doit d’abord effectuer sa réunion
contrer d’occasions d'en placer un plus grand nombre comme le conseillent quelques chirurgiens; chacune des aiguilles déterminant autour d’elle un travail inflammatoire qui rend les (issus plus mous et plus faciles à déchirer, le trop grand rapprochement de celles-ci doit être évité : parce qu’il favoriserait celle disposition inflammatoire. Ces aiguilles étant des corps étrangers introduits dans les tissus, elles développent autour d’elles un travail d’élimination, c’est-à-dire, une inflammation qui serait suivie de suppuration et même de la section des tissus par ces corps étrangers qui tendraient toujours à sc frayer une voie vers l’extérieur, si on ne les enlevait au bout de trois ou quatre jours. L’aiguille inférieure que l’on place la première devra occuper le point oit la partie rouge de la lèvre rencontre la peau. Les autres se placent successivement au-dessus. La suture terminée, on assure le rapprochement et l'immobilité des parties en plaçant des compresses pliées en plusieurs doubles sur les joues en arrière des aiguilles; et, pendant qu’un aide soutient les parties ainsi rapprochées par une légère traction d'arrière en avant exercée sur le tissu des joues, le chirurgien applique le bandage unissant de Petit ou de Desault. Le malade sera condamné au silence complet, et ceux qui l’approchent ne devront rien dire qui l’excite au rire. 11 ne pourra faire usage d’aucun autre aliment que le bouillon introduit dans la bouche sans que les lèvres exécutent de mouvedlents. Lorsqu’au bout de trois ou quatre jours on enlève les aiguilles, on doit le faire I avec précaution et en soutenant leschairs comme pour opérer. La cicatrice | étant encore faible, on remplace les ai-guillcs par une bandelette agglutinative j longue et étendue d'une joue à l’autre, j puis on réapplique le bandage unissant ; I au bout de quelques jours, ces préeau- -j lions deviennent inutiles et le sujet peut reprendre ses habitudes.
{Note du Irad.)
DE PATHOLOGIE CHIRURGICALE
avec un côlédela lèvre au moyen d’une opération semblable à celle quel’ou pratique pour le bec-de-lièvre simple , et
tique poi
•ensuite, au bout de quelques semaines, on doit faire subir au malade une seconde opération du même genre, du côté opposé.
Les becs-de-lièvre sont souvent compliqués d'une fissure dans la voûte du palais. Quand elle est restreinte aux os maxillaires supérieurs, elle se ferme généralement par degrés et lentement après l’opération ; mais lorsqu'elle se prolonge jusqu’aux os palatins et jusqu’au voile mobile du palais, elle se ferme rarement ou même ne se ferme jamais entièrement. Quelquefois un des os maxillaires supérieurs excède le niveau de l’autre. Quand le bec-de-lièvre est double la portion de la peau située entre les deux fissures peut être poussée en avant par une partie distincte de la mâchoire. Dans certains cas un des os maxillaires s'incline en arrière et ses alvéoles se projettent en avant. Dans d’autres, la saillie d’une dent au dehors forme obstacle à la réunion du bec-de lièvre et l’on doit alors pratiquer l’extraction de cette dent.
Quand la mâchoire elle-même se projette en avant, on commence habituellement par exciser la proéminence osseuse avant de procéder à l’opération du becde-lièvre. Mais suivant Desault il con-
vient rarement d’agir de la sorle ; car
lorsqu’on a fait disparaître la difformité congéniale qui existait dans l’origine, le malade reste encore défiguré parce que sa lèvre supérieure n’a plus aucun support. Le diamètre de la mâchoire supérieure est sujet aussi à se rétrécir tellement à mesure que les deux os maxillaires se réunissent, que la mâchoire supérieure et la mâchoire inférieure ne correspondent plus l’une à l’autre , et il en résulte une sorle de gêne dans la mastication semblable à celle qui se produit souvent chez les vieillards. C’est pourquoi Desault préférait pour remédier à la saillie de la mâchoire en avant, employer la pression h l'aide d’un bandage très serré ; car puisqu’il y a une fissure dans la voûte du palais, la proéminence osseuse est peu soutenue et elle se réduit alors rapidement. J’eus un cas dans lequel j’appliquai la pression à l’aide d’un l'etil bandage à ressort, ce qui , en peu u semaines, fit disparaître .suffisamment •' saillie osseuse pour que l’opération pût
4 VUUldllUIl NUI
ceni i ,I'lre|f)rise- Dans un autre cas réuialadc m avait été amené en con-
sultation de la campagne, cl je conseilla1 l’essai du même moyen (1).